Monica Bellucci, la Révolution silencieuse et le matriarcat fait femme (archive de 2013… terminée en 2024 !)

Capture d’écran de Monica Bellucci dans le film Beetlejuice Beetlejuice de Tim Burton, en 2024, à 60 ans. Je constate pour la énième fois par ces images que Monica est tellement plus belle sans perruque et avec les cheveux NOIRS… pas châtain foncé. Et avec son « pic de veuve » (qui ne se voit plus quand elle se perruque) qui est la cerise sur le gâteau de son visage. Je sais qu’elle a sans doute choisi d’éclaircir sa couleur pour adoucir le visage, et de mettre des perruques pour protéger ses cheveux. Beaucoup de femmes font ça, avec l’âge, notamment éclaircir. Mais précisément, rien ne vaut le naturel, d’assumer la bruneur totale. Elle n’est jamais aussi belle et fatale que quand elle apparaît comme ça, très gothique et intense.

Cet article est un peu étrange : débuté et ébauché dans ses grandes idées sans doute vers 2013 (le titre était déjà posé dès le départ, de même que la structure du texte), il a été complété un ou deux ans plus tard par le contexte qui fut celui de l’époque, à savoir l’annonce de la présence de Monica Bellucci au casting du prochain James Bond, Spectre, en tant que James Bond Girl, ce qui en faisait, à presque 50 ans, la femme la plus âgée à jouer un tel rôle (et ce qui allait dans le sens de la thèse que je défendais ici). Cependant, comme bien d’autres articles, celui-ci avait rejoint la catégorie des textes en friche, qui pourraient être finis en 1h, mais qui ne l’ont pas été, par manque de temps. C’est seulement récemment, à l’occasion des 60 ans de la Bellissima, que je me suis décidée à le terminer et l’enrichir. Voici, donc, enfin, le produit fini…

En novembre, l’information avait fait grand bruit, sans finalement surprendre grand monde : Monica Bellucci incarnera aux côtés de Léa Seydoux, de vingt ans sa cadette, une James Bond Girl, dans le prochain volet de la célèbre saga. La plus âgée de l’Histoire, même si son collègue Daniel Craig, qui incarne James Bond, a très élégamment rappelé… qu’elle avait plus ou moins le même âge que lui. 

En effet, en Septembre 2014, Monica Bellucci a fêté son demi-siècle. Et aujourd’hui, quelques mois avant la sortie du film, toute la sphère internet s’agite à l’occasion de la publication de ses photos pour le GQ italien.

Tandis que le monde du spectacle abonde de tristes fleurs qui refusent de vieillir et dont les tentatives désespérées de conserver et singer ce qui n’est plus aboutissent in fine à un enlaidissement amputé des charmes de l’âge, Monica Bellucci a toujours incarné la vénusté mûre, assumée, grave, sensuelle et méditerranéenne née dans les reliefs escarpés d’Ombrie et ses plus belles années sont toujours les suivantes plus que les passées. Elle est la Mamma, la Bellissima, grande déesse intouchable dont les courbes et la sensualité maternante renvoient aux origines de l’homme, semblable aux femmes idéalisées des matriarcats primitifs, forte et sereine, augmentée par les épreuves et la sagesse, un enfant dans un bras, un outil dans l’autre.

En vérité, Monica Bellucci, mannequin depuis l’adolescence, actrice depuis la quasi trentaine, a offert ses plus beaux instants de grâce et irradié le monde de ses plus puissants feux en prenant de l’âge. C’est toujours quand les choses étaient finies pour les autres qu’elles ont commencé pour elle. 

Aujourd’hui, dans la continuité de ce parcours, elle devient la James Bond Lady la plus âgée de l’histoire. 50 ans. Un demi siècle. Deux enfants dans les bras. Deux divorces derrière elle. 

Un demi siècle. Un demi-siècle de beauté à couper le souffle. Un quart de siècle dans l’ombre (ou précisément, dans une exposition relative), le second dans la lumière, comme s’il fallait qu’une beauté si exceptionnelle se prépare dans le secret à irradier les sphères publiques toujours friandes de femmes idéales à jucher sur un piédestal, sur le même principe que celui de la bombe nucléaire développée dans la confidentialité des laboratoires, et qui croît doucement mais dangereusement, jusqu’à atteindre sa puissance maximale et débouler sur le monde. A l’inverse de celles qui auront connu la gloire juvénile à l’époque des joues roses et rebondies, des postures innocentes, offrant là leurs meilleures années, comme un fruit mangé trop vite n’a ensuite plus rien à offrir, s’épuisant dès la vingtaine et finissant en bout de course à 30, Monica, un demi siècle, est plus que jamais la Bellissima. Ascendant Capricorne, tardive et intense, elle est l’anti Lolita, la poire juteuse des natures mortes à laquelle la maturation a donné toute sa saveur ; celle pour qui le temps n’a été rien d’autre qu’un gain et qui, pour en avoir fait son ami, en a obtenu toutes les faveurs. Ses airs de biche fatiguée sont le témoignage de la vie elle-même, charnelle et sensuelle, fière de ce qu’elle est ; ils l’embellissent car elle les embrasse. Les nervures qui encadrent son regard, ses lèvres outrageusement pulpeuses, marquent son cou de statue, son décolleté de mère ultime, sont autant de décorations, d’ornements, de dorures ; de fiers rayonnements s’ajoutant à son aura de Soleil, la rendant plus vivante, plus proche de l’usure et donc du toucher, la faisant passer de l’image à l’incarnation lascive et terrestre. Ils sont les abrasions qui donnent aux sculptures anciennes toute leur valeur et leur force mythologique. Ils sont la marque, non de l’aigreur, de la méchanceté, mais du soin, de l’amour donné et reçu, des jours passés à vivre, des nuits passées à aimer. Sur certains visages, la maturité n’entame pas la beauté : elle la vivifie, la ramène à son essence, la rend plus profonde, plus marquante, plus grandiose, plus affirmée. C’est rare mais lorsque cela arrive, on assiste à un miracle : le vent se mue en tonnerre, la vague en ras-de-marée… et la belle jeune fille en déesse de l’amour et de la beauté. Monica, c’est la Reine des abeilles, la vieille lionne chef de troupeau, la mère universelle, la matronne, l’amante d’expérience, la sirène qui dirige la bande et entame le sentier, impériale et libre, primale et fondamentale.

En 2000, elle tutoie la quarantaine autant que la perfection. À rebours du monde et de ses règles profanes, c’est en effet à l’approche de cette décennie tant redoutée par bien des gens qu’elle commence à avoir ses plus grands rôles, tout comme ses enfants, et à offrir ses plus beaux visages à cette machine à rêves qu’est le cinéma, malgré son passif pourtant prestigieux de mannequin vedette à la beauté évidente et d’un autre monde. Élue de nombreuses fois « plus belle femme du monde », avec cette rare unanimité qui est celle de la reine incontestée, au coeur des conversations autant que des convoitises, il était alors déjà impossible de ne pas entendre parler d’elle tant l’espace médiatique semblait être devenu un autel à sa gloire. Ce qui n’a guère changé. Malena, film extraordinaire et historique alignement des astres qui parvint à réunir les génies du cinéaste Giuseppe Tornatore, du compositeur Ennio Morricone, et de Monica Bellucci elle-même, montre cette dernière au sommet de sa beauté. Le personnage qu’elle y incarne préfigure celui qu’elle tiendra par la suite dans l’esprit collectif : celui d’une femme mature, sculpturale, intemporelle, digne, mystérieuse, inaccessible et altière sans jamais être arrogante, accueillante et rassurante mais profonde et tellement intimidante, dont la féminité puissante, capiteuse, incomprise, cristallise la haine des femmes et les regards des hommes de tous âges. Parmi lesquels un petit garçon, Renato, qui l’idéalise et lui voue un amour aussi dévoué que désintéressé. Et qui, une fois devenu un homme, ayant connu ce qu’il faut de femmes et de jouvencelles, ne parviendra jamais à oublier Malena.

Monica Bellucci incarne une Révolution silencieuse, pour laquelle elle n’a pas été assez créditée, mais qui n’a pas eu moins d’impact que les plus bruyants bouleversements sociologiques escortés par les rumeurs, les discussions, les polémiques, les débats. N’est-ce pas l’habitude du public de voir une femme si mûre et si belle jouer la pulpeuse Malena, la sulfureuse Alex ou la reine Cléopâtre qui aura contribué à faire bouger les lignes de la féminité, plus que des hordes de cougars au visage asséché par les régimes, ruiné par les injections, qui ne font rêver personne, et qui, à force de courir après ce qu’elles ne sont plus, sont incapables de tirer parti de ce qu’elles sont ? 

À Monica Bellucci, on doit d’avoir mis sur la carte d’une manière sans précédent la femme d’âge mûr ; et, double exploit, de l’avoir fait avec le naturel et la tranquillité de la chose admise, du non-sujet. Ce qui explique sans doute qu’on n’évoque pas davantage le changement historique dont sa beauté est la source. Lorsque j’étais au collège, et qu’elle a commencé à acquérir une popularité exceptionnelle, jamais une femme de cet âge n’avait incarné un fantasme d’une telle envergure, le plus grand de tous à travers le monde, jamais. Mes camarades de classe étaient amoureux d’elle ; leurs frères et leurs pères et leurs grands-pères aussi. Elle semblait renvoyer soudainement les gamines que nous étions à leurs pénates rose bonbon et nous donner une leçon de féminité. 

Cette Révolution, qui a peu à peu essaimé (je termine cet article un soir d’octobre 2024, 10 ans après l’avoir commencé ! Le monde a bien changé depuis…), on a oublié que c’était à elle qu’on la devait, parce qu’elle fut à son image : tranquille, mystérieuse, mais profonde et non moins puissante. 
Semblable à sa carrière, elle avait la confiance et l’évidence qui était celle du règne que rien ne contrarie ni ne conteste. C’est sans doute pour cette raison qu’elle n’a jamais été discutée. Elle n’en existe pas moins. 

Monica Bellucci a le charme suffisant des monuments qui n’ont rien à prouver, l’appétit et la fertilité de l’animal animal repu et reposé qui sait que la beauté est un don karmique qui vient du plaisir – reçu, donné, partagé -, de la bonté, de la générosité, et surtout pas de la privation, du calcul, de la trahison permanente au principe de vie qui régit le monde. Musquée, animale, vitale, féconde et habitée, c’est tout naturellement qu’elle supplante les coquilles vides : car elle est avant tout une femme qui préfère le soleil aux néons stériles. Si elle brille si bien sous les lumières, c’est précisément parce qu’elle sait briller dans la vie, aimer et enchanter cette dernière. Elle est poésie, précisément car elle est poète. Méditerranéenne, Italienne, descendante d’une culture riche des plus grands sculpteurs, artistes, bottiers, parfumeurs, stylistes, culture qui est celle du bien-vivre et du bien manger, de l’ingrédient de qualité, de la matière noble, de la belle chaussure qui tient le pied, elle sait que la beauté s’incarne autant qu’elle s’admire ; elle connaît le charme d’un ventre replet, d’un bras potelé, d’un visage plein et heureux ; elle sait – contrairement à nombre d’américains qui ne voient que par la perfection – l’ascendant des « défauts » sur la beauté. La beauté, puissante émanation de l’âme – ce qui justifie l’éternelle fascination qu’elle suscite – est donnée avant tout à ceux qui savent la trouver et la créer autour d’eux-mêmes. 

Monica Bellucci, femme primordiale, incarne l’exemple premier, l’Eve médiatique et cinématographique, d’une figure qui donnera beaucoup de petits dans les années à venir et fera lignée. Sans le savoir, sans peut-être même le vouloir, elle a imposé un modèle d’autant plus puissant qu’il est inconscient, et dont l’influence dépasse de loin les sociologies médiatiques, les débats à la mode, pour s’inscrire dans une forme d’éternité. Car elle n’a pas attendu James Bond pour être ce qu’elle est. Ce rôle est un couronnement, un renouvellement, une suite logique… en aucun cas un début. Les réalisateurs ont eu le génie de cueillir la perle au sein de l’huître. Mais c’est l’huître qui a su faire émerger cette dernière de ses entrailles. 

On peut regretter une chose : que Sam Mendes n’ait pas eu l’audace de confier à Monica Bellucci le rôle de James Bond Girl principale. Mais qu’importe, n’est-ce pas d’elle que l’on parle le plus, au final ?

Monica Bellucci peut se rassurer : ses plus belles années seront toujours celles à venir.

21 octobre 2024 : Le monde a changé, en bien, et dans le sens de Bellucci. Des réalisateurs comme Emir Kusturica ont magnifié sa beauté à travers les âges. Aujourd’hui en couple avec Tim Burton, elle sera sans doute sa muse pour bien des films à venir. Toujours plus loin, toujours plus haut !

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Monica Bellucci, 60 ans d’une beauté absolue

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Sylvette David/Lydia Corbett : celle qui inspira Bardot (archive – 23 octobre 2023)

Texte publié le 16 octobre 2023 sur Facebook. Étant donné que j’ai posté un texte pour ses 90 ans, alors autant partager dans la foulée cette archive, pour rendre également hommage à Sylvette David/Lydia Corbett. Il faut, pour aimer Bardot, créditer tout de même celle chez qui elle a puisé une grande partie du style et des originalités qui ont fait sa renommée : Sylvette David/Lydia Corbett. Et faire justice à ces personnages oubliés qui ont, eux aussi, fait l’Histoire à leur manière.

Les photos de cet article représentent d’abord Sylvette David en 1953-1954.
Les dix dernières représentent Marina Vlady.

Sylvette David/Lydia Corbett

J’ai vu passer sur ma page d’accueil cet extrait d’un documentaire sur Catherine Deneuve, La Reine Catherine – que j’ai malheureusement raté – et qui relatait les propos acides de Brigitte Bardot à son sujet : « Il traînait derrière lui une petite brunette de 17 ans qui se coiffait comme moi, s’habillait comme moi et s’appelait Catherine Deneuve ».

« Il », c’était bien sûr Roger Vadim, avec lequel Deneuve, la petite brunette de 17 ans, était alors en couple et qui, comme chacun le sait, avait été précédemment le mari de Bardot, mais aussi son pygmalion et réalisateur : son film Et dieu créa la femme lui avait fait accéder à la reconnaissance mondiale.

Ce n’est pas très fair play de la part de Bardot d’insinuer que Deneuve a copié son style et sa blondeur, en effet très courants à l’époque. Parce qu’elle a elle-même tout pris à Sylvette David/Lydia Corbett, muse de Picasso. C’est juste qu’on le sait moins.

Blondeur solaire, coupe de cheveux mutine et décoiffée, frange qui semble collée par la sueur de l’été et d’interminables danses sur les tables, attitude libre, bohème, féline et insoumise, air de fille du sud, pieds nus ou en ballerines de danseuse, clope à la main, peau dorée par le soleil, sauvagement tachetée, jupes vichy, robes ou pantalons fuseau serrés à la taille, haut qui laisse entrevoir les épaules (devenu plus tard la « coupe Bardot » !), sac à main en paille… on pourrait croire que je parle de Brigitte Bardot. Et pourtant, c’est de Sylvette David que je fais le portrait. Les photos que l’on trouve sur internet sont saisissantes : Sylvette David, c’était Bardot avant Bardot. Avec certes un visage un peu différent, plus fin et scandinave, des yeux d’un bleu nordique, une peau nue et dénuée de maquillage, et une silhouette peut-être plus filiforme, chacune ayant après tout ses particularismes.

Mais voilà : la ressemblance est là, indéniable. Les deux sont nées la même année, du reste.

Sylvette David est une très belle jeune fille, et même les photos en noir et blanc ne parviennent pas à ternir l’incroyable luminosité de sa chevelure blonde comme les blés, la clarté évidente de son regard. On peine à croire que nous sommes seulement au tout début des années 50 tant son aura est résolument moderne. Le cinéma, les postérités visuelles qu’il créé et son ascendant sur la culture du XXème siècle nous donnent parfois l’impression que ce sont ses icônes et sirènes qui ont inventé le monde. Pourtant, des femmes comme Sylvette David ont existé et vécu leur vie. Non seulement, elles ne doivent rien aux actrices, mais ce sont elles qui les ont inspirées.

Sylvette David était probablement encore adolescente lorsque son père, qui était allé voir la pièce de théâtre Antigone et avait beaucoup apprécié la coupe de cheveux de l’actrice principale – une queue de cheval très haute, avec sans doute des accroche-coeur autour du visage -, avait dit à sa fille que ça lui irait très bien. Sylvette a essayé, et elle a aimé. Cette coupe de cheveux originale, d’inspiration greco-antique, combinée à la frange de Sylvette et ses mèches rebelles sur le côté, à son incroyable blondeur scandinave, lui permit très vite de se démarquer, durant ces années d’après-guerre rigoureuses et austères, où les jeunes filles qui voulaient styliser leur chevelure copiaient encore pour beaucoup les permanentes rigides et les boucles laquées de leurs mères, ou se contentaient de mises en beauté plutôt sages. Et d’attirer l’attention de Pablo Picasso qui, après l’avoir repérée alors qu’elle était en vacances dans le Sud, lui consacra en 1954 toute une série ; elle entra dès lors dans la postérité comme la jeune fille à la queue de cheval. Dès lors, elle s’est trouvée courtisée de toutes parts. D’une timidité sauvage, d’un tempérament vital et donc peu attirée par la célébrité, elle a refusé beaucoup de propositions pour lesquelles d’autres filles de son âge – dont sans doute Brigitte Bardot – se seraient ardemment battues, notamment un film avec Jacques Tati. Elle a cependant accepté de poser pour Paris Match cette même année. Sa coupe de cheveux a fait beaucoup d’émules. Un vrai phénomène. On a très vite appelé ça la coupe Sylvette. A une époque où les valeurs puritaines et patriarcales primaient encore, faisant peser leur plus lourd couvercle sur la société, et tandis que la nouvelle génération commençait doucement à vouloir fuir cette emprise, cette coiffure inédite détonnait et ne ressemblait à rien de ce qu’on voyait alors. Elle symbolisait la liberté, la jeunesse, l’insoumission mutine, la rébellion, le naturel. Beaucoup de jeunes filles se sont alors pressées de la copier. Beaucoup de jeunes filles… dont une certaine Brigitte Bardot, qui suivit aussi le mouvement, et adopta non seulement la coupe Sylvette, mais aussi le style de cette dernière, en vogue à cette époque : ballerines, imprimé vichy, jupes et pantalons serrés à la taille, hauts à col ouvert, style décontracté…

En 1956, Brigitte n’était pas encore la Bardot que l’on connaît, auréolée de gloire à travers le monde, quand elle vint au Festival de Cannes avec son mari Roger Vadim. Elle était alors châtain, mais avait déjà le style Sylvette, chevelure et tenue. Les deux femmes se sont croisées, et c’est Sylvette David qui a raconté plus tard les détails de cette furtive rencontre : elles se sont regardées, jaugées, comme souvent les femmes à cette époque, et Bardot l’a longuement fixée, étudiée. Le lendemain, elles se sont recroisées : Bardot était devenue blonde. Apparemment sur suggestion de Vadim. Dans la foulée, elle adopta un style de plus en plus semblable à celui de Sylvette David, féminin, libre et bohème, mais davantage sexué, et le porta à une incarnation zénithale dans Et Dieu créa… la Femme, tourné la même année, et qui fit d’elle une icône mondiale et un phénomène de société, copiée par la jeunesse. Chose intéressante : lorsqu’elle a explosé au cinéma, Bardot n’était ni la première, ni la seule jeune actrice à arborer ce style très libre et moderne qui a fait sa renommée. Une autre actrice, dont elle était l’amie, Marina Vlady, l’avait fait avant elle. Dans le film « La Sorcière », sorti en 1956, on voit déjà sous les traits de Vlady les prémices du phénomène Bardot : air de lolita, de poupée rebelle et d’adolescente sexuée dans ses robes d’été mutines et de coton, innocente et cependant tentatrice, longs cheveux blonds à la coiffe naturelle, regard d’insubordination ; même l’imprimé Vichy y était, tout comme les pieds nus. Les sauvageonnes étaient déjà en vogue à l’époque. Surtout, on reconnaît bien ce qui était sans doute l’influence de Sylvette David, dont on peut imaginer qu’elle avait irrigué l’imaginaire de nombreuses jeunes actrices de l’époque, parmi lesquelles Vlady et Bardot.

Bardot a cimenté et porté à un haut niveau d’incarnation un archétype qu’elle n’avait cependant pas tout à fait inventé, bien qu’elle n’ait jamais pris la peine de créditer ses influences, alimentant sa légende d’Aphrodite nonchalante, qui n’avait rien fait pour en arriver là et lancé des modes malgré elle, en se contentant d’exister.

Fait amusant : toujours en 1956, Bardot, toute nouvellement blonde mais encore relativement inconnue, a de nouveau mis ses pieds dans les traces de Sylvette David. Était-ce volontaire ou fortuit ? Nourrissait-elle une fascination sincère et inspirée pour cette jeune fille du même âge à laquelle elle devait déjà tant, et à laquelle elle allait devoir en partie son incroyable destin ? Ou une obsession malsaine, peut-être empreinte de rivalité, voire de jalousie pimbêche et imitatrice ? Toujours est-il qu’elle est allée rendre visite à… Pablo Picasso, qui avait notoirement immortalisé Sylvette David quelques années plus tôt.

Sûre d’elle-même et de ses indéniables atouts, espérant inspirer le célèbre peintre, et connaissant sans doute la gourmandise de l’homme pour les jeunes et jolies filles, elle se rendit à son atelier dans le sud de la France, et quelques belles photos d’archive témoignent effectivement de cette rencontre. Elle a passé l’après-midi chez lui, mais Picasso n’en a rien fait. Il est resté étonnamment indifférent aux charmes incandescents de cette jeune Bardot qui brûlait d’être sa muse. Et pour cause : quelques années plus tôt, il avait déjà peint Sylvette, qui lui avait inspiré toute une série de tableaux (sa fameuse ère Sylvette, la fille à la queue de cheval), et à laquelle Bardot ressemblait trop étrangement pour susciter son attention prolongée. Les peintres de cette envergure ont rarement le goût de la redite.

C’est pour cette raison qu’il y a pléthore de photos de cette entrevue Bardot-Picasso, mais aucun tableau de Bardot par Picasso. Même si, Brigitte Bardot étant devenue une icône par la suite, et Sylvette David ayant choisi le chemin de la discrétion, il est fréquent que les gens pensent que la première est la fille à la queue de cheval des tableaux de Picasso, les photos d’archives réunissant Bardot et Picasso ayant cimenté cette confusion dans l’imaginaire collectif.

Autre fait amusant : il paraît que c’est aussi pour cela que Bardot boude sur certaines de ces photos. Elle a en effet passé l’après-midi à essayer de faire du charme au peintre, à la célébrité déjà institutionnelle. En vain. Il avait déjà peint Sylvette. Elle était donc quelque peu déçue.

Capture d’écran d’un article

Plus tard, Sylvette David/Lydia Corbett, qui a très tôt fui les projecteurs et refusé tous les ponts d’or vers la gloire qui lui ont été faits, au contraire de Bardot, s’est lancée dans une carrière de peintre et a raconté cette histoire, avec beaucoup de recul, reconnaissant cependant, et sans mauvais sang, qu’elle trouvait Bardot plus belle qu’elle. Cela est très subjectif, et sans doute un peu autodépréciateur de sa part, mais elle n’était pas, de son propre aveu, taillée pour une vie en pleine lumière. D’une certaine manière, la première a inspiré la seconde. Mais la seconde a fait vivre la première au-delà de ce qui lui aurait été possible.

Photos : Sylvette David en 1953 et 1954.
Les cinq dernières photos : Marina Vlady dans La Sorcière, sorti en 1956.



Sylvette David and the Picasso portrait representing her, 1953 (b/w photo) by Picasso / Kary H. Lasch / Booxencounters ; © Succession Picasso/DACS, London 2022.
On reconnaît les fameuses ballerines Repetto, bohèmes, ouvertes sur les orteils et donnant cette impression de pieds nus…
En Août 1954, dans le sud de la France, à Vallauris. Photo : Francois Pages/Paris Match via Getty Images
En Août 1954, dans le sud de la France, sur le port de Golfe Juan. Photo : Francois Pages/Paris Match via Getty Images)
Sylvette David par Picasso. Ici, se dessine avant l’heure la fameuse moue boudeuse et candide de Bardot.


Marina Vlady (sur laquelle j’ai lu cet article intéressant) :

Marina Vlady, une Lolita avant l’heure, fille de la mer libre, sauvage et vengeresse, venant de la nature. Ici, dans Les Salauds vont en enfer (1955)
Dans La Sorcière (1956). La blondeur, le mythe de la sauvageonne, proche de la nature, semblaient particulièrement en vogue
Le Crâneur de Dimitri Kirsanoff (1955).
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Joyeux anniversaire, Brigitte… (28 septembre 2024)

Texte et photos publiés le 24 octobre 2021 sur Facebook :

C’est une de mes photos préférées de Bardot, je crois. Belle, profonde, grave. Sauvageonne et statue tout à la fois.

La Bardot symbole de légèreté et de sophistication, avec mocassins vernis et rubans dans les cheveux, sourire de nunuche, des jupes à carreaux-nappe de table, des cabrioles de bichon maltais, des minauderies sans fin et une voix de crécelle, ne m’intéresse pas. De même que la blondeur jaune-pipi qu’elle arborait à une certaine époque.

La Bardot que j’aime, c’est celle qui est un peu sauvage, les cheveux pleins de sel, celle qui fait corps avec la nature, comme un petit animal. Pieds nus dans sa combi vichy froissée, libre et animale, la peau dorée par le soleil, le regard plein d’insoumission. Et puis, la mélancolie que l’on surprend dans ses yeux noirs quand l’espace d’un instant elle ne sourit plus…

Cette chanson m’émeut beaucoup…

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Neptunienne (poème / extrait + lecture )



Il a fallu pour parler du monde
Que je l’éprouve jusque dans ma chair
Qui mieux que le poisson pour parler de l’onde 
Qui mieux que le paysan mille fois affamé 
Pour parler de la terre ?



Ce matin, 11 septembre 2024. Ce sont les premiers vers d’un nouveau poème. Je trouvais intéressant, pour une fois, de ne pas partager un poème déjà terminé, mais les extraits d’un texte en friche. Je publierai la suite, une fois finie

Lecture improvisée du matin (il est même possible qu’on entende la machine à laver en bruit de fond… je crois que j’ai laissé la porte de la salle de bains ouverte…)

Rien n’a jamais exprimé Dieu plus fort que ce morceau…
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L’importance du Soleil en astrologie (et pourquoi les « cuspides » existent peut-être)

Crédit : inconnu

Notes qui datent d’il y a plusieurs années (entre 2017 et 2021 sans doute) ; réunies, réarrangées et terminées le 8 septembre 2024.

À la focale excessive placée sur le signe solaire (le « signe astrologique ») dans le milieu de la « pop astrology » (une astrologie populaire, à la mode, destinée aux masses, et qui peut parfois manquer de profondeur), au détriment d’une lecture en profondeur du thème astral, a succédé, à l’inverse, la négation de l’importance de ce dernier. L’on voit des gens à peine éduqués sur le sujet de l’astrologie (j’appelle cela des « astrologues à faux ongles »), mais d’un grand narcissisme, retoquer et prendre de haut ceux qui sont accusés de se référer un peu trop au signe solaire, les faisant passer pour des ignares alors même qu’il est très rare pour une personne qui s’intéresse à l’astrologie de ne pas savoir que le signe solaire ne fait pas tout : l’une des premières choses que l’on apprend, dès lors qu’on ouvre un livre d’astrologie, c’est que nous possédons tous un thème astral, unique, et qu’il faut regarder ce dernier dans son ensemble. 

Pourtant, le signe solaire, relié à l’égo, est de la plus grande importance, car peu importe le reste du thème, des signes ou des énergies en présence, il détermine l’ancrage saisonnier d’un individu. Ce qui n’est pas rien. Plusieurs études scientifiques ont par exemple prouvé ces dernières années que le mois de naissance d’un individu pouvait renseigner de manière troublante sur les probabilités de développer certaines maladies, de posséder un certain type de caractère, etc.. Des statistiques démontrent même que les mariages les plus durables concernent les relations où les deux personnes (oui, il n’y en a que deux ;)) sont nées à proximité temporelle l’une de l’autre : 4 mois était la durée maximale admise. Lorsque l’on sort de cette fenêtre, la probabilité de rester ensemble diminue de manière significative. Je crois donc que le signe solaire et la saison de naissance sont des facteurs déterminants dans le chemin d’un individu. C’est également la raison pour laquelle je suis persuadée qu’être un Poisson de février ou un Poisson de Mars, par exemple, n’est pas exactement la même chose, et ce, indépendamment du reste du thème astral. Chaque instant de l’année est différent et chacun de nous est le fruit de cette combinaison unique de facteurs. 

Je crois donc aussi – sacrilège ultime – qu’être né à la frontière de deux signes ou un jour de « passation » (sur ce qu’on appelle une « cuspide ») n’est pas anodin, et ce même si l’on ne peut avoir qu’un seul signe solaire. Un Cancer né juste avant le passage en Lion reste un Cancer, même s’il est né aux derniers instants et au dernier degré de ce signe. Pour autant, je crois profondément que ce facteur n’est pas dénué de sens (et ce, même si l’individu ne possède aucun placement en Lion/maison 5, aucune dominante solaire) ; que les périodes de transition d’un signe ou d’une saison à l’autre portent leur lot de caractéristiques non négligeables (en témoignent les décans, les degrés, qui signent des nuances au sein d’un même signe). Un peu à la manière du premier jour d’une saison qui garde parfois les énergies de la saison précédente (tant et si bien qu’il nous semble parfois être encore dans cette dernière), les frontières sont vraisemblablement plus poreuses que ce que l’on croit en astrologie, et le sujet mérite débat. D’ailleurs, beaucoup d’astrologues ne considèrent-ils pas qu’une planète qui se trouve dans les deux derniers degrés d’une maison appartient déjà à la suivante ? De très nombreuses personnes qui pratiquent l’astrologie s’en tiennent à ces principes et les appliquent. Ce qui plaide pour l’idée de frontières molles, plus que rigides. De même, les études de Michel Gauquelin, qui jouissent d’une grande crédibilité dans le milieu de l’astrologie dite sérieuse (enfin… pour ceux qui les connaissent) mettent en évidence l’importance, dans la destinée et la carrière d’un individu, de ce qu’on nomme désormais les « secteurs Gauquelin ». Ces derniers ne correspondent pas totalement aux « angles » (c’est-à-dire aux maisons angulaires : 1, 4, 7 et 10), traditionnellement jugés comme étant les plus importants pour la carrière : ils correspondent seulement au début de ces mêmes maisons angulaires (1, 4, 7, 10) et à la fin des maisons cadentes (3, 6, 9, 12), ce qui change beaucoup de choses. On voit donc qu’à la délimitation des maisons se superpose une autre délimitation. Et il nous reste sans doute bien d’autres découvertes à faire dans le domaine. Pourtant, si vous évoquez sur un forum ou une discussion de réseaux sociaux, la possibilité que les cuspides puissent avoir du sens, vous verrez se lever une armée coléreuse et moqueuse d’individus prêts à vous asséner de manière catégorique que ces dernières n’existent pas (« Cusps don’t exist »). J’ai vu plus d’une fois des topics sombrer dans l’unanimisme présomptueux pour cette raison. Car l’existence potentielle du principe de cuspide a été érigée en interdit absolu et en croyance honteuse indicatrice d’ignorance ou de pratique superficielle de l’astrologie par des gens qui, pourtant, n’ont souvent aucune légitimité mais se croient porteurs d’une vérité suprême. 

Par ailleurs, pour en revenir au signe solaire en lui-même, il est intéressant de souligner que ce n’est pas pour rien que nous parlons d’un système solaire, dominé par le Soleil et autour duquel gravitent plusieurs planètes, dont la nôtre. Le Soleil régit la vie, la rend possible. Son contact nous procure de l’énergie, de la force, de la joie (il nous apporte la précieuse vitamine D, nécessaire à la santé et au bien-être). C’est à lui, en tout premier lieu, que les premiers cultes aussi bien que les spiritualités modernes – « New age » en tête – accordent une importance primordiale. En ce sens, le signe solaire n’est pas un point du thème parmi les autres. Il représente le Moi supérieur : c’est autour de lui que le reste du thème gravite, qu’importe ce qu’il contient, c’est à son service que s’expriment directement ou indirectement les autres planètes ; il est la locomotive du train. Il est par ailleurs, intuitivement, l’élément le plus évident et le plus simple du thème astral : une simple date de naissance suffit à savoir de tête le signe solaire d’un individu, pour beaucoup de personnes ; en revanche, il serait bien plus compliqué de deviner le reste du thème de tête, et il faut souvent de grandes connaissances pour qu’une simple date permette de plus amples renseignements. Le Soleil possède donc un précieux trésor : la simplicité de l’évidence. 

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Aymeric Caron porte plainte contre Haïm Korsia pour apologie de crimes de guerre à Gaza : cette dangereuse judiciarisation à outrance du débat 

Une cause célèbre, par Honoré Daumier (1862), un artiste de génie dont l’oeuvre a été essentiellement consacrée à commenter la vie politique et sociale de son époque.

Fin août, le grand rabbin de France Haïm Korsia a estimé que les victimes civiles à Gaza étaient « un fait de guerre qui incombe au Hamas, qui ne rend pas les otages (…), qui continue à envoyer des missiles sur Israël, qui refuse toutes les propositions d’arrêt des combats ». Il a ajouté ne pas être « mal à l’aise avec une politique qui consiste à défendre ses ressortissants », refusant d’avoir « à rougir de ce qu’Israël fait dans la façon de mener les combats ». Il a aussi reproché au parti des Insoumis d’avoir importé le conflit israélo-palestinien en France par opportunisme, afin de tirer parti d’ « un vote communautariste ». Suite à prise de position, le député Insoumis Aymeric Caron a saisi la justice : « Sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale, j’ai saisi la Procureure de la République de Paris pour signaler ces propos du grand-rabbin de France faisant publiquement l’apologie de crimes de guerre à Gaza. »

Cette judiciarisation à outrance du débat fait énormément de mal, y compris aux Palestiniens qu’Aymeric Caron prétend défendre. Et ma position s’appliquerait bien entendu à la situation inverse : que l’on vise une personne qui défend la Palestine ou Israël, mon avis ne varierait pas d’un iota. 

C’est vrai, Israël a été accusé de crimes contre l’humanité : le Hamas aussi, ceci dit. Des horreurs, à ce stade, les deux camps en ont sans doute commises, et l’on peut même considérer que c’était prévisible. Excusable ? Sans doute pas. Mais nous avons là deux peuples poussés à bout, et qui ne savent plus quoi faire pour trouver une issue après des décennies de conflit. Verrouiller toujours un peu plus le débat ne nous sera d’aucun secours. 

Car le conflit israélo-palestinien est un conflit tragique par essence, sans doute le plus fondamentalement tragique. Pas à cause de son nombre de morts – il y a toujours « trop » de morts dans une guerre mais on pourra nous rétorquer qu’il y en a eu de plus meurtrières que celle-ci, et c’est vrai -, pas à cause de son extraordinaire durée, mais bien à cause de sa configuration et de son caractère presque insoluble : deux peuples qui sont tous les deux légitimes dans leurs revendications, et qui se battent pour un simple bout de caillou – car qu’on appelle ce petit caillou Palestine ou Israël, il est minuscule – et pour le simple fait de pouvoir vivre tranquillement sur ce dernier. 

Les Palestiniens ne vivent pas là depuis 3 semaines, ils sont légitimes à vivre sur la terre de leurs ancêtres et n’y sont pour rien dans ce qui est arrivé aux Juifs au cours des siècles, ni dans cette culmination abominable que fut la Shoah, et qui décida les pays occidentaux à redonner une terre à ces derniers. Les Juifs aussi sont légitimes à vivre dans cette région, à avoir un pays à eux, et les persécutions et les génocides dont ils ont été trop de fois victimes ne laissent aucune ambiguïté sur l’urgence de la situation. On peut arguer que le slogan « un terre une peuple », cher aux israéliens, ne s’applique pas toujours dans l’Histoire et que les pays sont pour l’essentiel, justement, des agrégats de peuples (autrement, ce seraient de simples tribus), que l’humanité doit désormais apprendre le concept de citoyen du monde, mais toutes ces discussions théoriques sont hélas peu de choses face à la souffrance très concrète et très récente, voire actuelle, d’un peuple qui n’a pas juste souffert mais a constitué l’incarnation du souffre-douleur héréditaire pendant des siècles ; s’ajoute à cela une indéniable légitimité historico-géographique : il fut un temps, en effet, où les Juifs ont vécu là, et bien avant les Palestiniens ; ils ne sont pas partis de gaieté de coeur mais parce qu’on les a chassés. 


Ce conflit pose donc une immense question d’ordre moral et philosophique, métaphysique même : combien de temps après son départ – certes forcé – un peuple peut-il revenir sur une terre où il a effectivement bien vécu et réclamer à ceux qui vivent désormais ici de la lui restituer ? Dans quelle mesure peut-on demander à un autre peuple de se pousser pour faire de la place à un autre, qui a notablement souffert ? À combien de droits peut ouvrir cette souffrance ? Au détriment de qui et à quel degré ? Dans quelle mesure doit-on faire primer l’urgence de la situation des Juifs, et défendre l’idée que les Palestiniens, musulmans, ont tout le Moyen-Orient pour eux, et qu’ils ne seront sans doute pas dépaysés en se déplaçant un peu ? Dans quelle mesure cela serait-il acceptable ? 

J’aurais aimé penser que ces deux peuples auraient pu nous enseigner le miracle de la coexistence et de l’accueil à bras ouverts, de la transcendance du principe des frontières au profil de celui de fraternité. Ce n’est hélas pas ce qui s’est produit, pas encore. 

Je fais partie de ceux qui pensent que le nomadisme forcé du peuple Juif, son exil, a été sa plus grande souffrance mais aussi sa plus grande grâce ; que c’est ce qui a constitué sa richesse et lui a aussi permis, au fil des siècles, d’être à l’avant-garde de tous les grands concepts, de toutes les grandes luttes, d’accéder avant les autres à une forme d’universalité, de se concevoir comme un humain au sens noble et large du terme, et non plus comme le membre d’un clan, d’une race, d’une nation. Que ce trésor qui fut le leur est devenu celui de l’humanité toute entière. Et qu’il ne devrait, dans l’idéal, pas y renoncer. Mais ça n’est pas moi qui décide de ce qu’un peuple, qui a déjà beaucoup souffert, peut endurer ou pas. 

Ce qui est en revanche très clair, c’est que la complexité de ce conflit est extrême. Sa dépendance à une discussion sincère, honnête, intégrale, n’en est que plus grande. Une telle discussion ne peut s’établir que sous l’égide d’un débat libre et respectueux, sans tabous, sans anathèmes systématiques, et surtout, sans judiciarisation à outrance. 

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Affaire Tesson : l’impression d’un coup de pied donné par un unijambiste (archive – 29 janvier 2024)

Archive non publiée du 29 janvier 2024

Dans un article de Libération qui lui est consacré, la poétesse Rim Battal semble maintenant nuancer sa signature à la tribune anti-Tesson, expliquant que cette dernière est une réaction d’ « inquiétude » concernant les liens présumés de Tesson avec ce qu’elle nomme l’extrême droite mais en aucun cas un procès (c’est pire, en effet : c’est une condamnation) ; qu’elle a du mal avec le terme de guerre culturelle et que ce sont « eux » (sous-entendu : les soutiens de Tesson) qui « s’imaginent être en guerre ». J’ai également vu passer quelques autres réactions de ce type. Ces semi-rétropédalages effarouchés sont amusants. A les entendre, cette tribune n’avait pas vocation à censurer qui que ce soit, juste à exprimer un désaccord. Mais jusqu’à preuve du contraire, le titre de la tribune n’était pas « Nous tenons à exprimer notre désaccord avec la nomination de Sylvain Tesson et souhaitons interroger le bien-fondé de cette décision », mais bien « Nous refusons que Sylvain Tesson parraine le Printemps des Poètes ». Ce que cela signifie est transparent, tout le monde le devine plus ou moins : « C’est lui ou nous. Et si vous maintenez votre choix, nous userons de toute notre force de pression pour que ce dernier ne soit pas dénué de conséquences ». 

Lorsque l’on s’entoure par ailleurs de centaines et maintenant de milliers de confrères pour faire front commun autour d’une désapprobation qui aurait pu être formulée individuellement, avec par ailleurs toute la nuance et la diversité de propos que cela aurait permis, c’est qu’on souhaite faire peser la chose de tout son poids ; ce n’est pour rien d’autre que pour instaurer un rapport de force, dont on réclame bien sûr d’être le vainqueur. Une tribune, quoiqu’on en dise, est un acte solennel et lourd de conséquences. Et une tribune contre un auteur est une déclaration de guerre en vue d’obtenir que ce dernier soit démis d’une fonction ou d’un privilège qui lui a été conféré. 

On ne tribune pas pour des clopinettes ou des querelles de style, en tout cas à notre époque. Quand on sort une telle artillerie, c’est pour de très bonnes raisons. Or, les motifs sont ici trop légers ; ou en tout cas pas assez étayés s’ils existent. Les reproches faits à Tesson, on les cherche (à part dire qu’il est d’ « extrême-droite », sans d’ailleurs rien expliquer de son propos, et lui reprocher son usage de la plus pure liberté d’expression contre l’islam). La pertinence n’est pas au rendez-vous. Tesson n’a tué ni violé personne, il n’est accusé d’aucun forfait à l’heure actuelle. Il n’a jamais tenu de propos qui tombent sous le coup de la loi, dans un pays où cette dernière est bien présente, ni même fait l’objet d’une plainte, alors même que de très nombreuses sentinelles veillent et n’attendraient que le plus petit dérapage pour dégainer contre lui ; il n’a même pas tenu de propos véritablement controversés, haineux encore moins. C’est juste un homme qui fait usage de sa liberté d’expression et de son droit à la critique, religieuse par exemple. Il fuit plutôt le cirque médiatique et le débat politique, qui ont l’air de l’indifférer royalement, préférant l’éternité de la nature au bruit des débats contemporains ; il ne semble même pas être en colère contre quoi que ce soit, c’est dire. Son casier est sans doute vide, ou alors on doit y trouver deux-trois crottes de bique, les mêmes que chez à peu près tout le monde. 

Alors c’est se payer de mots de dire qu’il n’y a là pas de censure sous prétexte qu’on ne demande pas l’interdiction des livres de Tesson, qu’on ne l’empêche pas non plus d’écrire, de s’exprimer, de publier, qu’on ne veut juste pas le voir parrainer une manifestation populaire de poésie financée par l’argent public, qu’on ne veut juste pas être obligé de l’approuver ou de se placer sous le patronage de ses idées sans rien dire. C’est comme mettre un poisson hors de l’eau, le laisser s’étouffer, et se laver les mains du crime en arguant qu’on ne l’a pas tué, ni même touché. Tenter d’empêcher un écrivain d’accéder à des honneurs qui lui ont été décernés et pour lesquels il est parfaitement légitime, si l’on s’en tient aux critères habituels de sélection du parrain de cette manifestation, c’est bien sûr une forme de censure, et ça n’est pas autre chose. Ce n’est pas non plus, dans le cas présent, comparable au fait de demander sa mort sociale comme cela a été fait pour d’autres écrivains, on est d’accord, mais c’est l’empêcher d’accéder à un statut pour lequel il a été choisi, et pour lequel il ne démérite pas ; c’est lui demander de se contenter des miettes de sa notoriété, et de ne pas avoir accès à l’entièreté des privilèges que lui confèrent son statut actuel dans le monde littéraire et médiatique ; c’est le circonscrire, comme bien d’autres écrivains jugés incorrects, à une place d’inférieur qui a le droit de faire son truc dans son coin mais qui ne doit pas non plus espérer être la figure d’un grand événement fédérateur comme Le Printemps des Poètes, et ce pour des raisons fallacieuses dans un état démocratique où, je le répète, aucun de ses propos ne tombe sous le coup de la loi. Et ce, sous le prétexte de ne pas vouloir se placer sous la bannière de ses idées, ce qui après tout serait un droit souverain. Mais qui a parlé de se placer sous la bannière des idées de qui que ce soit ? Et depuis quand choisir un individu comme parrain d’une manifestation poétique, ou participer à la même manifestation que lui, c’est forcément approuver tout ce qu’il a pu dire ou écrire ? Tant qu’il ne s’agit pas de choses qui dépassent les limites morales et légales, en quoi est-ce qu’un personnage comme Tesson serait moins légitime qu’un autre pour occuper ce rôle ? On dit qu’il n’est pas assez fédérateur, parce qu’il n’est pas de gauche. En quoi la gauche serait plus fédératrice que la droite ?! Et pourquoi ces gens considèrent-ils que leurs opinions, pourtant minoritaires à plus d’un titre, voire marginales dans certains cas, sont fédératrices, neutres et universelles par essence ? Qu’elles constituent le socle de respectabilité ? Qui a décidé cela ? Au nom de quoi ?
Nous voyons déjà que le présupposé sur lequel se fonde leur argumentaire ne tient pas.  

Comment pensent-ils que font les nombreux individus de ce pays qui n’adhèrent pas à l’espèce de gauche très radicale et marginale de ces dernières années, et qui pourtant se coltinent à longueur de temps sa présence, et même son hégémonie culturelle et médiatique ? Eh bien ils vivent avec ! Ils sont abreuvés d’oeuvres, de chansons, de films, de séries, de livres, qui défendent une vision du monde qui n’est pas la leur, et ils font avec. Au nom de quoi cela n’irait toujours que dans ce sens ?  

Mais, comme je l’ai écrit dans un texte précédent, cette partie de la gauche est habituée à faire loi dans le milieu de la culture, à tel point qu’elle se croit majoritaire dans le pays. Pour elle, forcément, présence vaut approbation, car elle a vécu en vase clos dans le milieu culturel, au point d’être choquée davantage par la différence que par l’homogénéité consanguine qui la constitue désormais. La conséquence ? Ces gens se sentent encerclés parce qu’ils doivent de nouveau accepter l’altérité… ! La réintégration de la diversité et de voix discordantes des leurs dans le débat public, prend pour eux des airs grotesques d’invasion, que dis-je, de Grand Remplacement. 

Naturellement, ils ne peuvent pas imaginer qu’accepter Sylvain Tesson comme parrain du Printemps des Poètes n’implique en aucun cas de se placer sous le patronage de ses idées. Cette séparation – un peu comme celle de la religion et de l’Etat -, qui permet l’altérité et la cohabitation, ne fait plus partie de leur ADN. A aucun moment ils n’ont imaginé que les quasi 70 millions d’habitants de ce pays, qui tolèrent la présence hégémonique de la gauche dans le paysage culturel français, alors qu’ils ne sont eux-mêmes pas tous de gauche, pourraient aussi pétitionner contre eux, et que ça leur plairait bien moins si l’on décidait demain un principe de proportionnelle, allant dans le sens du principe démocratique que ces gens invoquent. Et qu’on accordait les subventions, les titres, les honneurs, en conséquence. 

Non sans gourmandise, beaucoup de gens moquent le fait que les auteurs signataires de cette tribune soient quasiment tous des « inconnus au bataillon », et de mauvais poètes, exhumant pour les railler leurs textes poétiques, dont la qualité n’est en effet pas très fameuse. On peut trouver que c’est hors de propos. Car bien sûr, on sait que la pertinence d’une tribune ne dépend pas de la notoriété de ses auteurs, pas plus que de la qualité de leurs écrits en tant que poètes. Cela, de nombreux observateurs l’ont souligné, et ils ont raison. 

En revanche, ces jubilations et ces moqueries, sous leurs apparences injustes de coups bas portés sous la ceinture de l’ennemi, disent quelque chose de plus complexe et portent une part de vérité. On ne compte en effet plus les artistes ou les écrivains tombés sous les balles de ce qu’on nomme désormais la « cancel culture ». Ceux qui l’incarnent ne se contentent pas d’avoir un point de vue : ils veulent l’ériger en loi suprême. A travers ces attaques, mesquines à première vue, sur la qualité de leurs textes, ou sur leur statut d’anonymes, s’exprime implicitement, si l’on tend l’oreille, une critique déjà plus légitime : le milieu des arts et des lettres est accaparé, confisqué, depuis de trop longues années, par des gens qui y font la pluie et le beau temps, décrétant qui a le droit de vivre ou non, ce qui peut être dit ou non, allant pour cela bien au delà de ce que la loi pose comme interdit, favorisant ou brisant des carrières du haut de leur arbitraire ; ces gens s’arrogent toutes les bourses, les postes, les subventions, les résidences d’écriture, les prix, issus de l’argent public et donc des impôts de tous, ils barrent la route à tout ce qui n’est pas eux, se donnent le cachet de l’universalité alors même que ce qu’ils incarnent est assez marginal, prétendent à la neutralité alors même qu’ils sont politisés au plus haut point. Et ces gens, beaucoup le découvrent avec cette tribune, n’ont en plus même pas de quelconque légitimité, conférée par le talent*, ou même par une éventuelle représentativité. Jusqu’à l’actuelle situation de surreprésentation qui frôle l’absurde, avec cette poésie médiocre* érigée comme géniale dans bien des médias, au détriment de ce qui l’est véritablement.  

A travers ces rires gras, c’est cela qui est dénoncé dans le cas présent. Cela veut dire : « Non seulement, le ‘monde ordinaire’ que nous incarnons est censuré. Mais en plus, il est censuré pour « ça »… ! Ce misérable « ça » ! Par des poétesses qui pensent que parler de ses règles et de sa féminité en des termes basiques et médiocres suffit à faire de la poésie ! Ou par des poètes qui pensent qu’aller à la ligne et couper les phrases comme des spaghettis pour une soupe aux vermicelles suffit à donner à leurs vers un lyrisme et un élan qu’ils n’ont pas ! C’est cela qui, aujourd’hui, aurait la peau de Victor Hugo, de l’art, de la poésie, de la liberté ! »

Quitte à avoir des ennemis, on aurait aimé, comme au temps d’Aragon, génie mais aussi stalinien intolérant, qu’ils aient au moins un peu d’épaisseur et d’envergure. Là, en effet, on a le sentiment d’un coup de pied donné par un unijambiste. Alors on ne peut pas ne pas pouffer de rire. 

On est en droit d’espérer que l’histoire fera des petits. Quelque chose me dit en effet que les retours de bâton en réponse à cette tribune constituent peut-être un précédent, dont nous parlerons encore dans quelques années. Car cette fois, une limite a été franchie. Les sentinelles qui gardent l’accès de la Culture depuis bien longtemps sont allées trop loin. En s’en prenant à une figure fédératrice, aimée de tous, ou de la plupart, ils ont commis la faute ultime. C’est toujours comme ça que ça se passe : le gagnant d’une lutte, pourtant nanti de sa victoire, veut pousser un peu plus loin cette dernière, inutilement, et par excès de vanité. Il prend trop de confiance, se gonfle d’air et se risque à une audace absurde, qui signe sa chute et, peut-être, la fin de son règne. Au final, c’est toujours la vanité qui rattrape ceux qui s’y abandonnent… 

Note astrologique : il est intéressant de constater que Sylvain Tesson, Lune en Balance, incarne sans doute malgré lui une figure réconciliatrice, qui correspond bien à ce signe. Écrivain aimé de beaucoup, il a été défendu par des gens de tous bords. On peut croire que ce lynchage contre lui a été le « dérapage de trop » de la part d’une certaine partie du milieu de la culture qui a surestimé ses forces et son impunité à jeter tout le monde et n’importe qui sur la place publique. Je pense même que cela pourrait être un précédent, un événement clé dont on se souviendra dans les années qui viennent. 

*Voici quelques exemples de poèmes écrits par des auteurs ayant signé cette pétition. Je n’aime pas la chasse en meute ni ridiculiser le travail sincère d’un individu (tout le monde a le droit d’écrire ou publier de la poésie, même si on trouve ça mauvais, même si ça nous touche pas… y a pas mort d’homme, si y a des gens qui aiment, tant mieux). Mais ces précautions de bienveillance empêchent parfois de débattre des choses et de poser les faits tels qu’ils sont. On ne peut pas ne pas voir ici le symptôme de quelque chose. Ces poètes ne m’intéressent pas, je ne veux pas m’acharner sur eux. Juste montrer un peu ce qu’il en est de la situation actuelle.

  • Rim Battal. Forcément, on commence par elle. Libération – qui n’est plus à une déconnexion près – lui avait consacré un article à la suite de sa signature contre Sylvain Tesson, dans lequel elle était louée comme l' »une des voix-phare de sa génération ». Cet article a été abondamment moqué par les internautes, notamment sur Facebook. Certains ont publié quelques uns de ses poèmes en commentaire. Il est globalement possible de trouver quelques textes sur internet, dont on peut imaginer qu’ils sont parmi les meilleurs de son oeuvre (notamment quand ils sont mis en avant par la dame elle-même, ou par des gens comme Augustin Trapenard). On peut effectivement critiquer le lynchage. Mais on peut aussi très bien comprendre que cela ne vient pas de nulle part et que ce sont les principaux intéressés qui ont commencé.
Un texte de Rim Battal cité par un internaute sous l’article de Libération qui lui a été consacré
à la suite de sa signature contre Sylvain Tesson
Deux autres textes de Rim Battal (mais le commentaire n’était pas sous l’article de Libération). Le premier est moins mauvais que le second, l’idée de la pose commune qu’est la levrette est même pertinente. On peut en revanche s’interroger sur le fait que cela suffise à faire un poème, et surtout un bon poème ; et que le dit poème constitue le sommet de la poésie actuelle selon Libération…
Un commentaire bien instructif qui éclaire aussi sur le contexte actuel et l’autrice en question
Là encore, un texte de Rim Battal. Cette capture est plus récente, mais je n’ai évidemment pas pu résister, je l’ai enregistrée dans le dossier correspondant, en vue de publier cette archive d’article.

Cette femme doit par ailleurs avoir un goût pour la censure car suite à l’affaire Tesson, sa page fut évidemment arrosée de commentaires auxquels elle a répondu par des menaces de « mains courantes » auprès de la police. Là encore, on peut déplorer le procédé visant à embêter un auteur sur sa page suite à une prise de position (mais, je le répète : qui a commencé ?), cependant les commentaires cités ici ne tombent en rien sous le coup de la loi…

Page de l’auteur.
Page de l’auteur

  • Victor Malzac, jeune poète qui a remporté en 2023 le prix Apollinaire (l’un des plus grands prix de poésie française), considéré paraît-il comme un prodige et un espoir de la poésie française, et qui a également signé cette pétition. Je vous laisse apprécier :
un poème de Victor Malzac

Gardons-nous des réflexes pavloviens : tout n’est pas toujours horriblement mauvais. C’est parfois juste… passable. Ce qui est cependant déjà suffisant pour interroger sur la mise en avant de ces auteurs qui, répétons-le, sont des gens primés, honorés, et sont donc censés représenter la crème de la crème, la poésie poussée au maximum de son potentiel. Certes, ces honneurs proviennent essentiellement d’un milieu poétique très minuscule et marginal qui ne représente rien d’autre que lui-même, mais, disons-le encore une fois, ce même milieu fait en sorte que rien d’autre que cela ne puisse exister en son sein (et j’aurais encore mille exemples très concrets pour le prouver ; je le ferai un jour). C’est là que le bât blesse. Et c’est sans doute la raison pour laquelle cette poésie n’est plus très lue aujourd’hui (ou qu’on lui préfère celle, parfois simpliste, des réseaux sociaux)…

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Pourquoi Mila est si peu soutenue (archive – 14 juin 2021)

Mila par Joel Saget



Archive – texte publié sur FB le 14 juin 2021

Note : c’est l’une des raisons, mais pas la seule bien sûr



Pourquoi Mila est aussi peu soutenue, même par des gens censés être acquis au droit de blasphème (les jeunes de son âge, une grande partie de la gauche, etc) ? Je pense que beaucoup de gens préfèrent se ranger contre Mila et décréter qu’elle a été “trop loin” car l’inverse leur coûterait trop cher psychologiquement, socialement, émotionnellement, à tous les niveaux. En effet, si l’on admet que Mila est une victime et donc que ceux qui la harcèlent sont des bourreaux, alors il faut admettre du même coup que nous vivons dans un pays en grand danger ; car Mila a reçu plus de 100 000 menaces de mort ou de viol, sans compter ceux qui n’ont pas été aussi loin mais n’en pensaient pas moins, ceux qui ont été les spectateurs approbatifs de son malheur et qui ne la soutiennent pas, qui sont peut-être des millions. On ne peut pas parler de cas isolés. Soutenir Mila, c’est admettre ça. C’est admettre que cette violence n’est pas marginale et donc admettre que nous vivons dans un pays gangrené par ce fléau liberticide appelé à s’étendre si rien n’est fait. C’est admettre que des centaines de milliers, voire des millions de personnes, sont totalement sorties du pacte social tel que nous le concevons. Or, à partir du moment où un constat aussi grave se forme dans notre esprit, il existe deux voies, sans nuance possible : Parler ou se taire. Le courage, ou la lâcheté. La résistance ou le laisser-faire. Le combat ou l’achat de la paix sociale. L’action ou l’inertie. Mais la voie du courage et de la justesse, qui est la meilleure, est évidemment aussi la plus difficile. Dans un monde comme le nôtre, elle nous expose à du conflit, de la difficulté, de la violence, parfois même à la possibilité de la mort ; elle nous éloigne de la tranquilité, d’un confort pacifique, d’un sentiment d’être en symbiose avec la société et de n’avoir aucune lutte à mener, aucune gifle à prendre. Il suffit de regarder l’Histoire pour se persuader que le sujet religieux est un sujet viscéral et qu’il charrie parfois des marées de sang. Alors tout le monde ne veut pas être courageux, pas comme ça, pas à un tel prix, pas avec l’épreuve du feu que cela implique. Sauf que personne n’a envie de s’admettre pour autant qu’il est lâche ; les gens veulent le confort relatif offert par la lâcheté, mais si possible sans avoir à se regarder dans la glace et avoir à se dire “je suis un lâche” ; si possible même en s’appropriant les lauriers du courage. Alors, plutôt que de s’admettre qu’ils ont choisi la voie de la lâcheté, les gens lâches préfèrent faire comme s’il n’y avait aucun problème. Par là même, ils se dédouanent de l’obligation de choisir. “Il n’y a pas à choisir entre lâcheté et courage, puisqu’il n’y a pas de péril en premier lieu”. En crucifiant Mila, et en soutenant ses bourreaux, ces gens se confortent simplement dans l’illusion qu’il n’y a pas de danger. Ils ne détruisent pas Mila parce qu’ils la détestent véritablement ou abhorrent ce qu’elle incarne, mais parce qu’elle agit comme un élément révélateur venu démasquer les lâchetés de chacun ; parce que du haut de son courageux malheur, elle leur rappelle à tous que la situation va mal et qu’elle est appelée à s’envenimer si rien n’est fait… et surtout, qu’eux n’ont pas les épaules et la force de faire partie de ceux qui élèveront la voix et agiront pour qu’elle change. Qu’ils sont ce qu’ils sont, c’est-à-dire des couilles molles, soumises aux oukazes des religieux et à la peur de la foudre. Cela, évidemment, ils ne peuvent le lui pardonner.

Capture du post publié le 14 juin 2021 sur FB

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« T’es plus beau qu’Alain Delon » (journal du 18 août 2024 + astrologie)

Alain Delon en 1968 (ou 1963, selon les sources). C’est à partir de là que son visage a vraiment commencé à devenir intéressant, selon moi (avant, il faisait davantage ‘petit minet’…)

Journal du 18 août 2024 (publié sur FB à l’instant même)

J’ai souvent dit aux hommes que j’ai aimés : « T’es plus beau qu’Alain Delon ». Déjà, parce que je le pensais : si j’aime un homme, il est le plus beau à mes yeux. Du reste, malgré l’admiration esthétique que je pouvais avoir pour Delon, et sa beauté proverbiale, je n’ai jamais été attirée par lui au premier degré. Cette simple phrase, « T’es plus beau qu’Alain Delon », démontre cependant une chose : ce dernier était, en quelque sorte, le mètre-étalon à l’aune duquel se mesurait la beauté masculine – si tant est que cette dernière soit mesurable. Plus encore que Brigitte Bardot – qui fut pourtant un phénomène dont la gloire dépassa sociologiquement et médiatiquement celle de Delon – mais dont d’autres rivales féminines sont souvent citées avec ou avant elle lorsqu’est abordé le sujet de la beauté pure (Cardinale, Monroe, Loren, Bellucci, Taylor, Adjani…), les gens faisant la part des choses entre popularité et beauté pure, Delon était devenu l’incarnation incontestée, évidente, absolutiste, de la beauté conventionnelle et indéniable, ici et ailleurs ; l’illustration de l’expression anglophone « ridiculously beautiful » (« ridiculement beau ») pour décrire une personne si proverbialement et évidemment belle que c’en devient un cliché. Delon a tenu ce rôle dans nos temps modernes.

Il est intéressant de constater à cet égard que les deux incarnations majeures de la beauté française, Bardot et Delon, partagent un point commun astrologique : la Balance, signe traditionnellement régi par la planète Vénus et lié à la beauté et à l’harmonie, souvent considéré comme le « plus beau signe » du zodiaque (au sens « le plus conventionnellement harmonieux », étant entendu que chaque signe est beau à sa manière). Bardot a son Soleil en Balance – tout comme Bellucci et Loren ; Delon possède, lui, un ascendant Balance, en plus d’une conjonction de Vénus (maître traditionnel de la Balance, donc) sur l’Ascendant, ce qui en renforce l’effet. L’ascendant régissant l’apparence physique et la manière de se présenter au monde, il n’était donc pas surprenant que Delon ait eu la beauté totale pour cadeau, plus encore que Bardot (ce qui était franchement un exploit), cette dernière ayant quant à elle un ascendant Sagittaire, placement qui la rendait déjà plus excessive et ‘typée’ – ce qui fait tout son charme inimitable mais rend moins susceptible de « plaire à tout le monde » ou d’être considéré comme un modèle trop classique. Le Soleil en Scorpion de Delon lui a naturellement conféré le sex-appeal et la fameuse intensité que tout le monde lui connaissait (en maison 2, analogique au Taureau, également régi par Vénus, les qualités vénusiennes de sensualité se trouvaient renforcées). La Lune en Bélier (angulaire et dominante) a parachevé le tableau, avec cette animalité instinctive, risque-tout, fougueuse et même égoïste, cette émotivité capricieuse et à fleur de peau.

Le maître de la Balance, Vénus, se trouve chez Bardot et Delon dans le signe de la Vierge, signe très valorisé dans la culture collective des années 60 puisqu’Uranus (qui régit à mon sens les effets de mode) s’y trouvait alors, ce qui expliquait nombre de caractéristiques de ces deux mythes, d’essence effectivement virginienne : finesse de gazelle, élégance naturelle, perfection des traits et de la silhouette, de l’habillement et de la mise en beauté, corps élancé et athlétique, discipliné, de danseuse ou de mannequin. Mais aussi le fait que leur persona, la féminité de l’une et la virilité de l’autre, aient fait écho à ce qui était alors jugé en vogue par les foules.

Vénus étant par ailleurs, chez Delon, en maison 12 (analogique aux Poissons), nous avons là l’explication de son aura insaisissable, mystérieuse, secrète.

La France (si l’on se réfère au thème astrologique de la Ve République) a justement son Soleil en Balance, avec sa Vénus en Vierge : ce parallélisme n’est guère étonnant si l’on considère que ces deux figures – Bardot et Delon – sont l’incarnation mythologique de la beauté et de l’excellence française à l’étranger pour le XXème siècle.


Note : j’ai plusieurs articles en attente depuis des années, qui commencent à dater, et qui évoquent justement Uranus et les effets de mode collectifs, le rapport astrologique entre un pays et ses grandes figures, le placement très sous-estimé de Vénus en Vierge (partagée par Alain Delon, Brigitte Bardot, mais aussi Kim Kardashian, etc), etc, etc. Je vais sans doute les publier sous peu.

Un statut FB de 2016 !! Eh bien, ça me suit depuis longtemps cette histoire… !
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