La complaisance envers la magie noire dans certains milieux spirituels, et ce qu’elle révèle


Photo : trouvée sur Pinterest

Un nouveau petit fléau s’est développé ces dernières années dans les milieux ‘spiritualistes’ à la mode. Ce phénomène est mondial, mais il faut bien comprendre que comme beaucoup d’effets de mode à notre époque, il prend d’abord sa source aux Etats-Unis, se nourrissant des problématiques locales pour les exporter ensuite dans d’autres pays. 

Ce fléau, c’est une forme de relativisme toxique autour de la magie noire.

De plus en plus de gens semblent cautionner ces pratiques et toutes leurs dérives morales les plus inquiétantes. On le constate sur les réseaux sociaux, par exemple, où les références à la magie noire se sont très sérieusement banalisées, où beaucoup louent les sorcelleries noires traditionnelles ou se font gloire de pouvoir jeter des sorts. Je me souviens avoir vu passer un documentaire très instructif sur les sorcières en Roumanie. Outre les actes moralement contestables auxquelles ces dernières s’adonnaient, comme jeter des sorts pour séparer des couples sur demande, j’avais été choquée par les réactions complaisantes dans les commentaires, notamment de certaines « sorcières » qui érigeaient en « badass » et « bad bitches » ces femmes qui osaient « embrasser leur vrai pouvoir ». Y compris celui de détruire, gratuitement, la vie des autres. 

J’ai pu remarquer plusieurs raisons à cette complaisance autour de la magie noire. 

Il y a à mon sens et en tout premier lieu une forme de dérive pseudo féministe là-dedans. 
La force, même vicieuse, est systématiquement valorisée, excusée, glorifiée chez la femme, puisqu’elle est systématiquement perçue comme un pied-de-nez au système dominant. C’est encore plus le cas lorsque nous avons affaire à la matriarche non-occidentale porteuse de savoirs anciens : à la fois femme, mais aussi âgée, non-occidentale, elle est censée incarner fondamentalement une forme d’opposition symbolique à toutes les oppressions. Ce qui, apparemment, la prémunit des critiques et lui donne tous les droits, y compris celui d’abuser de son pouvoir pour devenir bourreau à son tour. 

Ensuite, beaucoup cautionnent ces dérives, notamment aux Etats-Unis, uniquement parce qu’elles sont pratiquées par des ‘brujas’, des sorcières non-blanches (hispaniques, afros, etc) et qu’il est à ce titre mal vu de les critiquer ou de s’en prendre à des éléments de leur culture. Cela est perçu comme une attitude raciste de paternalisme et d’impérialisme occidental. A l’heure où les américains font l’inventaire et les poubelles de leur histoire, et entendent rendre justice aux cultures dominées, un extrême négatif a surgi de ce processus : des amalgames totalement foireux, tribaux et infantiles qui poussent à dédouaner ou accuser des gens, à en faire des bourreaux ou des victimes, en fonction de leur appartenance communautaire et de l’histoire qui y est liée. Il est donc vu comme systématiquement déplacé et malvenu de critiquer la magie noire parce qu’elle est un élément fondamental de la magie telle que pratiquée par certaines communautés, ce qui me semble être une insulte à l’intelligence de tous.

La magie blanche seule est en plus jugée ‘édulcorée’ car préférée et vulgarisée par les pratiquants occidentaux, qui tendent à porter des jugements négatifs sur la magie noire. Pour cette raison, défendre la magie noire et ses dérives donne sans doute à certains le sentiment d’être des rebelles, avec en prime le frisson de pouvoir jouer les antiracistes de bac à sable et les justiciers vis-à-vis des cultures non-blanches. Parfois, chez les gens provenant de ces dites cultures, il y a aussi un réflexe de résistance et de défense communautaire quelque peu automatique. 

C’est aussi beaucoup d’égo différenciateur. La chaise roulante pour son ex, casser le couple des gens, c’est cool et c’est hype, ça donne à quelques pétasses à faux ongles le sentiment d’être un peu plus extrêmes et radicales que les autres jeunes « sorcières », d’être dotées d’un plus grand pouvoir. « Not like the other girls » comme on dit. En fait, ce sont des pick me* qui s’ignorent (et dieu sait que je déteste ce terme, souvent très galvaudé). Le principe de la pick me s’appliquant dans le fond tout aussi bien aux hommes qui cherchent à se différencier par tous les moyens des autres. Même s’il faut admettre que les milieux ésotériques jeunes et branchés sont davantage investis par des femmes de nos jours. 

Alors même que certains principes de magie noire sont en opposition complète avec les principes spirituels auxquels ces gens font allégeance par ailleurs et qui ont été popularisés ces dernières années (ex : ne pas nuire, laisser agir le karma, etc), ils les défendent par simple réflexe pavlovien idéologique. Et par confort, aussi, puisque le recours à de telles pratiques permet de justifier à peu de frais sa face sombre, son impatience spirituelle, son maléfisme. 

En effet, depuis que certains milieux spirituels ont redécouvert le grand Carl Jung, ils aiment relire à la lumière de leurs vices et de leurs mauvaises habitudes son concept pourtant beaucoup plus complexe de « part d’ombre », qui n’implique en aucun cas la complaisance envers soi-même et ses défauts. Même chose avec les concepts spirituels qui défendent l’idée que rien n’est fondamentalement bon ou mauvais dans cet univers, et qui sont devenus une excuse permettant à chacun d’agir comme bon lui semble, avec son égo pour seule boussole.

Embrasser sa part d’ombre, ce n’est pas vivre librement le fait d’être un connard, un vilain, un jaloux, de vouloir tuer quelqu’un ou briser un couple, c’est simplement cesser de se mentir sur ses vrais désirs et cesser de projeter ces derniers sur les autres : par exemple, accepter son envie de briller ou son ambition au lieu de les restreindre et, en conséquence, mal réagir lorsque l’on se trouve confronté à ceux qui osent ce que nous n’osons pas et portent librement en étendard une part de nous que nous avons reniée. C’est aussi vouloir guérir de ses travers, mais prendre conscience qu’il faut pour cela se défaire de sa honte et de ce penchant égocentrique consistant à se voir comme irréprochable et sans tâches, empêchant ainsi tout processus d’évolution de s’amorcer réellement.

De même, admettre qu’il n’existe rien de fondamentalement mauvais dans l’univers, cela ne veut pas dire prétendre qu’il n’y a ni bien ni mal au sens propre : simplement, que le mal a sa raison d’être, qu’il arrive pour une raison et correspond à un ordre spirituel, à une destinée karmique, et qu’il faut parfois laisser les choses, y compris douloureuses, se faire, sans vouloir constamment interférer, se positionner en sauveur, sans se culpabiliser de ne pouvoir sauver tout le monde ou mettre fin à tous les drames possibles (élan qui cache en réalité bien souvent le sentimentalisme, l’immaturité, l’illusion narcissique de la toute-puissance et l’incapacité à laisser l’autre aller vers sa propre destinée et le lot d’erreurs qu’elle comporte). 

En aucun cas ce principe n’incite à créer sciemment le mal autour de soi, y compris pour son propre bénéfice, et à déranger l’ordre des choses pour satisfaire son avidité, son égoïsme, son désir de domination, voire son sadisme ou son goût pour la vengeance.

Seulement, voilà, certains y ont trouvé du grain à moudre : la manière dont nous interprétons les croyances et les concepts en dit beaucoup sur nous-mêmes, nos désirs, notre niveau d’évolution et ce que nous cherchons à exprimer ou obtenir de l’existence. 

Au lieu d’admettre leurs défauts – ce qui leur permettrait d’enclencher un travail d’évolution, ou au moins en premier lieu de lucidité avec eux-mêmes -, ces gens adaptent à leur guise certains principes spirituels et les réorientent dans le sens de leurs intérêts immédiats, de leurs courants intérieurs personnels. 

De même, il est intéressant de voir qu’une espèce de fusion s’est produite entre certains milieux politiques de gauche et la spiritualité ; ces milieux politiques sont en train de revenir vers la spiritualité mais s’approprient des principes millénaires essentiellement pour les tourner dans le sens de leur idéologie, y compris lorsque la greffe ne prend pas, quitte à défigurer ou modifier les dits principes, ou fermer volontairement les yeux sur ce qui n’est pas en adéquation avec leurs idées.

Beaucoup de ces milieux ne sont plus des milieux spirituels à proprement parler, mais avant tout des milieux politiques ou des milieux branchés augmentés d’une appropriation de l’esthétique spirituelle, parfois sincère mais encore très bancale et viciée.

En même temps qu’une véritable ascension spirituelle collective se joue ces dernières années, on peut aussi penser que le politiquement correct, la complaisance et l’ego ont fortement atteint ces milieux, peut-être encore plus qu’auparavant, puisque la démocratisation des concepts spirituels augmente le nombre d’individus en présence et réduit le niveau d’exigence demandé pour accéder à des savoirs auparavant plus inaccessibles, qui réclamaient souvent une « initiation » préalable et une validation hiérarchique. Les charlots, les faux-prophètes et les saints de plastique ont toujours existé, mais il faut être encore plus prudent avec les milieux actuels, et faire un travail de sélection. Il n’existe pas un mais des milieux spirituels, et des individus variés qui les composent. Tout ce qui est estampillé spirituel n’est pas valable et bon par essence. De même que les gens ne sont pas ce qu’ils revendiquent mais ce qu’ils font.

Rappelons à toutes fins utiles que les personnes qui nuisent à autrui, par le biais de la magie noire ou de quelque autre manière que ce soit, paieront un jour ou l’autre leur karma, comme tout un chacun. « Sorcières » ou pas. De même, ceux qui savent se protéger, qui ont atteint un certain niveau de sagesse, sont en paix avec eux-mêmes et porteurs de bonnes énergies, ou ceux dont ce n’est pas le destin ou le karma de passer par certaines épreuves, ne seront jamais touchés par les tentatives de nuisance qui leurs sont adressées. Peu importe les mauvais sorts qui leurs sont jetés et les illusions de toute puissance de ceux qui pensent pouvoir les atteindre. 

Pour finir, chacun expérimente la vie et évolue à son propre rythme ; chacun doit vivre ses défauts et purger ses passions négatives pour s’en débarrasser. Toutes ces dérives ont besoin d’exister pour finalement arriver en bout de course, s’autodétruire d’elles-mêmes et faire passer ceux qui les font vivre au stade supérieur. Ceux qui doivent faire de mauvaises rencontres les feront, ceux qui doivent explorer leur égo négatif et abuser de leur pouvoir le feront également. Mais il est toujours bon de savoir faire preuve d’esprit critique et d’informer les gens sur ce qui existe. Ils aviseront, ensuite, selon les possibilités de leur être. 

*Une « pick me », c’est une personne (généralement une fille) qui dévalorise les autres filles pour se rendre supérieure ou pour flatter la misogynie de certains hommes, même de manière non frontale. Parfois, c’est en crachant ouvertement sur les autres femmes, parfois en cherchant par tous les moyens la différenciation. Mais en bref, cela veut dire « regardez-moi, je ne suis pas comme toutes ces autres !! »

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Ton amour et ton nom (poème)

Meadow in dawn, Åsmund Kværnstrøm

Par les forêts sauvages où le bois mort craque
Et leurs sentiers mouillés que l’orage détraque

Par les océans furieux jouant dans la nuit
Les mouvements d’une violente symphonie

Par les cieux angéliques traversés d’avions
Qui volent vers des rêves d’azur et de coton

Par les toisons fumeuses qu’on nomme nuages
Et qui nous font penser à la barbe d’un sage

Par le grand indigo piqué d’étoiles vives
Signées des pointes d’une danseuse perfide

Par les vallées dorées où les chevaux s’ébattent
Où rien ne semble avoir de limite ou de date

Par les prairies anciennes qui couvent nos songes
Et qui se donnent nues aux moutons et aux hommes

Par la terre pluvieuse, pleine comme une éponge
Où les amants rieurs viennent croquer la pomme

Par les criques servant de refuge à nos âmes
Et de berceau secret aux bateaux fatigués

Par les grandes savanes à l’horizon de flammes
Où le soleil déploie son éternel été

Par les massifs de marbre, dressés tels des colosses
Dans la vapeur d’un ciel puissant comme l’absinthe

Par les chemins de faim, où l’arbre évoque l’os
Où l’on croit certains jours voir pleurer une sainte

Par les contrées où l’on entend bien davantage
La chanson des balles que celle des oiseaux

Par les rues pacifiques aux allures de plages
Où les maisons de sable accueillent le repos

Par les pays brumeux aux mystères d’enclume
Carte postale estompée d’une laine blanche

Par leurs matins sans fin dont les froids vous consument
Et leurs grands arbres droits qui jamais ne se penchent

Par les Irlandes aux lèvres bordées de sang
Par les plaines figées dans un jour noir et blanc

Par les ruelles mortes aux maisons fusillées
Par les coins de cris sourds que la joie a reniés

Par les tropiques blancs au climat de brasier
Et les coins alanguis de générosité

Où la mangue orange, humide comme un baiser
Se donne à qui le veut au rebord des sentiers

Par les vieux autocars où s’entassent les gens
Des belles filles mates tenant leurs enfants

Par les cafés suants où la musique est d’or
Par ces contrées brûlées où l’on aime plus fort

Par les casinos où l’homme joue sa fortune
Où le risque couronne le sens d’une vie

Par les routes des côtes qui tutoient la Lune
Où tous les virages aguichent la tragédie

Par les temples de bois où les voyants travaillent
Pour des gens de pays où ils n’iront jamais

Par les villages où tous les vieux semblent de paille
Brûlés par le soleil, et le corps décharné

Par les bleds que l’hiver fige comme un poignard
Que réchauffe seulement le brave labeur

Où les gens sont au choix des anges ou des barbares
Dont le calvaire donne le lait et le beurre

Par les villes d’ivresse aux promesses sans fin
Où bourdonne la jeunesse au petit matin

Par les quais surpeuplés de fourmis à foison
Dégorgeant le rêve à la prochaine station

Par les chemins tracés et ceux qui sont à faire
Par tous les détours que permet cet Univers

À chaque impasse et à chaque destination
J’irai porter, mon Dieu, ton amour et ton nom.

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Tem mais samba – Chico Buarque

Chanson d’été brûlant et de canicule. Bienvenue dans la saison du Lion.

La mélodie est sensualité pure, et les paroles poésie.

(Je crois que le Brésilien est forcément une langue Poissons. Mystique, poétique, océanique, douce.
Belle tout en étant originale et déviante, différente des autres langues latines car plus désordonnée.
Enveloppante tout en étant quelque peu insaisissable et incohérente.)


Paroles :

Tem mais samba no encontro
Que na espera
Tem mais samba a maldade
Que a ferida

Tem mais samba no porto
Que na vela
Tem mais samba o perdão
Que a despedida

Tem mais samba nas mãos
Do que nos olhos
Tem mais samba no chão
Do que na lua

Tem mais samba no homem
Que trabalha
Tem mais samba no som
Que vem da rua

Tem mais samba no peito
De quem chora
Tem mais samba no pranto
De quem vê

Que o bom samba
Não tem lugar, nem hora
O coração de fora
Samba sem querer

Vem que passa
Teu sofrer
Se todo mundo sambasse
Seria tão fácil viver

Vem que passa
Teu sofrer
Se todo mundo sambasse
Seria tão fácil viver

Vem que passa
Teu sofrer
Se todo mundo sambasse
Seria tão fácil viver

Vem que passa
Teu sofrer
Se todo mundo sambasse
Seria tão fácil viver

Vem que passa
Teu sofrer

Traduction :

Il y a plus de samba dans la rencontre
Que dans l’attente
Il y a plus de samba dans la méchanceté
Que dans la blessure

Il y a plus de samba dans le port
Que dans la voile
Il y a plus de samba dans le pardon
Que dans l’adieu

Il y a plus de samba dans les mains
Que dans les yeux
Il y a plus de samba dans le sol
Que dans la lune

Il y a plus de samba dans l’homme
Qui travaille
Il y a plus de samba dans le son
Qui vient de la rue

Il y a plus de samba dans la poitrine
De ceux qui pleurent
Il y a plus de samba dans le pranto
De ceux qui voient

Cette bonne samba
N’a ni lieu ni moment
Le cœur à l’extérieur
Samba sans le vouloir

Vienne et passe
Votre souffrance
Si tout le monde sambassait/s’adonnait à la samba
Ce serait si facile de vivre

Vienne et passe
Votre souffrance
Si tout le monde s’adonnait à la samba
Ce serait si facile de vivre

Vienne et passe
Votre souffrance
Si tout le monde s’adonnait à la samba
Ce serait si facile de vivre

Vienne et passe
Votre souffrance
Si tout le monde s’adonnait à la samba
Ce serait si facile de vivre

Vienne et passe
Votre souffrance

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Il faut ignorer les ennemis de la liberté

Concernant l’injuste scandale autour des propos de Caroline Cayeux, qui constituent une opinion et ne véhiculent ni haine ni hostilité vis-à-vis de qui que ce soit en tant qu’individu :

Je pense qu’un individu qui a atteint un certain niveau hiérarchique ne doit pas se plier aux oukases de randoms sur les réseaux sociaux. A moins d’avoir commis une erreur qui exige réparation ou excuses, il ne doit pas se justifier et donner de la considération aux cris de gens qui n’existent que par l’indignation. Il doit écouter de loin mais ne pas rendre de comptes et ignorer ces bruits collectifs qui ont l’air plus importants qu’ils ne le sont. Justement car il n’est pas un random à 200 abonnés qui s’est crée un compte Twitter en 5 minutes, lui, mais un individu qui a gagné sa place, et qui est observé par des milliers voire des millions de personnes, dont pas mal attendent sans doute sa chute, ce qui change absolument tout au rapport qu’il peut entretenir avec son environnement.

L’exercice du pouvoir exige l’opacité, la distance. Un jour, on vivra peut-être dans une démocratie totale… quand les gens seront évolués. En attendant, les hiérarchies doivent exister et leur absence nous emmènerait à la dictature du peuple, et franchement pas le meilleur des peuples.

Les réseaux sociaux sont une chance démocratique et en même temps un véritable merdier, un tribunal de la pire espèce, et ce sera le cas tant que les gens qui les occupent sont ce qu’ils sont, et que la société ne sera pas parvenue à son niveau de pleine évolution. Il faut simplement en avoir conscience.

On a donné trop de force à des lambdas qui ne sont d’ailleurs pas si représentatifs que cela et qui, dans le fond, reproduisent toujours les mêmes schémas sous-évolués de chasses aux sorcières.

Il faut les détruire par le silence et l’indifférence.


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DE L’EAU POUR LES OISEAUX (ET LES PETITS ANIMAUX)


Photo de Claudy Godard

Bonne fête nationale à tous et n’oubliez pas de mettre de l’eau pour les oiseaux et les petits animaux sauvages tels que les hérissons. Il faudrait le faire toute l’année, mais en cette période de grandes chaleurs, ils en ont plus que jamais besoin ! Une eau fraîche, changée tous les jours, dont le contenant est lavé régulièrement. Si possible à l’ombre, afin qu’elle ne se réchauffe pas trop vite et que les animaux puissent étancher leur soif à l’abri de la chaleur.

Ceux qui ont un balcon ou un jardin peuvent mettre un abreuvoir afin que les oiseaux puissent également se laver et se rafraîchir. C’est important pour qu’ils puissent voler correctement. Pour les petits animaux terrestres comme les hérissons, une petite écuelle posée à terre fait l’affaire.

Si vous avez un chat, arrangez-vous simplement pour que l’eau soit hors de sa portée, concernant les oiseaux.
Il y a de nombreux produits et idées sur internet à ce sujet.
Quelques bonnes astuces ici.

Bel été à tous !

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Une journée ordinaire (poème)

Simone Veil, évidemment.

Dieu nous a faits beaux, grands et libres
Il nous a faits à son image
Pour qu’on s’amuse, pour qu’on s’enivre
Et de toutes folies possibles,
Aimer est vraiment la plus sage

Mais le médecin n’aime pas
Les gens qui s’aiment et qui s’amusent.
Son Dieu à lui maudit la joie ;
Il peste et me dit que j’abuse

Je l’entends râler sous le masque
Qui couvre son visage flasque
En préparant ses instruments
Pendant que je m’endors, docile
Sur la grande table où j’attends

J’aime les hommes et le sexe
Mais les capotes un peu moins
Eh oui, j’ai le plaisir complexe
Je suis une femme, je n’y peux rien

Ne pas baiser lorsque j’ovule
C’est une torture impensable
Et je ne veux pas qu’on m’encule
Ni qu’on éjacule hors de moi
J’aime les amours ingérables

Ma grand-mère, elle avait des plantes
Mais le gouvernement veut pas
Alors, cuisses ouvertes, me voilà
Comme une femme qui enfante

On m’a donné une dragée
J’ai dormi d’un sommeil heureux
Après avoir fait mes adieux
A celui qui ne sera pas né
Et qui n’aura jamais mes yeux
J’ai dormi quiète et soulagée

On ne fait pas d’omelette
Sans casser des oeufs,
M’a-t-on si souvent répété.
Eh bien, la vie, elle est ainsi :
Pour vivre, il faut toujours tuer

Comme l’air que l’on respire,
Comme la cerise qu’on cueille
Ceux qui l’ignorent sont les pires
La vie est cycle et non cercueil

Ils vivent dans un monde empaillé
Encombré de vieilles statues
Je suis forêt, et eux musée
Poussiéreux, pisseux, révolu

Comme chez les souris,
Ou les campagnols des prairies,
Chez les femelles géladas* :
Tout embryon ne survit pas

La vie est belle
Et la nature est cruelle
Parfois

Et dans cette ultime pensée,
Tandis que le spéculum froid
Pénètre ma viande accueillante
J’ai trouvé et Dieu et ses lois

Rien ne meurt jamais vraiment
Et ce n’est que partie remise
Pour que cette âme qui attend
De naître le fasse à sa guise
Dans un terreau plus accueillant

J’ai quitté le triste docteur
Avec sa mine peu amène,
En lui disant : à la prochaine !
Et l’infirmière aux yeux rieurs

En récompense salutaire
De cette journée ordinaire
Je vais m’offrir du chocolat
Une bonne sieste de chat

La première bouffée d’air frais
Que j’ai prise en ouvrant la porte
Fut un instant irréversible
De joie et d’inquiétude morte

Je pense à ce qu’aurait pu être
Cet enfant qui ne naîtra pas
Comme on pense à tous les chemins
Que jamais l’on n’empruntera

En sifflant, tranquille et content,
De celui qui nous attend là
Et quelque peu indifférent
A ce qu’on laisse derrière soi

Je me suis offert une virée
En ce superbe jour d’été
Où le soleil est un ami
Une mère aux bras attendris

Les passants sont vos familiers
Et le monde est comme nouveau
Quand on a jeté son fardeau
Le sac poubelle de ses ennuis

J’ai descendu heureuse et fière
La mythique rue des Saints-Pères
Légère comme plume au vent
Et j’ai traversé en chantant

Ma liberté me tenant chaud
Bien mieux que tous les soleils
Un jour, je deviendrai maman :
Mais ce n’est pas pour maintenant





(Poème écrit le week-end du 25 et 26 juin 2022, en solidarité avec les femmes américaines qui subissent l’abrogation de l’arrêt Roe V. Wade)


* Les souris, les campagnols des prairies et les singes géladas pratiquent déjà l’avortement spontané dans la nature.

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L’Ukraine existe : voici son histoire

Beaucoup prétendent que l’Ukraine « n’existe pas ». Ou qu’elle n’est qu’un état fantôme, incohérent, bricolé à la va-vite, une annexe de la Russie à laquelle elle aurait été injustement arrachée par un accident de l’Histoire qui ne tient pas compte du passé.
Voici un excellent article trouvé sur les réseaux sociaux. Il n’est pas de moi, mais d’un certain Nicolas V., doctorant spécialiste de l’Histoire médiévale et du Langage.
Je ne prétends pas être une experte du sujet, je ne peux garantir l’exacte véracité de tout ce que je lis ici ou là, mais ce texte a été écrit par une personne ayant une certaine légitimité, je l’ai trouvé passionnant, d’une qualité rare, et il vous apprendra sans doute beaucoup de choses sur l’identité ukrainienne. Il regorge d’informations fouillées, qu’on ne trouve pas beaucoup dans les articles sur cette guerre.
A lire absolument, et à partager sans réserve !




« Comme en 2008 en Géorgie, la guerre qui vient de commencer en Ukraine est partie d’un conflit entre un pays et des régions séparatistes. Ici, il s’agit du Donbass, c’est-à-dire une zone industrialisée depuis le XIXe siècle, après sa prise par l’Empire russe dans la guerre contre les Turcs. Cela concerne aussi, d’une certaine manière, la Crimée, annexée en 2014 après un référendum favorable au rattachement à la Russie : c’est à cette occasion que des séparatistes pro-russes ont pris le pouvoir dans le Donbass et établi des « républiques populaires ». A l’époque, Moscou ne les reconnaissait pas et demandait seulement à Kiev d’organiser des élections libres dans la région. C’est face au refus de l’Ukraine que la Russie est montée en agressivité, et a finalement lancé l’invasion actuelle.

Bien sûr, pour juger des responsabilités dans cette guerre et les désastres qui vont s’en suivre, il faudrait parler de géopolitique récente, de la géopolitique américaine, de l’UE, de l’OTAN, des élections ukrainiennes des 30 dernières années, du gaz, etc. Mais le casus belli, au départ, c’est le non-respect par l’Ukraine des droits des minorités russes dans l’est du pays, et les tentatives de « dérussification » menées par Kiev, notamment en enlevant à la langue russe son statut de deuxième langue officielle dans le pays. C’est sur ce sujet seulement que je souhaite donner un éclairage, parce qu’en plus d’être ce qui a tout fait basculer, on voit souvent passer des affirmations contradictoires, qui n’aident pas à y voir clair.

C’est un fait que, dans les régions les plus à l’est de l’Ukraine (les provinces de Luhansk et de Donetsk, où se trouvent les deux groupes séparatistes), on trouve une majorité de russophones, et un grand nombre de citoyens russes. Parmi eux, beaucoup d’ouvriers qui ont très mal vécu la fin de l’URSS et qui sont nostalgiques de cette période, à la fois pour la grandeur perdue et pour le semblant de stabilité qui l’habitait. Pour ces populations, la politique hostile à la langue russe était une absurdité, puisqu’elle promouvait de façon artificielle la langue ukrainienne qui, dans certains endroits, est rarement parlée en dehors de certains foyers. Moscou a beaucoup insisté sur le respect des droits de ces minorités.

Il faut pourtant noter une chose : dans les provinces concernées, qui forment des écosystèmes peu influencés par la vie du reste du pays, les russophones ne sont pas des minorités, mais bien des majorités. Leur proximité avec la Russie, dont l’économie se porte mieux (moins mal ?) que celle de l’Ukraine, leur maîtrise de l’appareil productif (depuis leur création, comme en Transnistrie, les équipements industriels ont été aux mains d’ingénieurs et d’ouvriers venus de Russie), et leur nombre font que, dans certaines parties du territoire, c’est l’ukrainien qui est de fait une langue minoritaire, reléguée à la sphère privée. Les écoles, notamment, éduquent en russe et non en ukrainien. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la politique parfois agressive (mais relativement peu appliquée) de Kiev.

On a donc beau jeu de décréter que « l’Ukraine est en fait un pays composite, divisé entre un Ouest ukrainophone et un Est russophone ». C’est ce que beaucoup de gens disent, c’est l’argument donné par beaucoup de soutiens de la Russie (qui faisaient état, en 2014, d’une majorité écrasante donnée au référendum pour le rattachement à la Russie), et cela va jusqu’à faire circuler des cartes qui montrent que l’Ukraine n’est en fait qu’un ensemble de territoires arbitrairement réunis par les soviétiques, alors qu’ils appartenaient jusque là à la Russie. Je ne m’attarderai pas sur ce point, il faut simplement rappeler que c’est tout le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que de considérer qu’un peuple doit pouvoir accéder à un état : lui reprocher de n’en avoir jamais eu, c’est dire que l’Estonie, la Slovaquie, le Tadjikistan, et la quasi-totalité de l’Afrique n’ont pas vocation à être structurés en états-nations.

C’est donc à la question de l’existence d’un peuple ukrainien, et de son expansion historique que les débats reviennent. Or, fort heureusement, il y a eu à la fin de l’Empire russe des études qui ont été menées pour établir la composition de la population : un recensement en 1897, qui a sondé la totalité de la population, sauf en Finlande, pour établir des statistiques ethniques et linguistiques. Ce recensement, dont les résultats sont visibles en ligne (ici : http://www.demoscope.ru/weekly/ssp/rus_lan_97.php?reg=0), a montré que, dans la totalité du territoire ukrainien actuel, la langue majoritaire était l’ukrainien. Non seulement cela, mais l’ukrainien est parlé par une majorité absolue d’habitants sur la totalité du territoire, à l’exception du gouvernement de Tauride (qui recouvre actuellement la Crimée et les territoires proches dans le sud de l’Ukraine), où la majorité relative est ukrainienne, suivie d’une forte minorité russe, et une minorité non-négligeable tatare. Dans des régions actuellement situées en Russie, les minorités ukrainiennes sont plus importantes que les minorités russes autour de Kharkiv, Chernihiv et le Donbass. Même au-delà des frontières actuelles de l’Ukraine, il y avait des régions majoritairement ukrainophones, notamment le Kouban, c’est-à-dire le Nord-Est du Caucase.

Partout où on trouve des populations russes importantes, c’est en raison des villes, très majoritairement russifiées, en raison de l’afflux d’administrateurs russes, et des liens entretenus par l’élite ukrainienne avec le pouvoir tsariste. Cet aspect de la russification par le peuplement est très important : les villes ont été des centres de diffusion de la culture russe, et aussi, il faut le dire, de la domination des masses paysannes majoritairement ukrainiennes. Dans certaines régions, au sud du pays, l’histoire du peuple ukrainien a consisté à voir la domination tatare (domination extrêmement violente, qui avait drastiquement réduit la population) remplacée par une domination russe, moins violente, plutôt économique et culturelle. Et tout cela s’est fait au nom de l’idée du panslavisme, qui considérait la totalité des peuples slaves de l’Est (russes, ukrainiens, biélorusses) comme un seul peuple et seulement des sous-catégories, de la même manière qu’il n’y avait qu’une langue, le russe, et des dialectes.

D’où des politiques, d’intensité variable, de russification, parfois avec l’interdiction de publier en ukrainien. Je me contenterai de remarquer ici que, contrairement à ce qu’on raconte dans certains milieux pro-russes, l’ukrainien n’est pas un dialecte du russe, mais plutôt une langue voisine du russe, en tant qu’elles descendent toutes deux de dialectes du groupe slave-oriental, parlés à l’époque de la Rus’ kiévaine. La littérature ukrainienne a commencé à se développer seulement un siècle après la littérature russe, ce qui n’est pas trop mal comme signe de vitalité culturelle pour un territoire qui, encore à l’époque, était un champ de bataille permanent entre empires. Le russe et l’ukrainien sont des langues proches, avec une relative intercompréhensibilité, mais il ne viendrait à l’idée de personne de dire que le serbe est un dialecte du bulgare parce que ces langues sont proches et qu’un Serbe comprend un peu le bulgare sans l’avoir étudié. La politique des tsars contre la langue ukrainienne était tout simplement la même russification que celle qu’ils ont fait subir à la Finlande, et personne n’ira prétendre que c’est parce que le finlandais est un dialecte du russe.

Sauf que, malgré ces diverses pressions exercées sur la population ukrainienne et sa langue, encore une fois, à la fin du XIXe siècle, un recensement atteste une majorité absolue d’ukrainophones quasiment partout en Ukraine. Et, encore en 1914, l’académie impériale des sciences établissait une carte qui constatait des majorités ukrainiennes absolument partout, avec une exception en Crimée. Les auteurs de la carte appelaient cela non pas de l’ukrainien mais du « petit-russe », et c’est ce dont se servent certains pro-russes pour affirmer que l’Ukraine n’a jamais existé. Cela revient à dire qu’une réalité n’existe pas si elle n’a pas un nom universellement accepté : à ce compte-là, la Chine n’existe pas, parce que son nom chinois n’est pas utilisé par les Européens. Toujours est-il qu’une question demeure : comment passe-t-on d’une majorité absolue d’Ukrainiens, y compris près de la frontière russe, en 1914, à une majorité de Russes aujourd’hui ?

Après la victoire définitive de l’Armée Rouge et la fin des famines, Lénine avait imposé l’idée que les minorités (les non-Russes) devaient être bien traitées par l’état central de peur de ne pas pouvoir compter sur leur soutien dans la propagation de la Révolution. C’est pourquoi on a assisté à une politique de promotion de l’ukrainien. Cela n’a été qu’une parenthèse, car, dès les années 30, Staline a totalement inversé la tendance, et, comme dans toutes les autres républiques de l’URSS, instauré la domination exclusive du russe, considéré comme la langue du peuple majoritaire et dirigeant. A part une autre parenthèse sous Khrouchtchev, qui n’a duré que quelques années, cette politique a été poursuivie avec plus ou moins d’intensité jusque dans les années 1980. Cela signifie qu’il y a aujourd’hui, au sein du peuple ukrainien, un grand nombre de gens qui se souviennent encore des humiliations qu’ils ont subies sous la férule soviétique, parce qu’ils parlaient l’ukrainien et non le russe ; des gens qui ont vu leurs enfants abandonner l’ukrainien parce que la vie était moins pénible ainsi, des gens qui n’ont pas appris la langue de leurs parents parce qu’à l’école il fallait parler russe.

Mais surtout, la principale raison de la présence de Russes à l’Est, c’est tout simplement que l’Holodomor, la grande famine de 1932-33, a dépeuplé l’Ukraine, et tout particulièrement les régions orientales (en plus du Kouban, autre région ukrainophone). C’est après cela que la région a été repeuplée par des Russes (notamment sortis des goulags), pour reprendre l’activité agricole. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la « grande majorité russe dans l’Est du pays » dont on nous rebat les oreilles pour justifier, parfois, les bombardements sur Kiev, n’est une réalité que depuis moins de 100 ans, et qu’elle résulte de massacres, famines, déplacements forcés et persécutions. Et encore une fois, beaucoup d’Ukrainiens sont assez vieux pour se souvenir de tout ou partie de cela. Moi, je comprends qu’un peuple qui lutte pour sa liberté depuis des siècles (contre la Pologne, les Ottomans, puis la Russie) considère la russification d’une partie de son territoire comme une parenthèse à refermer au plus vite.

Après tout, ceux qui soutiennent la Russie disent souvent que ce pays a été humilié après la chute de l’URSS, et qu’il faut comprendre le comportement de Poutine comme un rétablissement de la fierté nationale. Mais alors, que dire d’un peuple humilié dans la domination politique et militaire depuis 800 ans (l’invasion mongole), dans l’oppression culturelle et économique ? Ce pays-là n’a-t-il pas droit à sa propre fierté, et notamment la fierté de l’intégrité du territoire ? Ou la Russie est-elle le seul pays dont l’humiliation doit être prise en compte, et autorisé à humilier ses voisins pour soigner son orgueil blessé ? L’Ukraine est un pays souverain, qui cherche à se reconstruire, notamment en rétablissant sa propre culture sur le territoire national, pour assurer la cohésion civique ; il n’était même pas question d’interdire le russe dans un usage privé, mais de consacrer l’ukrainien comme seule langue officielle. La Russie n’est pas surpeuplée, ceux qui ne supportent pas de vivre séparés d’elle ont tout loisir de s’y installer. Les séparatistes du Donbass ont refusé ce droit légitime de la nation ukrainienne, et ont été soutenus par la Russie pour ce faire. Quelles que soient les fautes des autres parties impliquées dans ce conflit, sur le fond, comme on le voit aujourd’hui, la Russie n’a pas l’intention de se contenter des frontières qui sont les siennes actuellement. Elle est un état agresseur, et aucune raison, au fond, ne justifie tout ce qu’elle fait. Que ceux qui veulent faire valoir les droits des russophones de Donetsk et Luhansk s’arrêtent un instant, et se demandent si, au fond, ils ne sont pas en train d’excuser l’inexcusable. »

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Joyeux solstice, joyeuse année 2022 ! / Stariy klion (le vieil érable)

Une chanson très connue en Russie, Stariy Klion, issue du non moins célèbre film « Devchata » (« Les filles »), sorti en 62, à l’époque soviétique.
Une madeleine, qui ne manque jamais de me bouleverser, de me faire verser dans un étrange mélange de jovialité euphorique et de nostalgie mélancolique… L’âme slave, sans doute… Chanson idéale pour cette période de fêtes.
Il est possible que les chansons soient parfois supprimées sur Youtube, et il existe de celle-ci plusieurs versions. Dans ce cas, chercher « Stariy Klion Devchata » et chercher une vidéo montrant généralement des extraits d’un film en noir et blanc, en hiver, avec un décor extérieur, des jeunes gens, et souvent un jeune homme et son accordéon.
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Une poussière dans l’oeil (poème)

Tu as été le seul. Mon unique horizon
N’est à présent qu’une vaste terre brûlée
Tu étais mon amour, maintenant ma prison
Surgie autour de moi par un si bel été

Sur mes lèvres mourantes, il y a ton prénom
Comme un gémissement lentement terrassé
Dans mon sein déchiré persiste l’obsession
La douleur incendiaire des beaux jours volés

J’erre dans mes songes, avec le cœur dévoré
Comme si j’avais pris feu, tout mon être est fumant
Tout mon être est hurlant, un feuillage immolé
Un cyclone furieux au souffle incandescent

J’erre dans l’enfer de mes rêves les plus vils
Tumultueux et chargés d’un espoir suicidaire
Et les pensées de mort qui forgent mon asile
Constituent la métastase de mon cancer

Tout devient si fragile, ma vie tient à un fil
A ce cœur qui pourrait à chaque instant lâcher
Et l’étouffante nécessité d’un exil
S’étend en moi comme un vaste feu de forêt

Plus que les ponts rompus, l’amertume tenace
D’une rupture odieuse, dépourvue d’élégance
Je te croyais un homme, tu n’es qu’une limace
Un vampire n’aimant d’autrui que la souffrance

*

Mais cela n’est qu’une poussière dans l’œil
Et je sèche des larmes qui n’existent pas
Dans ma robe fleurie, je ne suis pas en deuil
De l’amour infini que je portais en moi
Comme on porte un enfant blotti dans un cercueil

Comme on porte un enfant et le mien est mort-né
Et c’est toi mon amour qui l’aura fusillé
Il ne restera rien de cette grande histoire
Quelques vers désuets en uniques faits de gloire

Et mon ventre crie famine pour cet enfant
Cet enfant de toi qu’il ne portera jamais
Tout mon être est colère, râle et sanglot violent
Déchirant le silence que tu as laissé
Je me sens périr dans un brasier fulgurant

Mais cela n’est qu’une poussière dans l’œil
Ceux qui croient que je pleure disent n’importe quoi
Ceci est bien mon lit, ce n’est pas un cercueil
Ce n’est pas un cercueil que cette caisse en bois
Mon grand amour est mort, seule je me recueille

Et ce n’est pas du sang qui coule sur la neige
Où je suis allongée ce matin dans le froid
Et ce n’est pas du rouge sur le tissu grège
De la robe que tu avais choisie pour moi
Et ce n’est pas du sang qui coule sur la neige

*

L’hiver est arrivé, et ma peine me suit
De saison en saison, elle me tient par la main
De Charybde en Scylla, je gaspille ma vie
Pour le triste regard d’un triste Valentin

C’est pourtant toi qui ris, c’est pourtant moi qui pleure
J’étais l’optimisme et c’est pourtant moi qui meurs
J’étais forêt fertile, je suis plaine rasée
Champ stérile, eaux arides, nature trépassée

Survivrai-je à l’hiver, survivrai-je à l’été ?
N’y aura-t-il pas un jour la blessure de trop
Qui éteindra en moi jusqu’au chant des oiseaux
Gardé en souvenir pour les jours dépecés ?

N’y aura-t-il pas un jour l’ultime coup de grâce ?
La souffrance de trop, l’invivable douleur ?
Qui achève l’ouvrage et un jour vous terrasse
O morsure cruelle, qui vous vise en plein cœur !

Et cette douleur que la poésie allège,
Et que croient repousser les voyages au long cours
Persiste en moi et s’établit en cortèges
De soldats impérieux rappelant mon amour
Mon grand bel amour que le souvenir protège.

*

Puisque j’ai déjà survécu à cet hiver
Je peux bien maintenant survivre à cet été
Les saisons et la vie de concert m’ont prouvé
Que tant que l’on respire, il faut que l’on espère

Il faut vivre et sourire, un miracle peut éclore
Réveillant la narine de l’hemme à demi-mort
Puisque j’ai survécu à un, à deux amours
Je peux bien renverser mes fardeaux les plus lourds

On arrive à ce jour où le chagrin s’efface
Où la mer quitte nos rivages dévastés
Elle laisse des châteaux de sable écroulés
Mais la sérénité des grands drames qui passent

Je peux vivre sans toi et je mérite mieux
La lumière est passée, je vois tous tes défauts
Tout ce qui sonnait juste aujourd’hui semble faux
Je peux à ton fantôme faire mes grands adieux

Je ne supporte plus ni l’odeur ni l’haleine
De cet amour aimé, devenu pauvre hyène
Et figure lointaine qui embaume les jours
Ce poème était l’autopsie d’un amour
L’été revient et j’ai survécu à ma peine.

Archive. Poème entamé en 2018-2019, terminé en 2020.
Un sentiment bien loin de moi désormais.

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Journal / Andrew Bird, le petit oiseau des jours heureux

La chanson des jours heureux. Oh no, d’Andrew Bird. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas écouté Andrew Bird. Pour moi, c’est l’artiste du bonheur, de la nature, des oiseaux qui chantent au petit matin. Je l’avais découvert il y a si longtemps, peut-être en 2009. J’étais encore au lycée, et il est devenu un de mes grands préférés, comme une petite flûte de pan fétiche qu’on garde dans un tiroir, comme un talisman de bois qu’on garde tout près de son coeur. Il m’avait suivie dans les jours heureux et les jours moins heureux. Puis, ces dernières années, j’avais un peu oublié de venir aux nouvelles ; je le gardais au fond de mon coeur comme le talisman qu’il était, mais je ne remettais plus les pieds au temple, je ne sais pas pourquoi. Parfois, une pensée à son sujet me revenait comme un papillon qui vous volète près des oreilles, mais le temps de la concrétiser, elle s’était déjà évaporée dans l’oubli. Et puis, il y a quelques jours, je me suis souvenue de cette chanson, celle là, Oh No, ma chanson des jours heureux, et ça m’a paru très nécessaire. Je la réécoute maintenant, tandis que Juin étend ses rayons de printemps ; je la réécoute avec la même joie, et c’est comme si rien n’avait changé. Car, dans le fond, rien n’a changé. Moi, j’ai toujours les lèvres framboise et les joues rosies par le bonheur, tout pareil qu’il y a 10 ans. 2021 et il y a peu, je suis redevenue celle que j’étais, en 2011, quand l’horizon ressemblait à un grand printemps qui grouille de promesses. La même en pire, en mieux, en plus grand. C’est comme si j’avais retrouvé ce que j’étais, la même chair, les mêmes contours, mais avec plein de sève dedans. Tout est plus charnu et rempli, plus beau, plus luxuriant. Je me sens un peu comme un arbre qui a assez grandi et va donner ses premiers fruits, qu’est tout content, comme l’emoji aux joues roses, tu vois, qui rigole comme s’il était en train de manger du chocolat. Et c’est sans doute pour ça qu’Andrew est revenu sur ma route, avec ses chants de petit oiseau. Pour me rappeler à ma joie fondamentale.

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