Il faut ignorer les ennemis de la liberté

Concernant l’injuste scandale autour des propos de Caroline Cayeux, qui constituent une opinion et ne véhiculent ni haine ni hostilité vis-à-vis de qui que ce soit en tant qu’individu :

Je pense qu’un individu qui a atteint un certain niveau hiérarchique ne doit pas se plier aux oukases de randoms sur les réseaux sociaux. A moins d’avoir commis une erreur qui exige réparation ou excuses, il ne doit pas se justifier et donner de la considération aux cris de gens qui n’existent que par l’indignation. Il doit écouter de loin mais ne pas rendre de comptes et ignorer ces bruits collectifs qui ont l’air plus importants qu’ils ne le sont. Justement car il n’est pas un random à 200 abonnés qui s’est crée un compte Twitter en 5 minutes, lui, mais un individu qui a gagné sa place, et qui est observé par des milliers voire des millions de personnes, dont pas mal attendent sans doute sa chute, ce qui change absolument tout au rapport qu’il peut entretenir avec son environnement.

L’exercice du pouvoir exige l’opacité, la distance. Un jour, on vivra peut-être dans une démocratie totale… quand les gens seront évolués. En attendant, les hiérarchies doivent exister et leur absence nous emmènerait à la dictature du peuple, et franchement pas le meilleur des peuples.

Les réseaux sociaux sont une chance démocratique et en même temps un véritable merdier, un tribunal de la pire espèce, et ce sera le cas tant que les gens qui les occupent sont ce qu’ils sont, et que la société ne sera pas parvenue à son niveau de pleine évolution. Il faut simplement en avoir conscience.

On a donné trop de force à des lambdas qui ne sont d’ailleurs pas si représentatifs que cela et qui, dans le fond, reproduisent toujours les mêmes schémas sous-évolués de chasses aux sorcières.

Il faut les détruire par le silence et l’indifférence.


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DE L’EAU POUR LES OISEAUX (ET LES PETITS ANIMAUX)


Photo de Claudy Godard

Bonne fête nationale à tous et n’oubliez pas de mettre de l’eau pour les oiseaux et les petits animaux sauvages tels que les hérissons. Il faudrait le faire toute l’année, mais en cette période de grandes chaleurs, ils en ont plus que jamais besoin ! Une eau fraîche, changée tous les jours, dont le contenant est lavé régulièrement. Si possible à l’ombre, afin qu’elle ne se réchauffe pas trop vite et que les animaux puissent étancher leur soif à l’abri de la chaleur.

Ceux qui ont un balcon ou un jardin peuvent mettre un abreuvoir afin que les oiseaux puissent également se laver et se rafraîchir. C’est important pour qu’ils puissent voler correctement. Pour les petits animaux terrestres comme les hérissons, une petite écuelle posée à terre fait l’affaire.

Si vous avez un chat, arrangez-vous simplement pour que l’eau soit hors de sa portée, concernant les oiseaux.
Il y a de nombreux produits et idées sur internet à ce sujet.
Quelques bonnes astuces ici.

Bel été à tous !

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Une journée ordinaire (poème)

Simone Veil, évidemment.

Dieu nous a faits beaux, grands et libres
Il nous a faits à son image
Pour qu’on s’amuse, pour qu’on s’enivre
Et de toutes folies possibles,
Aimer est vraiment la plus sage

Mais le médecin n’aime pas
Les gens qui s’aiment et qui s’amusent.
Son Dieu à lui maudit la joie ;
Il peste et me dit que j’abuse

Je l’entends râler sous le masque
Qui couvre son visage flasque
En préparant ses instruments
Pendant que je m’endors, docile
Sur la grande table où j’attends

J’aime les hommes et le sexe
Mais les capotes un peu moins
Eh oui, j’ai le plaisir complexe
Je suis une femme, je n’y peux rien

Ne pas baiser lorsque j’ovule
C’est une torture impensable
Et je ne veux pas qu’on m’encule
Ni qu’on éjacule hors de moi
J’aime les amours ingérables

Ma grand-mère, elle avait des plantes
Mais le gouvernement veut pas
Alors, cuisses ouvertes, me voilà
Comme une femme qui enfante

On m’a donné une dragée
J’ai dormi d’un sommeil heureux
Après avoir fait mes adieux
A celui qui ne sera pas né
Et qui n’aura jamais mes yeux
J’ai dormi quiète et soulagée

On ne fait pas d’omelette
Sans casser des oeufs,
M’a-t-on si souvent répété.
Eh bien, la vie, elle est ainsi :
Pour vivre, il faut toujours tuer

Comme l’air que l’on respire,
Comme la cerise qu’on cueille
Ceux qui l’ignorent sont les pires
La vie est cycle et non cercueil

Ils vivent dans un monde empaillé
Encombré de vieilles statues
Je suis forêt, et eux musée
Poussiéreux, pisseux, révolu

Comme chez les souris,
Ou les campagnols des prairies,
Chez les femelles géladas* :
Tout embryon ne survit pas

La vie est belle
Et la nature est cruelle
Parfois

Et dans cette ultime pensée,
Tandis que le spéculum froid
Pénètre ma viande accueillante
J’ai trouvé et Dieu et ses lois

Rien ne meurt jamais vraiment
Et ce n’est que partie remise
Pour que cette âme qui attend
De naître le fasse à sa guise
Dans un terreau plus accueillant

J’ai quitté le triste docteur
Avec sa mine peu amène,
En lui disant : à la prochaine !
Et l’infirmière aux yeux rieurs

En récompense salutaire
De cette journée ordinaire
Je vais m’offrir du chocolat
Une bonne sieste de chat

La première bouffée d’air frais
Que j’ai prise en ouvrant la porte
Fut un instant irréversible
De joie et d’inquiétude morte

Je pense à ce qu’aurait pu être
Cet enfant qui ne naîtra pas
Comme on pense à tous les chemins
Que jamais l’on n’empruntera

En sifflant, tranquille et content,
De celui qui nous attend là
Et quelque peu indifférent
A ce qu’on laisse derrière soi

Je me suis offert une virée
En ce superbe jour d’été
Où le soleil est un ami
Une mère aux bras attendris

Les passants sont vos familiers
Et le monde est comme nouveau
Quand on a jeté son fardeau
Le sac poubelle de ses ennuis

J’ai descendu heureuse et fière
La mythique rue des Saints-Pères
Légère comme plume au vent
Et j’ai traversé en chantant

Ma liberté me tenant chaud
Bien mieux que tous les soleils
Un jour, je deviendrai maman :
Mais ce n’est pas pour maintenant





(Poème écrit le week-end du 25 et 26 juin 2022, en solidarité avec les femmes américaines qui subissent l’abrogation de l’arrêt Roe V. Wade)


* Les souris, les campagnols des prairies et les singes géladas pratiquent déjà l’avortement spontané dans la nature.

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L’Ukraine existe : voici son histoire

Beaucoup prétendent que l’Ukraine « n’existe pas ». Ou qu’elle n’est qu’un état fantôme, incohérent, bricolé à la va-vite, une annexe de la Russie à laquelle elle aurait été injustement arrachée par un accident de l’Histoire qui ne tient pas compte du passé.
Voici un excellent article trouvé sur les réseaux sociaux. Il n’est pas de moi, mais d’un certain Nicolas V., doctorant spécialiste de l’Histoire médiévale et du Langage.
Je ne prétends pas être une experte du sujet, je ne peux garantir l’exacte véracité de tout ce que je lis ici ou là, mais ce texte a été écrit par une personne ayant une certaine légitimité, je l’ai trouvé passionnant, d’une qualité rare, et il vous apprendra sans doute beaucoup de choses sur l’identité ukrainienne. Il regorge d’informations fouillées, qu’on ne trouve pas beaucoup dans les articles sur cette guerre.
A lire absolument, et à partager sans réserve !




« Comme en 2008 en Géorgie, la guerre qui vient de commencer en Ukraine est partie d’un conflit entre un pays et des régions séparatistes. Ici, il s’agit du Donbass, c’est-à-dire une zone industrialisée depuis le XIXe siècle, après sa prise par l’Empire russe dans la guerre contre les Turcs. Cela concerne aussi, d’une certaine manière, la Crimée, annexée en 2014 après un référendum favorable au rattachement à la Russie : c’est à cette occasion que des séparatistes pro-russes ont pris le pouvoir dans le Donbass et établi des « républiques populaires ». A l’époque, Moscou ne les reconnaissait pas et demandait seulement à Kiev d’organiser des élections libres dans la région. C’est face au refus de l’Ukraine que la Russie est montée en agressivité, et a finalement lancé l’invasion actuelle.

Bien sûr, pour juger des responsabilités dans cette guerre et les désastres qui vont s’en suivre, il faudrait parler de géopolitique récente, de la géopolitique américaine, de l’UE, de l’OTAN, des élections ukrainiennes des 30 dernières années, du gaz, etc. Mais le casus belli, au départ, c’est le non-respect par l’Ukraine des droits des minorités russes dans l’est du pays, et les tentatives de « dérussification » menées par Kiev, notamment en enlevant à la langue russe son statut de deuxième langue officielle dans le pays. C’est sur ce sujet seulement que je souhaite donner un éclairage, parce qu’en plus d’être ce qui a tout fait basculer, on voit souvent passer des affirmations contradictoires, qui n’aident pas à y voir clair.

C’est un fait que, dans les régions les plus à l’est de l’Ukraine (les provinces de Luhansk et de Donetsk, où se trouvent les deux groupes séparatistes), on trouve une majorité de russophones, et un grand nombre de citoyens russes. Parmi eux, beaucoup d’ouvriers qui ont très mal vécu la fin de l’URSS et qui sont nostalgiques de cette période, à la fois pour la grandeur perdue et pour le semblant de stabilité qui l’habitait. Pour ces populations, la politique hostile à la langue russe était une absurdité, puisqu’elle promouvait de façon artificielle la langue ukrainienne qui, dans certains endroits, est rarement parlée en dehors de certains foyers. Moscou a beaucoup insisté sur le respect des droits de ces minorités.

Il faut pourtant noter une chose : dans les provinces concernées, qui forment des écosystèmes peu influencés par la vie du reste du pays, les russophones ne sont pas des minorités, mais bien des majorités. Leur proximité avec la Russie, dont l’économie se porte mieux (moins mal ?) que celle de l’Ukraine, leur maîtrise de l’appareil productif (depuis leur création, comme en Transnistrie, les équipements industriels ont été aux mains d’ingénieurs et d’ouvriers venus de Russie), et leur nombre font que, dans certaines parties du territoire, c’est l’ukrainien qui est de fait une langue minoritaire, reléguée à la sphère privée. Les écoles, notamment, éduquent en russe et non en ukrainien. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la politique parfois agressive (mais relativement peu appliquée) de Kiev.

On a donc beau jeu de décréter que « l’Ukraine est en fait un pays composite, divisé entre un Ouest ukrainophone et un Est russophone ». C’est ce que beaucoup de gens disent, c’est l’argument donné par beaucoup de soutiens de la Russie (qui faisaient état, en 2014, d’une majorité écrasante donnée au référendum pour le rattachement à la Russie), et cela va jusqu’à faire circuler des cartes qui montrent que l’Ukraine n’est en fait qu’un ensemble de territoires arbitrairement réunis par les soviétiques, alors qu’ils appartenaient jusque là à la Russie. Je ne m’attarderai pas sur ce point, il faut simplement rappeler que c’est tout le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que de considérer qu’un peuple doit pouvoir accéder à un état : lui reprocher de n’en avoir jamais eu, c’est dire que l’Estonie, la Slovaquie, le Tadjikistan, et la quasi-totalité de l’Afrique n’ont pas vocation à être structurés en états-nations.

C’est donc à la question de l’existence d’un peuple ukrainien, et de son expansion historique que les débats reviennent. Or, fort heureusement, il y a eu à la fin de l’Empire russe des études qui ont été menées pour établir la composition de la population : un recensement en 1897, qui a sondé la totalité de la population, sauf en Finlande, pour établir des statistiques ethniques et linguistiques. Ce recensement, dont les résultats sont visibles en ligne (ici : http://www.demoscope.ru/weekly/ssp/rus_lan_97.php?reg=0), a montré que, dans la totalité du territoire ukrainien actuel, la langue majoritaire était l’ukrainien. Non seulement cela, mais l’ukrainien est parlé par une majorité absolue d’habitants sur la totalité du territoire, à l’exception du gouvernement de Tauride (qui recouvre actuellement la Crimée et les territoires proches dans le sud de l’Ukraine), où la majorité relative est ukrainienne, suivie d’une forte minorité russe, et une minorité non-négligeable tatare. Dans des régions actuellement situées en Russie, les minorités ukrainiennes sont plus importantes que les minorités russes autour de Kharkiv, Chernihiv et le Donbass. Même au-delà des frontières actuelles de l’Ukraine, il y avait des régions majoritairement ukrainophones, notamment le Kouban, c’est-à-dire le Nord-Est du Caucase.

Partout où on trouve des populations russes importantes, c’est en raison des villes, très majoritairement russifiées, en raison de l’afflux d’administrateurs russes, et des liens entretenus par l’élite ukrainienne avec le pouvoir tsariste. Cet aspect de la russification par le peuplement est très important : les villes ont été des centres de diffusion de la culture russe, et aussi, il faut le dire, de la domination des masses paysannes majoritairement ukrainiennes. Dans certaines régions, au sud du pays, l’histoire du peuple ukrainien a consisté à voir la domination tatare (domination extrêmement violente, qui avait drastiquement réduit la population) remplacée par une domination russe, moins violente, plutôt économique et culturelle. Et tout cela s’est fait au nom de l’idée du panslavisme, qui considérait la totalité des peuples slaves de l’Est (russes, ukrainiens, biélorusses) comme un seul peuple et seulement des sous-catégories, de la même manière qu’il n’y avait qu’une langue, le russe, et des dialectes.

D’où des politiques, d’intensité variable, de russification, parfois avec l’interdiction de publier en ukrainien. Je me contenterai de remarquer ici que, contrairement à ce qu’on raconte dans certains milieux pro-russes, l’ukrainien n’est pas un dialecte du russe, mais plutôt une langue voisine du russe, en tant qu’elles descendent toutes deux de dialectes du groupe slave-oriental, parlés à l’époque de la Rus’ kiévaine. La littérature ukrainienne a commencé à se développer seulement un siècle après la littérature russe, ce qui n’est pas trop mal comme signe de vitalité culturelle pour un territoire qui, encore à l’époque, était un champ de bataille permanent entre empires. Le russe et l’ukrainien sont des langues proches, avec une relative intercompréhensibilité, mais il ne viendrait à l’idée de personne de dire que le serbe est un dialecte du bulgare parce que ces langues sont proches et qu’un Serbe comprend un peu le bulgare sans l’avoir étudié. La politique des tsars contre la langue ukrainienne était tout simplement la même russification que celle qu’ils ont fait subir à la Finlande, et personne n’ira prétendre que c’est parce que le finlandais est un dialecte du russe.

Sauf que, malgré ces diverses pressions exercées sur la population ukrainienne et sa langue, encore une fois, à la fin du XIXe siècle, un recensement atteste une majorité absolue d’ukrainophones quasiment partout en Ukraine. Et, encore en 1914, l’académie impériale des sciences établissait une carte qui constatait des majorités ukrainiennes absolument partout, avec une exception en Crimée. Les auteurs de la carte appelaient cela non pas de l’ukrainien mais du « petit-russe », et c’est ce dont se servent certains pro-russes pour affirmer que l’Ukraine n’a jamais existé. Cela revient à dire qu’une réalité n’existe pas si elle n’a pas un nom universellement accepté : à ce compte-là, la Chine n’existe pas, parce que son nom chinois n’est pas utilisé par les Européens. Toujours est-il qu’une question demeure : comment passe-t-on d’une majorité absolue d’Ukrainiens, y compris près de la frontière russe, en 1914, à une majorité de Russes aujourd’hui ?

Après la victoire définitive de l’Armée Rouge et la fin des famines, Lénine avait imposé l’idée que les minorités (les non-Russes) devaient être bien traitées par l’état central de peur de ne pas pouvoir compter sur leur soutien dans la propagation de la Révolution. C’est pourquoi on a assisté à une politique de promotion de l’ukrainien. Cela n’a été qu’une parenthèse, car, dès les années 30, Staline a totalement inversé la tendance, et, comme dans toutes les autres républiques de l’URSS, instauré la domination exclusive du russe, considéré comme la langue du peuple majoritaire et dirigeant. A part une autre parenthèse sous Khrouchtchev, qui n’a duré que quelques années, cette politique a été poursuivie avec plus ou moins d’intensité jusque dans les années 1980. Cela signifie qu’il y a aujourd’hui, au sein du peuple ukrainien, un grand nombre de gens qui se souviennent encore des humiliations qu’ils ont subies sous la férule soviétique, parce qu’ils parlaient l’ukrainien et non le russe ; des gens qui ont vu leurs enfants abandonner l’ukrainien parce que la vie était moins pénible ainsi, des gens qui n’ont pas appris la langue de leurs parents parce qu’à l’école il fallait parler russe.

Mais surtout, la principale raison de la présence de Russes à l’Est, c’est tout simplement que l’Holodomor, la grande famine de 1932-33, a dépeuplé l’Ukraine, et tout particulièrement les régions orientales (en plus du Kouban, autre région ukrainophone). C’est après cela que la région a été repeuplée par des Russes (notamment sortis des goulags), pour reprendre l’activité agricole. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la « grande majorité russe dans l’Est du pays » dont on nous rebat les oreilles pour justifier, parfois, les bombardements sur Kiev, n’est une réalité que depuis moins de 100 ans, et qu’elle résulte de massacres, famines, déplacements forcés et persécutions. Et encore une fois, beaucoup d’Ukrainiens sont assez vieux pour se souvenir de tout ou partie de cela. Moi, je comprends qu’un peuple qui lutte pour sa liberté depuis des siècles (contre la Pologne, les Ottomans, puis la Russie) considère la russification d’une partie de son territoire comme une parenthèse à refermer au plus vite.

Après tout, ceux qui soutiennent la Russie disent souvent que ce pays a été humilié après la chute de l’URSS, et qu’il faut comprendre le comportement de Poutine comme un rétablissement de la fierté nationale. Mais alors, que dire d’un peuple humilié dans la domination politique et militaire depuis 800 ans (l’invasion mongole), dans l’oppression culturelle et économique ? Ce pays-là n’a-t-il pas droit à sa propre fierté, et notamment la fierté de l’intégrité du territoire ? Ou la Russie est-elle le seul pays dont l’humiliation doit être prise en compte, et autorisé à humilier ses voisins pour soigner son orgueil blessé ? L’Ukraine est un pays souverain, qui cherche à se reconstruire, notamment en rétablissant sa propre culture sur le territoire national, pour assurer la cohésion civique ; il n’était même pas question d’interdire le russe dans un usage privé, mais de consacrer l’ukrainien comme seule langue officielle. La Russie n’est pas surpeuplée, ceux qui ne supportent pas de vivre séparés d’elle ont tout loisir de s’y installer. Les séparatistes du Donbass ont refusé ce droit légitime de la nation ukrainienne, et ont été soutenus par la Russie pour ce faire. Quelles que soient les fautes des autres parties impliquées dans ce conflit, sur le fond, comme on le voit aujourd’hui, la Russie n’a pas l’intention de se contenter des frontières qui sont les siennes actuellement. Elle est un état agresseur, et aucune raison, au fond, ne justifie tout ce qu’elle fait. Que ceux qui veulent faire valoir les droits des russophones de Donetsk et Luhansk s’arrêtent un instant, et se demandent si, au fond, ils ne sont pas en train d’excuser l’inexcusable. »

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Joyeux solstice, joyeuse année 2022 ! / Stariy klion (le vieil érable)

Une chanson très connue en Russie, Stariy Klion, issue du non moins célèbre film « Devchata » (« Les filles »), sorti en 62, à l’époque soviétique.
Une madeleine, qui ne manque jamais de me bouleverser, de me faire verser dans un étrange mélange de jovialité euphorique et de nostalgie mélancolique… L’âme slave, sans doute… Chanson idéale pour cette période de fêtes.
Il est possible que les chansons soient parfois supprimées sur Youtube, et il existe de celle-ci plusieurs versions. Dans ce cas, chercher « Stariy Klion Devchata » et chercher une vidéo montrant généralement des extraits d’un film en noir et blanc, en hiver, avec un décor extérieur, des jeunes gens, et souvent un jeune homme et son accordéon.
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Une poussière dans l’oeil (poème)

Tu as été le seul. Mon unique horizon
N’est à présent qu’une vaste terre brûlée
Tu étais mon amour, maintenant ma prison
Surgie autour de moi par un si bel été

Sur mes lèvres mourantes, il y a ton prénom
Comme un gémissement lentement terrassé
Dans mon sein déchiré persiste l’obsession
La douleur incendiaire des beaux jours volés

J’erre dans mes songes, avec le cœur dévoré
Comme si j’avais pris feu, tout mon être est fumant
Tout mon être est hurlant, un feuillage immolé
Un cyclone furieux au souffle incandescent

J’erre dans l’enfer de mes rêves les plus vils
Tumultueux et chargés d’un espoir suicidaire
Et les pensées de mort qui forgent mon asile
Constituent la métastase de mon cancer

Tout devient si fragile, ma vie tient à un fil
A ce cœur qui pourrait à chaque instant lâcher
Et l’étouffante nécessité d’un exil
S’étend en moi comme un vaste feu de forêt

Plus que les ponts rompus, l’amertume tenace
D’une rupture odieuse, dépourvue d’élégance
Je te croyais un homme, tu n’es qu’une limace
Un vampire n’aimant d’autrui que la souffrance

*

Mais cela n’est qu’une poussière dans l’œil
Et je sèche des larmes qui n’existent pas
Dans ma robe fleurie, je ne suis pas en deuil
De l’amour infini que je portais en moi
Comme on porte un enfant blotti dans un cercueil

Comme on porte un enfant et le mien est mort-né
Et c’est toi mon amour qui l’aura fusillé
Il ne restera rien de cette grande histoire
Quelques vers désuets en uniques faits de gloire

Et mon ventre crie famine pour cet enfant
Cet enfant de toi qu’il ne portera jamais
Tout mon être est colère, râle et sanglot violent
Déchirant le silence que tu as laissé
Je me sens périr dans un brasier fulgurant

Mais cela n’est qu’une poussière dans l’œil
Ceux qui croient que je pleure disent n’importe quoi
Ceci est bien mon lit, ce n’est pas un cercueil
Ce n’est pas un cercueil que cette caisse en bois
Mon grand amour est mort, seule je me recueille

Et ce n’est pas du sang qui coule sur la neige
Où je suis allongée ce matin dans le froid
Et ce n’est pas du rouge sur le tissu grège
De la robe que tu avais choisie pour moi
Et ce n’est pas du sang qui coule sur la neige

*

L’hiver est arrivé, et ma peine me suit
De saison en saison, elle me tient par la main
De Charybde en Scylla, je gaspille ma vie
Pour le triste regard d’un triste Valentin

C’est pourtant toi qui ris, c’est pourtant moi qui pleure
J’étais l’optimisme et c’est pourtant moi qui meurs
J’étais forêt fertile, je suis plaine rasée
Champ stérile, eaux arides, nature trépassée

Survivrai-je à l’hiver, survivrai-je à l’été ?
N’y aura-t-il pas un jour la blessure de trop
Qui éteindra en moi jusqu’au chant des oiseaux
Gardé en souvenir pour les jours dépecés ?

N’y aura-t-il pas un jour l’ultime coup de grâce ?
La souffrance de trop, l’invivable douleur ?
Qui achève l’ouvrage et un jour vous terrasse
O morsure cruelle, qui vous vise en plein cœur !

Et cette douleur que la poésie allège,
Et que croient repousser les voyages au long cours
Persiste en moi et s’établit en cortèges
De soldats impérieux rappelant mon amour
Mon grand bel amour que le souvenir protège.

*

Puisque j’ai déjà survécu à cet hiver
Je peux bien maintenant survivre à cet été
Les saisons et la vie de concert m’ont prouvé
Que tant que l’on respire, il faut que l’on espère

Il faut vivre et sourire, un miracle peut éclore
Réveillant la narine de l’hemme à demi-mort
Puisque j’ai survécu à un, à deux amours
Je peux bien renverser mes fardeaux les plus lourds

On arrive à ce jour où le chagrin s’efface
Où la mer quitte nos rivages dévastés
Elle laisse des châteaux de sable écroulés
Mais la sérénité des grands drames qui passent

Je peux vivre sans toi et je mérite mieux
La lumière est passée, je vois tous tes défauts
Tout ce qui sonnait juste aujourd’hui semble faux
Je peux à ton fantôme faire mes grands adieux

Je ne supporte plus ni l’odeur ni l’haleine
De cet amour aimé, devenu pauvre hyène
Et figure lointaine qui embaume les jours
Ce poème était l’autopsie d’un amour
L’été revient et j’ai survécu à ma peine.

Archive. Poème entamé en 2018-2019, terminé en 2020.
Un sentiment bien loin de moi désormais.

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Journal / Andrew Bird, le petit oiseau des jours heureux

La chanson des jours heureux. Oh no, d’Andrew Bird. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas écouté Andrew Bird. Pour moi, c’est l’artiste du bonheur, de la nature, des oiseaux qui chantent au petit matin. Je l’avais découvert il y a si longtemps, peut-être en 2009. J’étais encore au lycée, et il est devenu un de mes grands préférés, comme une petite flûte de pan fétiche qu’on garde dans un tiroir, comme un talisman de bois qu’on garde tout près de son coeur. Il m’avait suivie dans les jours heureux et les jours moins heureux. Puis, ces dernières années, j’avais un peu oublié de venir aux nouvelles ; je le gardais au fond de mon coeur comme le talisman qu’il était, mais je ne remettais plus les pieds au temple, je ne sais pas pourquoi. Parfois, une pensée à son sujet me revenait comme un papillon qui vous volète près des oreilles, mais le temps de la concrétiser, elle s’était déjà évaporée dans l’oubli. Et puis, il y a quelques jours, je me suis souvenue de cette chanson, celle là, Oh No, ma chanson des jours heureux, et ça m’a paru très nécessaire. Je la réécoute maintenant, tandis que Juin étend ses rayons de printemps ; je la réécoute avec la même joie, et c’est comme si rien n’avait changé. Car, dans le fond, rien n’a changé. Moi, j’ai toujours les lèvres framboise et les joues rosies par le bonheur, tout pareil qu’il y a 10 ans. 2021 et il y a peu, je suis redevenue celle que j’étais, en 2011, quand l’horizon ressemblait à un grand printemps qui grouille de promesses. La même en pire, en mieux, en plus grand. C’est comme si j’avais retrouvé ce que j’étais, la même chair, les mêmes contours, mais avec plein de sève dedans. Tout est plus charnu et rempli, plus beau, plus luxuriant. Je me sens un peu comme un arbre qui a assez grandi et va donner ses premiers fruits, qu’est tout content, comme l’emoji aux joues roses, tu vois, qui rigole comme s’il était en train de manger du chocolat. Et c’est sans doute pour ça qu’Andrew est revenu sur ma route, avec ses chants de petit oiseau. Pour me rappeler à ma joie fondamentale.

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A propos de Mila (journal)

Dimanche 30 mai 2021 :

A l’origine, en réponse à un ami, concernant Mila (nous parlions initialement d’un article de Konbini News sur Mila, relatant la sortie de son livre : j’avais pris connaissance avec dégoût des commentaires en dessous de la publication, les gens en mettaient plein la figure à cette fille), modifié et intégré dans mon journal :

“Je sais que le « droit au blasphème » n’existe pas à proprement parler, en revanche, officieusement, il y en a un, dans le sens où notre loi ne reconnaît pas de délit de blasphème. De Charlie Hebdo à Mila, blasphémer est un acquis de société.
Concernant Mila, c’est elle la victime de cette histoire. Y a pas à retourner la situation, à relativiser. Elle est victime, point.
Son cas met en exergue le problème de cette société concernant la liberté de blasphémer, de critiquer la religion. Qu’elle n’ait pas été des plus élégantes, c’est une chose, mais le blasphème – qui est un garde-fou essentiel dans une société libre – a justement vocation à être outrancier. Dans tous les cas, jamais les propos de Mila n’auraient du provoquer de telles réactions, jamais des milliers de gens dans notre pays* n’auraient du se sentir assez « tranquilles », protégés et en sécurité pour oser faire ce qu’ils lui ont fait et détruire sa vie. Ces gens-là devraient vivre dans la honte et la peur, pas Mila. Elle a reçu d’innombrables et très graves menaces de mort, elle vit sous protection policière, est déscolarisée car aucune école ne peut assurer sa sécurité. Sa vie entière est bouleversée, ainsi que toute possibilité de normalité et d’anonymat en France. Ces gens lui ont volé ce droit. Le problème est là. Qu’elle ne fasse pas profil bas ? Qu’elle utilise les réseaux sociaux, réponde à ses détracteurs, publie un livre au lieu de se « faire oublier » ? Elle a entièrement raison. Ce n’est pas à elle de baisser la tête. Il manquerait plus que ça ! Ces gens lui ont déjà tout pris et il faudrait qu’elle aille se terrer dans un coin en priant pour qu’on la laisse vivre ?
Elle a compris ce qu’elle incarne et tout ce que son cas implique. Elle a compris qu’elle avait le droit de s’excuser, de ramper, de se taire, mais que ce n’était pas cela, la vraie liberté. Et surtout, qu’elle incarne désormais quelque chose de plus grand qu’elle-même qui lui interdit moralement de « se faire oublier ».
Elle brûle pour que d’autres vivent. Pour que la liberté de conscience et d’expression, aujourd’hui si menacée, ne s’éteigne pas dans les mains de ceux qui s’en foutent ou n’ont pas les couilles de la défendre.
Son courage est immense, précieux. Mila est une digue précieuse. Même s’il est anormal que ce soit une jeune fille de son âge qui occupe ce rôle. Elle devrait être en train de vivre sa vie d’adolescente et profiter du soleil avec ses amis, pas servir de gilet par balles à des lâches qui se cachent derrière elle pour défendre leurs libertés. La société entière a failli, les adultes, les institutions, les politiciens électoralistes qui ont laissé faire pendant des années, laissé l’islamisme et la bigoterie avancer ses pions, tous ces gens sont coupables de son calvaire et du fait qu’elle doive désormais jouer un rôle de « martyre ».”




*Mila a reçu plus de 50 000 menaces de mort et de viol
https://www.midilibre.fr/2021/02/10/affaire-mila-plus-de-50-000-menaces-de-mort-et-de-viol-le-calvaire-de-ladolescente-devoile-9364510.php

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LAISSEZ LES FEMMES ALLAITER EN PAIX

Ces femmes donnent le sein en public. Et elles t’emmerdent.
Crédit : Trina Carry

A Bordeaux, une femme s’est faite gifler publiquement parce qu’elle donnait le sein.

Maÿlis était dans la file d’attente d’un point relais lorsque son petit de 6 mois a réclamé d’être nourri. Et à cet âge-là, un enfant n’attend pas.

Elle l’a fait patienter et lui a sans doute intimé de mettre ses larmes en sourdine, avec cette tendresse inquiète qui est celle des mères qui ont peur de déranger et qui prient en leur for intérieur pour que l’enfant ne pleure pas, comme on prie pour qu’une digue déjà croulante ne cède pas.

Comme trop de mères qui vivent dans l’appréhension d’être dévisagées, alpaguées, embêtées, agressées pour avoir osé sortir un bout de sein en public et avoir effectué l’acte le plus naturel et simple qui soit, et qui, durant l’une des périodes les plus vulnérables et sacrées de leur vie, font des concessions à leur environnement pour ne pas heurter le petit français de base qui a peur d’une paire de loches, Maÿlis a attendu.

Après une dizaine de minutes de sursis, après qu’elle ait probablement négocié et repoussé jusqu’à la dernière minute le moment fatidique de l’angoissante tétée en terrain hostile, son enfant s’est remis à pleurer et elle a donc décidé de le nourrir.

Lorsqu’elle a commis son crime, elle portait un vêtement adapté à l’allaitement – sans doute une espèce de camisole que de nombreuses mères ont désormais adoptée et qui ne sert souvent pas tant à faciliter le quotidien des mères les plus pudiques qu’à préserver les bigots du traumatisme que représenterait un tête-à-tête avec une paire de nénés. Par dessus, elle avait une veste. Tant et si bien qu’au final, on ne voyait même pas un bout de peau.

Malgré ces larges précautions, une bécasse est passée par là, n’a pas apprécié, l’a sermonnée puis l’a giflée.

Le pire ? Personne n’a réagi. Une autre connasse, pardon, femme, s’est même empressée de féliciter la vieille bique. Solidarité de bigotes qui dorment sans doute avec leur soutien-gorge pour ne pas choquer leur mari.

C’est drôle, la femme qui l’a agressée a invoqué entre autres les enfants qui pourraient être choqués par cette scène d’allaitement. Sans même se rendre compte que les enfants, eux, s’en foutent (surtout quand on ne leur a pas lavé le cerveau au white spirit depuis la naissance), et que ce sont essentiellement les mégères de son espèce – hommes et femmes – qui sont choquées par les conditions de Mère nature. Les enfants, ne mordent pas le sein qui les nourrit.

C’est drôle, aussi, la femme qui l’a agressée ne voyait même pas les seins de cette mère, intégralement couverts par une camisole et une veste : ce n’est donc même pas la vue d’un sein mais la simple idée de l’allaitement qui suffisait à la mettre dans cet état de colère.

Ce n’est pas la première fois que de telles histoires surviennent. Régulièrement, la presse fait état, partout dans le monde, de faits divers au sujet de femmes qui allaitent. Ce sont parfois ces femmes elles-mêmes qui prennent la parole sur les réseaux sociaux, pour raconter une désagréable anecdote. Ne parlons même pas de la guerre menée contre la nudité, surtout féminine. De cette femme agressée et passée à tabac par une dizaine de personnes car elle était seins nus à la plage. Ou encore de la censure stupide d’Instagram, qui interdit le nu, et plus précisément les tétons de femme, sans appliquer évidemment ces normes ridicules aux hommes.

Lorsque je vois en pleine rue, en plein bitume citadin, un mec sortir son arrosoir dans un coin et pisser à l’aise – ce qui pour le coup n’a franchement rien d’hygiénique -, je n’entends personne, absolument personne, émettre ne serait-ce qu’une protestation. Vous comprenez, les besoins du pater familias, ça se respecte. Monsieur avait besoin. Et quand Monsieur a besoin, tout le monde ferme sa gueule.

Mais une femme qui a besoin, même lorsque son besoin ne sert en réalité que d’antenne au besoin d’un autre qu’est son enfant, ça mérite une gifle dans la gueule, n’est-ce pas ?

Cette agression est juste une énième atteinte au corps de la femme, ici de la femme en tant que mère. Une énième atteinte au droit naturel à la nudité, à notre habit de naissance, encore criminalisé dans une société hypocrite pourtant abreuvée de porno, de sexe, de corps nus, mais incapable de regarder en face une paire de seins dans toute sa grâce essentielle.

Et dans toute son utilité. Car oui, les seins sont utiles et servent aussi à nourrir les enfants. Non, un enfant ne peut pas “être nourri à heures fixes”. Non, il ne peut pas “attendre” lorsqu’il pleure.

L’allaitement, c’est peut-être la nature que vous détestez tous. La nature qui n’attend pas et fait irruption par les larmes d’un enfant en plein centre commercial. L’allaitement, c’est peut-être la nudité – de corps et d’esprit – que vous détestez en vous-mêmes. L’honnêteté. La pureté. La vérité.

L’allaitement, pratique immémorielle, véritable médicament, nectar de santé pour les enfants, comme le savaient nos ancêtres, et comme le confirme de plus en plus la science.

Une pratique largement menacée dans la société actuelle qui, tout en reconnaissant de plus en plus les bienfaits de l’allaitement, est incapable de fournir aux mères toutes les conditions qui leur permettent d’allaiter sereinement. En cause notamment, trop de temps passé loin des enfants et des congés maternité peaux de chagrin. Dans les tribus primitives, où la santé est d’une robustesse inégalée, on allaite jusqu’au sevrage naturel et progressif, décidé par l’enfant lui-même, vers l’âge de 6 ans. Or, la vie moderne ne permet à la majeure partie des mères que quelques mois d’allaitement (parfois prolongés quand la femme peut rester au foyer, ou quand elle usera de tous types de gadgets morbides comme les tire-lait dans les chiottes du boulot).

C’est assez d’obstacles à vaincre pour que les femmes n’aient pas en plus à se soucier du regard médisant et des coups de la mégère du point relais, ou du petit con qui a oublié d’où il sortait (ou qui sans doute, ne le sait que trop).

Dans le cas de Maÿlis, par ailleurs, son enfant est un prématuré : elle est obligée de l’allaiter, c’est une condition essentielle pour l’aider à reprendre du poids. Or, depuis cet incident, outre la nuque bloquée de son fils, elle dit n’avoir plus “une goutte de lait”.

Passons sur l’indignité de l’acte et la facilité de la cible : une femme, vulnérable par ailleurs car seule avec un nourrisson.

Lorsque même la plus émouvante des scènes, une femme qui donne le sein à son bébé, arrêtant un instant la fureur du monde pour faire un cadeau de tendresse et de nourriture à une âme nouvelle, lorsque même cette scène-là, pacifique, immémorielle et pleine d’amour, génère une telle violence, de manière aussi régulière, on sait qu’on vit dans une société qui a perdu toute connexion avec la nature et le sacré.

On aime à diviser la femme entre la mère et la putain (spoiler : nous sommes les deux. Et il faut même avoir été d’abord putain, ne serait-ce qu’un soir, pour devenir mère). Et bien souvent, dans la société, lorsque la femme obtient à peu près le droit d’être l’une, elle perd le droit d’être l’autre.
Ici, on ne parle même pas de la liberté des femmes à être des ‘putains’ : à s’habiller comme elles le veulent, à baiser avec qui elles le veulent, à faire comme elles le veulent. On parle du droit à être une mère. Soit justement la figure à laquelle on aime tant assigner la femme pour lui imposer toutes sortes de concessions et restrictions sur sa sexualité ; en bref, pour l’empêcher d’être une putain.
Eh bien, même ça, c’est un crime. Même être une mère, ça ne va pas.

Mais que veut au juste cette société qui n’est même pas capable d’être cohérente dans ses tentatives d’oppression ?

Il va falloir que vous imprimiez, si possible en copies multiples et abondantes, que l’allaitement, ce n’est pas négociable. Et ce sera dans ta gueule, s’il le faut.

Je ne suis pas mère mais je suis en colère pour toutes les femmes qui le sont.

Le sexisme est déjà considéré comme une circonstance aggravante en cas de délit ou crime. Toute entrave à l’allaitement, toute agression verbale ou physique envers une femme qui allaite, devrait entrer dans la catégorie des délits ou crimes de nature sexiste. Et être jugée à ce titre comme un fait à la gravité supérieure. La législation doit se mettre du côté des femmes qui allaitent, en défendant leur place dans l’espace public jusqu’à ce que cette pratique soit banalisée et intouchable. Jusqu’à ce que les bigots s’habituent. Jusqu’à ce que la honte change de camp. Jusqu’à ce que de nouveau, les jardins publics grouillent de mille femmes sans honte, semblables à un tableau, une vision de paradis ; des femmes de tous âges, tous styles, tous types, toutes couleurs, toutes morphologies, en train d’effectuer l’un des actes les plus beaux et les plus simples : donner du lait et de l’amour à un enfant.


Sources :
– Le topless en net recul chez les femmes, notamment à cause de la peur des agressions ; « Étude Ifop pour VieHealthy.com réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 15 avril 2019 auprès d’un échantillon de 5 026 femmes,
représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus résidant en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. »
https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2019/07/synthc3a8se_fk.pdf
« Quels sont les bienfaits de l’allaitement pour votre bébé ? »
https://www.medela.fr/allaitement/experience-de-maman/bienfaits-allaitement-pour-bebe
« This stunning photoshoot features 14 moms breastfeeding on the beach during a Full Moon »
https://www.parents.com/baby/breastfeeding/this-stunning-photo-shoot-featured-14-moms-breastfeeding-on-the-beach-during-a/
« Charente : une femme agressée pour avoir été seins nus »
https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/charente-une-femme-agressee-pour-avoir-ete-seins-nus-7784626123
« Pyrénées-Orientales : des femmes seins nus sur une plage sommées de se recouvrir par des gendarmes »
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/pyrenees-orientales-des-femmes-seins-nus-sur-une-plage-sommees-de-se-couvrir-par-des-gendarmes-20200825
« Bordeaux : une maman giflée en pleine poire pour avoir allaité en public »
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/bordeaux-une-maman-giflee-en-pleine-poire-pour-avoir-allaite-en-public-20210518
« En Grande-Bretagne, l’allaitement dans les lieux publics fait débat »
https://madame.lefigaro.fr/societe/en-grande-bretagne-lallaitement-dans-les-lieux-publics-fait-debat-081214-93298

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Weyes Blood, fenêtre sur l’univers

« Treat me right
I’m still a good man’s daughter
Let me in if I break
And be quiet if I shatter
»

Joyeuse Ascension, Aïd Moubarak !

Deux fêtes religieuses d’importance ont lieu ce même jour. A cela s’ajoutent les énergies dilapidées qu’il reste encore de la nouvelle Lune du 11 mai. La Lune est en Gémeaux, particulièrement forte puisque conjointe à Mercure, maître du signe : mobilité printanière, agilité d’oiseau volant d’arbre en arbre à la recherche de cerises, chants primesautiers, dédoublement de personnalité, danse, joie, jeu, spiritualité magique, verbe et geste créateurs, incantations divinatoires, communications sacrées, conversations avec l’au-delà, légèreté adolescente, éphémère, errance et vagabondage constituent l’humeur du soir.

Cet alignement des astres était sans doute le moment idéal pour parler de musique.
Et partager ce superbe morceau de Weyes Blood (une artiste Gémeaux en plus), Andromeda.

En effet, je conçois la musique comme une expérience mystique et j’aime avant tout les artistes capables de s’inscrire dans ce sillage, qu’on écoute les yeux fermés, en communiant, en priant, en adorant. MGMT, Beach House (2018, année bénie où j’ai eu la chance de voir ces deux groupes en concert, à Bruxelles et Paris !), Jeff Buckley, Tame Impala, George Harrison, Tchaïkovski, Dvorak ou Lana Del Rey… et maintenant Weyes Blood, de son vrai nom Natalie Mering, bout de femme aux airs d’elfe, à la silhouette de grand oiseau agile, cachée derrière une sombre et timide crinière de prêtresse, que j’ai découverte il y a un an je crois. D’abord, Everyday, ritournelle profane et joyeuse aux airs de chant sacré. Puis Andromeda, fenêtre sur l’univers et l’océan cosmique. Et puis, toutes les autres que vous découvrirez par vous-mêmes : je vous laisse faire par vous-mêmes ce beau pèlerinage, comme il se doit.

Weyes Blood, je l’aime. Et j’attends de la voir s’envoler. Le décollage est peut-être imminent, pour cette vestale discrète toute dévouée à ses mélopées. Lana Del Rey l’a récemment invitée avec Zella Day pour une reprise de la chanson For Free de Joni Mitchell : elle se sont bien trouvées, entre sirènes qui ont fait de l’envoûtement une seconde nature.

Weyes Blood, c’est une musique vibratoire et troublante qui pénètre le système et l’âme, oscillant entre une grâce éthérée et une gravité convoquant ce qu’il y a de plus essentiel. Une voix dévotionnelle qui porte en elle toute la mémoire du sacré depuis la nuit des temps. Parfois, lorsqu’on l’écoute, on se demande si la chanson a été enregistrée aujourd’hui… ou il y a des décennies. Si l’on entend chanter une morte ou une vivante. Il y a là quelque chose qui vient de loin, ou précisément, de toujours. Qui est moderne et d’aujourd’hui, mais sans appartenir tout à fait à cette époque. Qui ne peut qu’inspirer la nostalgie. Comme un oiseau qui survole les paysages sans s’y poser jamais. Comme une Amish échappée de sa réclusion et s’intégrant parmi les jeunes de son âge sans tout à fait leur ressembler : Weyes Blood se dédouble entre une intemporalité fondamentale, une profondeur rare et des atours d’une jeune fille à la mode bien à l’aise dans ses jeans. L’éternité, dans toute sa clarté troublante. La perfection de sa musique se joue à un fil, à d’imperceptibles et d’irretranscriptibles détails et nuances, dans une apparente simplicité, ce qui achève de la rendre insaisissable, comme la photographie magnétique d’une jeune inconnue trouvée dans un vieux grenier. Et dont l’identité restera à jamais secrète, noyée dans un mystère que mille songes, questions et possibilités remuent.

Alignement des astres oblige, profitez de la belle fenêtre qui s’ouvre ce soir pour faire un rituel d’inspiration Géminique. Et n’oubliez pas de mettre de l’eau pour les oiseaux.

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