À la musique, d’Arthur Rimbaud (lecture de poème)

Publié ce 21 juin 2026, à l’occasion de la Fête de la Musique, sur mon compte Instagram the.universal.poetry . Cette fois, j’ai un peu innové, je n’ai pas seulement mis les sous-titres en anglais, mais aussi le texte original ! Il s’agit donc d’un double sous-titrage. Je pensais que ce serait bien d’avoir les deux. Peut-être que c’est ce que je vais continuer de faire, à l’avenir.

Aujourd’hui, 21 juin, se tient comme chaque année, la Fête de la Musique. Une fête très importante en France, mais aussi dans plus d’une centaine de pays désormais. Durant une journée, celle du solstice d’été, la musique est à l’honneur. Dans tout le pays, dans toutes les villes, petites ou grandes, des concerts sont organisés, officiels, officieux, improvisés, qu’importe ! Il suffit de sortir dehors pour trouver son bonheur. Une petite fanfare tzigane joue dans un parc. Quinze mètres plus loin, c’est un petit groupe de rock anonyme qui égrène ses chansons sur un bout de trottoir. Ailleurs, un rappeur, une chanteuse de jazz ou encore un ténor d’opéra. Tout autant d’artistes, amateurs ou professionnels, qui nous rappellent que la musique appartient à tout le monde, dans son étonnante et superbe diversité. Les grandes foules où les corps se pressent et se heurtent jusqu’à se confondre côtoient les modestes rassemblements devant lesquels, parfois, quelques passants dansent. C’est comme passer à chaque fois d’un décor à un autre ! Dans les bars, cafés et péniches, partout, de la musique, une orgie de musique ! Et jamais de cacophonie. De la gaieté, de la joie, les oiseaux qui chantent, et les humains aussi, le plaisir d’accueillir de nouveau l’été, et de célébrer ensemble la musique qui nous est si chère. Alors, forcément, à cette occasion, un poème s’est imposé : À la musique d’Arthur Rimbaud. Écrit alors qu’il avait 15 ans, le prodige y peint un superbe tableau à la française, où, entre les postures guindées et les vanités superficielles, la musique, la fête, la joie simple et l’émerveillement du poète parviennent toujours à se frayer un chemin. L’enchantement romantique surgit, dans ce moment simple où l’on s’accorde le droit d’être simplement charmé et ému par son environnement. La vie, en somme.


Version traduite de mon texte, publiée sur Instagram :

Today, 21 June, as it does every year, the Fête de la Musique (Music Day) is taking place. A very important festival in France, and also in over a hundred countries now. For one day, the summer solstice, music takes center stage. Across the country, in every town and city, large and small, concerts are organized : official, unofficial, improvised, it doesn’t matter! You only have to step outside to find something to your liking. A small gypsy brass band is playing in a park. Fifteen meters further on, an obscure little rock band is strumming away on a patch of pavement. Somewhere else, a rapper, a jazz singer or even an opera tenor. All these artists, whether amateur or professional, remind us that music belongs to everyone, in all its astonishing and magnificent diversity. Large crowds, where bodies jostle and bump into one another until they become indistinguishable, stand side by side with smaller gatherings, in front of which a few passers-by sometimes dance. It’s like moving from one setting to another. In bars, cafés and houseboats, everywhere, there’s music, a veritable feast of music ! And never a hint of cacophony. Cheerfulness, joy, birds singing (and people too), the pleasure of welcoming summer back, and celebrating together the music we hold so dear. 
So, naturally, on this occasion, one poem seemed obvious : ‘To Music’ by Arthur Rimbaud. Written when he was just 15, the prodigy paints there a superb French-style tableau, where, amidst the stiff posturing and superficial vanities, music, celebration, simple joy and the poet’s sense of wonder always manage to find their way through. Romantic enchantment arises from that simple moment when we allow ourselves to be simply charmed and smitten by our surroundings. Life, in short.

Texte original français :

À la musique, d’Arthur Rimbaud

Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

– L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent :  » En somme !…  »

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; –

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…

– Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.

J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
– Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
– Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…



Traduction littérale anglaise :

To Music, by Arthur Rimbaud

On the square carved into petty little lawns,
A square where everything is proper, the trees and the flowers,
All the puffed up bourgeois, strangled by the heat,
Carry, on Thursday evenings, their jealous little antics.

– The military band, in the middle of the garden,
Swings its shakos in the Waltz of the Fifes :
Around it, in the front rows, parades the dandy ;
The notary clings to his numbered trinkets.

Rentiers with lorgnettes underline every false note :
The bloated bigwigs dragging their stout ladies,
Beside whom go, like officious mahouts,
Those whose flounces have the look of advertisements ;

On the green benches, clubs of retired grocers,
Poking the sand with their knob-handled cane,
With utmost seriousness, discuss the treaties,
Then take snuff, and resume: « In short!… »

Spreading across his bench the roundness of his hips,
A bourgeois with light-colored buttons, and a Flemish paunch,
Savors his onnaing, whence tobacco in strands
Overflows — you know, it’s contraband ; —

Along the green lawns, snicker the rascals ;
And, made amorous by the song of the trombones,
Very naïve, and smoking roses, the pioupious (« birdies » : simple soldiers)
Caress the babies to cajole the maids…

Me, I am, disheveled like a student, 
Under the green chestnut trees, the lively little girls : 
They know it well ; and turn, laughing, 
Toward me, their eyes full of indiscreet things.

I don’t say a word : I keep on looking
The flesh of their white necks, embroidered with wild locks :
I follow, beneath the bodice and the frail finery,
The divine back after the curve of the shoulders.

I soon have unearthed the boot, the stocking…
— I reconstruct the bodies, burning with beautiful fevers.
They find me funny and speak to each other in hushed tones…
— And I feel the kisses coming to my lips…

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About Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
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