Alain Delon en 1968 (ou 1963, selon les sources). C’est à partir de là que son visage a vraiment commencé à devenir intéressant, selon moi (avant, il faisait davantage ‘petit minet’…)
Journal du 18 août 2024 (publié sur FB à l’instant même)
J’ai souvent dit aux hommes que j’ai aimés : « T’es plus beau qu’Alain Delon ». Déjà, parce que je le pensais : si j’aime un homme, il est le plus beau à mes yeux. Du reste, malgré l’admiration esthétique que je pouvais avoir pour Delon, et sa beauté proverbiale, je n’ai jamais été attirée par lui au premier degré. Cette simple phrase, « T’es plus beau qu’Alain Delon », démontre cependant une chose : ce dernier était, en quelque sorte, le mètre-étalon à l’aune duquel se mesurait la beauté masculine – si tant est que cette dernière soit mesurable. Plus encore que Brigitte Bardot – qui fut pourtant un phénomène dont la gloire dépassa sociologiquement et médiatiquement celle de Delon – mais dont d’autres rivales féminines sont souvent citées avec ou avant elle lorsqu’est abordé le sujet de la beauté pure (Cardinale, Monroe, Loren, Bellucci, Taylor, Adjani…), les gens faisant la part des choses entre popularité et beauté pure, Delon était devenu l’incarnation incontestée, évidente, absolutiste, de la beauté conventionnelle et indéniable, ici et ailleurs ; l’illustration de l’expression anglophone « ridiculously beautiful » (« ridiculement beau ») pour décrire une personne si proverbialement et évidemment belle que c’en devient un cliché. Delon a tenu ce rôle dans nos temps modernes.
Il est intéressant de constater à cet égard que les deux incarnations majeures de la beauté française, Bardot et Delon, partagent un point commun astrologique : la Balance, signe traditionnellement régi par la planète Vénus et lié à la beauté et à l’harmonie, souvent considéré comme le « plus beau signe » du zodiaque (au sens « le plus conventionnellement harmonieux », étant entendu que chaque signe est beau à sa manière). Bardot a son Soleil en Balance – tout comme Bellucci et Loren ; Delon possède, lui, un ascendant Balance, en plus d’une conjonction de Vénus (maître traditionnel de la Balance, donc) sur l’Ascendant, ce qui en renforce l’effet. L’ascendant régissant l’apparence physique et la manière de se présenter au monde, il n’était donc pas surprenant que Delon ait eu la beauté totale pour cadeau, plus encore que Bardot (ce qui était franchement un exploit), cette dernière ayant quant à elle un ascendant Sagittaire, placement qui la rendait déjà plus excessive et ‘typée’ – ce qui fait tout son charme inimitable mais rend moins susceptible de « plaire à tout le monde » ou d’être considéré comme un modèle trop classique. Le Soleil en Scorpion de Delon lui a naturellement conféré le sex-appeal et la fameuse intensité que tout le monde lui connaissait (en maison 2, analogique au Taureau, également régi par Vénus, les qualités vénusiennes de sensualité se trouvaient renforcées). La Lune en Bélier (angulaire et dominante) a parachevé le tableau, avec cette animalité instinctive, risque-tout, fougueuse et même égoïste, cette émotivité capricieuse et à fleur de peau.
Le maître de la Balance, Vénus, se trouve chez Bardot et Delon dans le signe de la Vierge, signe très valorisé dans la culture collective des années 60 puisqu’Uranus (qui régit à mon sens les effets de mode) s’y trouvait alors, ce qui expliquait nombre de caractéristiques de ces deux mythes, d’essence effectivement virginienne : finesse de gazelle, élégance naturelle, perfection des traits et de la silhouette, de l’habillement et de la mise en beauté, corps élancé et athlétique, discipliné, de danseuse ou de mannequin. Mais aussi le fait que leur persona, la féminité de l’une et la virilité de l’autre, aient fait écho à ce qui était alors jugé en vogue par les foules.
Vénus étant par ailleurs, chez Delon, en maison 12 (analogique aux Poissons), nous avons là l’explication de son aura insaisissable, mystérieuse, secrète.
La France (si l’on se réfère au thème astrologique de la Ve République) a justement son Soleil en Balance, avec sa Vénus en Vierge : ce parallélisme n’est guère étonnant si l’on considère que ces deux figures – Bardot et Delon – sont l’incarnation mythologique de la beauté et de l’excellence française à l’étranger pour le XXème siècle.
Note : j’ai plusieurs articles en attente depuis des années, qui commencent à dater, et qui évoquent justement Uranus et les effets de mode collectifs, le rapport astrologique entre un pays et ses grandes figures, le placement très sous-estimé de Vénus en Vierge (partagée par Alain Delon, Brigitte Bardot, mais aussi Kim Kardashian, etc), etc, etc. Je vais sans doute les publier sous peu.
Un statut FB de 2016 !! Eh bien, ça me suit depuis longtemps cette histoire… !
On entend souvent, à titre d’argument, que le port du voile relève de la simple liberté individuelle et qu’à ce titre, son interdiction en France, notamment à l’école (avec tous les autres signes religieux distinctifs) ou dans les grandes compétitions sportives, par exemple, constitue une injustice profonde.
Une grande partie de la société et de la jeunesse actuelle ne comprennent plus le parti pris qui est celui de la « laïcité à la française », qui redouble de zèle face au voile et à sa présence croissance dans l’espace public. Et nous sommes souvent jugés à l’étranger pour ce qui est perçu comme de l’islamophobie et une grave atteinte aux libertés personnelles, de culte et d’habillement.
Bien sûr, dans l’absolu, personne n’a à décider de la manière dont une femme adulte ou un citoyen doivent s’habiller, et du degré de pudeur ou de nudité qui leur est le plus confortable. Car le choix de notre vêtement relève de la liberté individuelle et que dans nos sociétés plutôt évoluées, démocratiques et libérales, nous avons établi un consensus qui fonctionne généralement bien : nous partons du principe que tant que nous ne nuisons à personne, nous avons le droit de faire ce que nous voulons. « La liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres », répète-t-on souvent, et à raison.
Mais qu’en est-il lorsqu’un vêtement pourrait potentiellement empiéter, à long terme, sur la liberté des autres ? Car c’est bien cette problématique que pose le voile.
En effet, derrière l’individu, et la somme d’individus qui le composent, il y a le système. Et ce dernier peut justement écraser les individualités des uns et des autres. La religion constitue un système. Qui s’est parfois révélé, justement, totalitaire, et peu soucieux des individualités de chacun.
La question majeure à poser est donc : le voile peut-il être extrait du contexte socio-politique dans lequel il s’inscrit ? Et plus généralement, peut-on juger d’un sujet dans l’absolu, sans tenir compte du contexte dans lequel les décisions individuelles s’inscrivent, et des conséquences potentielles qu’elles ont pour les autres ? Et à partir de quel moment l’exercice de la liberté individuelle constitue une entrave potentielle à la liberté collective, ce qui justifie alors d’éventuelles restrictions de la première, au nom de la seconde ?
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Commençons par dire que les gens qui pensent que toutes les femmes qui portent le voile ou l’abaya sont forcées de le faire, et qui utilisent depuis des années cette idée comme un argument justifiant son interdiction, sont non seulement totalement déconnectés de la réalité, mais nuisent même à la critique du voile, et ridiculisent ce parti pris, puisque de nombreuses femmes voilées pourront leur rétorquer que le choix de se voiler fut pour elles tout ce qu’il y a de plus libre et éclairé, correspondant à un cheminement personnel : beaucoup de ces femmes le portent même à rebours de leur milieu, ou des opinions de leur entourage ; j’en connais pas mal dans ce cas de figure, du reste : je ne doute absolument pas du caractère autonome de leur choix.
Cependant, dans le contexte actuel, si les vêtements religieux venaient à être parfaitement autorisés à l’école, on peut imaginer que beaucoup de filles seraient forcées ou incitées par certains parents – notamment de la nouvelle génération, plus radicale – à s’habiller ainsi. Ce qui pose déjà un vrai problème pour les libertés publiques. À l’inverse, on ne connaît pas de grand phénomène de parents obligeant leurs filles pudiques à sortir en crop top. Nous voyons donc là que le voile n’est déjà pas un vêtement comme les autres, qu’il s’inscrit dans une série d’enjeux très particuliers et précis.
De plus, le voile engendre une pression sur les non-croyantes : on ne peut ignorer la culture de l’honneur et des « grands frères » qui a très longtemps obligé – et oblige parfois encore ? – de nombreuses jeunes filles dans les banlieues à se travestir, sortir en jogging, se masculiniser pour ne pas être embêtées, le voile incarnant aux yeux des gens constituant cette « police des moeurs » le sommet de la respectabilité. On ne peut ignorer que d’après un sondage Ifop, les musulmans, pourtant majoritairement favorables au droit de porter le burkini, se révèlent aussi bien plus favorables que l’ensemble des français à l’interdiction du topless sur les plagesi (ils sont 54%, contre 23% des catholiques, et 20% des sans religion), qui est pourtant un acquis de haute lutte et une simple liberté individuelle, preuve que le désir de jouir de sa propre liberté ne va pas toujours de pair avec le fait de respecter celle des autres. On ne peut ignorer non plus que la première chose que font les islamistes lorsqu’ils prennent le pouvoir, c’est de voiler les femmes. Car cette obligation symbolique engendrera ensuite une cohorte d’interdictions pour ces dernières et signera leur invisibilisation dans l’espace public, dessinant alors le rôle qu’elles sont destinées à porter dans cette organisation politico-religieuse. De même, les femmes qui vivent dans ces pays et se battent pour retrouver leurs libertés individuelles ont beau être sous le coup de nombreuses interdictions – de celle de conduire à celle de s’instruire -, tomber le voile est l’une de leurs premières revendications, et c’est aussi l’un de leurs premiers gestes de bravoure pour défier le pouvoir en place : c’est dire à quel point ce morceau de tissu charrie de nombreuses significations.
Officiellement ou officieusement, le voile constitue dans de nombreux pays le symbole d’une prise de pouvoir de l’autorité religieuse sur le corps des femmes, et plus généralement sur les « autres », étant entendu qu’il n’y a pas de dérogation possible à ce principe, même pour un non-croyant, ou un musulman se faisant une autre idée de l’islam.
On rétorquera que nous ne vivons pas en Afghanistan et qu’il est donc absurde de se référer à des enjeux qui ne sont pas les nôtres : nous ne sommes cependant pas à l’abri de la problématique islamiste et l’actualité nous fournit depuis des années de nouvelles raisons de le constater (comme je l’explique iciii, ou encore iciiii). Nombre d’ouvrages majeurs décrivent en profondeur cet état de fait, parmi lesquels : le rapport de 2018 intitulé « État des lieux de la pénétration de l’islam fondamentaliste en Franceiv« , Principal de collège ou imam de la République ?, de Bernard Ravet et Emmanuel Davidenkoff, Le frérisme et ses réseaux de Florence Bergeaud-Blackler… et nous restons là dans le récent.
Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le voile, ou même l’abaya, en France, est celui d’une guerre discrète et hypocrite menée par certains islamistes pour faire de l’entrisme dans nos institutions, y compris l’école, où les profs sont menacés, et parfois assassinés, comme Samuel Paty, où nous ne comptons plus les attentats commis au nom de l’islam.
À mon sens, la réponse est donc très évidente : on ne peut pas isoler le voile du contexte dans lequel il s’inscrit.
Afin d’approfondir ce point de vue, je vais cependant faire une analogie avec deux autres symboles. Le blackface et la swastika.
Le blackface est une pratique qui consiste pour un comédien blanc à se peindre le visage en noir, et qui fut souvent utilisée pour moquer ou dénigrer la communauté noire, notamment dans le cas des « minstrel shows » du XIXème siècle. Elle aurait aussi été utilisée par les abolitionnistes, dans le but plus noble de se mettre dans la peau d’un esclave noir et promouvoir l’identification, l’empathie avec ce dernier. Pour autant, on ne peut nier que le blackface a très souvent été utilisé à des fins de dénigrement raciste, et que la diversité des intentions de ceux qui l’emploient ouvre un trop grand boulevard aux suprémacistes ou aux racistes authentiques, notamment à une époque où les blessures historiques relatives au racisme contre les Noirs n’ont pas été guéries. L’image finale que l’on garde de cette pratique est donc essentiellement négative ; cette dernière est intimement liée au racisme dont ont été victimes les noirs au cours des siècles, et on peut imaginer qu’elle est, pour ces derniers, extrêmement blessante.
Ces dernières années, de nombreuses personnalités ayant employé le blackface se sont donc trouvées au coeur de la polémique. Le politicien canadien Justin Trudeau, qu’on pouvait difficilement soupçonner de racisme, ou le basketteur Antoine Griezmann. Des pièces de théâtre ont également été interdites, à cause du blackface arboré par les acteurs, et qui avait alors soulevé une vague d’indignation.
Bien des gens qui ont utilisé le blackface n’étaient pourtant pas animés par de mauvaises intentions, bien au contraire. Antoine Griezmann, par exemple, voulait rendre hommage à l’équipe des Harlem Globe Trotters, dont il était fan, et ignorait comme beaucoup de gens la portée symbolique et historique de ce qui n’était pour lui qu’un simple complément au déguisement ; il fut d’ailleurs défendu sur les réseaux sociaux par beaucoup d’individus, y compris issus de la communauté noire, qui, même s’ils n’approuvaient pas tous l’usage du blackface dans ce contexte, savaient bien que ses intentions n’étaient pas vicieuses.
Pour autant, ces scandales ont eu lieu, et ont servi de jurisprudence culturelle, en quelque sorte : le blackface semble aujourd’hui officieusement interdit, ou socialement réprouvé, au point où plus personne ne s’y risque.
L’argument de la neutralité – qui défendait l’idée que l’on puisse arborer un blackface « bien intentionné », c’est-à-dire en ne colorant sa peau en noir qu’à des fins d’exactitude (dans le cas d’un déguisement, par exemple), s’est incliné face au climat étouffant, écrasant, douloureux, de Black Lives Matter, des grands débats sur le racisme et l’histoire des pays occidentaux, USA en tête, du grand ménage que beaucoup de sociétés font au sujet de leur passé.
On peut donc en tirer une conclusion : le contexte l’a emporté sur les volontés individuelles, et sur cet absolu qu’est celui de la liberté, et de la diversité des intentions de ceux qui utilisent le blackface. Tous les individus qui ont employé le blackface n’étaient pas des racistes ou des suprémacistes, mais l’indéniable connotation raciste associée à ce geste a triomphé dans ce débat, et tranché en sa défaveur.
La swastika a été pendant des millénaires un symbole spirituel employé sur tous les continents, et dans de nombreuses régions du monde, tant et si bien qu’elle a été décrite comme un symbole universel. Signifiant en fonction des cultures et des interprétations la bonne fortune, le cycle des réincarnations ou de l’existence, ou plus globalement l’avancée du soleil au cours de la journée, elle a été récupérée – et salie – par les Nazis, qui en ont fait la fameuse « croix gammée », étendard d’une idéologie ayant fait des millions de morts et qui incarne encore aujourd’hui, dans notre époque, le mal absolu.
Désormais, dans les pays occidentaux, la swastika est durablement amalgamée à la croix gammée et au nazisme, et quand elle n’est pas tout bonnement interdite dans l’espace public par la loi, elle est socialement réprouvée. On peut gager que la swastika des Hindous n’avait pourtant rien à voir avec celle des Nazis, et qu’en prime, les seconds l’ont volée et usurpée à des cultures qui l’employaient de longue date, qu’on ne peut tout de même pas les laisser avoir le dernier mot sur un symbole qui n’est même pas à eux, et qui a existé pendant des millénaires avant cela : toujours est-il qu’il nous semblerait aujourd’hui hors de propos, quelques décennies seulement après la Shoah, alors même que l’antisémitisme n’a pas encore été éradiqué et ressurgit régulièrement dans l’actualité, de se balader avec une swastika dans la rue, et ce même si l’on veut faire référence à la symbolique des Hindous et non à celle des Nazis. Moi qui connais le caractère hindou de ce symbole, et qui suis très intéressée par les religions orientales, je ressens un frisson d’effroi quand je suis confrontée visuellement à ce symbole. Et je n’ose imaginer ce que ressentirait une personne qui n’a pas ces connaissances historico-spirituelles ; ou une vieille dame juive qui a connu les camps ou l’antisémitisme à la papa et qui voit débouler dans la rue un individu portant ce « symbole hindouiste ».
La conclusion est donc ici la même que pour le blackface : le contexte a absorbé les intentions individuelles et l’absolu constitué par les diversité des intentions.
Comme je l’ai dit dans un autre article au sujet de l’abaya, nous n’étions pas tous des terroristes lorsque nous avons été interdits de transporter du shampoing, des cartouches d’imprimantes, ou des contenants fermés dans l’avion, ou lorsque nous avons été obligés de nous soumettre à divers scanners et fouilles avant d’embarquer, suite au contexte d’attentats islamistes sur sol occidental du début des années 2000 : nos petites intentions personnelles se sont inclinées devant le contexte et l’enjeu de sécurité publique que représentait le terrorisme islamique.
Dans quelques décennies ou siècles, dans une société apaisée et ayant fait le ménage dans son passé, peut-être que noirs et blancs pourront réciproquement se « colorier la peau » comme on met un simple perruque pour se déguiser en Marilyn Monroe. Ou que la swastika pourra de nouveau être employée dans les pays occidentaux sans qu’on ne pense immédiatement au nazisme.
Ce jour n’est pas arrivé.
Quand blessure il y a, on évite de mettre du sel dessus et on laisse cicatriser. On se trouve un autre mode d’expression ou un autre chemin. On enlève l’habit sale et on en met un neuf. Par égard pour les autres, pour les victimes et les morts du nazisme, du racisme, de l’esclavage, de la ségrégation, pour la mamie juive qui a connu les années 40 ou le monsieur noir encore victime de discrimination à l’embauche ou au logement, et que la vue de certains symboles atteindrait profondément dans leur dignité : ce n’est pas un gros mot.
C’est la même chose pour l’abaya et le voile. Si l’islam veut entrer dans la modernité – je crois qu’une religion ne peut jamais totalement « entrer dans la modernité » à moins d’être vidée de sa substance, et le dogme vient en général avec un mode de pensée archaïque, mais c’est un autre sujet -, ses croyants doivent savoir abandonner certains symboles qui ont fait du mal à trop de gens et qui créent une confusion réelle avec les islamistes les plus virulents. Ils doivent prendre en compte le contexte dans lequel nous nous inscrivons et comprendre qu’il est essentiel pour eux, comme pour n’importe qui d’autre, de montrer où ils se situent, pour donner des gages et rassurer les nombreux français inquiets à juste titre pour leurs propres libertés. Non pas parce que ces croyants seraient tous des vilains et des fascistes aux intentions douteuses, mais parce qu’ils savent très bien – certains pour en avoir été directement victimes – ce que prétendent souvent faire les religieux et les islamistes quand ils sont majoritaires dans une société, et comme le port du voile n’est, pour ces derniers, pas un simple bout de tissu, mais un symbole essentiel signant la domination de leur idéologie sur l’ensemble de l’espace public, croyants et non croyants, musulmans et non musulmans.
Vieux brouillon dont l’idée date de 2022, que j’ai « presque fini » depuis 2023 (comme je ne sais combien d’articles « presque finis » qui dorment dans mes dossiers…), et que je me suis décidée à terminer aujourd’hui – avec captures d’écran et datation en fin d’article.
Le brouillon et l’idée datent de 2022 quand même, si ce n’est avant… (sur iMac, la date d’une « note » change automatiquement dès que l’article est modifié)
Cela m’amuse de montrer à ceux qui me lisent à quoi ressemble un brouillon en plein chantier… ici, il est marqué 5 juillet 2024, car dès qu’une modification est faite dans une note, sur iMac, c’est la date de la dite modification qui est gardée. C’est évidemment plus ancien encore… 2022, sans doute.
Suite : ici apparaît aussi le brouillon d’un futur article qui sera publié dans la foulée
Suite : ici apparaît aussi le brouillon d’un futur article qui sera publié dans la foulée
Scandale autour de l’athlète algérienne, Imane Khelif, après que cette dernière ait remporté un match de boxe contre l’italienne Angela Carini, qui a abandonné après seulement quelques secondes, face à des coups trop violents, afin, dit-elle, de préserver sa vie.
Beaucoup de voix s’élèvent et l’accusent d’avoir des taux de testostérone bien trop élevés et de n’avoir pas le droit, à ce titre, de concourir dans la catégorie féminine, l’argument de l’injustice s’ajoutant à celui de la dangerosité.
D’abord, des taux de testostérone élevés ne signifient pas forcément qu’une femme n’en est pas une, biologiquement parlant. Par ailleurs, la testostérone est au coeur même du sport, notamment de haut niveau. Si précisément, beaucoup d’athlètes – hommes ou femmes – l’emportent sur la concurrence, ce n’est pas seulement grâce à un travail acharné mais aussi grâce à une testostérone plus élevée que la moyenne des gens, dont il résulte une plus grande force physique, une plus grande résistance face à l’adversité et au stress, une plus grande tendance à rechercher l’adrénaline, le risque, la compétition.
Certains diront : Imane Khelif se distingue par des taux de testostérone spectaculairement élevés, bien plus que ceux des autres femmes et athlètes de sa discipline. C’est sans doute vrai, mais précisément, tout le sport est fondé sur le fait que les sportifs soient une anomalie, pourvus d’attributs ou de forces qui ne sont pas celles du commun des mortels… sinon nous pourrions tous être des sportifs de haut niveau. Michael Phelps a été un nageur d’exception parce qu’il a des mains et des pieds bien plus grands que la moyenne, même par rapport aux autres nageurs, au point que l’on considère que cet avantage reviendrait au fait de nager avec des palmes. Ce qui, à jeu égal, lui fait gagner de précieuses secondes sur ses concurrents. Et personne n’a contesté son droit à concourir. A partir de quand un taux de testostérone « trop élevé » serait considéré comme de la « triche », un truc pas juste qui fausse le jeu, un peu comme un match entre poids plume et poids lourd selon les règles actuelles, et non comme la munition supplémentaire d’un arsenal athlétique, chez celui qui la possède, au même titre que tout le reste de sa génétique ?
« Si Michael Phelps avait eu des pieds plus petits, il n’en serait peut-être pas là », pourrait-on dire. Tout comme on pourrait ajouter : « Si cette femme n’avait pas un taux de testostérone aussi élevé, elle ne serait pas une si bonne boxeuse ». Mais cela reviendrait sans doute à dire : « Si Angelina Jolie n’avait pas de si grandes lèvres, elle ne serait pas si belle ou originale », « si tel ou tel guitariste n’avait pas les doigts si longs, il ne serait pas si performant ». Cela fait partie du package. On ne peut pas isoler un paramètre chez un individu au motif qu’il est extraordinaire ou remarquable, que ce n’est pas du jeu. Le sport est par ailleurs fondé sur cet extraordinaire décalage entre les sportifs de haut niveau… et les autres.
Ce qui est reproché à Imane Khelif, c’est peut-être de dévier de l’idée que l’on se fait traditionnellement de la femme : les combats de boxe prendraient alors une toute autre allure, puisque la féminité telle qu’on se l’imagine y serait bien moins représentée, les archétypes habituels se trouvant supplantés par des boxeuses jugées plus masculines. C’est peut-être la peur d’une défaite trop systématique qui ne laisse plus de place à ces archétypes-là qui terrifie les gens, eux qui sont habitués à voir sur le ring des Angela Carini au visage d’instagrammeuse et aux bras plus fins. La peur, en fait, du remplacement, au profit de modèles plus performants. Pourtant, il faut préciser qu’Imane Khelif a déjà perdu contre 9 autres boxeuses, ce qui relativise l’aspect systématique de ses victoires.
Certains diront cependant qu’Imane Khalif aurait un chromosome XY, ce qui ferait d’elle une intersexe, bien qu’elle soit apparemment née et enregistrée comme femme. Il n’y a pas de données tangibles pour l’affirmer, mais admettons. Dans le cas présent, il ne serait donc pas possible de la classer aussi facilement, cela poserait un certain nombre de questions éthiques assez complexes, qui dépassent de loin mes connaissances. Passons donc sur son cas, qui reste à élucider. Il y en a bien d’autres.
L’on peut tout de même remarquer que bien d’autres athlètes non blanches ont été en proie aux mêmes accusations, alors qu’aucune ambiguïté ne planait sur leur appartenance au sexe féminin biologique. Serena Williams aussi avait été accusée d’être un homme. Pourtant, elle n’est en aucun cas intersexe, pas plus qu’elle n’a de chromosome masculin. Elle est juste… extrêmement forte. Pourvue d’une génétique puissante. Et noire. Ayant fait une bouchée de Maria Sharapova, qui fut pourtant numéro 1 mondiale à une époque.
Là aussi, certains pourraient arguer que Serena Williams a vraisemblablement bien plus de testostérone que ses concurrentes, ce qui serait injuste. Mais les femmes noires en ont globalement davantage. Que faire ? Organiser des catégories ethniques dans les compétitions ? Au même titre qu’il existe des catégories de poids en boxe ? A-t-on le droit de remettre en cause la légitimité d’une communauté entière au profit qu’elle est avantagée sur les autres ? Le paradoxe étant qu’on finit par reprocher à cette même communauté, non de s’écarter des exigences de leur discipline, mais de trop y correspondre ? (Ex : pour une boxeuse, d’être trop forte). Ce qui paraît être le monde à l’envers.
Du reste, les blancs sont très favorisés dans des disciplines comme la nage ou le vélo, par exemple. Il y a donc des domaines où les prédispositions tournent aussi à leur avantage. Et pourtant, cela ne provoque aucun scandale : cela est, tout au plus, perçu comme une donnée avec laquelle il faut composer.
En fait, cette polémique pose un problème plus profond : de nombreuses personnes blanches qui avaient l’habitude de briller dans certains sports se trouvent désormais systématiquement reléguées à un « sous-niveau », car elles affrontent quantité d’athlètes désormais non-blancs, qui ont souvent de meilleures prédispositions, ou sont plus forts ; elles doivent maintenant vivre dans un monde en éveil où elles ne sont plus la norme par défaut, où « l’autre » a aussi, de plus en plus, les mêmes chances de faire valoir ses capacités, et veut aussi se faire entendre.
Ce phénomène est valable au sein des pays et entre les pays.
D’abord, les pays composés de non-blancs, souvent en voie de développement, ou plus pauvres, ont de meilleures conditions économiques et ont gagné en train de vie ; les conséquences naturelles de cet état de fait étant qu’ils ont accès à une meilleure alimentation, qui permet souvent une meilleure robustesse physique et une meilleure croissance des enfants, une plus grande facilité à assurer les besoins nutritifs exceptionnels – et souvent coûteux – réclamés par la compétition de haut niveau ; la malnutrition les ayant empêchés pendant longtemps de jouer à armes égales avec d’autres pays plus prospères. Et on peut aussi imaginer que ces pays en voie de développement investissent de plus en plus dans le sport, la culture, dans le rayonnement international, avec des sportifs de plus en plus capables, et avec de plus en plus de moyens. Et ce d’autant plus que le sport est l’un des domaines privilégiés par les individus issus de milieux modestes ou pauvres pour sortir de leur condition. Cette concurrence nouvelle s’ajoute donc à celle que les pays occidentaux et essentiellement blancs connaissaient jusque là.
Ensuite, le visage même de ces pays occidentaux, considérés comme développés, a changé. L’afflux récent d’immigration vient rebattre les cartes. Pendant des années, les américains n’avaient pas à se soucier de la concurrence des afro-américains, dont la culture a pourtant largement irrigué le pays : l’esclavage puis la ségrégation se chargeaient de les exclure. Certaines femmes blanches regardaient d’un oeil jaloux et suspicieux ces esclaves noires auxquelles leurs époux n’étaient pas insensibles – ce qui se solda aussi hélas par de nombreux viols -, pourvues de formes rares, leur demandant notamment de se couvrir les cheveux, essayant de mater leur féminité. Aujourd’hui, les tables ont tourné. Les afro-américains rattrapent ce retard indû, de manière fulgurante. La conséquence ? Serena Williams, Simone Biles, Michael Jordan, Usain Bolt, Muhammad Ali. La domination presque totale des afro-américains dans de nombreux sports.
On trouve moins de joueurs blancs dans les grandes équipes de foot des pays occidentaux, désormais. Peut-être parce qu’il y a suffisamment d’immigrés pour remplir des équipes de foot. Certains affirment même que les blancs ont du mal à s’intégrer dans des équipes non-blanches, ou sont désormais rejetés, qu’un communautarisme règne, et que c’est un paramètre qui éloigné injustement les blancs de ce sport. Admettons. Mais c’est peut-être aussi que les joueurs noirs ou maghrébins excellent particulièrement dans cette activité – en plus de voir une issue à leur milieu social par le sport, ce qui est plus fréquent chez les individus de milieux très modestes voire pauvres, dont les immigrés font très souvent partie, en France notamment. Ce qui expliquerait les équipes de foot françaises, composées de beaucoup de non-blancs. Et peut-être aussi la ruée de pas mal de blancs vers le rugby, perçu encore comme un sport plus « vieille France », aux racines bourgeoises (le rugby est littéralement né au sein des classes aisées – bourgeoisie et même aristocratie – britanniques), donc moins exposé à la menace du « remplacement ».
Ce changement de visage est peut-être même l’un des facteurs d’une grande opposition concernant l’immigration, chez certains individus : on en parle très peu, on attribue l’insécurité et la jalousie assez systématiquement aux femmes ; pourtant, à la lecture de certains commentaires (notamment ceux qui moquent les femmes oeuvrant par exemple auprès des migrants, les accusant de vouloir « se faire sauter » par ces derniers), il apparaît clair que certains hommes blancs sont complexés par l’arrivée massive d’hommes immigrés perçus comme très voire plus masculins qu’eux et qu’ils projettent là une forme de compétition intra-sexuelle. De la même manière qu’on peut imaginer que les mêmes seraient ravis de voir arriver des millions d’ukrainiennes – on se souvient de nombreux commentaires masculins au début de la guerre ukrainienne, se réjouissant avec humour de cet afflux de femmes en provenance des pays de l’est -, mais que certaines françaises le seraient moins, ou y seraient relativement indifférentes, étant entendu que cette nouveauté serait perçue comme concurrentielle (fun fact : je viens des pays de l’est, et les françaises y exercent une très grande fascination ; on n’est jamais content de ce qu’on a). Il y a là une forme de refus animal, pour celui qui fut roi en son patelin, de laisser entrer une troupe qui pourrait à travail égal le battre d’une manière, si ce n’est systématique, très ou trop fréquente.
On a tous vu des disputes de cour de récré, et s’il ne faut pas essentialiser, c’est rarement la petite blanche qui gagne contre la petite maghrébine ou noire du même âge. C’est ainsi. Il y a des exceptions à tout. Mais chacun ses prédispositions. Elles ne rendent personne supérieur ou inférieur. Mais elles conditionnent en revanche la capacité à briller dans certaines disciplines qui sont conçues pour ne juger qu’un paramètre et une performance précise. Ex : celui qui court le plus vite, celui qui saute le plus haut. Etc, etc.
Cela n’a rien d’injuste ; en tout cas, rien de plus injuste que le système sportif en lui-même, fondé pas seulement sur le travail, mais aussi sur des prédispositions génétiques indéniables, qui sont des acquis de naissance – et des dons karmiques bien mérités, diront ceux qui croient.
De la même manière qu’un nageur aux petits bras serait extrêmement pénalisé, en dépit de la qualité effective de ses performances, ou qu’un coureur aux jambes courtes aurait du mal à rivaliser avec la concurrence.
On pourrait arguer qu’il faut interdire les nageurs aux bras trop longs dans les compétitions sportives ? Pour ne pas fausser le calcul par rapport à des nageurs qui seraient tout aussi rapides, s’ils n’avaient pas les bras si courts ?
Personne ne le fait pourtant. Car le sport est fondé sur l’acceptation de cet arbitraire qu’est la prédisposition génétique, qui ne fait pas tout mais qui demeure un immense facteur. Au même titre que les concours de beauté, dont on peut dire qu’ils manquent d’imagination, sont fondés sur la beauté physique pure ; et précisément, la beauté comme performance, et non comme poésie, où le charme et les défauts, les trop grands éléments de distinction – ceux-là même qui justement font les beautés mémorables, celles qui ont marqué l’Histoire – n’ont que peu de place.
C’est là que l’on réalise que le sport de compétition est une affaire compliquée, charriant des débats infinis, car dans le fond, on est censés juger objectivement – la performance étant censée être le sommet de l’objectivité… et même là, on réalise qu’il n’y a pas d’objectivité. La patineuse noire Surya Bonaly, malgré un niveau technique inégalé dans sa discipline et de nombreuses innovations, n’a jamais remporté la médaille d’or aux JO ou aux Championnats du Monde, et beaucoup de gens dénoncent encore aujourd’hui cette injustice, qui aurait été le fruit du racisme de l’époque. On lui reprochait, en effet, d’être techniquement imbattable mais de manquer d’expression artistique, de grâce. Certains font aujourd’hui le même reproche à Simone Biles, qui est exceptionnelle techniquement et détruit la concurrence, mais qui manquerait de grâce, par rapport à ce qui est traditionnellement attendu de sa discipline. Peut-être est-ce vrai ? Mais comment trancher et savoir ce qui est le plus important, entre technique et grâce ? Surtout, comment savoir si l’on n’interdit pas une nouvelle manière de faire de la gymnastique, ou du patinage, provenant de femmes noires ayant leur propre physique, et qui, si elles ne s’inscrivent pas dans l’histoire traditionnelle d’un sport, n’en sont peut-être pas moins légitimes ?
Si l’on finit par admettre que l’idéal des catégorisations parfaitement objectives est impossible à atteindre, même dans un domaine jugé hautement objectif comme le sport de compétition, que reste-t-il à ce dernier pour se défendre ? C’est là qu’on réalise que le sport sert davantage à fédérer et créer une émulation collective « vivable », qu’à apprécier les performances purement athlétiques : les exceptions trop exceptionnelles sont jugées menaçantes.
Dans le fond, ces polémiques autour d’athlètes biologiquement femmes, mais jugées trop masculines, sont peut-être le reflet d’une insécurité collective profonde : l’incapacité à trouver une réponse parfaite, objective en tous temps et en tous lieux, nous insécurise, le changement nous insécurise, de même que la faillibilité profonde en termes d’objectivité de disciplines sportives que nous croyons réglées comme des horloges suisses dans leurs paramètres.
Cet écueil fondamental nous démontre peut-être les limites de la compétition (et la nécessité d’abolir cette dernière ?). On veut comparer très objectivement deux choses, mais l’objectivité est précisément impossible, même dans le sport, même dans le domaine de la performance. Peut-être que dans quelques années, nous créerons d’innombrables catégories, pour être au plus près du réel : femmes ayant plus de testostérone que la moyenne, personnes de taille équivalente, etc. Ou peut-être que le sport n’impliquera plus de compétition, qu’on se contentera d’admirer des performances uniques, le jeu d’un tennisman, les galipettes d’un gymnaste, sans forcément les classifier. Qui sait ?
J’aime ton odeur Ton parfum de sueur Lorsque les perles de l’effort Coulent comme un trésor De sel et de labeur Au creux de ton dos fort
Et ces effluves qui t’habillent : Un peu de Tobacco Vanille.
Lorsque tu trimes et t’abandonnes Entre mes jambes dépliées Rivage accueillant au flot lancinant Paisible, mais mal apprivoisé
Je peux surprendre dans tes pupilles Un grand colosse qui vacille
Comme un soldat Rentré du combat Cherchant contre un sein Le repos mérité Et entre des draps Et de frêles bras Une nouvelle guerre à mener
Je te sens en moi Canon fier et droit D’un revolver si bien chargé.
Garçon du pays Mat, beau et timide À la peau humide D’avoir trop aimé
Tu n’as pas 20 ans Mais tu sais déjà donner Quand tant de gens ne savent Que prendre et abandonner
Tes muscles neufs De jeune arbre sec Ont quelques gestes maladroits Tu ris et tu m’embrasses presque Comme si tu n’avais pas le droit.
Le soleil du matin Devenu brûlant Et ton regard Devenu brasier :
La chaleur nous accule C’est la canicule Et tu voudrais m’enculer.
L’après-midi étend sur nous Son emprise totalitaire Et la menace incendiaire D’un immense feu de forêt.
L’horizon de notre lit blanc Est celui d’une terre brûlée.
Et pour un instant de savane On se croirait À La Havane.
Tes lèvres charnues Gonflées de ferveur Et comme prêtes À mille faveurs Murmurent l’amour À demi mot
Ta main dans l’or De mes cheveux Plus tu charbonnes Et plus tes airs sont ceux D’un conquistador Près de l’eldorado.
Un balcon vide Donnant sur la cour Sans âme qui vive : Crime sans témoin
Un rare passant Parfois nous entend Nous aimer comme si c’était La dernière fois
Un essaim de colombes Sort par la fenêtre : Ce sont les cris De notre amour maudit
Ambiance cruelle et sans pitié D’homicide non élucidé Ce grand silence est bien celui D’un après-midi d’août à Paris
Nos baisers mouillés Ont la saveur indienne De ces mangues à deux valves A la chair orangée
Le bruissement intime D’un feuillage vert D’huîtres en ventouse De vulves froissées.
Le soleil percute Nos ombres secrètes Comme deux arbres jumeaux Foudroyés
Et la charge compacte De nos étreintes moites Est celle de deux Crustacés.
Après avoir éclaté Comme une pastèque d’été Une pluie salutaire Rafraîchit l’atmosphère
Nous nous étreignons à la pleine lune Dans ces tropiques de fortune
Les cloches ont sonné Le ciel est tombé.
C’est le crépuscule Et tu capitules.
Terminé et publié le 13 juillet 2024 sur FB. Ce poème traînait depuis des années dans mes affaires, presque entièrement écrit, mais il m’était impossible de trouver les derniers vers manquants qui permettraient enfin de le finir. Il était comme intouchable : c’est l’un de mes textes fétiches, j’avais trop peur de le gâcher. Edit du 5 août 2026 : une recherche dans mes archives et versions précédentes m’apprend que le poème était déjà essentiellement écrit en mai-juin 2022 (et non pas le 23 juillet 2023 comme indiqué initialement). J’en avais publié à plusieurs reprises des bouts sur Facebook au fil du temps. J’ai pu le terminer et le publier vraiment le 13 juillet 2024.
Mille choses m’émeuvent aux larmes : Le prodige de la nature et la confiance de l’animal pour l’homme Mille fois trahie et pourtant… , Le combat du soleil pour exister Chaque matin, Qu’un escargot ait choisi le rebord de ma fenêtre pour se reposer Et que des araignées aient élu domicile dans mon salon pour se réfugier de la pluie ; La détresse de ce qui est fragile Et la simple image de mon chat laissé trop longtemps dehors Sans que je lui ouvre. L’idée qu’il pourrait mourir demain, Un instant de porte fermée, Et me croyant fâchée, Sans savoir à quel point je l’aime. Plus le temps passe Et plus je réalise Que la vie et la joie Ne sont possibles qu’en dehors de soi ; Que le moi n’est qu’un puits dans lequel, précisément, puiser L’eau qui étanchera la soif des autres Et qu’il faut des lèvres entrouvertes à l’orée desquelles se verser. Qu’on n’appartient à aucun lieu Et qu’aucun lieu ne nous appartient Mais qu’il faut toujours s’efforcer d’être, au moins, Une maison pour les autres.
Écrit et publié sur FB dans la nuit du 14 au 15 juillet 2024.
Heureux sont ceux qui ont compris Que les pieds sont faits pour être nus et pour être salis, Pour fouler sans armure les sols sacrés aussi bien que profanes ; Que les mollets doivent s’égratigner au détour de grandes promenades, se consteller de piqûres d’insectes, Que les robes doivent se déchirer aux branches ; Que le plus grand luxe, c’est de poser le soir un pansement sur ses pieds meurtris par l’errance heureuse, de s’abandonner aux soins d’un semblable dont on a croisé la route, Que celui qui gagne une ampoule perd une plaie de l’âme, Que celui qui blesse un peu son corps Guérit déjà son cœur ; Qu’il faut coucher dehors, autant que possible, Manger ce qu’il y a, Dormir dans un mauvais lit, Pisser dans des toilettes sales où l’on n’ose pas poser ses fesses sur le rebord, Se rafraîchir à des lavabos de fortune Dans des stations service, Dans des douches collectives où l’on garde ses claquettes, Se raffermir aux efforts du jour et aux danses du soir, Écouter de la mauvaise musique, même, et se laisser entraîner par elle, et y trouver du charme, Prendre son parti de tous les arbitraires de l’instant ; Le corps n’est plus un ennemi dont on guette les trahisons potentielles Mais un simple véhicule pour aller voir le monde, Le beau, grand et merveilleux monde. Comme un train de montagne russe Flambant neuf ou rouillé, qu’importe, Qui, cheminant sur ses rails, irait jusqu’au dessus du ciel, dans les étoiles, Transportant des passagers émerveillés par le voyage. Un beau, grand et merveilleux monde Qui souffre et attend qu’on le prenne dans ses bras.
Il y a tant de joie dans un bout de savon Et un morceau de pain Après une journée de sueur.
Heureux ceux qui savent Qu’il vaut mieux prendre froid Que de rester chez soi, Qu’il vaut mieux rater le dernier train et attendre le premier au petit matin, Errer toute la nuit durant Plutôt que de la faucher en plein élan. Qu’il faut s’allonger par terre, oui, Tremper ses pieds à la première source venue, Qu’il faut partager le repas, les miasmes, Accueillir les microbes du monde, oui. Tout ce qui est dérisoire se lave Ce qui est vraiment sale ne se lave pas ; Ne sont sales que la pensée mauvaise Et la parole malveillante, Et pour ces dernières, il n’y a pas de lessive efficace.
Il faut perdre ses clés, perdre le nord, perdre son temps.
On aura tout le loisir d’être chez soi, De revenir, de se reposer : Le foyer est la racine de l’existence. Mais à cet arbre il faut aussi des fleurs. Une maison, c’est fait pour revenir, Pas pour rester.
Heureux ceux qui savent Qu’il faudrait moins avoir honte d’être tanné, abîmé, ridé, que d’avoir vécu sous cloche. Mais que le mieux encore serait de n’avoir honte de rien, Surtout pas du ridicule, Car Dieu nous aime conscients de notre lumière ;
Que la vie n’est valable que lorsque l’on se tient au bord de ce précipice qu’on nomme le risque mais qui s’appelle en fait l’oubli, Où la mort n’est qu’un prolongement de la vie Et où, par miracle, l’homme parvient à réunir les deux, Comme un enfant qui joue à la marelle, s’adonne à une aventure sans lui être acquis, et semble toujours se tenir à la frontière d’une autre.
Il faut se réveiller en se disant « quelle incroyable aventure m’attend aujourd’hui ? », S’obliger à se le dire, Même quand la vie est pénible Et qu’on n’en attend rien. Car si on peut appeler le diable, Alors on peut aussi appeler les anges. Et une grande aventure commence par un vœu que l’on ose faire, Par un murmure susurré la nuit.
Il faut se préparer à un appel, à une histoire, à une invitation, À un retournement de situation, Pour qu’ils surviennent. Préparez-vous : Comme ça, quand l’aventure vous demandera si vous pouvez sortir, comme un gamin venu frapper à la porte de son ami, vous serez prêts.
Pour cela, il ne faut jamais manquer une occasion de se tenir droit. Il ne faut jamais s’avachir, non. Il faut avoir les cheveux propres en toutes circonstances Et n’être en pyjama que pour dormir. Il faut vivre comme ces enfants Qui sont prêts à partir dès qu’un ami vient leur demander s’ils peuvent sortir jouer, Prêts à descendre dès qu’ils entendent la sonnerie du marchand de glaces, Prêts à enfourcher leur vélo, À changer d’itinéraire ou déguerpir, Selon l’opportunité ou le déroulé des événements.
Vous n’avez pas besoin de grand chose Mais si vous le pouvez, Ayez de bonnes chaussures Et une belle robe en coton ; Il en vaut mieux une bonne que cent inutiles.
Heureux ceux qui savent Qu’il vaut mieux écrire quelques vers décousus qui viennent du cœur Que de payer avec de la fausse monnaie, Même si les autres n’y voient que du feu ;
Qu’il ne faut pas avoir peur de laisser sa porte ouverte, non. L’essentiel, personne ne peut vous le voler. Le reste n’est même pas à vous.
Celui qui aime vraiment la vie N’est jamais paresseux Et n’oublie jamais de balayer devant sa porte, Ni d’accomplir le devoir du jour.
Celui qui vit avec son cœur hors de sa poitrine Fait sa lessive au débotté, Nettoie son sol et range ses affaires en cinq minutes. À l’autre, il faut des heures.
Celui qui se laisse porter comme la feuille au gré du vent, Comme les chats qui s’étirent et qui, malgré une vie dans la poussière des rues, semblent tenus par l’hygiène, Ne meurt pas d’avoir bu un peu de vin, Ou un mauvais Cola un soir de musique et de danse Dans un troquet en plastique.
Celui qui mange quand il a faim et s’arrête quand il est rassasié, Jeûne quand il est malade, S’abstient quand il est en colère Et va dormir quand il est fatigué, Ne peut pas se tromper.
Celui qui part quand il sent qu’il le faut Et quand il n’a plus le cœur à rester, Quoiqu’il lui en coûte, Et ose vider ses poches à la douane, Retombera toujours sur ses pattes Et arrivera forcément à destination.
Celui dont le cœur est un chant Ne cherche jamais à chanter plus fort que les autres Mais à accorder sa mélodie à celle du monde. Il sait qu’il n’y a rien de plus bouleversant qu’un chœur, Musique parmi les musiques.
Celui qui a peur de manger une mauvaise huître Ne trouvera jamais de perle.
Et à celui qui a peur de croquer dans les fruits offerts par l’existence et d’y trouver un vers, Tout sera indigeste.
Ce qui a existé est déjà éternel, Même quand il ne dure pas.
Et si la vie est un immense point d’interrogation, Le présent est un point final, Le dernier mot qui se suffit à lui-même Et fait triompher la joie. Le présent ne répond à aucune question : Il abolit jusqu’à la nécessité d’y répondre.
Parce que le suédois est une très belle langue, sous-estimée, et que ce poème de Karin Boye, une poétesse suédoise de la première moitié du XXème siècle, qui gagnerait à être davantage connue hors de son pays, m’a profondément bouleversée.
Aftonbön (« La prière du soir »), de Karin Boye
Ingen stund är såsom denna, kvällens sista, tysta timma. Inga sorger längre bränna, inga stämmor mera stimma.
Tag då nu i dina händer denna dagen som förflutit. Visst jag vet: i gott du vänder vad jag hållit eller brutit.
Ont jag tänker, ont jag handlar, men du läker allt och renar. Mina dagar du förvandlar så från grus till ädla stenar.
Du får lyfta, du får bära, jag kan bara allting lämna. Tag mig, led mig, var mig nära ! Ske mig vad du sen må ämna !
*
Traduction approximative de ce poème à la ferveur mystique, avec Deepl :
Aucun moment ne ressemble à celui-ci, La dernière heure silencieuse du soir. Plus aucun chagrin ne brûle, Plus aucune voix ne se fait entendre.
Prends maintenant dans tes mains Ce jour qui est passé. Je sais que tu transformeras en bien Ce que j’ai gardé ou brisé.
Le mal que je pense, le mal que j’agis, Mais tu guéris tout et tu purifies. Tu transformes mes jours Du gravier aux pierres précieuses.
Tu peux soulever, tu peux porter, Je ne peux que tout laisser. Prends-moi, conduis-moi, sois près de moi ! Fais de moi ce que tu veux !
Ce superbe poème à la ferveur mystique a également été mis en chanson… et superbement :
À l’occasion de ce solstice d’été, à l’heure où le soleil est à son zénith, je partage la lecture d’un texte qui me bouleverse tout particulièrement, et que j’avais enregistré en mai : Le Temps des Cerises, de Jean-Baptiste Clément (1866), qu’Antoine Renard a plus tard mis en musique. Un morceau qui a fait les belles heures de la Commune de Paris.
Les larmes me viennent souvent vers la fin, et cela n’a pas manqué.
Il y a des aspérités dans cette lecture, j’en ai sans doute fait de plus soignées, de plus parfaites, sans bourdonnement en fond sonore, sans intonation approximative sur la seconde strophe, mais c’est pour préserver l’émotion particulière de ce moment que je partage celle-ci.
J’en profite également pour partager la version chantée d’Yves Montand, ma préférée je crois :
Joyeux solstice d’été et profitez de ce portail pour faire vos voeux, et le plein de joie et de soleil si cela vous est possible !
Crédit : Jean-Marie Périer. Il y a tant de belles photos de Françoise Hardy… en fait, il était sans doute impossible de prendre une mauvaise photo d’elle. Mais c’est à celle-là que je pense. Peut-être parce qu’elle la représente si bien, dans son éternelle harmonie entre les contraires… la grâce et la mélancolie, un jour de beau temps et la pluie.
Françoise Hardy était la plus grande incarnation de la beauté française parce qu’elle n’avait besoin de rien. La France compte quelques grands mythes de beauté, mais aucune ne lui arrive à la cheville car les autres venaient, comme on pourrait dire, avec un arsenal ; armées jusqu’aux dents, pleines d’artifices, de minauderies, de jeux et de ronds de jambe qui déjà altèrent la pureté des choses. Elles créaient leur beauté, produisaient du beau, jaugeaient, ménageaient leur effet, même quand elles avaient la prétention de n’en rien laisser paraître, et à coeur d’effacer leurs traces, de cacher leurs excréments. Sur le visage de Françoise Hardy, il n’y avait pas ne serait-ce qu’un gramme de maquillage, bien souvent. Pas le début d’une coloration, y compris d’ailleurs à un âge avancé. Et surtout, pas d’orgueil, de posture, de maniérisme. Une voix claire comme de l’eau de roche, cheminant sans affectation aucune, sans détour aucun pour se donner du relief, et arrivant pourtant à sa destination : le coeur. C’était l’oiseau simple qui se contentait de chanter, la fleur qui se contentait de s’ouvrir, sans avoir besoin de s’encombrer d’aucune revendication : tout était déjà là. Elle ignorait sa beauté et la sous-estimait de beaucoup, de même que son talent et sa voix, alors qu’elle a incarné et exprimé un sentiment exact qu’aucun autre n’avait exprimé comme cela avant elle, un mélange de mélancolie et de pudeur extrême, de tragédie et de dignité, une justesse et une droiture du tourment (simplement, elle l’a fait avec tant de simplicité et d’aisance qu’elle se prenait pour une chanteuse de bluettes, alors qu’elle était un mythe). Elle avait la maladresse touchante. Elle se trouvait à cette intersection miraculeuse entre la beauté exceptionnelle, et le minimalisme total de celles qui font peu de cas de leur magie, qui ne craignent ni le vent, ni la pluie, ni les baignades des pieds à la tête, ni les vêtements mal coupés ou de confection profane, et qui ne se réfugient derrière aucune lichette de maquillage ou lissage discret, aucun masque ayant la prétention de l’authenticité. Le petit trait d’eye liner qu’elle se faisait parfois ressemblait au rouge à lèvres que certaines femmes du pays à la vie dure s’appliquent pour les grandes occasions, avec l’enfance amusée de celles qui ont rompu la simplicité du quotidien et fait une folie ; on aurait dit un petit plaisir, un bonbon, emprunté dans la trousse de maquillage d’une copine. Sous un raffinement qui lui était aussi naturel que la colonne vertébrale est inhérente à l’humain, une sauvagerie totale dont peu de femmes sont vraiment capables : elle renvoie beaucoup d’entre nous à nos fanfreluches, nos colifichets, nos postures. À tous ces maniérismes si subtils, si bien camouflés, qu’on finit par les oublier et les croire à nous… et c’est en voyant apparaître cette fille d’Ève à la beauté immaculée, cette Demeter adolescente, qu’on se trouve comme rattrapées par la manche : ‘pas si vite, qu’est-ce que tu caches dans tes poches, petite ?’. Et d’apprendre que les simagrées qui changent tout comptent dans le calcul de la douane. C’est sans doute pour cela que, tout comme Laetitia Casta, Françoise Hardy est unanimement adorée des hommes, mais aussi des femmes : ce n’est pas parce qu’elle est moins dangereuse, c’est parce que ces dernières reconnaissent qu’il n’y a dans sa beauté nul bien mal acquis, nulle mesquinerie, nul poison, et elles s’inclinent en conséquence. C’est un facteur très sous-estimé, tant on croit qu’une beauté sidérale attire forcément la haine des autres femmes, quand c’est bien souvent l’attitude dont est entourée cette dernière qui fera tomber la tartine du mauvais côté. La beauté seule, inaltérée, pure, apaise, guérit et rend meilleur celui qui a la chance de la voir, le renvoie à la bonté d’un oasis primordial dont il se sait originaire lui aussi, buvant à cette source un peu de l’eau qui le fera tenir pour la suite du voyage. Françoise Hardy, c’est l’adversaire qui gagne sans s’être présentée, et que tout le monde reconnaît comme gagnante, avec la déférence revenant à qui de droit et signant l’incontestable prérogative accordé par le karma.