Hugh Grant et Colin Firth dans Bridget Jones, deux facettes de la même médaille (astrologie)

Colin Firth, Renee Zellweger et Hugh Grant pour Le journal de Bridget Jones

Frimas obligent, j’ai revu Bridget Jones il y a quelques semaines. Il est intéressant de constater que les deux acteurs masculins principaux qui encadrent l’héroïne, Hugh Grant et Colin Firth, ont des thèmes astraux très similaires. Mais chacun semble incarner le versant positif ou négatif de certaines énergies. 

Les deux ont un Soleil en Vierge, et possèdent un stellium dans ce signe. Mais Hugh Grant incarne Daniel Cleaver, un journaliste, cérébral, intellectualisant, bon archétype de la « Vierge folle », là où Colin Firth incarne Mark Darcy, un homme de service, professionnel et droit. 

Même chose pour Mars en Gémeaux, que les deux possèdent, et qui pousse le premier à l’inconstance, la communication verbeuse et joueuse, tandis que le second est un homme de verbe, avocat de profession, rompu aux plaidoiries.

Hugh Grant possède un ascendant Vierge, signe mercurien, avec de surcroît Mercure en maison 12 sur l’ascendant (et plus généralement un stellium en 12), et Vénus en maison 1 : l’énergie mutable au sens le plus négatif du terme est marquée, de même que la séduction vénusienne. Son caractère est celui d’une « bulle de savon » ou de chewing-gum. Il est sucré, souriant, agréable, brillant, habile de ses paroles, chevelu et perfectionniste. C’est un séducteur qui entortille facilement Bridget dans sa toile, mais il est inconstant, d’un romantisme superficiel, récitant des poèmes sur un bateau mais ne tenant pas parole, joueur, volage et manipulateur sans même s’en rendre compte, abandonnant Bridget à son sort quand elle a vraiment besoin d’aide sur le mode « courage, fuyons ». 
Colin Firth, lui, possède un ascendant Scorpion, dont il incarne dans le film les traits essentiellement positifs : c’est un homme sombre, taciturne qui passe d’abord pour froid et coincé aux yeux de Bridget, qui ne le comprend pas (et nous sommes sans doute beaucoup de femmes à ne pas la comprendre sur ce coup-là, et à avoir eu un coup de foudre immédiat pour ce personnage pudique et magnétique : mais le Scorpion n’est pas un signe qui plaît à tout le monde…) ; il s’impose d’emblée comme un personnage dérangeant (ce qui est typique du Scorpion) ; il est la victime des « mauvais préjugés » de l’héroïne (avoir mauvaise réputation est caractéristique du Scorpion, que cette dernière soit fondée ou pas). Mais il se révèle loyal, fiable et sûr de ses sentiments, en dépit de l’adversité, intense, avec toute l’obstination du tireur que rien ne décourage de sa cible, courageux, prêt à se battre pour ce qu’il dit aimer, et menant une lutte opiniâtre. 
La scène de baston est à cet égard assez édifiante : c’est Colin Firth qui prend les choses en main et sort de sa réserve pour provoquer Hugh Grant en duel, frontalement. Il se bat comme un homme et mène le jeu. Alors qu’Hugh Grant n’hésite pas à lui demander du répit… pour ensuite l’attaquer lâchement lorsqu’il tourne le dos. 

Les deux ont par ailleurs Vénus en Balance, et Lune en Taureau (Vénus et la Lune étant les deux planètes qui représentent le féminin dans un thème masculin hétérosexuel…), ce qui est très intéressant si l’on considère que les deux hommes sont effectivement attirés (Vénus) et sécurisés (Lune) par la même femme. 
De plus, tous deux forment une forme de binôme d’inimitié dans ce film, chacun étant le miroir de l’autre. Ils se ressemblent, mais le premier est une version immature et négative du second, qui a quant à lui transcendé les défauts du premier. 

Les deux ont Vénus en Balance, mais l’un a de ce placement l’inconstance et la superficialité, l’autre en a l’attachement à la justice et à l’équité. Le premier roule pour lui-même (Vénus en maison 1, dont il a ici la séduction facile et l’individualisme), le second a des idéaux humanitaires et s’impose avec plus d’originalité (Vénus en maison 11). Le premier est un journaliste qui aime se faire voir et abandonne Bridget en rase campagne quand elle est dans la mouise. L’autre, avocat spécialisé dans les droits de l’homme, se charge de la délivrer de prison, et ce, en dépit de leur rupture. 

Les deux ont une Lune en Taureau, et les deux sont des êtres sensuels et ancrés, mais cette énergie s’exprime très différemment chez chacun : l’un est un hédoniste qui agit pour son bon plaisir et qui ne voit que par la chair et son petit confort, l’autre est un homme de principes et de valeurs, solide et sur lequel on peut compter. 

Bien sûr, on peut considérer que d’autres placements et aspects des thèmes de chacun expliquent ces variations de caractère. Mais ce que l’on peut aussi déduire de ces ressemblances astrologiques trop marquées pour être un simple hasard, c’est surtout la confirmation de cette règle astrologique éternelle qui veut que les mêmes placements ne produisent pas toujours les mêmes effets : une même planète en signe peut alors s’exprimer de manière évoluée… ou sous-évoluée. 

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Napoléon et la France : la poésie des naufrages

En lisant des textes sur Napoléon, on se rend compte d’une chose : il a été pour la France un bâtisseur hors norme… et son grand liquidateur. Il fut semblable à l’éclatant zénith du soleil, qui en annonce toutefois l’irrémédiable déclin.

Il a été l’homme du paroxysme, a fait rayonner la France à un niveau exceptionnel, commandé comme personne et imposé des structures qui lui survivent encore aujourd’hui, et ce dans le monde entier. Mais après son règne, la France, vidée de ses forces vives, a définitivement perdu sa place de première puissance européenne, et c’est le Royaume-Uni qui en prendra la suite, cette fois sur un plan mondial, imposant une hégémonie qui se perpétue aujourd’hui à travers la domination de sa langue, y compris chez nous.

C’est d’ailleurs, comme chacun sait, le Royaume-Uni également qui porta un coup d’arrêt à l’expansion de la France, grâce notamment au général Wellington, à première vue un second derrière Napoléon en termes d’exploits militaires, mais qui sut offrit à son pays une victoire qui se perpétue jusqu’aujourd’hui.

Cet échange des fluides est fascinant.

Nous avons d’un côté un grandiose individuel qui se finit en eau-de-boudin collective ; de l’autre, un homme à jamais second qui a toutefois offert à son pays le triomphe à long terme et son passeport vers le futur.

La France est un peu comme un grand animal marin qui aurait explosé et offert à l’océan son plus majestueux spectacle, et qui désormais vit à travers ceux qui se sont nourris de ses débris.

Une grandeur secondaire, mais qui a toute la poésie des naufrages.

Le Royaume-Uni, qui défendait l' »équilibre européen », c’est-à-dire une Europe où chaque nation aurait son rôle à jouer, sans qu’aucune ne domine, a naturellement enterré le « système européen » tout à fait obsolète incarné par la France de Napoléon et qui prévoyait une Europe dont la France et son empire seraient le centre.

Les Anglais avaient tout compris : c’est précisément cet apparent abandon des dominations anciennes et géographiques, désuètes, qui leur a offert la domination suprême et continue dans le temps.

De la même manière, ce sont les Anglais qui ont les premiers impulsé les idées libérales qui irrigueront les Lumières et rendront possible l’incroyable paroxysme que fut la Révolution française.

A nous les paroxysmes symboliques, les grands feux d’artifice d’adieu, à eux le périple vers demain. Ils ont été, en tous points, le nouveau monde, et nous l’ancien.

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Lecture de poème – Sentir

J’ai revisité mes propres rêves
Comme on pénètre l’épave d’un bateau
Qui dort au fond de l’eau.

Quelques vers à la main
Et grosse comme un cachalot
Tout plein de ruines et de jardins.

Qu’est l’intelligence sans l’émotion ?
Qu’est l’émotion sans le miroir
De l’Autre où verser sa mémoire ?

Je ne veux plus me regarder,
Faire grand cas de l’avenir :
Je veux aimer, nager, sentir.


Ecrit le 12 octobre 2023 aux alentours de 5h du matin, dans un court interstice de réveil, en quelques minutes (je me suis réveillée, puis rendormie peu après) ; publié sur FB à 5h40.

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Un peuple, une terre ?

A Bedouin elder in the ruins of his home, Gabriel Romero/Alexia Foundation/ZUMA

A la faveur de l’actualité, on a beaucoup entendu, ces derniers temps, dans la bouche de partisans d’un Israël autonome, un slogan qui ne date pas d’hier : « un peuple, une terre ». Avec pour corollaire l’argument selon lequel chaque peuple a le droit de se constituer en état-nation, et qu’il est donc légitime que les Juifs puissent le faire en Israël.

Non que je sois opposée au fait qu’un peuple ait le droit de vivre libre et en sécurité, qu’il ait le droit d’avoir un pays, dans la mesure du possible. Mais je ne suis pas d’accord avec cette assertion qui semble présenter le fait qu’un peuple vive dans un pays attitré comme un acquis coulant de source, simplement car c’est historiquement faux : la plupart des peuples n’ont pas le luxe d’avoir un pays pour eux tout seuls. Ils le partagent avec d’autres. Cet état de fait est vécu par beaucoup de minorités, encore aujourd’hui. Les Kurdes, les Tatars, les Ouïghours, sont tout autant d’exemples de peuples qui n’ont pas de terre à eux. Souvent, ils vivent dans des régions ou des zones où ils sont nombreux, voire majoritaires, et forment une unité cohérente, mais c’est au sein d’une nation qui englobe bien d’autres peuples qu’eux-mêmes.

La sédentarisation de l’humain a offert à ce dernier une possibilité nouvelle, dont il a usé sans plus attendre : connaître ses voisins ; commercer, échanger, se marier, partager des savoir-faire, des connaissances, une humanité avec eux. Tant et si bien que le monde est désormais structuré en groupes cohérents nommés nations, qui sont constitués non pas d’un mais de plusieurs peuples ethniques. Les nations sont l’une des premières pierres du dépassement de la tribu au profit d’une structure plus grande que soi. A l’époque, ce fut souvent une religion unique qui jouait le rôle de ciment, bien qu’une tolérance relative ait pu être accordée à certains autres cultes. Aujourd’hui, c’est davantage une forme de vision du monde qui unit les citoyens d’un même pays.

C’est donc la volonté de vivre quelque chose ensemble qui fait un peuple, désormais. Bien sûr, tous les peuples qui s’unissent en un pays ont souvent quelque chose en commun. Mais ce quelque chose a souvent été trouvé de force ou artificiellement exacerbé par les dominants du jeu. Il peut s’agir d’une culture, d’une langue imposée aux autres membres par les dominants, au reste de la nation. Bien des peuples se sont trouvés réunis à leur corps défendant, et au prix de leur identité tribale. La France en est un exemple parmi bien d’autres, avec sa mosaïque de régions dont les particularismes, les langues, les us et les coutumes ont été réprimés, voire interdits. Les Bretons en savent quelque chose.

Ce fut pourtant un passage sans doute nécessaire vers un mode de pensée plus universaliste, même si l’on peut toujours arguer que les choses auraient pu se faire par le consentement et le respect mutuel plutôt que par l’uniformisation. Il ne faut toutefois pas oublier que l’être humain a longtemps été une créature peu évoluée, étroite d’esprit et rétive au changement, et qu’il a fallu parfois lui coller un coup de pied aux fesses pour qu’elle avance. De même que le principe de religion unique, cette uniformisation forcée a peut-être été un passage obligé pour qu’enfin les humains se trouvent une humanité commune. L’être humain est devenu un être à peu près civilisé, qui ne craint pas son voisin et ne l’accuse plus de tous les maux, grâce à ce procédé d’universalisation qui a commencé par la nation, qui elle-même a commencé bien souvent par la domination des uns sur les autres, par la conquête du territoire du voisin, au mépris de sa souveraineté.

La nation plurielle était dans l’ordre naturel des choses, et à l’avenir, cette entreprise d’universalisation qui s’est intensifiée avec la mondialisation ira sans doute encore plus loin, résultant en un dépassement des nations telles que nous les connaissons, ou en leur transformation radicale. Paradoxalement, et eu égard l’évolution naturelle de l’humain vers plus de tolérance et de respect pour l’altérité, les identités individuelles seront de plus en plus libres de s’exprimer, tant qu’elles sont pacifiques et ne nuisent à personne. Elles seront comme les couleurs d’un tableau ou les fleurs d’un champ qui cohabitent parfaitement entre elles, tout en ayant leur identité propre. Car une harmonie pacifique aura justement été trouvée, et cette dernière aura été possible précisément car l’Histoire a un peu forcé les gens à vivre ensemble à un moment donné.

J’ai bien conscience que la situation est très différente pour le peuple Juif, qui a subi ce que chacun sait. Même si bien d’autres peuples ont aussi subi des choses difficiles, parfois durant des siècles, il est indéniable que le calvaire traversé par le peuple Juif fait l’effet d’une culmination, qui d’une certaine manière a justifié la nécessité impérieuse de lui trouver une terre.

J’ai cependant expliqué, dans de récents articles, pourquoi, à mon sens, la fondation d’Israël a peut-être été une erreur, en ce qu’elle engageait d’atteindre les Palestiniens dans leur intégrité. J’ajouterai qu’il y a dans ce projet quelque chose d’éminemment compréhensible, mais en même temps de fondamentalement obsolète, à une époque de transcendance radicale des identités tribales. En d’autres termes, nous sommes dans le tragique, dans la nostalgie qui a mille raisons d’être mais qu’il faut abandonner. C’est un autre débat, vaste et complexe. Mais il me semblait important de rappeler dans cet article qu’une terre, c’est plusieurs peuples. Et ce, depuis bien longtemps.

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Concernant les attaques du Hamas en Israël…

Post publié le 14 octobre 2023 sur FB.

Je n’ai rien dit jusque là sur l’attaque du Hamas envers Israël, car bien que la thématique m’intéresse comme tout un chacun, elle dépasse de loin mes connaissances sur le sujet.

Toute attaque envers les civils constitue un crime de guerre selon le droit international. Le Hamas a prouvé à plusieurs reprises son antisémitisme fondamental, comme une partie non-négligeable du camp pro-palestinien : il y a quelques heures, je voyais encore passer sur X. (ex-Twitter) une vidéo de N. Rashmawi, directrice de cabinet de l’ambassadeur de l’Autorité palestinienne à Paris, filmée et dénoncée dans un café parisien pour avoir dit, quelques jours après l’attaque meurtrière : « Les Youpins, ils méritent d’être exterminés ». Et ce n’est pas le seul monument d’indignité dont internet se fait l’écho.
En admettant que le combat entre Palestine et Israël ne soit pas à armes égales – un petit pays sans armée réelle face à un autre qui possède l’une des plus grandes armées et le meilleur service de renseignement au monde -, il faudra nous expliquer en quoi violer des femmes, rafler des vieillards, et potentiellement décapiter des enfants, est censé faire avancer leur cause. Si vraiment ils tenaient à s’en prendre à des civils, car ils n’ont pas d’armée digne de ce nom, sont en infériorité numérique et dans l’incapacité à viser des « têtes » (politiciens, chefs militaires..), et qu’ils pensent n’avoir pour se défendre que le terrorisme, pourquoi ne pas s’en être tenus à l’attaque clinique, gardant leurs forces pour commettre des destructions a priori utiles ? Pourquoi être descendus si bas, pour ensuite invoquer l’inversion accusatoire quand on les met en face de leur déshonneur ?
Sur ce point, le débat est plié.

Ce que je regrette en revanche, c’est l’atmosphère d’anathème et de haine généralisée qui ne profite à personne, ni aux israéliens ni aux palestiniens. Je comprends qu’on ait envie de casser des bouches quand on pense connaître un sujet, qu’on a des convictions, que l’horizon est celui des charniers et de l’humanité en péril. Mais rappelons que ce conflit qui dure depuis des décennies est devenu une vraie toile d’araignée pour celui qui essaie de le comprendre, un mille-feuilles d’informations dont chacune semble contredire celle qui a été apprise précédemment, et qu’à ce titre, il faudra pour le résoudre beaucoup d’amour et d’humilité, de sentiments constructifs et tangibles, surtout pas des caricatures et des coups de gueule m’as-tu-vu. Rappelons aussi que l’on ne peut pas parler du présent sans évoquer le passé, et croire que le second n’a aucune incidence sur le premier est non seulement illusoire mais aussi fondamentalement méprisant pour les principaux concernés : c’est penser que leur Histoire ne compte pas, que les détresses affichées au compteur sur des décennies, des siècles, des millénaires, sont un tas de poussière qu’on peut balayer sans considération aucune. C’est dans ce passé, dans la larme et dans l’ancêtre, dans la vie antérieure et l’antécédent, qu’on trouve l’humain et l’âme ; c’est de ce passé qu’on exhume la clé fondamentale qui permet de les comprendre.

Entre les antisémites patentés, les gauchistes complaisants avec l’islamisme et une partie de leur électorat, et ceux qui n’attendaient que ça pour cracher leur haine des Arabes et leur désir de les voir tous crever, j’avoue ne pas me sentir très à ma place.

Et j’en ai un peu ras-le-bol de voir tous ceux qui essaient de se questionner intelligemment être traînés dans la boue, traités d’antisémites, ou de collabos, ou d’islamo-gauchistes, ou à l’inverse de monstres sionistes sans cœur pour les palestiniens.

Si la situation est si facile que ça, si savoir ce que vous savez est aussi évident que ça, pourquoi ne contribuez-vous pas au débat par des faits énoncés avec civilité et respect de l’autre, des informations constructives qui enrichiront le débat public et parviendront à convaincre les autres de ce dont vous êtes parfaitement sûr ? Pourquoi partir du principe que chacun est un monstre qui n’attend que d’ouvrir sa grande gueule pour happer des innocents ?

Je ne sais pas comment un individu de bonne foi peut se faire un avis aussi facilement sur un sujet aussi complexe, surtout s’il a vraiment à cœur la paix, la justice et le bien-être de ses semblables, et pas juste la préservation de ses illusions narcissiques, parmi lesquelles le désir de toute puissance, la certitude de tout savoir et l’empressement d’ouvrir sa bouche encore pleine à table pour ne pas rater l’occasion de se présenter sous le jour de l’omniscience. En particulier quand on considère qu’Amnesty International a condamné et dénoncé ces deux camps – Hamas et Israël – pour crimes de guerre.

Je ne crois pas forcément qu’Israël soit le monstre dépeint par de nombreux médias ou militants qui se veulent pacifistes, et je pense que la situation est un peu plus compliquée que ça. De l’autre côté, je me demande si, malgré le poids bien compréhensible de l’Histoire, la fondation d’Israël en tant qu’état confessionnel sur des terres sans doute déjà habitées, même si elles l’étaient par peu de gens, n’a pas été une faute morale originelle qui restera le grain de sable dans l’engrenage qui empêchera toujours ce pays de prospérer, une tentative noble de résoudre une injustice, en en créant une autre malheureusement.
Mon point de vue réel est assez flottant, car trop d’informations intéressantes me semblent aussi parfaitement contradictoires, et qu’il m’est difficile dans tout cela de me créer un point de vue cohérent.

Je sais l’antisémitisme profond d’une grande partie des opposants à Israël. Je sais aussi l’humanisme pacifique d’une autre partie d’entre eux, qui ne demande que la dignité et la justice pour chacun. Et je sais que chaque cause, idéologie, religion, doit être jugée dans l’absolu, en se référant au texte ou à sa racine, et non selon le comportement ou les dérives d’une partie de ses croyants, qui diffèrent tous dans leurs attitudes et leurs interprétations en règle générale. Ce que trop de gens semblent oublier actuellement, préférant donner aux erreurs de chaque camp une valeur générale et représentative, sans jamais se demander si la Partie concorde avec le Tout (en littérature, on appelle ça une ‘synecdoque généralisante’…)

Je sais surtout mon ignorance profonde et j’attends en toute bonne foi d’être instruite.

Je demande juste à ce qu’on ne cède pas tous à la facilité des bons sentiments et de l’égo déblatérateur, quand ce sont des millions de vies qui se trouvent en jeu, et, en filigrane, toute une humanité qui a déjà bien assez porté son fardeau, et qui mérite un peu de respect et d’amour, si on veut la défendre comme il se doit.

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Israël : une faute morale originelle, minime à première vue mais décisive ?

Shalom et Mohamed, deux amis qui se considèrent comme frères. L’un juif israélien, l’autre musulman palestinien.
Source : https://www.wusf.org/2014-07-25/sholom-mohamed-brothers-in-spite-of-israeli-palestinian-conflict



Cet article, rédigé et publié le 8 octobre 2023 sur FB, est la suite logique d’un autre texte, « Le rôle christique du peuple Juif », terminé quelques mois plus tôt.


Je connais mal la situation israélo-palestinienne. Ou plutôt, comme tout un chacun, j’essaie de la connaître. Mais plus j’engrange de connaissances, plus j’ai le sentiment que chaque information vient déconstruire ou démentir la précédente, me faisant réaliser un peu plus à chaque fois la complexité arachnéenne du conflit israélo-palestinien et l’ampleur abyssale de ma propre ignorance, plus la situation me paraît insoluble par les voies traditionnelles : diplomatie, stratégie, justice pour chacun. Tout simplement parce que les intérêts de tous semblent dans le cas présent se chevaucher, et que chacun semble avoir une revendication justifiée : vivre ; vivre dans une terre conçue au fil des siècles comme un chez soi, une terre dont on connaît les cadeaux et les caprices, le parfum des fleurs, le goût des fruits, les vibrations du sol et de l’eau, la clémence du soleil. Une terre qui n’a pas été pour rien l’épicentre de la foi spirituelle.

Je ne peux que dire, de façon très bateau, que je suis pour la paix, et pour que, dans l’idéal, chaque peuple puisse vivre, tout simplement vivre, dans la dignité, la tranquillité, la fraternité, l’amour. Ce n’est pas grand chose mais c’est l’essentiel pourtant. Quand on garde cette pensée à l’esprit, et l’humilité d’admettre que l’on ne sait pas tout, on ne peut pas totalement mal faire.

Ce que je sais d’Israël ? Pas grand chose. Que c’est la terre sacrée des grandes religions monothéistes, et qu’elle était naturellement le foyer de ceux qui sont liés à la première d’entre elle, le judaïsme : les Juifs. Ils en ont été chassés par les Romains, devenant dès lors une diaspora, qui s’éparpillera et essaimera à travers le monde, vivant dans des pays qui souvent ne voulaient pas d’eux, comme des étrangers perpétuels, comme des intrus à une fête à laquelle ils n’étaient pas invités, alors même qu’ils ont semé dans ces pays les graines du progrès, du savoir, de l’universalité, petits oiseaux chassés par tous, peu nombreux mais venus porter leur message, migrant au gré des circonstances, des pogroms, des agressions, du rejet, et de l’antisémitisme, qui n’est qu’un mot pour définir la haine de l’autre, dont les Juifs ont été les victimes primordiales, dans nos sociétés. Au cours de leur histoire, ils ont parfois essayé de revenir en Israël, et ils ont gardé la nostalgie profonde de ce paradis perdu, répétant dans leurs prières et dans leurs fêtes, répétant chaque jour : « l’an prochain, à Jérusalem ». Pleins d’un espoir sans doute vain en apparence, réalisable aux calendes grecques, mais que la foi et le désespoir ont gardé vivant, et que le drame, dans ses étranges revers de fortune, a finalement rendu possible. Des siècles de drames, précisément, qui ont culminé en la Shoah, monument d’horreur humaine. Et alors, ce doux projet caressé comme un rêve au cours des siècles a semblé d’un coup, et à tous les pays, la plus urgente des nécessités : rendre aux Juifs leur foyer en Israël. Pour qu’ils ne soient plus jamais tributaires de l’hospitalité d’autrui. Pour qu’ils ne soient plus jamais des étrangers. Pour qu’ils puissent, eux aussi, simplement vivre.

Où envoyer les Juifs, qui ont déjà tant souffert ? En Antarctique ? Leur céder des territoires allemands, qui leur rappelleront ce qu’ils ont vécu, en plus de les rendre vulnérables et de les enfermer géographiquement dans la toile d’araignée de ceux qui leur ont fait tant de mal, avec en prime des paysages qui ressemblent à des punitions pour ceux qui ont gardé au coeur les langueurs du croissant fertile ? Il apparaît comme tout à fait censé de leur rendre ce qui leur a appartenu, des siècles plus tôt. Une terre promise où coule le lait et le miel.

Qu’y-a-t-il de plus compréhensible ?

Mais de l’eau avait coulé sous les ponts et désormais, d’autres gens vivaient sur cette terre. Ils n’étaient pas des plus nombreux, mais ils étaient là et ils ne voulaient pas vivre ailleurs. Pour eux aussi, cette terre était celle de leurs ancêtres, celle où l’on semble lire dans le chant d’une rivière le rire d’un défunt aimé, enterré quelque part, pas très loin. Ils n’étaient pas si nombreux mais ils étaient là et ils ne voulaient pas vivre ailleurs.

Les Juifs se sont installés quand même, parce que face au monstre qu’est l’Histoire, face à l’urgence de la situation, face à la nécessité d’agir et de trouver une solution, on ne peut pas s’attarder sur des détails.

Les gens qui habitaient déjà ici, sur cette terre qu’ils nomment Palestine, se sont révoltés, petit à petit. Certains, qui n’habitaient même pas là, ont décidé de faire du zèle et de revenir, de se dire palestiniens, alors qu’ils avaient des noms syriens, des passeports égyptiens ; eux, la seule chose qu’ils voulaient, c’était s’engouffrer dans la brèche, la seule chose qui les embêtait, c’était de voir une terre à majorité juive s’établir dans une zone acquise essentiellement aux arabes et à l’islam, où il n’y avait jusque là que de petites diasporas juives.

Mais voilà, la revendication légitime d’un petit peuple palestinien qui vivait encore là a pris de l’ampleur, gonflée par le soutien et la solidarité d’autres pays arabes ou musulmans, qu’il s’agisse de gens qui veulent juste vivre chez eux, de pacifistes sincères, ou de parfaits antisémites.

Naturellement, une fois la terre acquise, il a fallu se battre pour la garder. Il a fallu coloniser, être ferme, être préventif, parfois offensif. Parce que le seul moyen pour Israël de survivre, désormais, face à tant de résistance, c’est de cimenter ce qui a été fait, et de s’assurer que la terre juive reste juive ; que les musulmans et chrétiens tolérés par Israël n’essaient pas de reprendre le dessus par la démographie.

Des décennies après, ce pays est un colosse aux pieds d’argile, ou l’inverse, on ne sait plus : puissance militaire, scientifique, économique, rendez-vous historique et touristique, petit morceau de terre qui constitue une exception régionale de prospérité et de paix dans un Moyen-Orient en détresse ces dernières décennies, mais sans cesse menacé, vivant sous vigilance nationale et internationale permanente, avec en arrière-plan les sirènes des ambulances et la présence des militaires, et qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu pour ne pas qu’une catastrophe survienne, pour ne pas qu’un grand le frappe à mort à la récréation dès que les adultes ont le dos tourné.

Une question me taraude, parfois :

Est-ce que la décision tout à fait compréhensible de fonder un état d’Israël, mais qui impliquait obligatoirement de léser ceux qui habitaient désormais là, n’aurait pas été la faute morale originelle qui empêchera à jamais ce pays de prospérer ? Une faute que d’aucuns ont voulu juger minime, à première vue, au regard des enjeux de plus grande ampleur, et du fait que les palestiniens sur place n’étaient pas si nombreux, mais qui apparaît comme le diable niché dans le détail, le grain de sable dans l’engrenage d’un peuple dont le devoir séculaire a été de transmettre au monde un message d’universalité et de fraternité, de transcendance des frontières, quitte à ce que cette irréprochabilité à laquelle il est tenu implique le sacrifice de soi, d’un grand idéal et d’un droit naturel à une terre, précisément pour ne pas résoudre l’injustice brûlante de sa condition en infligeant soi-même une injustice – même réduite – à un autre ?

Cela expliquerait pourquoi de nombreux Juifs orthodoxes semblent invoquer que la Bible n’autorise pas le peuple juif à s’installer en Israël de lui-même.

Je n’ai pas de réponse facile à cette question. Je peux répondre oui, mais comment juger le drame d’autrui ? La seule chose que je puisse donner, aujourd’hui, ce sont des prières.

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Le rôle christique du peuple Juif

Christ walking on the waters, Julius Von Klever

Texte écrit il y a quelques années, peaufiné et publié le 29 août 2023 sur FB, et dont la suite est à lire ici : https://altanaotovic.com/2023/10/15/israel-une-faute-morale-originelle-minime-a-premiere-vue-mais-decisive/

A l’origine, l’être humain était nomade. Puis il s’est sédentarisé. Il a alors, dans sa fixité d’agriculteur assigné à un territoire et qui ne voit pas beaucoup d’autres horizons, développé un ancrage à son patelin, ses habitudes, au monde connu, une solidarité avec ce qui lui est familier, un attachement pour ce qu’il considère lui appartenir. Lorsque le peuple Juif a été chassé d’Israël et privé du luxe ordinaire d’avoir une terre, il s’est trouvé nomade dans un monde qui ne l’était plus, et ses membres sont devenus des étrangers partout où ils allaient, les mettant souvent à la merci d’une haine irrationnelle de la part de ceux qui ne connaissaient pas autre chose que leur monde faussement clos. C’est ce qui lui a permis de jouer un rôle particulier dans l’Histoire, bien sûr chaque peuple en joue un, mais les Juifs ont pu porter et incarner un message nouveau – parfois malgré eux – en voyant ce que les autres peuples n’étaient pas capables de voir. Ils ont du, contrairement à la plupart des peuples du monde dit civilisé, intégrer très tôt la fragilité des frontières, de cette forme de fixité artificielle, et la stérilité d’une forme de nationalisme. C’est ce qui a permis à tant de grands penseurs juifs d’être des avant gardistes dans la transmission d’une pensée universelle, construite sur une fraternité qui ne se basait pas seulement sur le sang. Bien sûr, il y avait toujours des exceptions, il y avait aussi certains juifs aux mentalités plus tribales et non accomplies, et ce serait tomber dans une généralisation fallacieuse que de considérer qu’on est forcément bon parce qu’on est Juif, mais globalement, ce mode de pensée plus évolué et conscient est devenu partie prenante de leur diaspora et c’est ce qu’ils sont venus apporter au monde, comme des messagers, essaimés un peu partout : ils sont venus dire la stérilité des attachements et l’impermanence des choses, la vocation à l’ouverture de l’humain. Ils ont aimé des femmes et des hommes qui n’étaient pas de leur appartenance, ils se sont fait aimer d’hommes et de femmes qui leur étaient étrangers, et ont disséminé ici et là les graines du mélange et donc de l’homme universel. C’est sans doute l’une des raisons du génie juif. On avance que ce sont les racines savantes de cette communauté et l’emphase mise sur l’éducation qui ont crée ce génie, car, à travers l’Histoire, ce peuple a du se battre pour sa survie et que l’accès à un statut social lui permettait d’être un peu moins à la merci de la haine populaire – et encore, pas tout le temps -, tout comme il est vrai que certaines métiers perçus comme maléfiques (usure, etc), leur étaient les seuls autorisés, ce qui a par ailleurs contribué à créer une image d’élite et de solidarité tribale si souvent brocardée par les antisémites, et il est vrai que cela a sans doute joué. Mais le Juif ultime et accompli est solidaire de l’humanité toute entière, et c’est précisément parce qu’il est venu apporter, parfois sans le savoir, parfois en le sachant très bien, cette vérité universelle au monde, de par sa simple existence, qu’il a récolté la haine de ceux qui étaient encore trop attachés à leurs illusions vitales, mais aussi l’adhésion progressive des gens à ce qu’il était venu professer. S’il fascine autant qu’il effraie, c’est que son message d’amour universel est aussi essentiel que vertigineux, qu’il réclame un abandon total de son ego et de ses certitudes.

Ce peuple a donné son corps un peu comme le Christ a donné le sien à l’humanité et dit sur la croix : « pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Et dans ce sillage, l’humain a petit à petit ouvert les yeux.

Bien sûr, ce nomadisme sans terre les a mis en situation de grande précarité : éternels invités, à la merci de peuples souvent sous-évolués et archaïques, soumis au contexte du moment, au sens du vent, aux caprices des modes qui leur permettaient d’être tantôt acceptés et tolérés voire aimés, tantôt dénigrés et rejetés, ne pouvant se réfugier nulle part. Mais c’est précisément cette précarité, cette incapacité à se réfugier où que ce soit et à se créer une sécurité, qui est le corollaire de l’acceptation bouddhique de l’impermanence et du vrai don de soi christique, qui ont permis au peuple Juif d’exprimer sa grandeur : on ne tient plus à sa vie terrestre, le corps est une chair donnée aux affamés, un vin donné à ceux qui ont soif ; il n’est même valable et ne s’accomplit totalement que dans cet ultime don de soi.

Evidemment, tous les Juifs n’ont pas atteint cet état de grâce, mais ce peuple en porte la graine, et les Juifs qui y sont parvenus sont devenus bien souvent des phares pour l’humanité.

Être à la merci des autres, c’est devenir Christ, ou l’archétype Poissons en astrologie, c’est-à-dire un être dont l’existence et le sacrifice permettent à l’humanité de devenir un peu meilleure que ce qu’elle a été, un être qui s’est tellement universalisé qu’il ne voit plus rien d’anormal à ce que sa vie serve de courte échelle au progrès humain, même si cela signifie sa dissolution dans le procédé ; un être qui ne conçoit pas une destinée qui ne soit pas construite sur le service et le don de soi au profit de l’Univers. En d’autres termes, une âme, dans son plus parfait rayonnement.

C’est d’ailleurs pour cela que, malgré l’immense et bien compréhensible sécurité qu’apporte un Etat, surtout au regard de l’Histoire, et malgré la légitimité incontestable de ce peuple à s’établir en Israël, qui fut après tout son berceau, je ne suis pas sûre qu’il ne s’ampute pas quelque chose de sa plus grande richesse en y bâtissant un État-nation au sens traditionnel du terme, en s’établissant de nouveau ‘quelque part’. Peut-être est-il impossible d’effacer ce qu’une communauté a vécu au fil des millénaires, et peut-être cette essence, une fois apprise et conquise, peut-elle subsister, par delà les métamorphoses et l’ancrage géographique… Mais je suis sûre que certains Juifs, ceux qui ont atteint cet état de grâce ou qui le convoitent, comprendront très bien ce que je veux dire.

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L’absolue (poème)

Le dernier voyage du téméraire (détail) de William Turner

En amour comme en littérature
Je suis facile à satisfaire :
Je ne demande que l’absolu
Des rivières sauvages et pures
Pour étancher ma soif
Et la vérité nue

Quelques falaises pour le vertige
Quelques bassins pour m’y baigner
Et mille chemins pour me perdre
Je ne veux pas savoir où je vais
J’aime mieux être désorientée
C’est dans l’errance qu’on trouve le mieux
Quand on oublie ce qu’on était en train de chercher

Je voudrais seulement chuter
Sans jamais être rattrapée
Jusqu’à ce que me poussent des ailes dans le dos
C’est ainsi, paraît-il, que naissent les oiseaux
L’Homme prend son envol quand il sait s’abandonner

De la musique pour faire danser
Ce grand serpent dans ma poitrine
Seuls les jours qui ont un parfum
Peuvent faire frémir ma narine
Ma pupille ne fleurit dans mon œil
Que pour des horizons neufs
Des sentiers inédits
Le futur qui grandit dans son oeuf
Et tout ce qui n’a pas encore été dit

J’aime la virginité de l’aube
Qui attend qu’on la déflore
Et le festin du crépuscule
Qui se sait bientôt mort

Je n’aime que les alcools forts
Et les vins qui montent à la tête
Mon cœur tangue avec le ressac
Pour un déluge, pour une fête
Pour un amour sans lendemain
Qui porte pourtant dans son sein
Tous les ors de l’éternité ;
Pour quelques dérapages trop bêtes
Des virages mal négociés
Et des passagers clandestins
Enfouis dans ce très vieux musée
Que sont mon âme et ses jardins

Que la vie soit plus que la vie
C’est tout ce que je lui demande
Je lui pardonne tous mes ennuis
Pour un peu de vin ; et l’offrande
Du jour qui se rend à la nuit

J’aime mieux avoir des ennemis
Que des cortèges d’amis tièdes
Ce que les premiers m’enseignent n’a pas de prix
Ce que les seconds me prennent a un coût :
Celui de la vie qui se trahit

J’attends d’un amour qu’il me déchire
Comme un fruit qui s’enorgueillit d’être mangé
J’ai élu domicile dans les cimes
Pour voir qui viendra m’y chercher

Et tant pis pour ceux qui pensent
Que nous respirons trop fort,
Ceux qui sont morts
Avant d’être morts
Décomposés dans leur silence,
Et qui craignent de vivre
Car ils ne savent pas
Que nous ne mourrons jamais

On est plus près de Dieu quand on se sait immortel
Et quand on est fidèle
À la grandeur du Soleil souverain en son ciel

Je ne sais pas où je vais
Mais je veux brûler
Je veux errer
Au gré
Des tentations qui foisonnent sous l’égide du jour
Des visions permises par la confiance en l’avenir
Tenir la vie dans un rire
Fermer les yeux et voir
Psalmodier sur ma route
Dans une prière sans fin
Que seuls les arbres écoutent

Je veux écrire des vers
Que personne ne comprend
Pas même moi
Que mon voyage soit un accident
Que le hasard guide mes pas
La gorge ouverte au tout venant
Et ce quelque chose qui appelle la fortune
Blotti à l’intérieur de moi

Au milieu de brumes hallucinatoires
Être une maison ouverte aux quatre vents
Traverser la vie dans un état de rêve permanent

J’ai dans le cœur mille chevaux fous
Colosses aux grands yeux révulsés
Qui se déchaînent dans la fureur
Au paroxysme de l’été

Je veux donner mon dernier sou
À quelques humains de passage
Enrouler mon dernier habit
Et en faire un nid
Pour qu’un animal s’y blottisse
Et se répare de ses voyages

Je voudrais seulement oublier
Et que ma mémoire se vide
Comme une coupe renversée
Parce que j’aurais trop dansé

Et battu du pied sur cette table
Au bois vieilli par les années
Qui se rappelle encore de l’arbre dont elle est née

Les fruits les meilleurs, les vignes sucrées
La figue et la mangue dont le ventre éclate
Unissent leurs mémoires dans mon chant fécond
Dans l’odeur de la terre sur laquelle les pluies s’abattent

Je veux accueillir tout l’univers
Dans ma poitrine hospitalière
Semblable au pain rond des jours de fête
Qu’on sert aux gens dans les banquets

Mon âme est un royaume imprenable
Fermé à tout ce qui offense
Les dieux, les cieux dont je proviens
Et mes paysages de chance

Je suis cette porte qui à la réputation
De demeurer infranchissable
Mais qui s’ouvre en un seul instant
Pour qui possède la bonne clé

Initiales AO
Mon destin était plié
Entre l’absolutisme et l’obscénité

Les modes et les usages, tout cela m’indiffère
Mon âme a soif d’éternité
De mers et de rivières
Dans lesquelles plonger
Et ressusciter

Une torche au fond des abîmes
Impose et maintient sa lumière
Allégorie de l’éternité.


Écrit dans la nuit du 29 au 30 mai 2022 ; publié sur FB le 30 mai 2022, à 1h30 du matin.

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La brûlure et l’absolu (photo)

Avril 2022. J’étais très fatiguée, déshydratée, cernée à cette période, j’étais encore en grande partie vegan. Le maquillage est une belle catastrophe (ayant perdu l’habitude de me maquiller les yeux, j’ai fait n’importe quoi, j’ai mis beaucoup de crayon mais pas de mascara, ce qui donne ces superbes yeux de panda, en mode « j’ai été violée par Crayola » ; j’ai mal appliqué mon rouge à lèvres), mais j’ai eu une humeur soudaine… J’ai choisi une lumière et un angle qui ne pardonnent pas, sans filtre, avec les nouveaux iPhones qui restituent chaque défaut, chaque rougeur, chaque pore de la peau… J’étais aussi en plein ‘retour de Saturne’. Il faut partir du principe que toutes les archives de cette époque et des quelques années précédentes ne me montrent pas sous mon meilleur jour. C’est depuis fin 2022, début 2023 que j’ai pu enfin récupérer. Mais j’aime cette photo. Et elle ne triche pas. Je publierai d’autres photos de cette ‘série’, à l’occasion. J’en ai déjà postée une le 11 août 2023 (« All of these pretty rhymes and perfect crimes »). Et d’autres photos tout court.

Agnus Dei de Samuel Barber par le New College Choir d’Oxford
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Poète / projecteur splénique (poème)

27 mai 2023. Visage nu. Un samedi où j’avais besoin d’une bonne sieste…

Les tanks sont entrés dans le pays,
Et j’étais en train de dormir.
La maison a brûlé,
Et j’étais en train de dormir.
Les manifestants ont jeté des cailloux,
Les policiers ont donné des coups de matraque,
Les statues ont saigné du nez,
Et j’étais en train de dormir.
La société s’est écroulée,
La Révolution a eu lieu,
Le monde a changé de visage,
Et j’étais en train de dormir.
L’humanité était en liesse,
Partout, un horizon noir
De mains fraternellement tendues et serrées.
Et moi, souriant du travail accompli par d’autres,
J’étais en train de dormir.

Pourvu qu’il n’arrive rien de grave,
Car je serai sans doute encore
En train de dormir.

J’ai raté tous les grands jours, c’est ainsi.
Je soutiens votre cause mais n’en fais pas partie.

Car l’Univers m’a faite comme cela : fatiguée de naissance.
Petite, ma mère me disait : « Le travail pleure entre tes mains »
Et cette phrase est devenue mon destin,
De toute évidence.

Je jure que j’ai souvent amèrement lutté contre cette fatalité,
Avant de la comprendre :

Je suis comme ces petits animaux
Qui ne font apparemment que dormir et manger,
Mais qui, le reste du temps,
Pressentent les cataclysmes,
Se reposent sur le torse d’un malade
Pour prendre sa douleur,
Mourant finalement des blessures d’un autre.

J’ai usé mon corps à des luttes invisibles,
J’ai fixé et interrogé mille soleils, le regard droit,
J’ai nettoyé des océans, fait accoucher des aubes,
J’ai oeuvré à la régénération de la planète,
J’ai écrit des mots qui guérissent,
Et même précédé des modes,
Sans jamais en recueillir les lauriers.
Et j’ai affronté l’ingratitude d’un monde
Qui me croit parfaitement inutile
Quand je suis le fil d’argent
Entre Dieu et les hommes.

Je suis poète.
Je suis là pour voir et dire :
Telle est ma tâche.
Je souffle un secret et le vent l’ébruite.

Alors je retourne faire la sieste
Et je compte sur vous
Pour ne pas me réveiller :
Je suis occupée
A construire des empires dans ma fuite.


Ecrit en quelques minutes sur un coin de table et publié le 28 septembre 2023 sur FB.
Il est possible que ce texte soit une version provisoire, que je peaufinerai plus tard.

*Projecteur splénique (ou splenic projector) : référence à l’Human Design, une discipline de développement personnel très intéressante dont je recommande l’étude, que je connais depuis quelques années et qui m’a beaucoup aidée. Mon profil est donc évidemment Projecteur, et mon autorité splénique (instinctive).

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