Les hommes simples (poème)

Jean Ferrat, qui incarne bien cette énergie. Le passage sur le poulet transgénique est une référence indirecte au poulet aux hormones dont il parle dans l’une de ses chansons…

J’aime les hommes simples. 
Ceux qui n’ont qu’une vieille chemise, solide et rêche, raccommodée au linon des rêves
Et qui donneraient leur dernier sou à un homme de passage ;
Sur le visage desquels on lit le goût de la nature, des aliments simples mangés dehors. 
Ceux qui n’ont pour eux que leur bonté,
Un vieux couteau dans la poche pour couper le pain
Et une maison toujours ouverte aux pauvres, aux voyageurs, aux oiseaux blessés, tombés du nid.
Un coin de table dans la cuisine, une nappe qui a traversé les âges, qui a gardé l’odeur des rires et des soirs.
Ceux à qui un simple jeu de cartes et une bande d’amis suffisent à être heureux.
Et un petit chat au coin du feu.
Tous les humains sont leurs frères, tous les petits insectes sont leurs amis,
Et ils sortent avec patience les araignées de la maison, avec un verre et un mouchoir,
Quand ils ne cohabitent pas avec elles.
Ils savent que c’est là que l’on trouve Dieu,
Jusqu’au plus petit d’entre nous.
Les tentations du monde, la méchanceté banalisée, ne peuvent pas les corrompre ni les acheter.
Elles ne leur font rien. 
Transparents comme l’eau des rivières près desquelles ils ont grandi,
Authentiques comme le coton dont ils se vêtissent,
Droits comme des arbres forts de leurs racines,
Mais humbles comme la branche qui ploie sous le poids de ses fruits et dont le destin est de s’offrir à l’appétit des hommes et des oiseaux,
Ils ne savent même pas qu’autre chose que cela existe,
Et qu’il est un monde où les gens se tuent pour un regard, un crédit, une chimère. 
Ils aiment le bruit des clochers
Mais ils vont en forêt comme d’autres vont à l’église,
Ils ont une grand-mère qui leur tire le tarot et lit dans le marc de café,
Ils parcourent les vallées habitées de fantômes avec la conscience du temps et de l’esprit,
Ne ratent pas un solstice et grouillent de petits rituels qu’ils n’oublient jamais, tout en disant ne pas y croire. 
Leur vie est simple. Ils sont du matin, sauf le samedi et les lendemains de fêtes – et encore, même là, la joie fraîche de l’aube les cueille et ils se contenteront souvent d’une sieste l’après-midi.
Ils veillent quand ils ont des invités, et cela est souvent.
Leur porte est toujours ouverte, la clé est on ne sait-où, et ils habitent en réalité chez leurs chats, leurs chiens et leurs voisins. 
Ils parlent avec une politesse désuète, un accent démodé qui rappelle l’époque où les mômes écrivaient comme des calligraphes.
Leur vie est rythmée par les naissances, les mariages et les enterrements,
Et le coq qu’il faut bien saigner, le poisson qu’il faut bien trancher
Pour qu’il y ait quelque chose à manger dans les assiettes du souper. 
Ils savent que quelque chose a existé avant eux, et que quelque chose existera après eux.
Ils le voient dans l’envol rieur des enfants qu’ils regardent jouer dehors et sauter dans les ruisseaux à la pureté glaciale,
Et dans le regard émouvant des petits vieux qu’ils aident et dans les yeux desquels se déploie tout l’horizon d’un monde désormais mort.
La médiocrité et les modes n’ont même pas le temps d’arriver jusqu’à eux.
Elles disparaissent avant de faire effet
Et laissent intacts ces mondes préservés.
Ils lisent de la poésie et écoutent de la musique.
Beaucoup.
Ils sont poètes jusque dans chacun de leurs gestes
Et ont parfois de l’encre sur les doigts
Comme un enfant a de la confiture de fraise autour de la bouche.
Et ils baladent cette enfance avec un sourire de gosse fier de lui-même et de sa facétie.
De trois bouts de bois, ils font une flûte,
Pêchent à mains nues,
Ont le goût du chant et de la danse,
Et se moquent des breloques du monde 
– Celui où l’on mange du poulet transgénique.
Ils ont mille histoires et rient
De tout ce qu’ils ont perdu et raté.
Ils ont les lèvres pleines et débordantes comme leur coeur,
Leur appétit de vivre et de donner ;
Des lèvres exprimant la ferveur et l’offrande, la dévotion simple.
Ils savent fléchir et ployer pour ce qui est beau et grand,
Mais ils savent aussi quelles choses sont vraiment dignes de ces adjectifs.
Les cynismes, les comédies, les postures, les violences, ils en connaissent le prix, ils n’aiment pas ça et referment gentiment la fenêtre sur ces billevesées. 
Rien de ce qui dénature ou grime l’homme en créature de cirque ne les fascine ou n’a de prise sur eux.
Ils font l’amour. Leur désir est blanc.
Ils touchent une femme comme on rentre dans un temple,
Comme on dévore une figue – en connaissant le labeur du figuier qui l’a permise -,
Et savent mettre dans chaque étreinte la substance du sacré.
Rien n’est sale, chez eux, pas même l’habit plein de sueur et de boue qu’ils retirent avant d’avoir franchi le pas de la porte, assommés d’une saine fatigue.
Ils sont les gardiens d’un monde
Dont tout le monde rêve et dit vouloir,
Mais que plus personne n’a le courage de faire perdurer. 
Personne ne connaîtra jamais leur nom.
Personne, sauf la mémoire de l’univers.
Et moi, qui sans les connaître, les chéris tous.
Ils seront enterrés dans un petit cimetière de village,
Le même où toute leur famille a été enterrée,
Depuis des générations ;
Justes parmi les justes
De la nation.
Ou sous un arbre heureux 
Qui rappelle de son sourire l’inimportance de ce pour quoi les hommes s’agitent, et la grande éternité des choses.
Ils n’ont rien de ce qui s’achète
Et tout de ce qui ne s’achète pas,
Dans ces villages où les femmes accouchent chez elles
Et les vieux meurent dans leur lit, entourés d’une descendance qui ne les a jamais abandonnés.

Ces hommes meurent souvent dans leur lit, oui,
Illustration d’une vie tranquille et inoffensive
Que la nature récompense de s’être humblement nichée en son sein
Apportant aux forêts qui grouillent du chant des oiseaux
Le chatouillement supplémentaire de leurs rires humains. 
Ils sont ce qui continue d’être
Après avoir été.
Leur lumière les prolonge
Et permet au soleil de briller encore ;
Ils ne le savent même pas.

Je ne suis pas sûre, parfois, d’être à la hauteur de ces hommes que j’aime. 
Peut-être suis-je trop compliquée, avec mes airs de sirène au bord du gouffre,
Si prête de tomber,
Et qu’il faut sans cesse rattraper.
Intense comme une absinthe qui finit par monter à la tête
Et viole le sommeil de la nature,
Enfermée dans le bocal de sa mélancolie slave.
Je ne suis même pas sûre qu’ils ne soient pas tout ce que je suis profondément incapable d’être ;
Même pas sûre de ne pas jurer 
Avec ce monde qu’ils ont su garder vivant ;
Je ne suis même pas sûre, en vérité, que ces hommes existent encore
Et qu’ils ne soient pas le reflet d’une illusion
Dont je ne suis pas digne. 
Mais peut-être qu’un peu de ce qui les porte et les anime
Survit encore dans le sang quiet de quelques uns ;
Et peut-être qu’un de ces hommes, un seul, attend de soulever mon corps
Et de renouveler avec moi le paradis du monde.
Et alors, je pourrais le dire, sûre et sereine : 
La vie suffit et elle est belle.


Terminé le 26 avril 2023 (commencé quelques mois plus tôt…) et publié le même jour sur FB.

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Nuit noire (poème)

Je sais ce qu’est la vraie solitude.
Nuit du coeur sans étoile à suivre,
Sentier noir sans âme qui vive ;

Etre seule parmi les gens,
Orpheline aux parents vivants,
Fleur qui saigne de n’être jamais cueillie,
Sauf parfois, arrachée, par des doigts méchants.

J’ai l’ennui sans le repos,
L’amour sans ses flambeaux,
L’épreuve sans le beau,
L’enfance sans le berceau ;

Je n’ai rien que mes mots.
J’y tiens, ils sont à moi.
Je les donne comme on jette
Des graines aux alouettes.

Je sais ce que je suis
Et ce que je me dois.

Tout ce qui m’a détruit,
J’en ai fait un palais,
Aux colonnes anciennes,
Hanté par les oiseaux,

Et le vide et l’absence
Qu’ont laissé les fantômes
De tous mes idéaux.

J’ai fermé le rideau
Sur ma propre existence
Comme on scelle un tombeau.

Écrit et publié le 7 avril 2023 sur FB. Celui-là, je l’ai littéralement écrit en deux minutes. 30 secondes, même. À la volée.

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L’amour ne nous laisse pas le choix (poème)

Écrit et publié le 19 janvier 2023 sur FB.

L’amour ne nous laisse pas le choix.
Il est cette succession de fenêtres décevantes qui ne s’ouvrent que sur des enfers multiples, et qui finissent par imposer comme seule option valable cette grande porte tout en haut de la tour, qui donne sur le vide et les étoiles
Et que nous aurons déclinée jusqu’au bout
Freinant des quatre fers et nous accrochant aux pieds de toutes les tables
L’amour nous vient quand nous avons tout épuisé
Quand nous avons essayé tout ce qui n’est pas lui
Jusqu’à nous y brûler
Ce n’est qu’à cet instant que notre cœur, enfin, acculé, au pied du mur, mûrit et dit :
Je n’en peux plus, délivrez-moi.
Je suis prêt à tout, même à essayer cette porte sur le vertige et le néant.
La détresse est telle que sauter, d’un coup, ne fait plus peur.
Un peu comme les piégés du World Trade Center, qui se savaient condamnés et qui ont pourtant tous choisi de sauter plutôt que de se laisser dévorer par les flammes.
L’amour est patient, il nous pardonne tout
Y compris de ne pas l’avoir aimé tout de suite
D’avoir boudé ses charmes
Et préféré d’abord les courbes de l’illusion
À sa lumière totale.
Il connaît bien les hommes.
Il sait combien nous sommes faibles.
Petits êtres de glaise, il sait que nous ne pouvons pas regarder en face
La lumière du soleil
Tant que nous ne devenons pas nous même
Le soleil.
Alors il attend.
Disperse quelques rayons pour que nous sachions
Pour que nous nous rappelions
De ce à quoi il ressemble.
Il a le sourire de ceux qui savent.
Mais il ne nous laisse quand même pas le choix.
Il nous regarde avec un grand sourire fixe et béat
Mais insiste pour que nous finissions notre assiette
Et ne nous laissera pas sortir de table
Avant que ce soit fait.
« Mange ».
L’amour a assez d’amour pour nous voir souffrir
Sans chercher à nous délivrer de la souffrance
Sans céder à la facilité de la pitié et des pleurs
L’amour nous veut grands, libres, forts et droits
Et bien souvent, nous lui en voulons,
Oubliant si facilement sa vraie vocation
Qui est de nous ouvrir à sa lumière
Et pour nous ouvrir
Il faut
D’abord
Mille fois
Nous briser.
Comme une noix de coco récalcitrante
Tant de gens ont usurpé son nom
Que nous en avons oublié son vrai visage
Ou plutôt
Son absence de visage
L’amour est si différent de l’idée qu’on s’en fait
De l’idée qu’on nous en vend
Que bien souvent, on ne le reconnaît plus
Quand il se présente à nous
L’on donne son nom à tous ceux qui se réclament de lui
Sans rien connaître de son essence
Tandis qu’on lui refuse à lui le droit à sa propre identité, l’entrée en sa propre maison
Étranger en son propre pays, il regarde à chaque instant son héritage qu’on défigure
Et sa lumière qu’on détourne
Au profit de mauvais soleils
Sans en dire jamais rien
L’amour nous aime si fort
Qu’il ne craint pas de nous faire mal
Pourtant, quand il surprend parfois
Une petite graine qui donne
Une toute petite pousse
Fragile, maladroite, misère de misère,
Il envoie tous ses rayons sur elle
Pour couver sa croissance
Et lorsque l’un de nous enfin le rencontre
C’est un concert de larmes en forme d’étoiles
Qu’il fait pleuvoir sur nous
Jusqu’à ce que nous ayons l’idée
Un jour
Enfin
De rejoindre cette grande fête donnée pour nous
Et nous y dissoudre.

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L’accident (poème)

Écrit et publié sur FB le 8 février 2023

La nuit pour nous se fait muette.
Quelques rêves roulent à mes pieds.
Le ciel est grand comme un désastre
Où se bousculent tous les astres.

À l’arrière de ta voiture,
Deux amoureux accidentés
Forcent la serrure du temps
Pour un morceau d’éternité.

Tu termines ta soupe entre mes cuisses
Et tu te ressers mille fois.
Tes bras sont bien les seuls bras d’homme
Dans lesquels il ne fait pas froid.

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Le berceau d’épines (poème)

À propos de l’étrange sentiment d’avoir vu Dieu trop jeune, d’avoir tué ses illusions avant de pouvoir les vivre et les éprouver par l’usure, d’avoir accédé à une vérité trop tôt pour pouvoir l’accepter.
Sans toutefois jamais pouvoir revenir sur ce qui a été vu.

Écrit et publié sur FB le 14 février 2023.



Trop souvent regardée sans jamais être vue,
Le monde est un carrefour où je me tiens nue,
Epluchée jusqu’à l’os par des yeux vides et sales,
Ange parmi tous ces démons de carnaval.

J’aimerais être une âme, et n’être que cela.
Mon corps est un bagage trop lourd pour mes bras.
Mais je suis trop fragile, oui je suis trop gamine
Pour fuir cet horizon qui ne veut plus de moi.

Je désire et repousse mes propres passions,
Veuve d’un idéal, fille d’un cataclysme,
Traînant derrière moi, pour unique chanson
La cloche assourdissante de mon fatalisme.

Architecte stupide de ma propre ruine,
J’ignore tant la joie qu’à force de tourment,
Je fais de chaque douleur un pressentiment
Et répète à loisir mon errance chagrine.

Mélancolie s’affirme et prend bientôt racine,
Peine qui coagule devient un destin ;
Entre sol et plafond, j’épuise mes matins
Dans des fatigues qui m’assomment et m’assassinent.

Mes songes me raniment pour mieux m’anéantir :
Tirée de mon apathie par des voeux fébriles,
Ma conscience punit mes rêveries futiles
Un rocher dans la face ; je paie chaque soupir.

Mes illusions sont mortes, n’en reste que le deuil.
Toutes les couleurs ont déjà lassé mon oeil.
Je ne sais qu’une chose : l’amour n’existe pas
Dans les refuges où je le trouvais autrefois.

Je ne peux plus jouir de tout ce que j’aimais
Car j’en ai vu l’envers, la vanité profonde.
Percutée bien trop jeune, ma lucidité est
Trop prématurée pour être vraiment féconde.

Dieu, je l’ai entrevu : il était un mirage.
Je sais qu’il est partout, mais je ne le vois pas.
Je crois toujours en lui, mais je suis trop sauvage
Pour comprendre à quel point il étincèle en moi.

Jetée dans l’océan, loin de tous les rivages,
Ou je nage à mourir, ou je sombre et me noie.
Trop tard pour la candeur, trop tôt pour être sage,
J’oscille entre deux gouffres : aucun ne veut de moi.

Tombée dans l’angle mort où plus rien ne respire,
Comme un jouet coincé derrière un meuble lourd,
Je rêve du meilleur et je m’attends au pire,
J’ai perdu l’habitude de chercher le jour.

Je pleure un passé dont même la poussière
Est tarie ; l’avenir est un lit éventré
Où tous mes ennemis ont mangé et couché,
Où des chiens ont pissé leur vessie toute entière.

Dans mes poches trouées reste un triste poème.
Dans mon coeur abattu un simple requiem.
Il ne fait bon dormir, il ne fait bon rêver
Dans ce berceau d’épines nommé réalité.

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Toute la beauté du monde (poème)

Écrit et publié sur FB le 18 janvier 2023.

Je ne veux pas être le seul oiseau de la forêt.
Je veux juste ne pas être aimée moins qu’un autre,
Et que l’utilité de chaque colibri soit reconnue égale à celle de n’importe quel rossignol.
Je ne suis pas venue pour te confisquer
Tes précieux souvenirs,
Vestiges d’un monde ancien
Qui vit encore en toi,
À l’état de silences et de craquements,
Et tous les sourires reçus et donnés
À d’autres que moi.

Quelle vilaine personne je serais
De vouloir effacer de ton tableau
Toutes les fleurs qui te constituent,
Toutes les rivières qui t’ont donné de l’eau,
Tous les soleils qui t’ont offert le matin un peu de cette force qui permet de surmonter
La douleur parfois déchirante qu’engage l’acte de vivre.
Tout cet amour que tu as reçu, ou qu’on t’a refusé, du sein de ta mère à celui d’une belle de passage, a fait de toi ce que tu es,
C’est-à-dire celui que j’aime d’un amour qui n’a rien à envier aux abysses et aux cieux.
Il est la paire d’épaules sur laquelle je me suis juchée pour t’embrasser.
Et qui suis-je pour prétendre, du haut de mon présent, que ton passé m’appartient ?
Je ne peux pas t’aimer sans aimer les routes qui t’ont permis d’arriver jusqu’à moi.

Quand je te regarde, je vois au fond de tes yeux chaque femme que tu as aimée, qui t’a aimé, ou pas aimé,
De la première à moi-même,
Et chacune a donné à tes yeux un peu de leur couleur actuelle.
Te regarder, c’est aussi les regarder.
Te regarder, c’est regarder un puits sans fonds qui porte tout l’Univers dans sa gorge.
Tu es l’océan : tu es la surface ondoyante, aussi bien que les innombrables sirènes, poissons, mollusques, algues, qui y grouillent et en habitent la profondeur.
Ne deviens pas, pour moi, une grande flaque vide et sans souvenirs, une page blanche, un livre sans histoires.
Ne sois pas de ces ingrats qui insultent leur passé, aussi beau a-t-il été, quand ils rencontrent leur présent.
Si c’est le cadeau que tu as à me faire, je ne peux pas l’accepter.
C’est aussi moi que tu outrages
Quand tu enlèves à ces gens jusqu’à l’écho de leur nom dans ton cœur.
Un jour, de notre chant, il ne restera qu’une onde lointaine que seule la mémoire du monde entendra encore.
Nous aussi nous périrons.
Comme tous les autres avant nous.
Nos cendres et nos larmes nourriront la terre
Qui accouchera du fruit
Que d’autres mangeront demain,
Sans même savoir que nous avons existé.

Alors aime-moi sans insulter toute la beauté du monde,
Mais n’oublie pas que j’en fais partie.
Sois comme l’oiseau sur mon épaule.
Et sens-toi libre de faire un nid,
Si tu le veux, pour aujourd’hui,
Entre mes deux bras réunis.

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Une sieste au soleil (poème)

Écrit et publié sur FB le 28 février 2023.

Prends-moi par la main.
J’ai dans le coeur mille vers oubliés
Que le sommeil a ensevelis
Mais qui habitent ma mémoire ;
Ils ont fondé en moi un nid
Seulement pour t’y recevoir.

Je porte tellement d’histoires
Mais plus une seule tragédie.
Tout en moi conspire à t’aimer,
Je rêve de grands champs de blé
Où le soleil tombe et s’oublie.

Je veux que la vie toute entière
Ressemble à cet astre têtu
Qui triomphe à chaque printemps.
Qu’est l’existence si ce n’est
Un grand bel été retrouvé
Par delà nos hivers cinglants.

Je voudrais cueillir à tes lèvres
L’insouciant verdict de la joie,
Quand la douleur enfin n’est plus.
Alors heureuse, toute à ma fièvre,
Je m’endormirai dans tes bras,
Comme une femelle repue.

Je sourirai dans mon sommeil
Comme un enfant un peu taquin
Qui fait semblant d’être assoupi,

Comme un vieillard qui a tout eu
Et qui voit s’éteindre, serein,
Le grand spectacle de sa vie.

La mer est un grand ventre chaud
Et j’ai plié pour nos vacances
Des linges de toutes couleurs.

Même les voiles sont au repos
Et tes yeux me le font promettre :
Je n’écrirai que le bonheur.

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Les raisons de la pudeur (poème)

Écrit et publié sur FB le 22 décembre 2022.

J’essuie des larmes inutiles
Personne ne viendra me sauver

Tous ceux qui en veulent à mon corps
Décampent dès qu’ils voient mon coeur

A quoi bon se montrer fragile
Sans jamais être consolée

On s’écoeure à avouer ses torts :
Le monde nous écoute, moqueur

On s’humilie dans cet aveu
Auquel les autres restent sourds

Et on s’efforce chaque jour
D’apprendre à révéler nos bleus

Pour qu’un silence indifférent
Vienne briser au premier tour

L’offrande de notre tourment
Comme on laisse mourir un feu

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Je t’ai (poème)

Nuit du 11 au 12 avril 2022. Publié sur FB le 12 avril 2022.

Je t’ai dans le ventre comme une femme enceinte
Arrivée à son terme, ronde telle la Lune
Je déborde de toi, comme une marée sainte
Lancée à l’assaut des rivages et des dunes

Je t’ai dans la peau comme une trace d’impact
Une balle brûlante dans mon sein gonflé
Sirène agonisante pleurant son dernier acte
Dans un soupir nubile, l’innocence volée

Je t’ai dans le sang comme un alcool absolu
Tu me seras si vite monté à la tête
Mais j’aurais été ivre avant même d’avoir bu
Et d’avoir pu goûter à l’extase de la fête

Je t’ai dans ma détresse, lorsque je me vois nue
Dans mes rondeurs de femme hantée par des étreintes
Imaginées cent fois et jamais survenues
Livrée au courant d’air, bossue comme une sainte

Je t’ai comme un tatouage, un cœur sur une fesse
Je t’ai comme un foutu piercing au clitoris
Tu es mon mauvais goût, et tu es ma noblesse
Tu es tout à la fois ma vertu et mon vice

Je t’ai dans mon ciel bleu, tu es mon astre mort
Mon étoile qui s’éteint, mon grand rêve brisé
Je t’ai dans les eaux fières qui bordent tous mes ports
Plus qu’un voyage, tu étais l’horizon entier

Je t’ai dans mes pensées, et je t’ai dans mon corps
Très probablement inscrit dans mon ADN
Je t’ai dans mon sommeil, et lorsque vient l’aurore
C’est encore toi qui peuple les contrées de ma peine

Je t’ai dans chaque tremblement que fait ma voix
Chaque fragilité, je te la dois
Dans mes nuits d’incendie, quand je crois me reprendre
Dans mes jours d’agonie, quand j’aimerais me pendre

Dans ces matins maussades, où me vient la nausée
Où je n’avale rien que des songes surfaits
Blottie contre un drap blanc, ami inanimé
Sur lequel j’imprime ton parfum et tes traits

Je t’ai dans ces regrets attendant de faner
Pour devenir le terreau de ma renaissance
Dans mes rêves incongrus de mariage en été
Dans une baie secrète et bordée de silence

Oui je t’aurais donné jusqu’à ma liberté
Pour laquelle je dis être prête à mourir
Et dans tous les affronts que je lui aurais faits
Il y avait cet amour qui tentait de se dire

Ton sillage ne rime qu’avec l’éternité
Ventre de tous mes jours dont tu es le nombril
Mon cœur est devenu une maison hantée
Je m’y réveille en sueur, inquiète et fébrile

J’ai délégué ma joie à un homme occupé
À courir mille femmes, pourvu qu’elles ne soient moi
Unique âme esseulée qui n’est pas invitée
À ce si grand festin où tout le monde est roi

Je t’ai dans mon présent, je t’ai dans mon passé
Tu es sans doute ma plus belle cicatrice
Je t’ai dans mon futur, comme un destin violé
Une belle promesse tombée dans la pisse

Je t’ai dans ma mémoire, cette armoire fermée
D’où débordent trop souvent des souvenirs honteux
Celui d’avoir aimé sans jamais être aimée
Et des rêves stupides qui ont fait long feu

Comme un dieu immobile attendant ses louanges
Et qui ne sort jamais de son silence fourbe
Tu as été ma prière adressée aux anges
La foi aveugle dans laquelle je m’embourbe

Une lettre brûlante restée sans réponse
Le silence des cieux qui laisse démuni
Une vallée de fleurs qui se double de ronces
Un amour de soleil mué en tragédie

Je t’ai partout en moi et dans ce qui m’entoure
La moindre fleur paraît rappeler ton prénom
Tu me cueilles soudain, au hasard d’un détour
Et les heures du jour me deviennent une prison

Je me retiens souvent de gémir, de crier
Quand je pense à ton corps s’écroulant sur le mien
Si l’amour n’existait, je l’aurais inventé
Pour le simple plaisir de mourir sous tes reins

Je t’ai dans mes veines palpitantes et nerveuses
Comme un poison intense à l’effet prolongé
Bouquet de faux espoirs, épines vénéneuses
Qui sont le seul présent que tu m’auras laissé

Je t’ai partout sauf entre mes bras délicats
Ouverts comme un berceau au centre d’une chambre
Attendant un enfant qui jamais ne naîtra
Une femme est en pleurs, et juin devient décembre

Je t’ai partout partout, sauf dans mon sexe humide
Refuge hospitalier que tu as déserté
Une huître préservée, dans son repos placide
Et qu’une main cruelle arrache à son rocher

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Des suçons dans le cou (poème)

Circa 2017-2018-2019 ? Publié sur FB le 19 mai 2021.

Des suçons dans le cou
Et l’amour à genoux
Moi j’aime appartenir
Aimer, vivre et mourir
Moi j’aime mieux être prise qu’être attendue
Quand tes bras me dessinent une sortie sans issue

Des suçons dans le cou
Et l’amour à genoux
Moi je n’aime que ce qui est violent, sombre et fou
Les hommes qui savent forcer le passage
Et dans le consentement, déjouer les barrages

Pourquoi être libre quand on peut être aliéné ?
Trouver dans l’amour sa plus grande liberté ?
Libre d’accord, mais libre pour faire quoi ?
A quoi bon être libre quand je peux être à toi ?

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