Je ne peux pas ne pas rêver A des rêves d’ailleurs Mon corps est là, prisonnier Mon coeur est voyageur
Happé tout entier par un horizon prometteur Meilleur
Je vis pour aujourd’hui, je brûle pour demain Pour tout ce qui est en fleurs
Une débauche de couleurs Attend d’être admirée Par des yeux peu ingrats
Tant de paysages Attendent d’être fécondés Par chacun de nos pas
Je peux aimer l’instant Mais je ne peux pas le figer Je ne peux pas rêver à des rêves passés
Le vent n’est pas fossile, la mer n’est pas de marbre, fixée dans son azur Aujourd’hui comme hier, je continue de marcher jusqu’à la rupture
Je continuerai demain de vivre ma vie comme une grande aventure
Les oiseaux sont beaux parce qu’ils volent librement Ils sont si tristes en cage Alors dites-moi qui a Décidé que l’homme Devait prendre racine dans un seul paysage ?
L’oiseau a des ailes, moi j’ai des jambes longues, des idées court vêtues Je reprendrai la route demain première heure En direction d’un nouveau Paradis perdu
J’irai poser mon pied sur la branche qui craque Dans le silence des bois J’irai gagner mon droit d’être libre et vivante Dans ces paysages fous Où la nature fait loi
Loin de vos fleuves sales, des poissons à deux sexes, des humains détraqués Que la vue chaque soir d’un ciel sans étoiles Ne fait pas frissonner.
A provocative claim: in any country, immigrants are statistically more likely to generate exceptionally creative works. There’s a long list of immigrant geniuses: Victor Hugo, W. H. Auden, Vladimir Nabokov, Nikolas Tesla, Marie Curie, Sigmund Freud, Albert Einstein. But single cases don’t make a scientific argument. Do we have any statistical data on this?
An awful lot of brilliant minds blossomed in alien soil. That is especially true of the U.S., where foreign-born residents account for only 13% of the population but hold nearly a third of all patents and a quarter of all Nobel Prizes awarded to Americans.
Those are some pretty convincing numbers, somewhere between a 12 and 20 percent increase in creativity among immigrants.
Creativity research has the explanation: Psychologists have shown that bigger creative insights result from distant associations–when your mind has many different types…
Elle s’appelait, paraît-il, Zuraja*, ma mère n’est pas très sûre. On ne sait pas grand chose d’elle, si ce n’est qu’elle était très grande et très belle, et qu’elle portait une longue natte noire sur le côté.
Elle était mariée et avait une petite fille qui devait avoir, selon la cohérence du récit, 7 ou 8 ans, pas moins de 6, pas plus de 10. Zuraja était probablement très jeune, comme souvent les femmes qui n’avaient encore qu’un seul enfant à cette époque. Ma mère pense qu’elle avait à peu près mon âge, la mi-vingtaine, ce qui me semble en effet assez jeune pour le morceau de bravoure et de sang-froid dont elle fut capable. Son mariage était heureux. Son époux travaillait la terre, comme souvent les gens de cette époque. Il avait fait fortune dans la production d’huile d’olive. Cet homme avait un frère, et ce frère était jaloux. Ils étaient tous deux partis avec les mêmes chances, mais l’aîné, armé de son génie et de son sens du commerce, avait su faire fructifier l’héritage familial. Le cadet n’était pas malheureux, il vivait dans l’aisance, mais il avait moins, et surtout, il était second. On prélevait à l’époque un impôt auquel il valait mieux ne pas se soustraire. Les moeurs de l’époque étaient autres et les sanctions en cas de manquement sans appel : on venait vous chercher chez vous, et votre famille n’avait plus jamais de vos nouvelles. On vous jetait dans un cachot ou l’on vous exécutait. Plus probablement les deux, le premier épisode étant prélude au second.
Un beau jour, durant les récoltes, paraît-il, on est venus chercher le mari de Zuraja pendant qu’il s’occupait de ses champs d’oliviers, un peu plus loin de la maison.
Il devait être midi, le soleil à son zénith, car c’est l’heure à laquelle sa fille est venue lui apporter son repas. De loin, en s’approchant, elle a aperçu la scène. Les hommes qui embarquaient son père adoré, leurs chevaux, leurs fusils. Vite, elle s’est cachée derrière un arbre. Là, impuissante, elle a assisté au spectacle, dans son habit d’innocence. L’orage passé, les hommes partis, elle a couru jusque chez elle raconter l’histoire à sa mère.
Zuraja a encaissé la nouvelle mais ne s’est pas effondrée.
Quelques jours ont passé. L’espoir de revoir un jour son amour, son mari, le père de sa fille, s’amenuisait cruellement à chaque instant. Bien sûr, elle savait qu’elle ne le reverrait jamais vivant. Pas dans cette vie-là. Bien sûr, elle savait aussi d’où ça venait, quelle était la taupe cachée derrière sa perte. Etait-ce une dénonciation mensongère, calomnieuse, comme il y en avait si souvent à cette époque, qu’on ne s’embêtait même pas à vérifier, préférant sortir la mitraille de manière automatique et industrielle, ou de la délation fondée sur un véritable défaut de déclaration ? Car le mari possédait bien de grands réservoirs, de grands silos remplis, on ne sait plus de quelles ressources, mais il s’agissait d’un bien assez conséquent pour l’époque. Les avait-il soustraits à l’impôt ? Peu importe. L’information n’a pas traversé le temps. Toujours est-il qu’il fut, à tort ou à raison, dénoncé par quelqu’un. Et Zuraja savait d’où venait la dénonciation qui lui avait arraché son mari. Alors, elle ne s’est pas effondrée et a préparé son coup.
Elle a mis sa petite en lieu sûr, là où nulle représaille ne pourrait l’atteindre, et cousu pour elle-même une ceinture dans laquelle elle a dissimulé une rangée bien serrée de Napoléons. Bien serrée, pour que les pièces ne retentissent pas en se cognant les unes contre les autres. Ma mère ne sait s’il s’agissait vraiment de Napoléons ou d’un abus de langage pour désigner des pièces d’or, mais l’aïeule qui leur a transmis cette histoire a utilisé le terme de ‘Napoleoni’. Elle a mis cette ceinture autour de sa taille, autour de sa robe, s’est occupée de deux trois formalités puis a fait appeler son beau-frère qui habitait non loin d’ici. Elle l’attendait sur le pas de la porte lorsqu’il est arrivé, sur son cheval. Il s’est arrêté face à elle. Ils se sont entretenus quelques instants au sujet de son mari. Elle a écouté son char de frère éploré. Bien sûr, il était triste et choqué par ce qui était arrivé à son frère. Bien sûr, il ne comprenait pas du tout ce qui s’était passé et la raison de cet enlèvement très officiel. Bien sûr, il promettait de tout faire pour retrouver le disparu… Bien sûr, elle ne croyait pas un mot de ce qu’il disait. Elle avait entendu assez de conneries, à présent. Alors, simplement, elle a fait ce qu’elle avait prévu depuis le départ : elle s’est saisie de la hache posée près d’elle, contre le mur de la maison, et a fracassé d’un coup d’un seul le crâne de son beau-frère, qui est tombé raide mort de son cheval. Là, sans même rentrer chez elle, Zuraja a enjambé le cadavre de ce rat (respect pour les rats) puis elle est partie. Elle a parcouru des kilomètres entiers sans s’arrêter, tracé tout droit sans véritablement savoir où elle allait, passé des jours sans vraiment boire ni manger, dormant dans les forêts, se lavant dans les ruisseaux qu’elle avait la chance de croiser sur sa route, en bonne fugitive qu’elle était désormais. La plus grande discrétion était de mise : une femme seule et perdue, fuyant on ne sait quoi, allant on ne sait-où, il n’en faudrait pas davantage pour attirer l’attention et éveiller les soupçons. Après quelques jours, elle a tout de même fini par s’arrêter chez un paysan qui lui a offert de quoi boire, de quoi manger. Elle a sorti une pièce de sa ceinture pour le payer puis elle est repartie.Après plusieurs jours de marche encore, elle a fini par arriver dans une petite ville côtière à l’architecture médiévale, un charmant petit village de pêcheurs nommé Ulcinj (Oultsigne). Trouvant la ville accueillante et bénéficiant de la bienveillance d’un couple qui la prit sous son aile, elle est restée, a fait son nid dans ce nouvel arbre puis fait venir sa fille, une fois la situation stabilisée. Elle fut la première de ma lignée à élire domicile dans cette ville qui est devenue, en quelque sorte, le foyer géographique de ma famille maternelle. Jusqu’à aujourd’hui.
Je descends de cette femme, de cette amazone insoumise en robe de lavandière adriatique, de cette belle fugitive, de cette brune volcanique qui n’a pas accepté l’outrage, a défendu ce qu’elle avait de plus cher, payé le prix de l’exil, fui avec panache et trouvé avec succès une autre terre d’accueil pour sa progéniture. Zuraja était son prénom. Et en sa mémoire, en son nom, je sais qui je suis et ce que je ne dois jamais cesser d’être.
*Zuraja, se prononce « Zouraya ».
Vidéo : Loli Phabay/Andro Verdan (« la pomme rouge »/ »dans ma caravane »), une superbe chanson tzigane utilisée dans le film « Cigani lete u nebo » (Tzgani lété ou nebo, « Les Tziganes vont au paradis »), d’Emil Loteanu, adaptation d’une nouvelle de Maxim Gorki. Cette chanson est ma madeleine, ma berceuse, me rappelant à mes origines, à mon coeur nomade et sauvage, à ce que je suis intimement, profondément. Et la beauté de Rada, jouée par Svetlana Toma… ténébreuse, insoumise, à l’audace cavalière et à l’envoûtant magnétisme de sorcière, me rappelle le visage de toutes mes ancêtres femmes. Et le charisme romanichel de Zobar… Je crois qu’il n’y a pas une personne, proche ou moins proche, à laquelle je n’ai pas fait découvrir cette chanson.
Incarnation charnelle de ce que l’Orient a fait de meilleur, entre fertilité, intelligence et poésie, le Liban est pourtant largement éprouvé ces dernières années, connaissant actuellement sa pire crise économique, avec une monnaie dévaluée et une dette de 170% du PIB.
Les graves explosions de Beyrouth constituent une déflagration à tous les niveaux pour ce peuple traversant déjà une période douloureuse. Plus de 300 000 personnes sont désormais à la rue. Le bilan des morts, lui, ne fait que s’alourdir d’heure en heure…
Cette explosion, évitable, est le symbole de la gabegie des autorités libanaises ces dernières années. Peut-être sera-t-elle le point de départ d’une prise de conscience et d’une renaissance bien méritée.
Le Liban n’est pas seulement un pays qui pleure et qui saigne. C’est un joyau de nature et de civilisation. La balkanique que je suis chérit ces paysages et cette culture avec laquelle nous partageons tant et qui nous a indirectement légué un bien précieux patrimoine. Ces endroits qui grouillent de terres brûlées et de forêts sombres, de rivières profondes dans lesquelles sautent les gamins intrépides du village, depuis les hautes falaises rocheuses ; cette nature sucrée faite d’oliviers, de figuiers, de vignes, et bien sûr de grands cèdres sous lesquels on s’abrite du soleil brûlant ; cette musique à rendre ivres les serpents. C’est avant tout cela, le Liban.
J’ai obsessionnellement écouté cette chanson pendant quelques semaines, avant que le drame ne survienne. Je me souviens y avoir vu le symbole de ce que l’Orient et les Balkans partagent, si bien que je pensais au départ à une chanson « de chez moi » ! J’ai ensuite dormi quelques soirs dans les songes d’un Beyrouth fantasmé, aux rues poussiéreuses et modernes, quelque part entre l’authenticité d’un village et la modernité d’une capitale, avec son incomparable douceur de vivre, ses artistes, ses jeunes qui veulent changer le monde, ses vieux qui prennent le café, ses belles brunes qui charrient dans leur démarche leurs chevelures épaisses et leur parfum d’envoûtement. Si une chanson représente Beyrouth pour moi, c’est celle-là :
Je vous partage un bel article sur l’âme russe et son mysticisme…
« Affectifs, passionnés, émotifs, les Russes vivent avec beaucoup d’intensité les relations humaines ; ils peuvent se dévouer à une cause et vivre une passion mystique. Ils aiment parler sans fin, discuter sans aboutir nécessairement à des conclusions, et se complaisent à poser les problèmes dans l’absolu.
Loin des contingences matérielles mais capables aussi d’accumuler des chiffres et des notes techniques, ils ne comptent pas leur temps et peuvent faire preuve d’une patience orientale. »
« Le Dr. Valerie Hunt (1916-2014), professeur de Kinésiologie, était une des pionnières à faire des recherches scientifiques pour tenter de prouver l’existence des chakras. A l’Université de Californie, Valerie Hunt avait mesuré la transmission électromagnétique du corps humains de différentes manières. Grâce notamment à un électromyographe (qui mesure l’activité électrique des muscles), elle avait détecté un rayonnement qui émanait aux emplacements traditionnellement associés aux chakras. Elle avait également découvert que certains niveaux de conscience sont liés à des fréquences particulières. Elle avait ainsi mesuré le champ énergétique ou champ éthérique « normal » a une fréquence d’environ 250Hz ce qui correspond à la fréquence du cœur. Néanmoins, la fréquence affichée par des individus possédant des facultés psychiques particulières pouvait varier entre 400 et 800Hz. Celle de médiums ou spécialistes de la transe pouvait varier entre 800 et 900Hz et celle de certains mystiques pouvait même aller au-delà. D’après Valerie Hunt, l’activité des chakras favorisaient l’éveil spirituel et augmentaient la fréquence du corps subtil. Un test complémentaire réalisé par Valerie Hunt avec des analyseurs de Fourier et sonographique avait permis d’enregistrer la couleur et le son de ces chakras. D’un chakra à l’autre, les couleurs changeaient et étaient apparemment les mêmes que celle de la littérature (c.à.d. rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet et blanc). (…) Une autre étude réalisée par le Dr Shafica Karagulla (1914-1986), « The chakras and energy fields », tendait à prouver que les maladies altéraient le comportement des chakras en termes de couleur, de luminosité, de rythme, de vitesse, de taille, de forme et de texture. Plus particulièrement, ses recherches ont permis d’établir une corrélation étroite entre les chakras et les glandes endocrines. Une perturbation décelée sur une glande se répercutait donc sur le chakra correspondant. »
Lorsque j’avais 18 ans, je voulais donner ma vie à Dieu, me raser la tête et aller au Tibet. De manière spirituelle et non religieuse*.
Dans le fond, je serai toujours cette fille, il est trop tard pour revenir en arrière. Dieu passera toujours avant les hommes.
Et la raison pour laquelle toutes mes histoires d’amour, aussi passionnelles et transformatrices soient-elles, sont vouées à se terminer, c’est parce que je ne sais que trop bien que l’absolu que je me cherche peut se frôler un instant dans le regard d’un homme, mais ne peut jamais s’y trouver tout entier. Aucun humain ne peut être notre horizon, fut-ce notre propre enfant. Personne ne nous appartient, personne ne nous est lié. Chaque âme est à la fois seule face à elle-même, et partie prenante d’un grand Tout. C’est ce paradoxe que l’âme doit maîtriser, et réconcilier. Apprendre la solitude, tout en comprenant que l’on n’est jamais seuls.
* C’est toujours le cas. J’ai toujours été spirituelle, mais jamais religieuse. Les savoirs de diverses religions me semblent précieux mais à prendre avec un recul critique.
Abysses, Fosses des Mariannes (je serais ravie de retrouver le nom de l’auteur de cette photographie afin de le mentionner)
N’oubliez pas que vous êtes tous beaux et que Dieu vous a faits pour aimer et rayonner de votre propre lumière ; pour le rejoindre dans l’Eternité.
Tant qu’il manquera un seul d’entre vous, l’Univers ne sera pas complet. Tant qu’il manquera un seul d’entre vous, l’Univers pleurera votre absence et la ronde ne sera pas entière.
A chaque instant, les Maîtres et les Anges vous couvent et travaillent à la régénération de la terre. Ils posent des fleurs sur votre chemin, des étoiles dans votre ciel.
Ce sont eux qui placent à chaque instant sur votre route les oasis, les signes et les espoirs, les épreuves et les obstacles dont vous avez besoin pour évoluer et devenir vous.
A chaque fois qu’ils vous voient tomber, ils ont mal.
A chaque fois qu’ils vous voient réussir, ils exultent.
A chaque fois qu’ils vous voient refaire les mêmes erreurs, ils râlent avec bonté et se remettent au travail.
A chaque fois qu’ils vous voient aimer, un grand feu de joie s’allume en eux.
Ils attendent votre retour. Votre place est en l’Amour.
A chaque instant, l’Univers tend sa main pour que vous la preniez. La vie est une grande fête, et la fête ne peut pas commencer sans vous.
Sachez-le à chaque instant. Vous êtes aimés, infiniment aimés.
Vous êtes aimés et vous pouvez être heureux ; il vous suffit d’être vous.
Le vrai vous.
Le Dieu en vous.
(Ce que j’entends par Dieu… Dieu, ce n’est pas un être extérieur. Il n’appartient à aucune religion, bien que les religions aient tenté d’apprendre à le connaître et se rapprocher de lui, saisi d’essentielles vérités. Dieu, c’est Nous. Dieu, c’est l’Univers. Dieu, c’est l’ensemble du vivant. Dieu, c’est la somme de toutes les âmes du cosmos une fois ramenées à leur perfection originelle.)
Dernier sursaut solaire, l’après-midi s’éteint
C’est l’heure du goûter, pour les esprits malins
L’hiver est terminé, nous fêtons le printemps,
La bière est fraîche, mon sein chaud et le temps clément
Pareil aux cieux idylliques, le denim écarlate
De nos Levi’s vintage usés par les époques.
Pareil au soleil pulsant ses rayons, le choc
De nos pouls affamés et si près de l’attaque
C’est un jour pour enjamber une bicyclette
C’est un jour pour se faire Paname à moto
Visage dans ton cou, morsures dans ton dos
C’est un jour pour jouer sur ton cœur aux fléchettes
Prendre la clé des champs, prendre la clé des villes
S’offrir une vadrouille, un instant d’arc-en-ciel
Rejoindre un carrefour éclaté de soleil
Plonger sous la grande barrière de tes cils
.
Sécher le travail, se faire porter pâle
Repousser la deadline et partir un instant
Pour le paradis le plus proche
Des cerises plein les poches
.
Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
La cloche de l’école sonne
Mais qui sont les enfants ?
Notre terrain de jeu s’étend à toute la ville
Qui a dit que grandir était si difficile ?
Libres et conscients, nous naviguons entre les mondes
Nous nous mouvons au gré des humeurs de la vie
Nous dansons dans les ruines, maintenant et ici
Brisés et déchirés, mais vivants aujourd’hui
Le monde s’écroule, et alors ?
J’ai pour forêt immaculée
J’ai pour rivière tourmentée
Ton regard comme de l’eau de roche
Et des cerises plein les poches
.
On joue à chat dans les ruelles fébriles
Où le soleil s’échoue et meurt
Et dans un coin inattendu
Tu feras de moi ton quatre heures
Quelque part au dessus des toits
J’enlève mon t-shirt
Dis-moi, mon bel amant, quel est le plus beau fruit ?
C’est clair comme de l’eau de roche
Des cerises plein les poches
Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
Le ciel devenu gris
Est-ce si important ?
Il reste au fond de nous une lumière invaincue
Il reste au fond de nous un paradis perdu
Dont le souvenir qu’on garde et ranime à loisir
Nous ferait traverser des saisons de noirceur
Assez pour vivre en attendant des jours meilleurs
Assez pour respirer, pour s’aimer et pour rire
.
La ville s’étend devant nos yeux,
Mais le plus bel horizon se trouve ce soir
Dans les eaux sauvages de ton regard
Tu seras pour aujourd’hui mon amoureux
Animaux urbains en urbex
Amoureux d’un jour, futurs exs
Loup y es-tu ? La faim est proche
Des cerises plein les poches
Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
J’ai perdu la notion
Des structures et du temps
J’ai perdu la colère
Et j’ai perdu la peine
Ces sentiments maudits
Qui formaient ma gangrène
J’ai trouvé dans l’instant présent dont tu m’honores
Comme une prairie fleurie minée de trésors
J’ai trouvé dans le ciel que tu m’auras offert
Assez d’étoiles pour convoquer tout l’univers
J’ai trouvé dans l’éphémère de nos étreintes
Offertes tel un fruit par l’arbre du printemps
Comme une chair d’éternel ; ô pluie jamais éteinte
Fertilisant les plaines calcinées d’antan
J’ai trouvé dans ton amour cet amour plus vaste
Celui dont nos attachements ne sont qu’ersatz
J’ai trouvé dans tes yeux comme un morceau de ciel
Et me voilà avide de ce bleu essentiel
Mâle et femelle non rassasiés
Mille fois brisés, jamais apprivoisés
Bouh ! Le vilain loup s’approche !
Des cerises plein les poches.
C’est pas la Toscane, j’ai bien compris
Mais c’est quand même la Dolce Vita à Paris
Manque plus que la Dodoche
Des cerises plein les poches
A travers les collines de fer
Notre périple s’éternise
La civilisation s’enlise
Il y a plus de fumée que d’air
Il y a plus d’hommes que d’oiseaux
Mais plus d’espoir que d’abattement
Le ciel est toujours aussi grand
L’amour est toujours aussi beau
Nous coupons à travers les chemins de la ville
Dans le chaos des corps si nombreux et fébriles
Et dans cette jungle une certitude naît :
L’homme peut improviser partout sa forêt
Un paradis perdu, en regagner un autre
En plein bitume gris, creuser une rivière
Faire pousser des bleuets au creux de tes paupières
D’une cause nouvelle se faire l’apôtre
La nostalgie d’hier se perd durant nos jeux
D’enfants énamourés que le bonheur guérit
En semant des cailloux sur nos chemins heureux
J’ai perdu la mémoire de mes jours d’agonie
Grimper sur les toits, attraper le ciel
Dévorer l’horizon, la ville sans sommeil
Le remède au désespoir se trouve et c’est tout vu
Dans l’horizon solaire d’une vie bien vécue
Car il n’y a de véritable enfance qu’à l’âge des adultes
Lorsque tout bonheur acquiert un sens véritable
Il n’y a de liberté qu’après la mort des fables
Emportées dans le gouffre de leur propre tumulte
Moi j’étais un enfant malheureux, et toi ?
Vivre est la plus belle des revanches
Et à chaque fois que mes hanches
Se balancent pour toi comme un doux violoncelle
Renaît en moi le feu furieux d’une foi nouvelle
.
Et cette vie moderne ne laisse plus le temps
De donner de l’amour aux choses et aux gens
Chérir un animal et border un enfant
Sont tout autant de luxes rares à présent
Mais nous serons de notre époque les soldats
Arrachant au forceps notre liberté
Celle de faire de la vie une cour de récré
Sous l’égide d’un ciel intact dans son éclat
Paradis éternel de rivières et de vignes
Où un effort heureux le dispute au repos
Où les chants de tous hommes et ceux de tous oiseaux
Font mélodie semblable à l’enfant de deux cygnes
Tuer ce qui est vain, aider ce qui doit être
Pour voir un jour enfin la nature renaître
C’est bien notre devoir, et nous n’avons pas peur
De jouer notre vie dans ces jours de fureur
Et en attendant ces temps meilleurs
Qu’importe le paysage, qu’importe le climat
Même sous un scaphandre, nous restera la joie
Et assez d’espace pour faire pousser des fleurs
Qui feront craqueler les prisons de nos cœurs
Qu’importe ce qu’il nous restera
Nous on trouvera toujours de quoi
De quoi siffler comme des mioches
Des cerises plein les poches
À Laurent C.
(Ce poème est un brouillon. Il y a encore à mon sens des choses à corriger, modifier, ajouter. Mais l’essentiel est là, on va dire. J’avais trouvé le titre, noté plein d’idées venues en abondance, écrit une multitude de vers sur mon portable, en 2016, 2017 je crois, durant les beaux jours. Puis j’ai perdu le fichier en question, peu après, à mon grand désarroi. Il m’a fallu quelques mois avant d’en faire le deuil et pouvoir me remettre à sa rédaction. Il m’aura fallu des années pour le terminer, je ne sais pas pourquoi, alors qu’écrire un très long poème en vers peut me prendre 1h ou 2h si je le décide. J’ose espérer qu’il est largement meilleur dans sa version actuelle que dans celle d’origine, à jamais perdue. J’en suis en fait persuadée. Un mal pour un bien, sans doute. C’est étrange de terminer ce poème… en pleine période post-confinement, où l’insouciance et la liberté ne sont momentanément plus tout à fait à l’ordre du jour.)
Je veux quitter la ville, je veux quitter Paris et sa banlieue. Je n’en peux plus de cette région pourrie. Je m’en bats les couilles que ce soit la capitale de l’art, de la culture, des expos, des musées, des intellos, trucmuche. Tant pis pour les mondanités, tant pis pour la littérature, tant pis pour les débats d’idées à trois francs six sous, vos monuments chéris et votre grandeur en carton-pâte. Tant pis – et c’est tant mieux – pour ce tumulte qui se croit vie quand il n’est que bourbier, fumier, merdier. Je m’en vais rejoindre ce qu’il reste de nature. Vous ne me manquerez pas. Votre civilisation adorée, je vous la laisse, goinfrez-vous-en. Ce sera sans moi. Ce sera sans les enfants que je mettrai au monde, et qui verront le jour depuis ma chair contrariée et éprise de pureté. Je veux leur offrir des aubes plus claires…