Incarnation charnelle de ce que l’Orient a fait de meilleur, entre fertilité, intelligence et poésie, le Liban est pourtant largement éprouvé ces dernières années, connaissant actuellement sa pire crise économique, avec une monnaie dévaluée et une dette de 170% du PIB.
Les graves explosions de Beyrouth constituent une déflagration à tous les niveaux pour ce peuple traversant déjà une période douloureuse. Plus de 300 000 personnes sont désormais à la rue. Le bilan des morts, lui, ne fait que s’alourdir d’heure en heure…
Cette explosion, évitable, est le symbole de la gabegie des autorités libanaises ces dernières années. Peut-être sera-t-elle le point de départ d’une prise de conscience et d’une renaissance bien méritée.
Le Liban n’est pas seulement un pays qui pleure et qui saigne. C’est un joyau de nature et de civilisation. La balkanique que je suis chérit ces paysages et cette culture avec laquelle nous partageons tant et qui nous a indirectement légué un bien précieux patrimoine. Ces endroits qui grouillent de terres brûlées et de forêts sombres, de rivières profondes dans lesquelles sautent les gamins intrépides du village, depuis les hautes falaises rocheuses ; cette nature sucrée faite d’oliviers, de figuiers, de vignes, et bien sûr de grands cèdres sous lesquels on s’abrite du soleil brûlant ; cette musique à rendre ivres les serpents. C’est avant tout cela, le Liban.
J’ai obsessionnellement écouté cette chanson pendant quelques semaines, avant que le drame ne survienne. Je me souviens y avoir vu le symbole de ce que l’Orient et les Balkans partagent, si bien que je pensais au départ à une chanson « de chez moi » ! J’ai ensuite dormi quelques soirs dans les songes d’un Beyrouth fantasmé, aux rues poussiéreuses et modernes, quelque part entre l’authenticité d’un village et la modernité d’une capitale, avec son incomparable douceur de vivre, ses artistes, ses jeunes qui veulent changer le monde, ses vieux qui prennent le café, ses belles brunes qui charrient dans leur démarche leurs chevelures épaisses et leur parfum d’envoûtement. Si une chanson représente Beyrouth pour moi, c’est celle-là :
Je vous partage un bel article sur l’âme russe et son mysticisme…
« Affectifs, passionnés, émotifs, les Russes vivent avec beaucoup d’intensité les relations humaines ; ils peuvent se dévouer à une cause et vivre une passion mystique. Ils aiment parler sans fin, discuter sans aboutir nécessairement à des conclusions, et se complaisent à poser les problèmes dans l’absolu.
Loin des contingences matérielles mais capables aussi d’accumuler des chiffres et des notes techniques, ils ne comptent pas leur temps et peuvent faire preuve d’une patience orientale. »
« Le Dr. Valerie Hunt (1916-2014), professeur de Kinésiologie, était une des pionnières à faire des recherches scientifiques pour tenter de prouver l’existence des chakras. A l’Université de Californie, Valerie Hunt avait mesuré la transmission électromagnétique du corps humains de différentes manières. Grâce notamment à un électromyographe (qui mesure l’activité électrique des muscles), elle avait détecté un rayonnement qui émanait aux emplacements traditionnellement associés aux chakras. Elle avait également découvert que certains niveaux de conscience sont liés à des fréquences particulières. Elle avait ainsi mesuré le champ énergétique ou champ éthérique « normal » a une fréquence d’environ 250Hz ce qui correspond à la fréquence du cœur. Néanmoins, la fréquence affichée par des individus possédant des facultés psychiques particulières pouvait varier entre 400 et 800Hz. Celle de médiums ou spécialistes de la transe pouvait varier entre 800 et 900Hz et celle de certains mystiques pouvait même aller au-delà. D’après Valerie Hunt, l’activité des chakras favorisaient l’éveil spirituel et augmentaient la fréquence du corps subtil. Un test complémentaire réalisé par Valerie Hunt avec des analyseurs de Fourier et sonographique avait permis d’enregistrer la couleur et le son de ces chakras. D’un chakra à l’autre, les couleurs changeaient et étaient apparemment les mêmes que celle de la littérature (c.à.d. rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet et blanc). (…) Une autre étude réalisée par le Dr Shafica Karagulla (1914-1986), « The chakras and energy fields », tendait à prouver que les maladies altéraient le comportement des chakras en termes de couleur, de luminosité, de rythme, de vitesse, de taille, de forme et de texture. Plus particulièrement, ses recherches ont permis d’établir une corrélation étroite entre les chakras et les glandes endocrines. Une perturbation décelée sur une glande se répercutait donc sur le chakra correspondant. »
Lorsque j’avais 18 ans, je voulais donner ma vie à Dieu, me raser la tête et aller au Tibet. De manière spirituelle et non religieuse*.
Dans le fond, je serai toujours cette fille, il est trop tard pour revenir en arrière. Dieu passera toujours avant les hommes.
Et la raison pour laquelle toutes mes histoires d’amour, aussi passionnelles et transformatrices soient-elles, sont vouées à se terminer, c’est parce que je ne sais que trop bien que l’absolu que je me cherche peut se frôler un instant dans le regard d’un homme, mais ne peut jamais s’y trouver tout entier. Aucun humain ne peut être notre horizon, fut-ce notre propre enfant. Personne ne nous appartient, personne ne nous est lié. Chaque âme est à la fois seule face à elle-même, et partie prenante d’un grand Tout. C’est ce paradoxe que l’âme doit maîtriser, et réconcilier. Apprendre la solitude, tout en comprenant que l’on n’est jamais seuls.
* C’est toujours le cas. J’ai toujours été spirituelle, mais jamais religieuse. Les savoirs de diverses religions me semblent précieux mais à prendre avec un recul critique.
Abysses, Fosses des Mariannes (je serais ravie de retrouver le nom de l’auteur de cette photographie afin de le mentionner)
N’oubliez pas que vous êtes tous beaux et que Dieu vous a faits pour aimer et rayonner de votre propre lumière ; pour le rejoindre dans l’Eternité.
Tant qu’il manquera un seul d’entre vous, l’Univers ne sera pas complet. Tant qu’il manquera un seul d’entre vous, l’Univers pleurera votre absence et la ronde ne sera pas entière.
A chaque instant, les Maîtres et les Anges vous couvent et travaillent à la régénération de la terre. Ils posent des fleurs sur votre chemin, des étoiles dans votre ciel.
Ce sont eux qui placent à chaque instant sur votre route les oasis, les signes et les espoirs, les épreuves et les obstacles dont vous avez besoin pour évoluer et devenir vous.
A chaque fois qu’ils vous voient tomber, ils ont mal.
A chaque fois qu’ils vous voient réussir, ils exultent.
A chaque fois qu’ils vous voient refaire les mêmes erreurs, ils râlent avec bonté et se remettent au travail.
A chaque fois qu’ils vous voient aimer, un grand feu de joie s’allume en eux.
Ils attendent votre retour. Votre place est en l’Amour.
A chaque instant, l’Univers tend sa main pour que vous la preniez. La vie est une grande fête, et la fête ne peut pas commencer sans vous.
Sachez-le à chaque instant. Vous êtes aimés, infiniment aimés.
Vous êtes aimés et vous pouvez être heureux ; il vous suffit d’être vous.
Le vrai vous.
Le Dieu en vous.
(Ce que j’entends par Dieu… Dieu, ce n’est pas un être extérieur. Il n’appartient à aucune religion, bien que les religions aient tenté d’apprendre à le connaître et se rapprocher de lui, saisi d’essentielles vérités. Dieu, c’est Nous. Dieu, c’est l’Univers. Dieu, c’est l’ensemble du vivant. Dieu, c’est la somme de toutes les âmes du cosmos une fois ramenées à leur perfection originelle.)
Dernier sursaut solaire, l’après-midi s’éteint
C’est l’heure du goûter, pour les esprits malins
L’hiver est terminé, nous fêtons le printemps,
La bière est fraîche, mon sein chaud et le temps clément
Pareil aux cieux idylliques, le denim écarlate
De nos Levi’s vintage usés par les époques.
Pareil au soleil pulsant ses rayons, le choc
De nos pouls affamés et si près de l’attaque
C’est un jour pour enjamber une bicyclette
C’est un jour pour se faire Paname à moto
Visage dans ton cou, morsures dans ton dos
C’est un jour pour jouer sur ton cœur aux fléchettes
Prendre la clé des champs, prendre la clé des villes
S’offrir une vadrouille, un instant d’arc-en-ciel
Rejoindre un carrefour éclaté de soleil
Plonger sous la grande barrière de tes cils
.
Sécher le travail, se faire porter pâle
Repousser la deadline et partir un instant
Pour le paradis le plus proche
Des cerises plein les poches
.
Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
La cloche de l’école sonne
Mais qui sont les enfants ?
Notre terrain de jeu s’étend à toute la ville
Qui a dit que grandir était si difficile ?
Libres et conscients, nous naviguons entre les mondes
Nous nous mouvons au gré des humeurs de la vie
Nous dansons dans les ruines, maintenant et ici
Brisés et déchirés, mais vivants aujourd’hui
Le monde s’écroule, et alors ?
J’ai pour forêt immaculée
J’ai pour rivière tourmentée
Ton regard comme de l’eau de roche
Et des cerises plein les poches
.
On joue à chat dans les ruelles fébriles
Où le soleil s’échoue et meurt
Et dans un coin inattendu
Tu feras de moi ton quatre heures
Quelque part au dessus des toits
J’enlève mon t-shirt
Dis-moi, mon bel amant, quel est le plus beau fruit ?
C’est clair comme de l’eau de roche
Des cerises plein les poches
Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
Le ciel devenu gris
Est-ce si important ?
Il reste au fond de nous une lumière invaincue
Il reste au fond de nous un paradis perdu
Dont le souvenir qu’on garde et ranime à loisir
Nous ferait traverser des saisons de noirceur
Assez pour vivre en attendant des jours meilleurs
Assez pour respirer, pour s’aimer et pour rire
.
La ville s’étend devant nos yeux,
Mais le plus bel horizon se trouve ce soir
Dans les eaux sauvages de ton regard
Tu seras pour aujourd’hui mon amoureux
Animaux urbains en urbex
Amoureux d’un jour, futurs exs
Loup y es-tu ? La faim est proche
Des cerises plein les poches
Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
J’ai perdu la notion
Des structures et du temps
J’ai perdu la colère
Et j’ai perdu la peine
Ces sentiments maudits
Qui formaient ma gangrène
J’ai trouvé dans l’instant présent dont tu m’honores
Comme une prairie fleurie minée de trésors
J’ai trouvé dans le ciel que tu m’auras offert
Assez d’étoiles pour convoquer tout l’univers
J’ai trouvé dans l’éphémère de nos étreintes
Offertes tel un fruit par l’arbre du printemps
Comme une chair d’éternel ; ô pluie jamais éteinte
Fertilisant les plaines calcinées d’antan
J’ai trouvé dans ton amour cet amour plus vaste
Celui dont nos attachements ne sont qu’ersatz
J’ai trouvé dans tes yeux comme un morceau de ciel
Et me voilà avide de ce bleu essentiel
Mâle et femelle non rassasiés
Mille fois brisés, jamais apprivoisés
Bouh ! Le vilain loup s’approche !
Des cerises plein les poches.
C’est pas la Toscane, j’ai bien compris
Mais c’est quand même la Dolce Vita à Paris
Manque plus que la Dodoche
Des cerises plein les poches
A travers les collines de fer
Notre périple s’éternise
La civilisation s’enlise
Il y a plus de fumée que d’air
Il y a plus d’hommes que d’oiseaux
Mais plus d’espoir que d’abattement
Le ciel est toujours aussi grand
L’amour est toujours aussi beau
Nous coupons à travers les chemins de la ville
Dans le chaos des corps si nombreux et fébriles
Et dans cette jungle une certitude naît :
L’homme peut improviser partout sa forêt
Un paradis perdu, en regagner un autre
En plein bitume gris, creuser une rivière
Faire pousser des bleuets au creux de tes paupières
D’une cause nouvelle se faire l’apôtre
La nostalgie d’hier se perd durant nos jeux
D’enfants énamourés que le bonheur guérit
En semant des cailloux sur nos chemins heureux
J’ai perdu la mémoire de mes jours d’agonie
Grimper sur les toits, attraper le ciel
Dévorer l’horizon, la ville sans sommeil
Le remède au désespoir se trouve et c’est tout vu
Dans l’horizon solaire d’une vie bien vécue
Car il n’y a de véritable enfance qu’à l’âge des adultes
Lorsque tout bonheur acquiert un sens véritable
Il n’y a de liberté qu’après la mort des fables
Emportées dans le gouffre de leur propre tumulte
Moi j’étais un enfant malheureux, et toi ?
Vivre est la plus belle des revanches
Et à chaque fois que mes hanches
Se balancent pour toi comme un doux violoncelle
Renaît en moi le feu furieux d’une foi nouvelle
.
Et cette vie moderne ne laisse plus le temps
De donner de l’amour aux choses et aux gens
Chérir un animal et border un enfant
Sont tout autant de luxes rares à présent
Mais nous serons de notre époque les soldats
Arrachant au forceps notre liberté
Celle de faire de la vie une cour de récré
Sous l’égide d’un ciel intact dans son éclat
Paradis éternel de rivières et de vignes
Où un effort heureux le dispute au repos
Où les chants de tous hommes et ceux de tous oiseaux
Font mélodie semblable à l’enfant de deux cygnes
Tuer ce qui est vain, aider ce qui doit être
Pour voir un jour enfin la nature renaître
C’est bien notre devoir, et nous n’avons pas peur
De jouer notre vie dans ces jours de fureur
Et en attendant ces temps meilleurs
Qu’importe le paysage, qu’importe le climat
Même sous un scaphandre, nous restera la joie
Et assez d’espace pour faire pousser des fleurs
Qui feront craqueler les prisons de nos cœurs
Qu’importe ce qu’il nous restera
Nous on trouvera toujours de quoi
De quoi siffler comme des mioches
Des cerises plein les poches
À Laurent C.
(Ce poème est un brouillon. Il y a encore à mon sens des choses à corriger, modifier, ajouter. Mais l’essentiel est là, on va dire. J’avais trouvé le titre, noté plein d’idées venues en abondance, écrit une multitude de vers sur mon portable, en 2016, 2017 je crois, durant les beaux jours. Puis j’ai perdu le fichier en question, peu après, à mon grand désarroi. Il m’a fallu quelques mois avant d’en faire le deuil et pouvoir me remettre à sa rédaction. Il m’aura fallu des années pour le terminer, je ne sais pas pourquoi, alors qu’écrire un très long poème en vers peut me prendre 1h ou 2h si je le décide. J’ose espérer qu’il est largement meilleur dans sa version actuelle que dans celle d’origine, à jamais perdue. J’en suis en fait persuadée. Un mal pour un bien, sans doute. C’est étrange de terminer ce poème… en pleine période post-confinement, où l’insouciance et la liberté ne sont momentanément plus tout à fait à l’ordre du jour.)
Je veux quitter la ville, je veux quitter Paris et sa banlieue. Je n’en peux plus de cette région pourrie. Je m’en bats les couilles que ce soit la capitale de l’art, de la culture, des expos, des musées, des intellos, trucmuche. Tant pis pour les mondanités, tant pis pour la littérature, tant pis pour les débats d’idées à trois francs six sous, vos monuments chéris et votre grandeur en carton-pâte. Tant pis – et c’est tant mieux – pour ce tumulte qui se croit vie quand il n’est que bourbier, fumier, merdier. Je m’en vais rejoindre ce qu’il reste de nature. Vous ne me manquerez pas. Votre civilisation adorée, je vous la laisse, goinfrez-vous-en. Ce sera sans moi. Ce sera sans les enfants que je mettrai au monde, et qui verront le jour depuis ma chair contrariée et éprise de pureté. Je veux leur offrir des aubes plus claires…
Il y a 40 ans, tu es mort.
(« Umro je Drug Tito »)
Tu n’étais pas parfait, mais tu as eu le mérite d’exister quand ce monde avait tant besoin de toi. De ton héritage, nous ne prendrons que le meilleur et nous le ferons fructifier. De là où tu te trouves, tu guettes nos progrès avec bienveillance.
Un jour, cette Yougoslavie que tu as unifiée renaîtra de ses cendres. Elle ne sera pas morte pour rien. Elle reviendra plus forte que jamais.
J’aime profondément les serpents. Chaque animal de la nature possède sa fonction et nulle n’est ingrate. Le serpent, au sens spirituel du terme, incarne la renaissance et l’infini. C’est sa part sombre et laide que j’utilise ici : celle que tout le monde connaît ; celle du serpent mortel, sournois et sans pitié dans son attaque. D’ailleurs, les connaisseurs savent que les serpents n’attaquent que lorsqu’ils se sentent menacés. En réalité, la méchanceté gratuite se trouve surtout chez l’humain. Je devrais peut-être trouver une autre photo…
Marianne a publié en ces temps de confinement et de Covid-19 un article de Jacques Julliard, « Que va-t-on faire de nos vieux ? ». N’étant pas abonnée, je n’en ai lu que le début, mais cela a suffi à me donner l’envie de réagir sur le sujet de manière plus générale, car c’est une thématique qui revient beaucoup, en cette période de pandémie où les personnes âgées sont particulièrement touchées. On se demande, évidemment : que va-t-on faire de nos vieux ? Comment en prendre soin ? Comment leur éviter l’isolement et l’oubli ? Et on s’offusque, évidemment, du sort que la société leur réserve. En première ligne des critiques, les Ehpad, les maisons de retraite, tous ces lieux où l’on consigne les anciennes générations en attendant qu’elles crèvent, mais aussi ces descendants qu’on accuse d’ingratitude et d’égoïsme pour s’être débarrassés de leurs ancêtres alors qu’il suffirait, comme autrefois, de faire maison commune et de prendre Mamie sous son toit. Cette solution, clé en main, vantée par tant de gens, mais appliquée par si peu… Il faudrait aussi, peut-être, voir les choses sous un autre angle, moins fédérateur et agréable, moins conçu pour briller en société de nos jours, mais qui existe dans les faits, et que le déni ne fera pas disparaître. Il y a des vérités que l’on visite moins, que l’on aborde moins ; alors même que les actes effectifs des gens vont dans son sens.
Accueillir vieille Maman à la maison. Prendre soin de ses vieux. En théorie, j’y suis absolument favorable. Cela fait l’unanimité, d’ailleurs. Je n’ai pour ainsi dire jamais entendu qui que ce soit aller à contre-courant de ce discours, pourtant largement contesté par les faits réels. Mais en pratique, combien de “petits vieux” sont toxiques, vilains, imbuvables ? On s’en éloigne comme on s’éloigne de la peste, d’une vapeur toxique, d’un foyer d’explosion nucléaire, et c’est une question de survie et de santé mentale élémentaire. Ils devraient même s’estimer heureux que des enfants leur paient un Ehpad hors de prix et n’aient pas totalement coupé les ponts avec eux en se désintéressant de leur sort, qu’il y ait encore des gens pour leur rendre visite et rogner sur leur bien-être et leurs salaires parfois modestes pour leur assurer le minimum. Ces petits vieux toxiques, vous ne pouvez pas imaginer comme ils sont nombreux, combien j’ai d’amis qui ont traversé des enfers par leur faute et ont bu depuis l’enfance, au sein de leur mère, un lait gorgé de poison : quand je me tourne autour de moi, il n’y a même que ça, des gens maltraités, brisés, broyés par leur famille, et qui souvent continuent encore de pardonner et d’encaisser par sens du devoir et reconnaissance filiale, ou parce qu’ils ont été tellement abîmés qu’ils ne connaissent pas autre chose que ces schémas qu’ils trouvent acceptables et reproduisent inlassablement dans tous les domaines de leur existence ; et tout cela sans compter ceux qui n’ont simplement jamais eu de famille, ont été bannis, délaissés, utilisés, reniés, chassés, mis à l’écart pour des raisons ignobles. Vous ne pouvez pas non plus imaginer combien de ces « petits vieux » jouent les irréprochables victimes de l’abandon familial alors même que leur famille aura usé pour eux jusqu’à la dernière corde, jusqu’au dernier nerf, jusqu’à la dernière parcelle d’estime de soi et de bien-être, aura tout donné et plus encore avant de finalement poser des limites vitales pour que l’ignominie s’arrête, pour que la transmission du mal s’achève et que la descendance soit lavée de ces démons. Beaucoup de ces « petits vieux irréprochables » se plaignent mais n’ont que ce qu’ils méritent. Ils ont éloigné leur famille, ont infligé les pires souffrances, celles dont il faut une vie ou plus pour se remettre, et il faudrait les monter sur un trône ?
Je les vois déjà d’ici, acquiesçant, leur petit œil satisfait, à chaque fois qu’on les plaint et qu’on leur donne gain de cause, à chaque fois qu’une personne tient ce discours : « ah, la société qui ne prend plus soin de ses vieux… », oubliant qu’une partie d’entre eux n’ont pris soin de personne et fait tant de mal que certains auraient sans doute mérité une forme de prison.
Car mettre au monde, élever, nourrir, blanchir, couvrir d’un amour mauvais, n’est pas prendre soin, si l’on s’évertue de l’autre côté à détruire la personne que l’on prétend aimer.
La question est surtout : pourquoi ces petits vieux ont été mis dans un Ehpad comme on enferme un serpent dans un placard ?
Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. Je connais beaucoup de gens qui aiment leurs vieux plus que tout et les gardent à la maison, les accompagnent jusqu’à leur passage de l’autre côté du ciel. Moi-même, j’aime les vieux, profondément. J’ai toujours adoré leur compagnie, leur connaissance, dès le plus jeune âge. Leur présence m’a profondément manqué, je me suis toujours cherché des vieux à aimer, et j’ai toujours regretté qu’on ne leur fasse pas plus de place dans la société, qu’on ne les intègre pas ; je les respecte infiniment, j’aurais tout donné pour connaître mes grands parents, et si j’avais eu à faire des sacrifices et à dévouer quelques années de ma vie pour un vieil adoré, je l’aurais fait. Car j’abhorre plus que tout les maisons de retraite, l’égoïsme, l’individualisme, la politique du moindre effort, et parce que j’estime que la cohabitation des générations est à l’origine la plus naturelle, la plus saine des structures, celle à laquelle il faudrait tendre et dont la destruction a causé le plus grand des manques à la société actuelle que l’on segmente et compartimente en communautés d’âges alors même que ces dernières ne devraient en former qu’une seule, car elles fonctionnent en synergie et bénéficient les unes aux autres. Tant de jeunes seraient heureux d’avoir des vieux près d’eux, de bénéficier de leur expérience, de leur épaule, de leur mémoire, de leur tendresse ; tant de vieux gagneraient à être entourés de jeunes, et pourraient être requinqués par leur énergie, leur optimisme, leur vitalité, leur goût pour la vie.
C’est toute la société qui tirerait un immense bonheur de cette union.
Mais pourquoi, malgré ces faits tangibles, tant de vieux sont tenus à l’écart de leur famille ? Sont-ils tous les victimes d’une descendance ingrate ? Ou sont-ils pour certains des monstres déjà mis hors d’état de nuire par leur dégradation physique et mentale, et finalement consignés là où ils ne pourront plus faire de mal à personne ?
Qu’on ne me réplique surtout pas, sur le ton du chantage à l’empathie, en prenant des airs de perfection morale : « tu verras quand t’auras leur âge, t’aimerais pas qu’on t’abandonne ! »
Oui mais moi, je n’ai maltraité personne, je n’ai dégradé personne, je n’ai humilié personne, je n’ai détruit personne, et je peine à comprendre que notre société ait encore du mal à crever cet abcès et à voir le diable où il est, c’est-à-dire partout, y compris dans le sourire inoffensif d’un vieillard qui ne s’est calmé que parce qu’il ne peut plus faire de mal à qui que ce soit… et encore.
Car il persiste parfois, par on ne sait quel miracle, chez des grabataires pourtant à bout de souffle et à deux doigts de caner, un restant de venin, de vivacité, d’énergie vitale, mis au service de la méchanceté et de la destruction d’autrui.
La bête est bien vivante, elle bouge, et puise dans ses dernières ressources de semi-cadavre la force de livrer un ultime outrage, une ultime parole vilaine, une ultime cruauté dont elle seule a le secret.
Alors, je pose la question, que personne n’ose poser visiblement : que faire de nos vieux, oui, mais que faire surtout de nos vieux toxiques ?