Scandale autour de Sydney Sweeney dans la pub Novig : regard féminin, regard masculin, et une affaire de contexte (16 septembre 2026)

Écrit et publié le 16 septembre 2026 sur Facebook

Je pense que Sydney Sweeney fait absolument ce qu’elle veut de son corps, et effectivement, on pourrait s’étonner de ce que des gens, y compris femmes, qui défendent le reste du temps OnlyFans et la politique du « mon corps, mon choix », suivent des « baddies » sur Instagram et leur donnent du « Queen ! » à longueur de temps, s’étonnent ou s’indignent à ce point de cette publicité.

J’étais à deux doigts de vraiment m’agacer contre les personnes qui la critiquent, et en effet d’en classer une bonne partie comme de simples jalouses (pas toutes, je ne suis pas si binaire).

Il y a cependant un seul point qui m’a peut-être échappé au départ et où je peux finalement comprendre la critique d’ « hypersexualisation », comprendre que cette campagne soit jugée un tout petit peu différemment que la nudité et la sexualité pourtant banales et habituelles désormais : c’est qu’aujourd’hui, la nudité et le sexe sont utilisés pour tout, y compris pour vendre des choses qui n’y sont pas forcément liés, ou dans des contextes incongrus. Les autres exemples que les gens donnent en contrepoids pour dire que Sydney Sweeney n’est pas la seule à être nue et que ses détracteurs l’ont aussi été (par exemple, des photos dénudées ou sexy des athlètes féminines en question, sur Instagram ou dans des journaux spécialisés) passent peut-être en ce sens à côté d’une partie du sujet : le contexte diffère.

La nudité ou le sexe pour vendre un shampoing, de la lingerie, des vêtements, du maquillage, des vacances torrides, ou dans un journal spécialisé en photos sexy, peut faire sens. Mais si un supermarché utilisait la nudité ou le sexe pour vendre ses yaourts ou ses poireaux à 1€, les gens seraient aussi critiques, sans doute autant qu’avec la publicité évoquée dans ce texte. Surtout si cela n’est pas assorti d’un certain second degré, et qu’on est dans le sexe pur : ce serait jugé incongru. Il y a bien sûr sans doute des contextes où la nudité et le sexe peuvent être utilisés à contre emploi, même s’ils n’ont rien à voir avec le produit vendu (ex : les Dieux du stade, qui sont d’autant plus « contre emploi » qu’il faut bien dire que la nudité des femmes est plus utilisée que celle des hommes en général). Mais le problème n’est pas tant la nudité et la sexualité que son omniprésence et le sentiment qu’il s’agit parfois d’un ressort facile. C’est peut-être cet aspect sournois qui choque parfois : les gens pressentent qu’on essaie de les avoir par les sentiments. Et il est indéniable que la nudité et la sexualité sont devenues des bouche-trous créatifs d’autant plus utilisés qu’ils sont désormais assez banalisés pour ne pas trop choquer. On peut adorer le sexe, admirer la nudité, et ne pas vouloir être harcelés par une bite ou une chatte à tous les moments de sa vie.

Je n’ai pas vu la série Euphoria, dans laquelle joue Sweeney, mais je sais que cette série a été aussi beaucoup critiquée pour des scènes jugées voyeuristes, et que Sam Levinson, le directeur, a écopé des mêmes accusations pour une autre de ses séries. Qui peut dire que ce qu’il fait est forcément voyeuriste, et pas juste… réaliste et cru ? La difficulté est de savoir à quel point c’est un simple parti pris créatif, une forme de réalisme, là pour dire quelque chose de la société dans laquelle on vit (et c’est un ressort d’autant plus pertinent que la sexualité est omniprésente, comment représenter ça en l’édulcorant ?) et à quel point on a juste un cliché de « réalisateur qui veut se rincer l’œil ou conquérir de l’audience facile ». Chacun aura son propre avis sur la question. La nudité et la sexualité d’un porno, elles, sont franches : cette question ne se posera pas, le spectateur sait pourquoi il est là, il ne se sentira donc jamais piégé.

Moi-même j’ai ressenti un trouble à la vue de cette pub, alors que la nudité et la sexualité, en particulier celle de Sydney Sweeney, est quelque chose que je peux tout à fait aimer en temps normal. Et que je reste d’avis que cela demeure son choix et son droit. Dans le fond, cela reste une question de goûts. L’atmosphère excessive, insistante et très primaire du sexe omniprésent, immédiat, peut plaire à certains, tandis que d’autres préfèreront la subtilité, ou l’érotisme, la lenteur du bonbon obtenu après l’épreuve. Peut-on concevoir que tout le monde n’est pas forcé d’aimer la même chose ? On a le droit de simplement penser : « ce n’est pas mon goût », tout comme on peut ne pas aimer les fringues de telle ou telle marque et passer son chemin sans chercher à convertir les autres.

Cependant, pour en revenir à notre comparaison avec les pubs du supermarché pour vendre des poireaux, et c’est là une nuance au sein de la nuance : les paris sportifs (car la pub Novig avec Sweeney concerne des paris sportifs) sont des « trucs d’hommes », au même titre que les bagnoles, les bières, le foot (non pas que ce soit interdit aux femmes, évidemment, mais le public premier et majoritaire, c’est ici l’homme, souvent hétéro). Dans le cadre de ce type de publicité, la nudité d’une femme est donc sans doute un moyen de « prolonger le plaisir viril ». Et elle s’inscrit dans un contexte qui est celui du risque, de l’adrénaline, tout autant de concepts souvent prisés par l’imaginaire viril, et dans lesquels la sexualisation a au fond sa place. En ce sens, elle est peut-être finalement moins hors contexte qu’une publicité de supermarché qui vendrait des poireaux en montrant une paire de fesses.

C’est peut-être là toute la différence entre le regard féminin et le regard masculin : certaines femmes trouvent que cette nudité est hors contexte et ne comprennent pas pourquoi la nudité doit s’insinuer « même dans une pub pour des paris sportifs », un domaine qu’elles jugent justement purement sportif et donc neutre ou désexualisé… alors que pour bien des hommes, c’est tout à fait l’inverse, c’est un domaine indirectement sexuel ! Si l’on part de ce regard masculin (puisque le public auquel cette pub s’adresse est essentiellement masculin), en effet, la nudité de Sweeney est ici tout à fait dans le contexte. C’est pour les mêmes raisons qu’on trouvera des femmes nues et sexy dans des pubs pour de l’alcool, ou des voitures de sport. Car il s’agit de domaines hautement virils, qui touchent à l’adrénaline, le risque, la libido. Ce n’est non seulement pas hors contexte, mais c’est même en fait tout à fait le contexte.

Rien n’interdirait aux femmes de faire pareil d’ailleurs (c’est juste qu’en général, cela nous intéresse moins, soyons honnêtes). C’est du même acabit que l’humour de vestiaire entre hommes après un match : un truc que beaucoup de femmes ne peuvent pas forcément comprendre, le brocardant donc peut-être comme inutile quand d’autres y verraient de l’ « hygiène », quelque chose de sain, dans le fond pas différent des 50 Shades of Grey ou des livres « Harlequin » romantico-érotico-sirupeux engloutis par de nombreuses lectrices féminines.

Je crois que c’est ce qui explique sans doute l’opposition apparente (je dis apparente car les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, connus pour être des chambres d’écho où s’expriment les opinions les plus extrêmes, on ne sait jamais quelle portée accorder aux polémiques qui s’y déroulent) entre les avis des hommes et ceux des femmes. Les femmes sont peut-être moins ici systématiquement mégères jalouses (comme on aime à les brocarder de manière un peu automatique et facile) qu’incapables de comprendre ce qui n’est de toute façon pas conçu pour elles, et propres à facilement se cabrer face à la possibilité, non qu’une sexualité s’exprime, mais que les femmes soient de nouveau réduites à cette dernière après avoir du se battre pour montrer qu’elles n’étaient pas que ça, ce qui est naturellement une problématique que les hommes peuvent avoir plus de mal à comprendre.

Cela ne signifie pas que les horribles mégères jalouses n’existent pas, notamment dans ce débat. Cependant, la complaisance de certains hommes avec la sexualité, qui les pousse à empocher avec joie la nudité offerte sans forcément interroger sa pertinence, existe aussi, de même que l’orientation idéologique du débat ici, qui font que les gens, hommes et femmes, prennent aussi beaucoup partie en fonction du camp auquel ils sont opposés (c’est ce qui explique que beaucoup de femmes conservatrices ou de droite aient défendu Sydney, quand ce sont essentiellement des libérales qui l’ont brocardée). Car de la même manière qu’on peut se demander pourquoi des libéraux critiqueraient cette publicité montrant de la nudité alors qu’ils la défendent le reste du temps, on peut s’interroger sur le fait que des conservateurs, hommes et femmes, défendent une nudité qu’ils critiquent beaucoup le reste du temps (ex : les mannequins Only Fans).

Chacun défend peut-être moins la nudité ou la non nudité, en réalité, qu’une vision du monde dont il sent qu’on voudrait le déposséder, quitte à parfois se contredire.

Mais en tout cas, je concluerai sur ce que j’ai déjà dit plus tôt : je pense qu’outre les opinions politiques présumées de Sweeney (surtout dans le contexte actuel, très polarisé) ou la jalousie potentielle de certaines femmes, il y a aussi en fait dans cette polémique une simple et bonne vieille différence entre le regard féminin, et le regard masculin. Le regard féminin étant souvent porté à juger « hors contexte » une nudité qui, pour le regard masculin, est au contraire parfaitement dans son contexte, comme un poisson dans ses eaux.

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