L’impressionnant bassin-fessier d’Elle Fanning au Festival de Cannes (Journal – 23 mai 2025)

Écrit et publié le 23 mai 2025 sur Facebook

Vu passer sur X des photos d’Elle Fanning au Festival de Cannes qui sont en train de faire exploser internet. On la voit, dans une robe bustier moulante, exhibant un fabuleux bassin et un généreux fessier – le genre de génétique en or de matrone, capable de porter sans difficultés une longue et saine descendance, dirons-nous pour rester pudiques. « She is thick » (« elle est chargée » = elle a des formes), découvrent les internautes, surpris des atouts de cette actrice perçue jusque là comme sage et discrète. J’avoue pour ma part ne pas être étonnée du tout : comme je le dis souvent, les filles comme elle, naturelles et introverties, qui ne font à première vue pas grand cas de leurs propres charmes, ce sont les pires ; le diable en personne. Elles viennent une fois en robe moulante à une soirée et tout le monde réalise que, tiens, elles sont chargées et qu’il y a à boire et à manger, un buffet, un festin, sur ce corps qui ne se montrait pas trop jusque là. En vrai, elles n’avaient juste pas joué toutes leurs cartes. Sous-estimées ou ignorées à dessein par la concurrence qui pense qu’elles n’ont rien sous le capot au prétexte qu’elles n’en font pas étalage, elles sont littéralement assises sur un trésor, et quand elles décident de le dégainer, c’est une chose dont tout le monde se souviendra, éclipsant pour toujours les gesticulations et les charmes artificiels de leurs copines. Et chez elles, tout est 100% bio. Ce sont les « old money » du corps, en somme. Elles savent déjà ce qu’elles possèdent et n’ont donc aucun besoin de le montrer (ou bien elles l’ignorent et sont un peu timides, ne vivent pas autour d’elles-mêmes, ce qui les rend d’autant plus touchantes). Ce sont elles, les vraies reines du jeu, dans un monde où tout est frelaté ; avec en prime un visage encore innocent, vrai, là où toutes leurs copines ont les sourcils « microbladés », les lèvres refaites ou « overlinées », la peau tartinée d’autobronzant, ou que sais-je encore. Ces dernières nymphes virginales qui émergent encore de notre société devenue un véritable empire du mensonge exercent sans doute un charme inexplicable sur la gente masculine (on les comprend) ; celui-là même qu’exercent les dernières fleurs sauvages d’un complexe bétonné. Un paradis perdu aux hanches larges, et à la peau laiteuse ; avec dans le bassin une force matriarcale et fondamentale que peuvent difficilement reproduire les mutilations actuelles qui semblent toujours impressionnantes mais trop lisses et publicitaires pour être honnêtes ou vraiment envoûtantes et poétiques ; il y a qu’il ne suffit pas de s’acheter un atout physique chez le chirurgien : il faut que ce dernier fasse sens, s’inscrive dans une silhouette, une aura ; il faut ensuite être capable de le porter, de l’incarner, d’être à la hauteur de ces charmes ; tout autant de choses que seule la conscience donne, accréditant l’idée que le beau et le bon sont liés, et que la nature l’emporte sur les biens mal acquis. Alors évidemment, quelques uns – pas beaucoup heureusement -, totalement matrixés par la culture et les artifices actuels, et qui ne lui connaissaient pas de tels atouts, se demandent si le bistouri est passé par là et si la demoiselle n’aurait pas fait un « BBL » (‘Brazilian butt lift’ – une opération consistant à se faire réinjecter sa propre graisse dans le fessier). C’est incroyable, d’abord, cette manière de présumer sans cesse des autres : « je ne savais pas que tu avais un cul, tu ne l’as jamais trop montré jusque là, et maintenant que je découvre que tu en as un, eh bien je crois qu’il est faux ». Comme si aucun cul un peu lourd et qui pèse son poids n’avait jamais paradé à la surface de la planète avant Kim Kardashian et ses sbires, orné les anciens tableaux, rebondi sous les anciens jupons de lin et de coton, ou été tristement montré à l’Exposition universelle. Car une rapide recherche Google sur la nudité de Mlle Fanning (je me suis dévouée) fait ressortir des images d’une série tournée et diffusée il y a quelques années, The Great, où elle exhibe son épais séant. Constat implacable : Elle Fanning est une anglaise laiteuse (bien qu’elle soit américaine, ses origines lointaines sont sans doute de là-bas) aux hanches larges et au fessier généreux, comme il en a été produit pendant des siècles, avec un corps qui semble tout ce qu’il y a de plus authentique. Un corps de lavandière, de paysanne ancestrale, nourri au beurre et au lait encore tiède tout juste recueilli de la vache, aux légumes du jardin, aux baies sauvages, aux fruits du verger, aux viandes d’animaux élevés en plein air, aux oeufs du jour. Tout ce que notre époque cherche à reproduire par l’artifice, et qui a été offert à d’autres par la génétique, le labeur des générations, la bonté, le mérite et le karma qui accorde la beauté. Tu m’étonnes que les gens aiment à présumer que c’est du faux : parlez-pour vous, est-on tenté de leur répondre. Ce n’est pas parce que vous êtes tous refaits jusqu’au trou du cul, ou que vos idoles le sont, que c’est le cas de tout le monde. La beauté vraie et naturelle, génétique et donc karmique, tant il est vrai que la biologie que l’on croit aléatoire n’est que l’expression d’un principe spirituel, habitée et portée, qui est un jaillissement des entrailles de l’âme et pas un colmatage chirurgical – celle des Laëtitia Casta, des Elle Fanning, des Monica Bellucci, méditerranéennes sacrées ou anglaises ancestrales, éthiopiennes du cru, qu’importe, qui savent le charme qu’il y a dans le pli d’un ventre, le grain d’une peau, la ligne authentique d’un sourcil -, cette beauté-là est la dernière aristocratie qui persiste à résister à la démocratisation forcée des charmes. C’est sans doute pour cela qu’il se trouve toujours une plèbe un peu revêche (une plèbe d’esprit j’entends, d’attitude et non d’argent) pour crier au faux, croyant parler des autres, quand elle ne fait en réalité que parler d’elle-même.

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La puissance des choeurs (archive – 26 juillet 2024)

Écrit le 26 juillet 2024 et partagé en privé avec des proches – publié le 1er juin 2025 sur Facebook

Il paraît que dans l’au-delà, tout est son. C’est ce que nous apprennent grand nombre de traditions spirituelles et ésotériques, d’écoles bien différentes, du reste, où les individus qui sont passés de l’autre côté… et en sont revenus. Il y a le verbe primordial mais, plus profondément encore, avec l’ajout du rythme, et le dépassement du sens : le son. Et quel est le premier outil de l’homme pour émettre un son ? Sa propre voix.

La voix, c’est l’âme. Forcément. Car elle émane du corps, d’une forme d’enveloppe charnelle, tout en étant profondément immatérielle. C’est la seule partie de nous-mêmes et des autres que ne pouvons ni voir, ni toucher, et qui se manifeste pourtant à nous. Elle renvoie donc à l’invisible, à l’esprit, à quelque chose qui va au delà de la matière et de ce qui est immédiatement palpable. Bien sûr, elle n’est pas inaltérable – l’hygiène de vie et les choix d’un individu peuvent la modifier par exemple – et c’est en ce sens qu’elle appartient aussi à la matière. En se fiant à cette double appartenance, elle est donc sans doute un passeur entre l’ici et l’au-delà, entre la matière et l’éther. La voix exprime, émeut parfois aux larmes quand elle s’inscrit dans le rythme ou le chant : quelle partie d’un corps ou d’un visage, aussi belle soit-elle, peut prétendre produire un tel effet ?

La voix sort d’une caverne qu’est le corps mais aussi d’un au-delà qu’est l’âme. Elle vibre d’une chose à la fois présente et absente.

Les choeurs, qui sont l’union des voix, en constituent l’octave supérieur, sans doute pour cette raison. Si une voix peut bouleverser grâce au chant, alors les choeurs en décuplent les effets. Les gens ne disent pas autre chose.

Les choeurs, c’est un truc fascinant. (Cela a voir avec le sens profond de la vie, avec la mort, avec le tunnel de lumière dans lequel on est aspiré quand on disparaît). Si l’âme, c’est la voix, alors le choeur, c’est justement l’union primordiale et finale des âmes. Le premier est l’individu, le second est le grand Tout.

La voix seule s’adresse à nous, et nous procure un sentiment d’intimité profonde, de face à face. Les choeurs s’adressent à quelque chose d’abyssal en nous. Quelque chose qui a à voir avec le sens profond de la vie, avec la mort même, l’anéantissement, le tunnel de lumière dans lequel on est aspiré quand on disparaît.

D’où le bouleversement, quand nous écoutons des choeurs. Les larmes que les gens disent verser en masse en assistant à un concert des voix bulgares, et qui semblent décuplées par rapport au chant individuel. C’est, simplement, pour les humains qui écoutent, le sentiment d’être rentrés à la maison.

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Découverte musicale : Eleni Karaindrou – Ulysses’ Gaze Woman’s Theme (quand le génie est une femme)

Je ne peux pas croire que ce chef d’œuvre musical de 17 minutes qui mériterait de figurer au panthéon des musiques de film n’aie « que » 351 000 vues sur YouTube. On y retrouve les accents tragiques d’un Delerue, la tension, le minimalisme qui dit tout et une simplicité d’apparence anodine mais ô combien puissante d’un Philip Glass (la bande son de The Hours), auxquels s’ajoutent une forme de gravité profonde qui est celle de l’Histoire, son poids, son fardeau qui écrase les hommes. Et plus on pénètre dans la nuit du morceau, plus ce dernier déploie ses voilages et ses complexités ; son étonnante gaieté parfois, sa sombreur souvent. Comme ces temps de guerre où la joie existe et se fait une place au quotidien, mais où le drame n’est jamais loin.

Le plus étonnant : le génie derrière ce morceau est une femme. Eleni Karaïndrou, donc.

Il s’agit de la bande son d’un film de Theo Angelopoulos, Ulysses’s Gaze (Le regard d’Ulysse), sorti en 1995, qui évoque le périple d’un cinéaste grec à travers les Balkans dévastés de la fin du XXème siècle. En voici la description – cela me donne très envie de voir ce film :

« Un cinéaste grec exilé revient dans son pays (dans le nord de la Grèce, vers Thessalonique), à la recherche des bobines originales du premier film réalisé dans les Balkans par les frères Manákis au début du xxe siècle. Cette quête va le mener au travers de différents pays des Balkans, après la chute du communisme, de la Bulgarie à la République de Macédoine naissante, pour finir son périple à Sarajevo durant la guerre de Bosnie-Herzégovine dans une Yougoslavie en cours de désintégration. Il arrive finalement sous les balles durant le siège de Sarajevo, où il découvre les précieuses bobines conservées par un vieil homme, projectionniste de cinéma, qui tente tant bien que mal de préserver le patrimoine cinématographique de son pays en pleine explosion ».

J’écoute sans lassitude ce morceau depuis quelques semaines… il me fallait le partager.

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Lecture de poème : « Les Sirènes » d’Albert Samain (30 mars 2025)

Enregistré le 30 mars 2025 ; publié le 4 avril 2025 sur Facebook.

Les Sirènes, d’Albert Samain (issu du recueil Les jardins de l’infante, 1893), poème fatal d’une sensualité troublante et vénéneuse…

« Les Sirènes chantaient… Là-bas, vers les îlots,
Une harpe d’amour soupirait, infinie ;
Les flots voluptueux ruisselaient d’harmonie
Et des larmes montaient aux yeux des matelots.

Les Sirènes chantaient… Là-bas, vers les rochers,
Une haleine de fleurs alanguissait les voiles ;
Et le ciel reflété dans les flots pleins d’étoiles
Versait tout son azur en l’âme des nochers,

Les Sirènes chantaient… Plus tendres à présent,
Leurs voix d’amour pleuraient des larmes dans la brise,
Et c’était une extase où le coeur plein se brise,
Comme un fruit mûr qui s’ouvre au soir d’un jour pesant !

Vers les lointains, fleuris de jardins vaporeux,
Le vaisseau s’en allait, enveloppé de rêves ;
Et là-bas – visions – sur l’or pâle des grèves
Ondulaient vaguement des torses amoureux.

Diaphanes blancheurs dans la nuit émergeant,
Les Sirènes venaient, lentes, tordant leurs queues
Souples, et sous la lune, au long des vagues bleues,
Roulaient et déroulaient leurs volutes d’argent.

Les nacres de leurs chairs sous un liquide émail
Chatoyaient, ruisselant de perles cristallines,
Et leurs seins nus, cambrant leurs rondeurs opalines,
Tendaient lascivement des pointes de corail.

Leurs bras nus suppliants s’ouvraient, immaculés ;
Leurs cheveux blonds flottaient, emmêlés d’algues vertes,
Et, le col renversé, les narines ouvertes,
Elles offraient le ciel dans leurs yeux étoilés !…

Des lyres se mouraient dans l’air harmonieux ;
Suprême, une langueur s’exhalait des calices,
Et les marins pâmés sentaient, lentes délices,
Des velours de baisers se poser sur leurs yeux…

Jusqu’au bout, aux mortels condamnés par le sort,
Choeur fatal et divin, elles faisaient cortège ;
Et, doucement captif entre leurs bras de neige,
Le vaisseau descendait, radieux, dans la mort !

La nuit tiède embaumait…Là-bas, vers les îlots,
Une harpe d’amour soupirait, infinie ;
Et la mer, déroulant ses vagues d’harmonie,
Étendait son linceul bleu sur les matelots.

Les Sirènes chantaient… Mais le temps est passé
Des beaux trépas cueillis en les Syrtes sereines,
Où l’on pouvait mourir aux lèvres des Sirènes,
Et pour jamais dormir sur son rêve enlacé. »

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Lecture de poème : « Cuando tú me quieras », de Raúl Shaw Moreno (3 mars 2025)

Enregistré le 2 mars 2025, publié le 3 mars 2025 sur Facebook

Cette fois, je ne vous récite pas un poème mais le texte – espagnol – d’une chanson que j’aime par dessus tout : Cuando tu me quieras, de Raul Shaw Moreno, qu’il a écrite et composée avec Mario Barrios. Le genre de perle qui n’a pas passé les frontières de l’Argentine ou du monde hispanophone mais qui gagnerait pourtant à être plus connue, et dont la tendresse infinie, empreinte de mélancolie, m’accompagne depuis de longues années. C’est du one shot – une lecture au débotté, je ne pensais pas en faire quoi que ce soit au départ, je voulais juste répéter le texte – mais les mots se sont, je crois, ajustés assez naturellement à ma voix, à moins que ce ne soit l’inverse – il faut croire qu’il y a des textes qui nous parlent si profondément et intimement que le miracle survient très vite. En tout cas, cette courte lecture fut un plaisir. J’espère avoir rendu hommage à cette belle langue – romantique et fougueuse – qu’est l’espagnol. Et à cette chanson tant écoutée, et adorée… !

Le texte :

« Noche a noche sueño contigo
Siento tu vida en la mía
Cual sombra divina
Cual eco distante
Que apenas puedo oír

Cuando tú me quieras
Cuando te vea sonreír
Vibrarán las campanas
Y alegres mariposas
Lucirán sus colores
En un suave vaivén

Cuando tú me quieras
Cuando me digas que sí
Bajaré las estrellas
Para ofrecerte un día
Y rendirme a tus pies

Subirán por tu balcón
Las flores que en rubor
Reflejarán el brillo
El brillo de tus ojos,
Cuando tú me quieras »


La traduction (obtenue grâce à Deepl, relue et corrigée par mes soins) :

« Nuit après nuit, je rêve de vous
Je sens votre vie dans la mienne
Comme une ombre divine
Comme un écho lointain
Que je peux à peine entendre


Quand vous m’aimerez
Quand je vous verrai sourire
Les cloches vibreront
Et de joyeux papillons
Porteront leurs couleurs
Dans un doux balancement

Quand vous m’aimerez
Quand vous me direz oui
Je ferai descendre les étoiles
Pour vous offrir un jour
Et me rendre à vos pieds

Les fleurs monteront sur votre balcon
Qui en rougissant
Refléteront l’éclat
L’éclat de vos yeux,
Quand vous m’aimerez »

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Le plus bel homme du monde (poème)

Écrit et publié le 6 février 2025 sur Facebook



Tu as le visage de ceux qui meurent jeunes,
Même si tu as presque dépassé l’âge
Pour que cela arrive.
Tes traits sont la jeunesse éternelle, la bonté déchirante :
Celle d’un paradis perdu, simple, pastoral et primordial.
Le genre qui tire des larmes
Venues du fond des puits de la mémoire.
Tu es timide et insaisissable comme ces peuplades préservées
Effrayées par la corruption des hommes,
Et qu’un bruissement effarouche,
Soudainement envolées comme un essaim d’oiseaux chastes.
Ton sourire est à la fois celui de l’oie blanche
Dont un chasseur viole la pureté du pelage
Par la plaie et le sang,
Et celui de l’eldorado enfin gagné.
Ta chevelure fait des vagues,
Comme mon cœur depuis toi,
Insouciante cependant, à mon inverse,
Folle mais rangée.
Et mes lignes sont débiles comme celles
D’une étudiante enamourée et pas très dégourdie,
Mais il me faut les écrire quand même
Car elles sont à toi.
Tant pis si elles sont mauvaises.
Je ne veux plus être excellente :
Je veux juste t’aimer.
J’entends des chansons des années 60
Écrites par des gens déjà morts depuis longtemps
Quand je te vois,
Et je pleure tout le temps
Comme si j’étais une femme enceinte
Rebondissant sur un dos d’âne.
Toutes les histoires naissantes
Ont leurs ambiances à elles.
La nôtre serait faite des Beach Boys,
De tes doigts d’ange fougueux sur une vieille guitare au bois ancestral
Et de mes murmures à ton oreille précise de feuille coupée.
Le coquillage de tes lèvres est pâle, plat et plein, forcément,
Appelant au baiser infini des éléments,
À l’étreinte maternante des amoureux,
De celles qui scellent les unions de toujours
Et renouvellent le paradis du monde.
Tu es beau comme une chimère,
Et pourtant tu existes.
T’a-t-on déjà écrit des poèmes ?
Si tu me dis non, alors je te répondrai,
De ma voix naïve,
Que ça pourrait changer.
J’utilise ton prénom quand je te parle
Mais dans mon cœur, je t’appelle déjà Bébé.
Et cette promesse, fragile comme du cristal, j’ai peur de la briser.
Tout ce qui me fait peur d’habitude, avec toi me rassure.
Tes bras sont le berceau de la force, de la santé.
Et même l’infirmité
Appliquerait sur toi
Le sceau de la détermination qui n’en a pas démordu
Face à l’impossible,
Jusqu’à faire de son châtiment
La cicatrice de guerre
Du feu volé aux Dieux.
Tes épaules sont la charpente inflexible
D’une maison de bois qui a survécu
À toutes les intempéries.
Tes courbes blanches sont la fécondité paradoxale de l’homme,
Le ventre et la fesse de chair replète et de fer forgé,
Mamelles du monde et reins éternels
Sur lesquels viennent s’appuyer les rêves de l’humanité.
Je t’ai aimé tout de suite
Mais je n’ai pas encore osé te goûter.
Avec certains, la concrétisation de l’amour est prompte et rapide,
Elle se fait entre deux trains,
Tambour battant,
Et dès le premier instant.
Certains disent que cela rend ces histoires supérieures,
Que c’est le signe de l’irrépressible, de l’incontrôlable.
Je n’y crois pas une seconde.
Pour nous, tout semble lent
Car nous avons l’éternité devant nous,
Et parce que je te regarde comme on regarde
Ce que l’on n’ose pas toucher
Par peur de le voir disparaître,
Comme ces chats des rues qui ont daigné
S’approcher de nous, et même renifler notre main tendue
Avant de s’éloigner, nous décrétant finalement impropres à la consommation.
Je mettrai des mois à te dire je t’aime
Alors que je l’ai pensé dès le premier instant.
Depuis tout à l’heure pousse à tes lèvres
La promesse d’un baiser
Et je ne sais pas la cueillir –
Les miennes tremblent et murmurent malgré moi
Que je deviens folle,
Balbutiantes, hésitantes, approximatives.
Fleur déjà humide de rosée
Qui attend désormais
La salive d’un crachat,
L’averse torride qui la lavera
De tous les doigts et de tous les crimes
De ceux qui sont passés avant toi,
Je m’ouvre, à tous les vents, et à toutes les abeilles.
Tu me demandes pourquoi je reste si tard,
Mais ces jours-ci je ne dors plus
Et je pourrais très bien
Arrêter de manger
Car j’ai l’anxiété des veilles de rentrée scolaire.
Ma gorge se serre comme pour des adieux
Alors que les retrouvailles ne font que commencer,
Du moins je l’imagine.
Il ne faut jurer de rien.
Les oiseaux ne sont pas faits pour une cage
Et tu es un bien bel oiseau.
J’ai presque scrupule à te jeter mon amour,
Mon fol et vif amour,
À la figure ;
J’aurais presque le sentiment de lapider une colombe.
Je te respire jusqu’à la déchirure,
Du plus profond de mon âme
Aussi bien que de mon corps.
Je ne veux pas que tu sois une escale.
Tu as toute la chaleur d’une maison.
Tu es de ces paysages qui nous font arrêter de lutter
Et déposer enfin bagage, les larmes aux yeux.
Je suis chez moi dans ton cœur,
Ne me déloge pas s’il te plaît.
Je reconnais les murs, et l’odeur de la cuisine.
Je ne suis qu’une araignée inoffensive
Dont les yeux terrifient tout le monde
Et contre laquelle on s’empresse de brandir
La menace d’un coup de claquette,
Mais qui est la plus effrayée de tous,
D’une fragilité ignorée,
Et qui ne demande qu’à vivre et être là.
Tous mes trésors sont à tes pieds :
Tu n’as qu’à les prendre,
Et tu peux même les abîmer –
Mais je sais que ça n’est pas ton genre
N’est-ce pas ?
Ta douceur te rend beau ; tu n’es pas de ceux qui font mal.
Mais ta douceur, en réalité, fait mal.
J’ai écrit un poème
Et cette fois, je ne le publierai pas, comme je le fais d’habitude, pas tout de suite,
Comme un enfant qui ne veut pas montrer ses dessins ridicules.
Tout semble petit et dérisoire face à toi.
Tout semble gribouillage et verbiage,
Mongoleries d’homme de Tautavel.
Ces lignes sont celles d’une femme qui a perdu la tête
Et que le professeur épie en plein contrôle,
Derrière son épaule,
Lui faisant perdre tous ses moyens.
Je fais maintenant du sport à 4h du matin dans ma chambre ;
Je n’en faisais plus depuis presque 5 ans.
Et je vais même retourner chez le médecin
Que je n’aime pas et que j’évite un peu lâchement,
Pour qu’il m’aide à atteindre la fameuse
Meilleure version de moi-même.
Je veux couper toutes mes jupes,
Je veux couper tous mes pulls,
D’un ciseau adolescent.
Je veux que tu rêves
De choses innommables
En me voyant.
Et je veux que nous fassions ensemble
Des choses
Qui feraient rougir
Les plus obscènes d’entre nous.
Je veux que nos caresses fassent retentir des tremblements de terre
Jusque sur les autres planètes –
Le cœur en secousse, femelle gestante d’un rêve, essoufflée, le ventre encore bouleversé.
C’est comme si tout ne pouvait être que pur comme le lait
Avec toi.
On dit que nos générations
Ne savent plus aimer toujours,
Et moi-même j’ai perdu la foi,
Tout en continuant de la cultiver secrètement.
Athée par peur que la réalité ne me ridiculise,
Fervente dans le secret de mon cœur,
J’ai envie de tout essayer.
Je m’approche à genoux, et je te regarde en levant les yeux, agrippée au port sûr de tes hanches,
Pendue au moindre geste de ta tête
Pendant que ton cou de statue se dévisse pour regarder au loin.
Je me fous du monde.
Tous les jours
Les gens disent que le plus bel homme du monde
C’est un tel ou un tel
Alors que c’est toi.
Non mais n’importe quoi.


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Surfer girl / Je ne savais pas que le bonheur pouvait faire mal – Journal – 5 février 2025)

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Pleurs sans fin en écoutant Surfer Girl des Beach Boys. Déjà, ce groupe est sans doute l’un de ceux qui me touchent le plus au coeur. Les Beach Boys, c’est la félicité et la nostalgie d’un paradis perdu, où l’insouciance et la joie sont totales : en ce sens, ils ont atteint Dieu. Il y a là quelque chose du cortège riant qui accueille les morts dans l’au-delà, comme si tout cela n’était pas la vraie vie, seulement une sale blague : tout est pardonné, et tout cela n’était qu’un jeu. Une mélodie qui semble venir de l’autre côté, un autre côté où il n’y a plus à se battre, souffrir, ni pleurer, où tout est facile.

Et cette chanson me plonge, ce soir en tout cas, dans un abime de mélancolie.

J’ai souvent la nostalgie des années 60. Je sais bien que cette période n’était pas facile pour tout le monde – les Noirs pré-ségrégation nous en diront des nouvelles – et qu’elle n’était pas idéale non plus. Mais elle était comme une parenthèse dorée d’abondance, de joie, d’insouciance, de soleil. Elle était le temps des premières vraies libertés, indomptées, rayonnantes, mais elle était encore le berceau rassurant des trésors du passé. Avant le divorce de masse, l’ego et l’agressivité érigés en religion, on écoutait des chansons sirupeuses et romantiques, on déclarait sa flamme, on épousait son amoureux du lycée et on passait toute sa vie avec la même personne – les couples immortalisés à Woodstock, retrouvés des décennies après, toujours ensemble, filant une retraite heureuse, avec sur le visage l’expression sereine de la vie bien vécue, en sont un exemple. Ce mariage et ce bonheur simple nous comblaient. C’était la tendresse.

Ils sont encore parmi nous, pour beaucoup d’entre eux, ceux qui ont connu ce monde, les boomers. Ils ont tous les défauts du monde, comme chaque génération, mais ils ont aussi été le sel de la terre, à la fois l’aventure et la prospérité : le teint de la santé, de la jeunesse vigoureuse et de plein air, des vacances et des errances hippies à Goa, mais aussi les roseurs du mariage stable et heureux qui a tenu plus de 50 ans, a traversé les épreuves et les époques, et qui a comblé l’existence. Que va-t-il rester de ce monde une fois que les boomers seront morts ? Nous allons perdre une mémoire, celle de la joie solaire. Ce sera à nous de ranimer un flambeau que nous n’avons jamais vraiment connu autrement qu’éteint. L’insouciance a-t-elle jamais fait partie de nos vies ?

L’amour : parlons-en. Je ne sais plus qu’en penser et je me tourmente de ne pas savoir, de ne plus rien savoir. De ne pas savoir si la sagesse lucide que je pense avoir atteinte et qui est au moins la récompense du rude chemin traversé est vraiment de la sagesse, ou s’il s’agit du contrecoup de la douleur, un traumatisme imprimé sur moi sous forme de dureté, d’incapacité, de réduction de ses propres besoins jusqu’à l’ascèse en vue de la famine, d’auto-privation faute d’avoir connu autre chose.

Je suis peut-être comme ces bébés qui ont arrêté de pleurer dans leur berceau, faute d’avoir été pris dans les bras et secourus quand ils s’exprimaient. Mais dont la détresse profonde ne s’est pas éteinte. Quelque chose s’est tragiquement déconnecté en moi à un trop jeune âge. J’ai été enfant, et je n’ai pas été aimée, pas comme il fallait, ni par ma mère, ni par mon père, ni par le monde. Puis j’ai été idéaliste, romantique à mourir, le genre vierge jusqu’au mariage, le genre femme de marin, veuve jamais remariée, et la perte irréversible de ce qui n’était apparemment qu’un tas d’illusions m’a percutée. Je ne me suis pas remise de ce deuil et je le traîne comme l’ivrogne sa bouteille. Je voudrais agir au mieux et affronter. Désormais, je n’arrive toujours pas à savoir si fuir, c’est s’abandonner à l’amour, ou si c’est au contraire le refuser. J’ai longtemps cru que c’était la première option. Et si c’était la seconde ? J’aimerais être intelligente mais mon vécu m’empêche d’être neutre. Nos idées sont souvent le fruit de ce que nous sommes, hélas. Est-ce qu’aimer est une basse illusion ? Je ne sais pas si je souffre parce que ce monde n’est pas adapté à la liberté que je dis chérir, ou parce que je ne veux pas admettre que je suis moins libre que ce je dis et pense et que je ne m’autorise pas à être ce que je suis ; que la liberté n’engage pas ce que je croyais qu’elle engageait.

J’ai peur de l’amour tout comme de son absence. J’ai peur de l’amour tout en le recherchant. J’ai peur même d’être heureuse : je ne suis pas habituée. Dans le fond, tout mon être s’est construit depuis l’enfance sur l’épreuve, mais au moins, j’en ai tiré quelque chose. J’ai peur de devenir débile en n’étant plus misérable, et de ruiner la seule chose que j’aie réussi à construire, et qui ait pu donner un sens à ce que j’ai souffert, à savoir ma profondeur et ma radicalité.

J’ai peur d’avoir un avis pour deux, de ne plus être autonome, j’ai peur de la stagnation, du coup d’arrêt, de la routine, de la tiédeur, de la compromission. J’ai été seule si souvent. J’ai été seule tout le temps, même accompagnée. Je ne suis pas habituée à autre chose. Une part de moi brûle d’appartenir mais craint de tomber dans l’illusion et d’y sacrifier son intelligence.

L’ironie de la situation, c’est que je suis globalement heureuse ces derniers temps, et que je vis même dernièrement un étrange éblouissement. Je ne savais pas que le bonheur pouvait faire mal.

« So I say from me to you
I will make your dreams come true
Do you love me, do you, surfer girl ? »

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Lecture de poème : « Recueillement » de Charles Baudelaire (« Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille… ») – 29 octobre 2024

Enregistré le 29 octobre 2024

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Lecture de poème (en allemand !) : Die Lorelei, d’Heinrich Heine (28 octobre 2024)

Lecture publiée le 28 octobre 2024 sur Facebook



Cette fois, je me suis attaquée à un classique de la poésie allemande : Die Lorelei (la Lorelei) du grand Heinrich Heine, extrait de son recueil Das Buch der Lieder (Le Livre des Chants), sorti en 1827. Une tragique histoire de sirène et d’homme englouti par la mer… Je ne parle pas du tout allemand, mais loin des clichés, cette langue a toujours été pour moi celle de la passion, largement sous-estimée ; et c’est en Allemagne qu’est né le romantisme – mouvement cher à mon coeur – au XVIIIème siècle. J’espère être parvenue à rendre modestement hommage à ce superbe texte qui m’émeut beaucoup, et à restituer au mieux la beauté de cette langue…

Ci-après, le texte, et sa traduction par Pierre le Pan.

DIE LORELEI (Heinrich Heine) :

Ich weiß nicht, was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin,
Ein Märchen aus uralten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.
Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt,
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar,
Ihr gold’nes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar,
Sie kämmt es mit goldenem Kamme,
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewalt’ge Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe,
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh’.
Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn,
Und das hat mit ihrem Singen,
Die Loreley getan.

*

Traduction littéraire et en français de Pierre Le Pan :

Je ne sais dire d’où me vient
La tristesse que je ressens.
Un conte des siècles anciens
Hante mon esprit et mes sens.

L’air est frais et sombre le ciel,
Le Rhin coule paisiblement
Les sommets sont couleur de miel
Aux rayons du soleil couchant.

Là-haut assise est la plus belle
Des jeunes filles, une merveille.
Sa parure d’or étincelle,
Sa chevelure qu’elle peigne

Avec un peigne d’or est pareille
Au blond peigne d’or du soleil,
Et l’étrange chant qu’elle chante
Est une mélodie puissante.

Le batelier sur son esquif
Est saisi de vives douleurs,
Il ne regarde pas le récif,
Il a les yeux vers les hauteurs.

Et la vague engloutit bientôt
Le batelier et son bateau…
C’est ce qu’a fait au soir couchant
La Lorelei avec son chant.

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Musique indienne : Ami chini go chini tomare (version de Srabani Sen – texte du grand Rabindranath Tagore)

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