32 ans (photo)

En ce 28 décembre 2023, je fête mes 32 ans. L’occasion de sortir une photo récente dont on peut dire qu’elle me ressemble beaucoup, si l’on enlève les distortions naturelles dues au cliché pris de près, le fameux « effet selfie » qui te grossit et t’épaissit bien le nez et le visage. Lumière très naturelle, absence de filtres, appareils modernes qui captent jusqu’au moindre pore de la peau… on ne peut pas faire plus naturel je crois. Comme je le dis en me moquant de moi-même, cette photo est tellement naturelle qu’on voit même mes poils de nez si on zoome (et un poil de pinceau à poudre tombé sur ma joue)… je l’aime bien.
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Affaire Depardieu : la présomption d’innocence pour les accusés, ça n’est pas la présomption de diffamation envers les plaignants

Après des années de controverses qui semblaient n’avoir jamais entamé son aura, Gérard Depardieu est tombé dans la sauce, comme on dit. D’abord, il est accusé par de nombreuses femmes de viol et d’agression sexuelle, les témoignages s’empilant les uns sur les autres, progressivement. Ensuite, les extraits d’un film de Yann Moix où on le voit tenir des propos sexuellement crus ont suscité l’indignation d’un certain nombre d’individus. 

Toute la cohorte de fans, de membres de la famille proche et éloignée, d’ex-femmes, d’ex-maîtresses, d’ex-partenaires de jeu, d’ex-camarades de dortoir au service militaire ou que sais-je encore, et de combattants autoproclamés pour la liberté, est maintenant sortie du buisson pour défendre Gérard Depardieu, et pour s’indigner du ‘lynchage médiatique’ qui lui serait réservé. Une tribune signée par une cinquantaine d’artistes, dont certains noms très prestigieux, – mais dont on remarquera que beaucoup appartiennent à l »ancien monde’ -, vient tout juste d’être publiée par le Figaro.

La chose la plus agaçante dans le débat politique, c’est la mauvaise foi idéologique. Le fait de défendre, par exemple, des choses qu’on ne défendrait pas en d’autres circonstances, parce que cela permet de défendre une personne du même camp que soi, ou pour laquelle on a une certaine admiration. 

Pendant des années, si je comprends bien, on s’est tapés la mauvaise foi de certaines féministes qui nous ont martelé qu’il fallait « croire la parole des victimes », alors que ces dernières n’étaient encore que présumées, et ce sans autre forme de procès. La présomption d’innocence et le respect du droit dont les principes ont été durement acquis au cours des siècles, et qu’elles auraient été les premières à défendre dans un autre contexte, sont étrangement devenus, à la faveur des circonstances, des valeurs encombrantes et anciennes, synonymes d’oppression patriarcale, au même titre que les victimes de viol moquées par les policiers lorsqu’elles viennent déposer plainte au commissariat ; cet amalgame permettant par ailleurs de brocarder comme sexiste toute voix contestataire. Accueillir la parole des plaignantes, l’écouter, sans la juger, ne signifie pas la considérer de facto comme véridique, encore moins quand on est juge, ou extérieur à l’histoire. Elles ont fait exprès de l’oublier, car cela allait dans le sens de leur cause. 

Maintenant, si je comprends bien, on va se taper la mauvaise foi de certains beaufs et réactionnaires qui défendent aveuglément Gérard Depardieu et pratiquent la présomption de diffamation ou de mensonge vis-à-vis des très nombreuses femmes qui l’ont accusé de viol ou d’agression sexuelle, sans même savoir ce qu’il en est. Car défendre catégoriquement Depardieu en de telles circonstances, et avant même la tenue d’un procès, c’est présumer que les plaignantes sont des menteuses ou des diffamatrices. C’est faire la même chose que ce qu’ils ont reproché aux féministes pendant des années, mais à l’envers. Ces individus utilisent opportunément le puritanisme ou la mauvaise foi de certaines féministes pour s’ériger comparativement en opposé idéologique, en défenseurs de la liberté de jouir et de vivre. Mais ils sont faits du même bois putréfié. De la même manière, ils défendent le droit de Depardieu à tenir des propos graveleux – référence au film de Yann Moix – ce qui est après tout compréhensible. Mais le problème, et ils le savent très bien, c’est qu’ils axent leur défense sur cet unique point, en oubliant opportunément que la cause majeure des foudres médiatiques qui se sont abattues sur l’acteur, ce ne sont pas juste les avances qu’il a pu faire ou le langage fleuri qu’il a pu avoir dans ce documentaire, mais essentiellement la possibilité que le monsieur puisse être un violeur ou un agresseur sexuel. Chose qui n’est absolument pas prouvée pour le moment, mais qui est avancée par une quinzaine de femmes, ce qui mérite que l’on s’y attarde un peu. Et ce d’autant plus que ces accusations semblent appuyées par des personnalités comme Sophie Marceau, actrice et symbole d’envergure internationale, à qui l’on ne peut guère reprocher d’avoir besoin d’un coup de pub, comme aiment si bien le faire nombre de relativistes présomptueux qui voient dans chaque accusatrice une actrice opportuniste qui « couche pour un rôle et qui ensuite n’assume pas » ou une gourde qui « se réveille 15 ans après un coït consenti en ayant décidé qu’il s’agissait désormais d’un viol ». 

En d’autres termes, si je comprends bien, dans ce débat concernant les viols et les agressions sexuelles, nous allons de déception en déception. Les propos de Gérard Depardieu ne sont pourtant qu’une énième goutte d’eau dans un vase qui semble déborder depuis longtemps. 

Mettons un nez dans nos archives. Au début des années 90, bien avant MeToo, le cinéma hollywoodien faisait les yeux doux à Gérard Depardieu, qui venait de remporter le Golden Globe du meilleur acteur de comédie en 1991 pour son rôle dans Green Card, de Peter Weir, lequel avait écrit le scénario du film dans l’unique but de faire entrer l’acteur dans le cinéma anglo-saxon – rien que ça. La même année, il avait, paraît-il, de bonnes chances d’obtenir l’Oscar du meilleur acteur pour sa mémorable interprétation dans Cyrano. Mais, comme bien des vedettes en pleine ascension, le passé l’a rattrapé par le col : une interview de 1978 a été exhumée. Dans cette dernière, Gérard Depardieu révélait avoir passé son enfance dans la rue et participé à un viol à l’âge de 9 ans. Des ambiguïtés de traduction ne permettent apparemment pas de savoir s’il avait participé de manière active, ou « seulement » observé. A la rigueur, ce n’était même pas le noyau de la polémique, si l’on considère que chacun peut changer et que des actes commis à 9 ans peuvent difficilement engager le devenir d’un adulte. Ce qui avait choqué, c’était surtout l’absence totale de remords de l’acteur et les explications de mauvaise foi qui avaient été les siennes : pour lui, il n’y avait « rien de mal à cela », de toute façon « les filles voulaient être violées » ; et puis « il n’y a jamais eu véritablement de viol » puisque, pour finir « il s’agit seulement d’une fille qui se met elle-même dans la situation dans laquelle elle veut être. La violence n’est pas commise par ceux qui passent à l’acte, mais par les victimes, celles qui permettent que cela arrive ». 

Cette sortie peu glorieuse avait donc coûté à l’acteur sa prometteuse carrière internationale. La faute, avait-on dit, au vilain puritanisme américain, si différent de notre nonchalance et de notre précieuse liberté française. Liberté de quoi ? De violer ? D’agresser ? De détruire ? De relativiser le crime et d’en blâmer la victime ?

Rappelons que ce vilain puritanisme anglo-saxon, qui peut aussi avoir ses défauts (et ceux qui me connaissent et me lisent savent que je serai la première à le dénoncer), est celui qui a permis à l’écrivaine canadienne Denise Bombardier – paix à son âme – d’être la seule à faire preuve de clairvoyance, des décennies avant MeToo et la publication du fameux Consentement de Vanessa Springora, en confrontant sur le plateau d’Apostrophes l’écrivain Gabriel Matzneff qui se vantait, dans un livre et en public, au beau milieu des rires graveleux, de sodomiser des gamines de 14 ans ; tout le milieu littéraire savait par ailleurs que Matzneff allait dans des pays pauvres tels que les Philippines pour y coucher avec des gamins de 8 ans, il ne s’en est jamais caché ; on ne parle donc pas juste de petites relations ambigues avec des filles presque adultes, ou ‘plus matures que leur âge’. Récemment, une personne a de nouveau porté plainte contre Matzneff, pour des faits de viol. La victime présumée, qui est restée anonyme (et toc pour ceux qui diront que les femmes qui accusent veulent juste de l’attention), dit avoir eu 4 ans au moment des faits… 4 ans. Elle explique avoir été offerte par son propre père, un admirateur de l’écrivain, et droguée pour anéantir ses contestations. 

À l’époque de cette mémorable confrontation sur le plateau d’Apostrophes, et pour avoir eu raison trop tôt, Denise Bombardier avait été traitée de connasse par Philippe Sollers dans la même émission et taxée de mal baisée dans tout le milieu littéraire ; elle avait vu ses livres mis à l’index pour avoir dénoncé ce qui était pourtant, y compris en France, un crime condamné par la morale aussi bien que la loi. Qui a purgé qui ? Qui a « annulé » qui ? Qui a été l’emblème du puritanisme ?

Alors je me demande parfois quel est le véritable mobile des gens qui prennent la défense de Gérard Depardieu sans rien savoir des faits qui lui sont reprochés, et sans considération aucune pour la justice, dont ils passent leur temps à expliquer qu’il faut la laisser faire son travail. Il en va de même de ceux qui considèrent que le ‘jouir sans entraves’ doit primer même lorsque les dites entraves sont le consentement d’un être humain, voire d’un enfant. Il ne s’agit pas, surtout pas, de condamner un citoyen avant qu’il ne soit jugé. Il s’agit de permettre déjà qu’on puisse le juger. Et de comprendre que le respect de la présomption d’innocence, ça n’est pas, sûrement pas, la présomption de diffamation ou de mensonge envers ceux qui portent plainte. 

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Mépris de l’abondance, mépris du féminin

Gennady Dobrov, Farewell glance, 1982

Écrit et publié le 24 novembre 2023 sur Facebook

Je déteste cette tendance bien trop commune dans nos sociétés à juger la quantité de ce que les individus donnent et non la qualité. La prime allant souvent à ceux qui donnent peu, même quand ils le font mal et affichent une rareté d’opérette.

On valorise en effet ceux qui sont rares, ou jouent à l’être, peu importe ce que leur posture peut avoir d’artificieux, peu importe la pertinence de ce qu’ils ont à dire, proposer ou exprimer. A l’inverse, on dévalorise ceux qui donnent beaucoup, généreusement, même quand le don qu’ils nous font est de haute volée et qu’il n’entame en rien sa qualité.

Cela a à voir avec l’ingratitude que les gens ont si souvent vis-à-vis de ceux qui sont fiables et présents, qui donnent beaucoup d’eux-mêmes au jour le jour, et la survalorisation de ceux qui savent se rendre inaccessibles et qui prospèrent parfois sur une inflation de leur vraie valeur.

Combien de gens méprisent l’ami attentif qui les écoute, et le fait bien, le prenant pour un acquis ou un être qui fait partie des meubles, et déroulent des tapis rouges et des cadeaux à n’en plus finir au premier individu qui leur a rendu le plus petit service ?

Cela est valable aussi dans le milieu de la création, où je note souvent que des gens qui peinent à accoucher de chaque travail, comme un vieux citron séché peine à donner la moindre goutte de jus, mais qui affichent un vernis de distance, ou présentent de la merde dans un emballage séduisant, sont plus valorisés que des gens qui non seulement font mieux, mais sont capables d’une prodigalité de fusée qui en dit long sur la solidité de leur talent.

On se trouve à préférer les colifichets laborieux de n’importe quel individu qui a une trop haute idée de lui-même et présente tout ce qu’il fait comme s’il était un pharaon qui ne sort de son silence que tous les quelques mois, et à mépriser un individu capable de sculpter avec abondance des choses magnifiques, et d’offrir son cadeau avec spontanéité et simplicité.

Dans certains secteurs comme celui-ci, du reste, outre l’ingratitude progressive pour ce qui nous semble trop acquis, évoquée plus tôt, corollaire d’un manque de sagesse et d’une incapacité résultante de l’humain à se réjouir pour ce qu’il a, je me demande s’il n’y a pas aussi là une forme d’envie inconsciente vis-à-vis de l’arbre miraculeux qui donne beaucoup de fruits et n’a pas besoin de se faire attendre.

Il est alors commode de se débarrasser de la concurrence en retournant sa générosité contre elle-même, de faire passer celui qui produit beaucoup pour un travailleur à la chaîne ; de brocarder celui qui parle ou écrit beaucoup – même si c’est parce qu’il a un million de belles choses à transmettre – pour un simple bavard et lui enlever les lauriers de sagesse qui lui reviennent.

Je ne peux pas ne pas faire ce rapprochement, qui sonne comme une évidence : cela me rappelle la même tendance à dévaluer le travail domestique des femmes, sous prétexte que celui-ci est quotidien, alors qu’il sert souvent de fondation à la maisonnée, et qu’un écroulement aurait lieu s’il fallait s’en trouver privés, que les mêmes services coûteraient une fortune s’il fallait se les payer rubis sur l’ongle.

Me vient en mémoire le visage de nos mères qui ont souffert de n’être plus regardées par leurs enfants, à qui elles donnent tout, tandis que la moindre visite d’un grand-parent ou d’un voisin, le moindre restant de brioche chaude offert un lendemain de fête, éclipse des années de bons et loyaux services, de vêtements recousus à minuit, de miracles bricolés à la dernière minute avec les moyens du bord, de bons repas qui attendent sur la table quotidiennement comme un dû, de potions magiques concoctées les jours de maladie et portées au chevet, de fluides et de saletés essuyées derrière tout le monde, de sourires et d’attentions accordés par delà la peine, les tracas, les problèmes d’argent ou de santé.

Nos pauvres mères, elles en savent quelque chose, elles qui font parfois la tête sur les photos sans que l’on sache pourquoi, et qu’on a tôt fait de désigner comme des épouses revêches ou casse-pied, ‘ah si elle était aussi détendue que son mari’, et autres jugements péremptoires. Et ça, c’est quand nos mères n’ont pas tout simplement disparu de l’image à force d’être celles qui courent derrière les autres un appareil à la main, sans qu’on leur propose jamais d’être de la fête, passant les plats en cuisine, lavant la vaisselle, tandis que tout le monde mange et rit bruyamment dans le salon.

Combien de fois elles ont été ce guide qui reste à quai des grands voyages, qui tend la main sur le pas de la porte pour un dernier au revoir tandis que les autres s’en vont à l’aventure. Elles n’ont pas dormi de la nuit et se sont chargées de remplir les valises et vérifier que rien ne manque. Mais, sitôt partis, on les oublie comme un être d’escale, alors qu’elles sont bien souvent celles qui rendent tous les périples possibles et gardent le feu allumé pendant nos absences.

Le mépris de ce ce qui se donne, de ce qui est là, c’est avant tout, je le crains, le mépris du féminin, réduit à l’invisibilité la plus injuste. Il semblerait alors que ce soit à nous d’ajuster notre regard.

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Les gens ne savent pas être libres

(Journal du 3 décembre 2023 au matin)

Statue coléreuse dans El Cid (1961). Une superbe photo de la superbe Sophia Loren, dont la beauté proverbiale était aussi originale, donc libre. Elle a imposé son propre modèle, ses grands yeux verts, ses sourcils altiers, son nez long et racé, son incroyable menton et la structure impériale de son visage. Que de grands mythes fondateurs n’auraient jamais existé s’ils avaient cherché à « ressembler à tout le monde » au lieu de ressembler à eux-mêmes…

J’ai vu passer ce matin même un « réel » d’une jeune fille au visage ravagé par la chirurgie et l’artifice (des lèvres pulpeuses mais inertes, figées, accusant les injections, des espèces d’extensions de cils très touffues qui donnent une impression de ‘pattes d’araignées’ autour des yeux, des sourcils très faits, des cheveux très lisses, etc). Elle était apparemment venue se faire injecter les mâchoires chez un chirurgien (j’ai hésité à écrire : boucher), comme s’il n’y en avait pas assez, comme s’il fallait ajouter à ce désastre une nouvelle lubie à la mode histoire de parachever cette entreprise grotesque de destruction de soi.

Cette fille, dont le visage affichait sans doute il y a encore peu de temps la vie, la fraîcheur, l’innocence et la gaieté des jeunes filles, ressemble maintenant à tout ce qui se fait et se voit sur instagram, un archétype que je n’ai même pas besoin de décrire puisque tout le monde le connaît. En plus de paraître le double de son âge (ce qui n’est pas un mal en soi : mais ici, c’est la jeunesse apparente conjuguée à une forme de vieillissement précoce, et plus que tout l’union discordante de ces deux âges, qui est disgracieuse et tragique).

Et une chose m’a frappée : je trouve incroyable, et d’une tristesse sans nom, de ne même pas avoir l’orgueil de sa génétique (la sienne, celle de ses ancêtres) et de son originalité propre, et d’accepter d’être simplement « une créature parmi d’autres », ou la copie de telle ou telle vedette de télé-réalité dont on vient grossir l’influence au détriment de sa propre personne, comme un vulgaire soumis qui s’arracherait son propre pouvoir pour le donner à quelqu’un d’autre.

C’est sans doute ainsi que les empires se créent : le monde est, encore aujourd’hui, fait d’une minorité de gens qui font, impulsent, vivent… et d’autres qui copient et obéissent.

Il y a toujours, d’une certaine manière, des roturiers et des aristocrates. Et le temps des monothéismes est toujours là, il n’a fait que se transformer.

Tout l’état du monde se révèle à travers ces modes, qui démontrent à quel point les gens sont prompts à ignorer leur propre lumière et sacrifier leur propre liberté – en pensant l’exercer, c’est toute l’ironie de la situation.

Cela donne un exemple supplémentaire qui va dans le sens d’une chose que les sages de toutes époques et de tous lieux savaient déjà : la vraie liberté n’existe qu’en soi.

Il ne suffit pas de vivre dans une société libre et démocratique. Encore faut-il soi-même avoir un coeur libre. La liberté est quelque chose d’individuel – ces individualités s’additionnant ensuite pour faire grandir la liberté collective. Et beaucoup de gens n’ont pas encore développé cette force et cette intelligence-là. On leur donne la liberté : ils la dilapident.

Les gens ne savent pas être libres. Ils se cherchent encore des Dieux, extérieurs à eux-mêmes ; ils vénèrent encore des statuettes. Et en pensant afficher les signes du pouvoir et de la beauté, ils prient devant l’autel d’un autre, et font de toute leur personne un monument à la gloire d’un autre. Leur désir illusoire et acharné d’être ce qu’ils ne sont pas les prive de ce qu’ils sont. 

Mais qui êtes-vous, vivants qu’on appelle semblables ? Pour voir si bien la lumière des autres, et être aussi aveugles à la vôtre ? Et pourquoi continuez-vous d’ignorer que vous êtes Dieu en personne ?! …

El Cid (1961)
El Cid (1961). Interrogée sur sa beauté, Sophia Loren, qui fut considérée par beaucoup comme « La plus belle femme du monde » de son époque (et toutes époques confondues !) disait : « It’s not even perfection. I was unique. I was not beautiful in the sense like a doll. »
Je n’ai pas réussi à trouver cette photo sans le tag…
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Vous n’êtes pas prêts pour la génération Pluton en Capricorne… (astrologie)

Vous n’êtes pas prêts pour la génération Pluton en Capricorne (née entre 2008 et 2024, sauf périodes de rétrogradation).

Pluton, la planète la plus éloignée du système solaire (du moins en astrologie*), la plus lente, donc, collective et générationnelle (avec Neptune et Uranus), est rentrée en Capricorne en 2008 (et va en sortir définitivement dans quelques mois, en 2024). Nul ne sera surpris que cette entrée ait coïncidé avec la crise des subprimes, une crise économique et politique de grande ampleur dont nous essuyons encore les plâtres 15 ans après, avec à la clé austérité et rigueur. Après tout, le Capricorne régit – entre autres – les structures, la politique et l’argent. 

Si les adolescents d’il y a quelques années avaient Pluton en Sagittaire, de même que les vingtenaires actuels, les premiers Pluton en Capricorne, les plus âgés d’entre eux, ont désormais 15 ans (les plus jeunes ayant encore quelques mois pour naître), et ce sont eux qui vont maintenant incarner l’adolescence, et sous peu la jeunesse.

Pluton est la planète du « détruire pour mieux reconstruire », des transformations de fond, des obsessions, de la mort, de la sexualité, des rapports de force, de l’occultisme, de la psychologie, de l’invisible, des grands mystères. Le signe du Capricorne, régi par Saturne, est un signe ‘no bullshit’, incarnation du père en astrologie, du karma et de la loi, bâtisseur mais lent, sérieux, dur, intègre, absolutiste, mature, stratège, courageux, froid, et indifférent à ce qui ne traverse pas l’épreuve du temps ou de la réalité. Pluton régit le Scorpion, autre signe de profondeur et de pouvoir. La différence étant seulement que le Capricorne est un signe qui regarde la réalité en face, réfractaire aux modes ou aux caprices individuels, aux narcissismes immatures, aux illusions dans l’air du temps ; là où le Scorpion est un signe qui regarde par-delà la réalité, et qui prétend creuser les apparences, juger l’arbre à ses racines plutôt qu’à ses fruits. Le premier est un roc, un phare impassible face à la tempête, le second est un soldat pugnace et rusé qui vit dans le feu. Le premier est incorruptible. Le second considère qu’il faut se salir les mains. Le premier a une vision à long terme dont il ne s’écarte pas. Le second est réactif. Dans le tarot, le premier est le Diable, le second la Mort… Le Capricorne et le Scorpion sont deux signes que l’on retrouve énormément, souvent en binôme, à des endroits clés des thèmes astraux de grandes figures de la politique ou du pouvoir (qu’il soit exercé ou réfléchi), de Napoléon à Margaret Thatcher en passant par Elizabeth II, Attaturk, Ayn Rand et Otto Von Bismarck ; mais aussi de dictateurs tels Mao Tse Toung, Adolf Hitler, Joseph Staline, Kim Jong Un, etc.
Les deux peuvent se muer en tyrans, poussant la logique du pouvoir à son extrême. Les deux sont capables d’une grande profondeur, et d’une perspicacité qui ne laisse rien passer. 
Dans tous les cas, lorsque ces deux signes se retrouvent dans une génération – ici le maître du Scorpion, Pluton, en Capricorne, donc -, cette dernière promet d’être de fer et d’acier, capable de détruire par le feu ou faire tomber (Pluton) des statues et des monuments qu’on croyait éternels (Capricorne) tant ils sont là depuis longtemps…

Le Capricorne est le signe des hauteurs – analogique à la maison 10, la plus haute du zodiaque, celle du zénith, de la culmination sociale, de la reconnaissance, des honneurs -, à l’image de la chèvre en haut de sa montagne, et le Scorpion est le signe des profondeurs. Ce qui est un intéressant alliage. 

Le Capricorne est l’inspecteur du travail qui vient constater ce qui est, auréolé de son savoir, de sa légitimité, de son incontestable autorité, faisant fermer les restaurants aux cuisines sales, infestées de rats et de cafards ; l’huissier qui vient réclamer la dette ; le policier qui siffle la fin de la fête. Le Scorpion est le détective privé qui vient percer les mystères, infirmer ou confirmer les soupçons, traquer, fouiller, surveiller, déjouer les fausses pistes, voir à travers les alibis fallacieux.
On voit ici les différences autant que les points communs.

Avec Pluton en Capricorne, il y a une volonté générationnelle d’élucider et d’interroger la réalité qui nous est présentée, les structures qui nous entourent, l’autorité et ceux qui l’incarnent. On ne veut plus les accepter aveuglément. On les aime et on les tient pour nécessaires, mais c’est justement pour cette raison qu’on souhaite les transformer. On remet en cause les vérités officielles, on bouscule le pouvoir en place, les gouvernements, l’économie, le patronat, on fait coup d’état (le ‘printemps arabe’, les renversements politiques violents depuis 2008 en témoignent…).

C’est sous le signe de ce transit que nous vivons depuis 2008 (et ce jusqu’en 2024).
La génération qui est née durant cette période, bien que trop jeune pour avoir participé à ces changements, sera profondément imprégnée de cette mémoire et de ces revendications.

Nous aurons donc, avec cette génération, une cure de lucidité. Et elle pourrait bien être amère. 

Pluton en Capricorne va vraisemblablement engendrer des jeunes qui vont mettre les adultes en face de leurs responsabilités, les confronter froidement à leurs illusions, y compris et surtout celles qu’ils ont érigé en structures (politiques, économiques, collectives…), ou qui vont regarder d’un oeil mature et désabusé le monde des adultes et des puissants, en le tenant pour ce qu’il est, c’est-à-dire assez souvent un groupement de gamins qui eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils font et qui n’ont que leur statut, une légitimité fragile ou une date de naissance sur leur passeport pour justifier leurs décisions.

Cette génération va transformer l’autorité, et surtout, la démystifier totalement. Fini d’accorder un respect par défaut aux adultes ou aux institutions, aux représentants du pouvoir, ces derniers vont devoir faire leurs preuves. Ces jeunes seront puissants, intègres, courageux, responsables, travailleurs, et auront un esprit politique très marqué, avec l’envie d’infiltrer le système, les institutions, de les bâtir ou les rebâtir, de les détruire et les reconstruire, afin de mener leur vision du monde à la victoire. Ils auront aussi sans doute un esprit entrepreneurial fort et il n’est pas impossible que nombre d’entre eux aient des ambitions et un désir de commandement précoces, notamment dans les domaines de la politique, des structures, des administrations, de l’économie, des institutions, des sciences dures, de l’intellect, avec un véritable don pour cela d’ailleurs… ou bien qu’ils se lancent très tôt dans une carrière sans en référer à qui que ce soit, pas même leurs parents, en prenant l’entière responsabilité de leurs choix. Beaucoup feront peut-être le choix du renoncement au statut socio-professionnel traditionnel. Mais beaucoup se concevront en tout cas comme les rouages d’une mécanique, avec pour corollaire l’impératif de poser sa pierre à l’édifice collectif et d’accomplir son devoir. La vision du travail – domaine Capricorne – en sera profondément changée, et nombre de ces jeunes seront réfractaires à son acception traditionnelle, à l’exploitation collective au profit de quelques uns, au fait d’user sa vie pour un emploi dont on ne sait pas bien le but, aux bullshit jobs, à l’autorité aveugle (et auront-ils le choix, de toute façon, eux qui seront jeunes en plein boom de l’intelligence artificielle, qui promet de rebattre les cartes ?). Revenu universel, redistribution des richesses, collectivisation, sens à travers la vocation, service à la société et responsabilité individuelle, pourraient s’imposer comme les grandes obsessions de cette génération, qui refusera de s’accrocher aux branches d’un monde en transition depuis des années déjà…
Ils auront soif de choses qui fonctionnent, et une capacité naturelle à juger les choses sur leur valeur effective et non fantasmée. A cette génération, on ne pourra pas vendre n’importe quoi.

Eux qui n’ont jamais connu autre chose qu’un monde en crise – politique, économique, sociale – vont demander des comptes à tous ceux qui ont rendu cette situation possible et porteront un regard impitoyable et dénué de complaisance sur les erreurs, les corruptions et les manquements de leur environnement. Tout en souhaitant réformer le monde et les fondations qui le maintiennent, tout en ayant envie de guérir les structures collectives, et tout en aspirant à des mécaniques bien huilées qui brillent par leur efficacité et soutiennent la société, ils seront méfiants et auront conscience qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. En conséquence, ils ne rendront de comptes à personne et feront de leur conscience le seul juge souverain – que celle-ci soit pure ou non, d’ailleurs. 

Capables de discerner le vrai du faux, passant au crible comme des inspecteurs les décisions qui ont été prises, ils n’auront ni patience ni amusement pour les illusions à la mode qui se sont ancrées dans notre système jusqu’à provoquer sa paralysie. Arrivés en bout de course d’une situation qui ne cesse de se déliter, et parfaitement conscients que le statu-quo et le jeu par les règles ne suffisent plus, ils seront radicaux et sauront prendre des décisions douloureuses. Ils n’auront aucun mal à organiser le plan social ou le procès des générations antérieures ou du monde actuel… Ils agiront en tous les cas en grands liquidateurs.

Le risque, cela peut être celui de la tyrannie, de l’autoritarisme, de la violence, de la vengeance politique sanglante, de la purge et de la terreur, de la pensée abstraite, structurelle, quasi-mathématique et désincarnée, de l’impossibilité à concevoir les individus comme autre chose que les rouages d’un système. Les utopies du XXème siècle qui se sont transformées en machines à broyer, et qui ont pourtant persisté dans leur élan, en sont un bon exemple. Deux possibilités nous guettent – et parfois, c’est un mélange des deux que l’on obtient : le remplacement pur et simple d’un ordre ancien par un ordre nouveau, pas forcément très agréable, agissant comme purgatoire ou revanche, ayant pour but de liquider dans la douleur ce qui n’a plus sens. Ou la transformation éprouvante mais thérapeutique de l’ordre actuel, de l’autorité, du squelette primordial soutenant le monde.

Si la seconde possibilité l’emporte, ce ne sera pas la mort de l’autorité pour autant – le Capricorne tient aux hiérarchies et les sait vitales -, mais un travail de purge se fera. L’ordre devra se justifier et se prouver. Le mérite, l’intégrité, le courage, la réalité, seront parmi les valeurs-clés. 

Dans tous les cas, cette génération qui arrive ne fera ni dans la dentelle, ni dans la légèreté. Et vous n’échapperez pas à son jugement. Il y a des chances pour que ces jeunes vous traitent comme s’ils savaient mieux que vous (et il y a des chances pour que ce soit le cas).

En fait, pour vous donner une idée… cette génération, ce sera Greta Thunberg**… en pire.  

*Pluton n’est plus reconnue comme une planète en astronomie ; elle en est cependant toujours une en astrologie.
** Greta Thunberg a justement un stellium en Capricorne, notamment Soleil et Lune, et Mercure. Et Vénus en Scorpion. 


Cet article n’a pas vocation à être exhaustif. D’autres personnes ont analysé mieux que moi en long, en large et en travers, le sens profond de Pluton en Capricorne et tout ce que ce transit a changé dans notre monde depuis 2008, dans des textes que l’on peut souvent facilement trouver en ligne. Je vous recommande de faire ces recherches. Je choisis ici un parti-pris, un angle, plus métaphorique sans doute. Et je rappelle que je ne suis pas astrologue : je fais cela pour le plaisir de partager mes petites ‘découvertes’..

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Crépol : de l’inhumanité de s’en prendre à ce qui est déjà fragile

L’Angélus, de Jean-François Millet, 1857-1859

J’avoue, le drame de Crépol m’a fait pleurer, plus encore que d’autres drames, parfois plus violents. Le coup de grâce étant sans doute les vidéos de la mère de Thomas, cette pauvre petite femme, fatiguée par le labeur, dont la vie n’a sans doute pas été facile, modeste et recroquevillée sur sa douleur, essayant de garder sa dignité dans les larmes, serrant une pancarte en pleurant la mort de son jeune fils.

Car il y a là quelque chose de l’attaque envers ce qui est déjà faible et fragile, envers ce qui non seulement n’a pas un sort enviable, mais trime pour survivre, dans la plus scandaleuse indifférence.

Aucune violence de ce type ne se justifie, mais cette France-là, c’est celle de petites gens qui sont statistiquement les plus pauvres de France, qui n’ont pas grand chose et subsistent difficilement, qui se cassent le dos et font des métiers pénibles, déconsidérés et mal payés, alors qu’ils sont essentiels, quand ils parviennent à en avoir un, sans grand espoir de mieux, dont les usines ferment une à une, qui peinent à vivre de leur agriculture alors qu’ils nourrissent le pays, meurent de maladies précoces, respirent à l’année des résidus de pesticides, ne partent pas en vacances parce qu’il n’y a pas d’argent pour ça et qu’il faut faire tourner l’exploitation, n’ont pas d’accès à la santé, aux loisirs, au travail, à l’éducation, aux infrastructures, au foisonnement urbain, et dont les adolescents essaient de se bricoler une jeunesse dans l’ennui avant d’être envoyés poursuivre le pénible destin familial en se cassant le dos dans la même usine que celle qui a eu la peau de papa, dont les villages vieillissent, se vident de leurs âmes et des rires d’enfants, qui subissent sans moufter, qui savent ce que c’est de bâtir et faire pousser à la sueur de leur front et sont en conséquence incapables de se rebeller et détruire, préférant la silencieuse et pudique autodestruction, qui se laissent mourir dans l’alcool et dépensent leur petit argent pour s’anesthésier de la réalité, dans l’indifférence la plus totale, qui peinent à envoyer leurs enfants faire des études supérieures, faute d’argent pour les aider à se loger, ces derniers renonçant souvent à leurs rêves – les pauvres de banlieue, qui sont moins pauvres que ceux du monde rural, ont au moins cette ouverture sur l’avenir et les grandes villes (et la banlieue, j’en viens).

La seule richesse de ces petites gens, ce sont leurs enfants, et la tranquillité relative de leur existence, à l’abri plus ou moins d’une forme d’insécurité devenue endémique dans le reste du pays, juste contrepartie du fait de vivre dans des endroits « où il ne se passe rien ».

Et même ça, on le leur prend, comme on sort de sa route juste pour aller mutiler une fleur déjà fragile qui essaie de pousser contre le vent, écraser un petit papillon qui tente de s’envoler, comme ça, sans raison. Ca n’est même pas la rancoeur violente envers ceux qui oppriment ou exploitent, ou la jalousie vis-à-vis de ceux qui ont tout, juste l’envie gratuite et sombre de détruire ceux qui n’ont rien, ou encore moins que soi, et qui ne font qu’exister, vivoter même. C’est, en définitive, l’expression la plus aboutie de la barbarie humaine.

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Colin Firth, le roi bègue (astrologie)

Colin Firth dans Le discours d’un Roi

Je viens de publier un article astrologique sur Hugh Grant et Colin Firth, réunis dans Bridget Jones. 

Cela n’a pas place dans ce texte, alors je l’écris ici, en aparté : il est intéressant de constater que Colin Firth possède un Milieu du Ciel en Lion, conjoint à Uranus. Le Milieu du Ciel concerne l’image sociale et publique, la marque et l’héritage que l’on laisse, le rayonnement le plus élevé de l’individu. Et Colin Firth est effectivement amené à jouer des personnages typiques du Lion, rayonnants, nobles, possédant un certain statut, mais aussi, comme le veut Uranus, tournés vers la liberté ou l’humanitaire, différents des autres (que cette différence soit choisie ou subie), imprévisibles, inattendus. 

Dans Bridget Jones, il a effectivement joué un avocat de renom, que l’on voit porter la perruque pour des procès historiques, fréquenter de grandes institutions, tutoyer les grands de ce monde, discuter avec des ministres et des ambassadeurs, obtenir par quelques coups de fil la libération de Bridget, et briller par une certaine noblesse de caractère. Avec la conjonction d’Uranus, qui s’ajoute : il est évidemment avocat dans le domaine des droits de l’homme, et la figure du libérateur, du sauveur, ressort indéniablement de son personnage, son rayonnement demeure tourné vers l’autre. 

Autre exemple très intéressant : Dans le film « Le discours d’un Roi », il incarne évidemment un Roi, oui… mais un Roi bégue. La royauté est évidemment le domaine du Lion, tandis qu’Uranus est l' »outkast », celui qui diffère et se démarque, en bien comme en mal, qu’il s’agisse d’un banni, d’un marginal, d’un original, voire d’un génie. Dans ce film (et dans l’Histoire, puisqu’il s’agit de faits réels, bien que sans doute romancés), son personnage, George VI, monte par ailleurs sur le trône suite à l’abdication de son frère. C’est un règne (Lion), mais un règne inattendu, tombé dans les mains de celui qu’on n’attendait pas (Uranus). Il joue le rôle d’un personnage à la fois royal et en même temps – dans le cadre doré qu’est celui de la royauté – différent et anticonformiste à sa manière. Uranus vient ici apporter de l’imprévisible au rayonnement léonin du statut social. 

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Hugh Grant et Colin Firth dans Bridget Jones, deux facettes de la même médaille (astrologie)

Colin Firth, Renee Zellweger et Hugh Grant pour Le journal de Bridget Jones

Frimas obligent, j’ai revu Bridget Jones il y a quelques semaines. Il est intéressant de constater que les deux acteurs masculins principaux qui encadrent l’héroïne, Hugh Grant et Colin Firth, ont des thèmes astraux très similaires. Mais chacun semble incarner le versant positif ou négatif de certaines énergies. 

Les deux ont un Soleil en Vierge, et possèdent un stellium dans ce signe. Mais Hugh Grant incarne Daniel Cleaver, un journaliste, cérébral, intellectualisant, bon archétype de la « Vierge folle », là où Colin Firth incarne Mark Darcy, un homme de service, professionnel et droit. 

Même chose pour Mars en Gémeaux, que les deux possèdent, et qui pousse le premier à l’inconstance, la communication verbeuse et joueuse, tandis que le second est un homme de verbe, avocat de profession, rompu aux plaidoiries.

Hugh Grant possède un ascendant Vierge, signe mercurien, avec de surcroît Mercure en maison 12 sur l’ascendant (et plus généralement un stellium en 12), et Vénus en maison 1 : l’énergie mutable au sens le plus négatif du terme est marquée, de même que la séduction vénusienne. Son caractère est celui d’une « bulle de savon » ou de chewing-gum. Il est sucré, souriant, agréable, brillant, habile de ses paroles, chevelu et perfectionniste. C’est un séducteur qui entortille facilement Bridget dans sa toile, mais il est inconstant, d’un romantisme superficiel, récitant des poèmes sur un bateau mais ne tenant pas parole, joueur, volage et manipulateur sans même s’en rendre compte, abandonnant Bridget à son sort quand elle a vraiment besoin d’aide sur le mode « courage, fuyons ». 
Colin Firth, lui, possède un ascendant Scorpion, dont il incarne dans le film les traits essentiellement positifs : c’est un homme sombre, taciturne qui passe d’abord pour froid et coincé aux yeux de Bridget, qui ne le comprend pas (et nous sommes sans doute beaucoup de femmes à ne pas la comprendre sur ce coup-là, et à avoir eu un coup de foudre immédiat pour ce personnage pudique et magnétique : mais le Scorpion n’est pas un signe qui plaît à tout le monde…) ; il s’impose d’emblée comme un personnage dérangeant (ce qui est typique du Scorpion) ; il est la victime des « mauvais préjugés » de l’héroïne (avoir mauvaise réputation est caractéristique du Scorpion, que cette dernière soit fondée ou pas). Mais il se révèle loyal, fiable et sûr de ses sentiments, en dépit de l’adversité, intense, avec toute l’obstination du tireur que rien ne décourage de sa cible, courageux, prêt à se battre pour ce qu’il dit aimer, et menant une lutte opiniâtre. 
La scène de baston est à cet égard assez édifiante : c’est Colin Firth qui prend les choses en main et sort de sa réserve pour provoquer Hugh Grant en duel, frontalement. Il se bat comme un homme et mène le jeu. Alors qu’Hugh Grant n’hésite pas à lui demander du répit… pour ensuite l’attaquer lâchement lorsqu’il tourne le dos. 

Les deux ont par ailleurs Vénus en Balance, et Lune en Taureau (Vénus et la Lune étant les deux planètes qui représentent le féminin dans un thème masculin hétérosexuel…), ce qui est très intéressant si l’on considère que les deux hommes sont effectivement attirés (Vénus) et sécurisés (Lune) par la même femme. 
De plus, tous deux forment une forme de binôme d’inimitié dans ce film, chacun étant le miroir de l’autre. Ils se ressemblent, mais le premier est une version immature et négative du second, qui a quant à lui transcendé les défauts du premier. 

Les deux ont Vénus en Balance, mais l’un a de ce placement l’inconstance et la superficialité, l’autre en a l’attachement à la justice et à l’équité. Le premier roule pour lui-même (Vénus en maison 1, dont il a ici la séduction facile et l’individualisme), le second a des idéaux humanitaires et s’impose avec plus d’originalité (Vénus en maison 11). Le premier est un journaliste qui aime se faire voir et abandonne Bridget en rase campagne quand elle est dans la mouise. L’autre, avocat spécialisé dans les droits de l’homme, se charge de la délivrer de prison, et ce, en dépit de leur rupture. 

Les deux ont une Lune en Taureau, et les deux sont des êtres sensuels et ancrés, mais cette énergie s’exprime très différemment chez chacun : l’un est un hédoniste qui agit pour son bon plaisir et qui ne voit que par la chair et son petit confort, l’autre est un homme de principes et de valeurs, solide et sur lequel on peut compter. 

Bien sûr, on peut considérer que d’autres placements et aspects des thèmes de chacun expliquent ces variations de caractère. Mais ce que l’on peut aussi déduire de ces ressemblances astrologiques trop marquées pour être un simple hasard, c’est surtout la confirmation de cette règle astrologique éternelle qui veut que les mêmes placements ne produisent pas toujours les mêmes effets : une même planète en signe peut alors s’exprimer de manière évoluée… ou sous-évoluée. 

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Napoléon et la France : la poésie des naufrages

En lisant des textes sur Napoléon, on se rend compte d’une chose : il a été pour la France un bâtisseur hors norme… et son grand liquidateur. Il fut semblable à l’éclatant zénith du soleil, qui en annonce toutefois l’irrémédiable déclin.

Il a été l’homme du paroxysme, a fait rayonner la France à un niveau exceptionnel, commandé comme personne et imposé des structures qui lui survivent encore aujourd’hui, et ce dans le monde entier. Mais après son règne, la France, vidée de ses forces vives, a définitivement perdu sa place de première puissance européenne, et c’est le Royaume-Uni qui en prendra la suite, cette fois sur un plan mondial, imposant une hégémonie qui se perpétue aujourd’hui à travers la domination de sa langue, y compris chez nous.

C’est d’ailleurs, comme chacun sait, le Royaume-Uni également qui porta un coup d’arrêt à l’expansion de la France, grâce notamment au général Wellington, à première vue un second derrière Napoléon en termes d’exploits militaires, mais qui sut offrit à son pays une victoire qui se perpétue jusqu’aujourd’hui.

Cet échange des fluides est fascinant.

Nous avons d’un côté un grandiose individuel qui se finit en eau-de-boudin collective ; de l’autre, un homme à jamais second qui a toutefois offert à son pays le triomphe à long terme et son passeport vers le futur.

La France est un peu comme un grand animal marin qui aurait explosé et offert à l’océan son plus majestueux spectacle, et qui désormais vit à travers ceux qui se sont nourris de ses débris.

Une grandeur secondaire, mais qui a toute la poésie des naufrages.

Le Royaume-Uni, qui défendait l' »équilibre européen », c’est-à-dire une Europe où chaque nation aurait son rôle à jouer, sans qu’aucune ne domine, a naturellement enterré le « système européen » tout à fait obsolète incarné par la France de Napoléon et qui prévoyait une Europe dont la France et son empire seraient le centre.

Les Anglais avaient tout compris : c’est précisément cet apparent abandon des dominations anciennes et géographiques, désuètes, qui leur a offert la domination suprême et continue dans le temps.

De la même manière, ce sont les Anglais qui ont les premiers impulsé les idées libérales qui irrigueront les Lumières et rendront possible l’incroyable paroxysme que fut la Révolution française.

A nous les paroxysmes symboliques, les grands feux d’artifice d’adieu, à eux le périple vers demain. Ils ont été, en tous points, le nouveau monde, et nous l’ancien.

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Lecture de poème – Sentir

J’ai revisité mes propres rêves
Comme on pénètre l’épave d’un bateau
Qui dort au fond de l’eau.

Quelques vers à la main
Et grosse comme un cachalot
Tout plein de ruines et de jardins.

Qu’est l’intelligence sans l’émotion ?
Qu’est l’émotion sans le miroir
De l’Autre où verser sa mémoire ?

Je ne veux plus me regarder,
Faire grand cas de l’avenir :
Je veux aimer, nager, sentir.


Ecrit le 12 octobre 2023 aux alentours de 5h du matin, dans un court interstice de réveil, en quelques minutes (je me suis réveillée, puis rendormie peu après) ; publié sur FB à 5h40.

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