Lecture de ce poème déjà écrit et publié ici même en octobre 2020, pour mon compte Instagram @the.universal.poetry
Je remets cependant le texte ici, ainsi que sa traduction littérale (et ce d’autant plus que j’ai entre temps changé… un mot ! 😉 – « Les oiseaux sont beaux lorsqu’ils volent librement » a désormais remplacé « les oiseaux sont beaux parce qu’ils volent librement »). De même, quelques commentaires que j’ajoute au poème, et un extrait de mon journal datant de 2020.
Rêves d’ailleurs
Je ne peux pas ne pas rêver
A des rêves d’ailleurs
Mon corps est là, prisonnier
Mon coeur est voyageur
Happé tout entier par un horizon prometteur
Meilleur
Je vis pour aujourd’hui, je brûle pour demain
Pour tout ce qui est en fleurs
Une débauche de couleurs
Attend d’être admirée
Par des yeux peu ingrats
Tant de paysages
Attendent d’être fécondés
Par chacun de nos pas
Je peux aimer l’instant
Mais je ne peux pas le figer
Je ne peux pas rêver à des rêves passés
Le vent n’est pas fossile, la mer n’est pas de marbre, fixée dans son azur
Aujourd’hui comme hier, je continue de marcher jusqu’à la rupture
Je continuerai demain de vivre ma vie comme une grande aventure
Les oiseaux sont beaux parce qu’ils volent librement
Ils sont si tristes en cage
Alors dites-moi qui a
Décidé que l’homme
Devait prendre racine dans un seul paysage ?
L’oiseau a des ailes, moi j’ai des jambes longues, des idées court vêtues
Je reprendrai la route demain première heure
En direction d’un nouveau
Paradis perdu
J’irai poser mon pied sur la branche qui craque
Dans le silence des bois
J’irai gagner mon droit d’être libre et vivante
Dans ces paysages fous
Où la nature fait loi
Loin de vos fleuves sales, des poissons à deux sexes, des humains détraqués
Que la vue chaque soir d’un ciel sans étoiles
Ne fait pas frissonner.
*
Dreams of elsewhere
I cannot not dream
Of dreams of elsewhere.
My body is here, a prisoner,
My heart is a traveler.
Wholly drawn to a promising horizon,
A better one,
I live for today, I burn for tomorrow,
For all that is in flower.
An orgy of colors
Awaits to be admired
By eyes that are not ungrateful
So many landscapes
Await to be fecundated
By each of our steps
I can love the moment
But I cannot freeze it
I cannot dream of dreams from the past.
The wind is not a fossil, the sea is not of marble, fixed in its azure
Today as yesterday, I keep on walking until the breaking point
Tomorrow I will keep on living my life as a great adventure
Birds are beautiful when they fly freely
They are so sad in cage
So tell me, who
Decided that man
Should take root in a single landscape ?
The bird has wings, me I have long legs, short clothed ideas
I’ll hit the road again first thing tomorrow
Heading towards a new
Lost paradise
I’ll go placing my foot on the creaking branch
In the silence of the woods
I’ll go and earn my right to be free and alive
In these wild landscapes
Where nature makes law,
Far from your filthy rivers, your two-sexed fish, your deranged humans,
Whom the sight of a starless sky each night
Doesn’t make shudder.
*
Commentaire, 27 juin 2026 :
Ce poème sur le voyage et l’ailleurs m’est venu, c’est ironique, durant l’année 2020, celle du confinement. En octobre, le 2 sans doute (car Facebook m’apprend que je l’ai publié le lendemain, le 3). C’était le soir, j’étais dans mon lit, m’apprêtant à dormir, quand une phrase m’est venue. Je la trouvais tellement ordinaire, presque pas digne d’être retranscrite en vérité, mais j’étais comme poussée par une nécessité : il me fallait l’écrire. Les suivantes sont venues tout aussi naturellement et là encore, je n’en pensais pas grand chose, je me contentais juste d’écrire ce qui me venait. En quelques minutes à peine, le temps de taper le texte sur mon téléphone, le poème était terminé. Je me suis endormie avec cette paix que l’on a au coeur lorsque la maison est propre et rangée, le devoir du jour accompli, sans pour autant trouver ce poème intéressant : c’était juste de l’hygiène, voilà, un truc qu’on a besoin d’écrire, et d’écrire tel quel, juste pour se sortir l’épine du pied. C’est seulement le lendemain que je l’ai relu pour la première fois. Et que j’ai ressenti quelque chose : ce n’était pas parce que ce poème m’avait été facile à écrire, qu’il n’était pas issu d’une idée que j’avais idéalisée pendant 6 mois avant de la concrétiser, qu’il était insignifiant. L’instant aussi peut-être un cadeau. Je m’étais abandonnée, et le fruit de cet abandon n’était peut-être pas ridicule. C’était même ça, la poésie : l’abandon. C’est comme si les vannes s’étaient ouvertes. Une forme de confiance, d’ouverture à mon instinct, à la capacité d’errance que demande l’écriture. Comme un chakra supplémentaire qui s’ouvre, une aventure qui se débloque. Ce soir-là, c’était comme si j’avais appris à écrire une seconde fois. Plus librement. Comme si j’avais compris que j’avais le droit de rester sauvage, mais que je n’étais pas obligée de me cabrer en face de l’écriture, que c’était parfois un geste simple et non une lutte, et sûrement pas une denrée qui avait besoin d’être rare, non, que je pouvais écrire dans l’élan, que j’avais juste à commencer, à continuer, et que c’était précisément l’abandon à l’idée de l’instant qui emmenait la suivante. Et que cela n’empêchait en rien l’excellence. Je me compliquais l’écriture comme si c’était une expédition avant laquelle il fallait vérifier que tout était bien là ! Quelques mois avant d’écrire ce poème, après des années à nier à mon corps ses besoins, je remangeais de nouveau : ce n’était sans doute pas un hasard. On oppose souvent le corps et l’esprit, mais en redevenant aussi un corps, mon esprit avait peut-être obtenu de nouveau un nid dans lequel grandir. Alors de même, c’est parfois en s’abandonnant à l’instant que l’on touche à une forme d’éternité. J’ai publié ce poème sur Facebook le lendemain de son écriture et il avait à l’époque touché des gens. Je sentais que le regard porté sur mon texte était autre, inhabituel. C’est que moi-même j’avais changé.
En astrologie, mon Noeud Sud en Cancer, en maison 9, fait de moi une nomade, sans doute, et j’ai souvent éprouvé la nostalgie d’un ailleurs. Ce poème a été écrit quelques mois après mon opposition nodale.
Voici un extrait de mon journal rédigé la même année (quelque part en 2020) :
« J’ai souvent peur d’écrire car je sais la limite des mots et c’est comme si je craignais de ruiner la pureté du message originel que je porte en moi en cherchant à traduire ce dernier par des mots. Il y a un deuil à faire, le deuil de ce qui n’est pas essentiel. Je dois accepter l’idée qu’il ne puisse y avoir au final qu’une essence, et ça m’est difficile. Que cette essence, justement, est plus intense et signifiante que l’intégralité de ce qui est en moi. Le soleil donne tout de lui-même mais il ne parvient pourtant à nous que ses rayonnements : de même, nous écrivains devons apprendre à ne pas tout donner mais à donner l’essentiel : tout ne pourra jamais être donné, trouvé, dit, sauf à fossiliser chaque instant de vie dans des pages qui deviendraient alors indigestes. Le temps manque. C’est l’urgence et la sélection qui affinent l’œuvre. C’est l’essence qu’il faut rechercher. Ce qui compte, c’est ce que nous choisissons de dire.
C’est sans doute tout le parcours d’un Noeud Sud en Cancer en Maison 9 / Noeud Nord en Capricorne en Maison 3 (note : il s’agit de mon placement astrologique)
Le message et l’idéal (maison 9) originel et intérieur (Cancer) doit se traduire avec des mots (maison 3) concrets et essentiels (Capricorne). L’idéal doit devenir quotidien et actes. Il faut apprendre, comme le Capricorne, à faire et concrétiser, à manifester Dieu sur terre au lieu de rêver à lui. Il faut apprendre, comme le Gémeaux, à vivre dans l’instant, à donner les mots tels qu’ils sont et tels qu’ils viennent, ne pas perdre de temps quand on en manque et préférer la parole imparfaite au silence infertile et perfectionniste, en comprenant justement que les mots que l’on donne dans l’instant ont leur sagesse à eux, leur rythme, leur sens ; ils sont parfaits à leur manière. C’est faire confiance à l’aujourd’hui que d’être capable de donner les mots qui nous viennent dans l’instant, sans les remettre à demain. Comprendre que demain, justement, ils seront sclérosés, fossilisés, regrettés. C’est dans l’instant, dans l’instant qu’il faut dire. L’attente et le travail doivent bien sûr être de mise, mais tant qu’ils permettent de purger les mots des idées parasites ou des humeurs ; de les révéler, de leur offrir un piédestal, une direction, un sens, une perfection ; il faut parfois laisser les mots s’affiner, se perfectionner, oui, mais jamais au point de leur faire dépasser la date de péremption ; jamais au point de garder en soi les mots jusqu’à ce qu’ils pourrissent et n’aient plus de sens. Tout cela, parce qu’on les a voulus parfaits. Quand ils sont déjà bien plus que cela, oui, bien plus : ils sont vivants. »
–
Commentary in English, for readers who visit this site :
This poem about travel and faraway places came to me, ironically, during 2020, the year of the lockdown. It was in October, probably on the 2nd (since Facebook tells me I posted it the next day, the 3rd). It was evening ; I was in bed, getting ready to sleep, when a line came to me. I thought it was so ordinary, hardly worth transcribing to be honest, but I felt compelled by some inner necessity : I had to write it down. The next lines came just as naturally, and once again, I didn’t think much of them ; I was simply writing down whatever came to my mind. In just a few minutes, the time it took to type the text on my phone, the poem was finished. I fell asleep with that sense of peace you feel in your heart when the house is clean and tidy, the day’s work done, though I didn’t find the poem particularly interesting : it was just a matter of hygiene, that’s all, something you need to write, and write exactly as it comes, just to get the thorn off your foot. It wasn’t until the next day that I reread it for the first time. And that’s when I felt something : just because this poem had been easy for me to write, just because it didn’t stem from an idea I’d idealized for six months before bringing it to life, didn’t mean it was insignificant. Perhaps the moment itself was a gift. I surrendered, and the result of that surrender might not have been ridiculous after all. That was even what poetry was all about : surrendering. It was as if the floodgates had opened. A sense of trust, of openness to my instincts, to the capacity for wandering that writing demands. Like an extra chakra opening up, an adventure unfolding. That evening, it was as if I’d learned to write a second time. More freely. As if I’d realized that I had the right to remain wild, but that I wasn’t obliged to resist writing, that it was sometimes a simple move rather than a struggle, and certainly not a commodity that needed to be scarce, no, that I could write on a whim, that I just had to start, to keep going, and that it was surrendering to the idea of the moment that led to the next one. And that this in no way precluded excellence. I was overcomplicating my writing as if it were an expedition before which I had to make sure everything was there ! A few months before writing this poem, after years of denying my body its needs, I had started eating again : this was undoubtedly no coincidence. We often pit the body against the mind, but by becoming a body once again, my mind had perhaps found a new nest in which to grow. In the same way, it’s sometimes by surrendering to the moment that we touch upon a form of eternity. I posted this poem on Facebook the day after I wrote it, and at the time, it resonated with people. I sensed that the gaze cast upon my text was different, unusual. It was that I myself had changed.
In astrology, my South Node in Cancer, in the 9th house, makes me a nomad, undoubtedly, and I’ve often felt a longing for somewhere else. This poem was written a few months after my nodal opposition.
On my blog, I go into more detail and also share an excerpt from a journal entry written around the same time, which touches on this same idea.
Excerpt from my journal written that same year (sometime in 2020) :
« I’m often afraid to write because I know the limits of words, and it’s as if I’m afraid of ruining the purity of the original message I carry within me by trying to translate it into words. There’s a process of letting go, letting go of what isn’t essential. I must accept the idea that, in the end, there can be only one essence, and that is difficult for me. That this essence, precisely, is more intense and meaningful than the totality of what is within me. The sun gives its all, yet it reaches us only through its rays : in the same way, we writers must learn not to give everything but to give what is essential, for we can never give, find, or say everything, unless we fossilize every moment of life on pages that would then become indigestible. Time is short. It is urgency and selection that refine the work. It is the essence that we must seek. What matters is what we choose to say.
This is undoubtedly the entire journey of a South Node in Cancer in the 9th House / North Node in Capricorn in the 3rd House (note : this is my astrological placement)
The original and inner (Cancer) message and ideal (9th House) must be expressed through concrete and essential (Capricorn) words (3rd House). The ideal must become part of daily life and action. We must learn, like Capricorn, to act and bring things to fruition, to manifest God on earth rather than merely dreaming of Him. We must learn, like Gemini, to live in the moment, to speak words as they are and as they come, not to waste time when we’re short on it, and to prefer imperfect speech to barren, perfectionist silence, understanding precisely that the words we speak in the moment have their own wisdom, their own rhythm, their own meaning ; they are perfect in their own way. It is to trust the today to be able to speak the words that come to us in the moment, without putting them off until tomorrow. To understand that tomorrow, precisely, they will be ossified, fossilized, and regretted. It is in the moment, in the very moment, that we must speak. Patience and hard work are, of course, essential, but only as long as they allow us to purge the words of parasitic ideas or moods ; to reveal them, to offer them a pedestal, a direction, a meaning, a perfection ; sometimes you have to let words refine themselves, perfect themselves, yes, but never to the point of letting them pass their expiration date ; never to the point of keeping them inside until they rot and lose all meaning. All because we wanted them to be perfect. When they are already so much more than that, yes, so much more : they are alive. »