Lecture de poème (en allemand !) : Die Lorelei, d’Heinrich Heine (28 octobre 2024)

Lecture publiée le 28 octobre 2024 sur Facebook



Cette fois, je me suis attaquée à un classique de la poésie allemande : Die Lorelei (la Lorelei) du grand Heinrich Heine, extrait de son recueil Das Buch der Lieder (Le Livre des Chants), sorti en 1827. Une tragique histoire de sirène et d’homme englouti par la mer… Je ne parle pas du tout allemand, mais loin des clichés, cette langue a toujours été pour moi celle de la passion, largement sous-estimée ; et c’est en Allemagne qu’est né le romantisme – mouvement cher à mon coeur – au XVIIIème siècle. J’espère être parvenue à rendre modestement hommage à ce superbe texte qui m’émeut beaucoup, et à restituer au mieux la beauté de cette langue…

Ci-après, le texte, et sa traduction par Pierre le Pan.

DIE LORELEI (Heinrich Heine) :

Ich weiß nicht, was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin,
Ein Märchen aus uralten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.
Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt,
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar,
Ihr gold’nes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar,
Sie kämmt es mit goldenem Kamme,
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewalt’ge Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe,
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh’.
Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn,
Und das hat mit ihrem Singen,
Die Loreley getan.

*

Traduction littéraire et en français de Pierre Le Pan :

Je ne sais dire d’où me vient
La tristesse que je ressens.
Un conte des siècles anciens
Hante mon esprit et mes sens.

L’air est frais et sombre le ciel,
Le Rhin coule paisiblement
Les sommets sont couleur de miel
Aux rayons du soleil couchant.

Là-haut assise est la plus belle
Des jeunes filles, une merveille.
Sa parure d’or étincelle,
Sa chevelure qu’elle peigne

Avec un peigne d’or est pareille
Au blond peigne d’or du soleil,
Et l’étrange chant qu’elle chante
Est une mélodie puissante.

Le batelier sur son esquif
Est saisi de vives douleurs,
Il ne regarde pas le récif,
Il a les yeux vers les hauteurs.

Et la vague engloutit bientôt
Le batelier et son bateau…
C’est ce qu’a fait au soir couchant
La Lorelei avec son chant.

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Musique indienne : Ami chini go chini tomare (version de Srabani Sen – texte du grand Rabindranath Tagore)

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Esma (poème de 2022 – inspiré par la femme adriatique… et aussi fortement par Monica Bellucci…)

Photo de 2007. Monica avait alors 43 ans.


Poème écrit et publié le 9 février 2022 sur Facebook. J’ai conscience des failles de ce texte : il est un peu immature et peut-être un peu bancal pour ce qui est de la métrique (disons que je me repose ici sur l’oralité, c’est donc au lecteur de trouver le rythme), mais j’y suis attachée et tiens à le publier tel quel. Portant sur la femme adriatique plutôt balkanique, il ne me semble cependant pas absurde qu’il soit aussi grandement inspiré de Monica Bellucci. Au-delà du fait que nous partageons la mer Adriatique avec l’Italie, cette femme incarne un archétype de femme très présent chez nous également. Qu’elle ait été choisie par Emir Kusturica pour jouer une femme serbe, Nevesta, dans son film « On the Milky Road » (« Na mlečnom putu » : se prononce Na mletchnom poutou), n’est guère étonnant. J’étais en vacances au Montenegro, en bord de mer, en août-septembre 2016, lorsque la bande-annonce du film a été publiée. J’ai rameuté tout le monde autour de moi, disant à qui voulait l’entendre que Monica Bellucci était dans le nouveau Kusturica. Tout le monde s’est alors réuni autour de mon ordinateur. C’était un moment de grande fierté, de joie.

Tes paupières froissées, suavement flétries
Sont comme les ailes d’un papillon de nuit
D’un papillon maudit
Qui fuirait à l’aurore
Révélant au plus fort des yeux noirs comme la mort

Cernés d’un khôl épais au tracé égyptien 
Ton regard est comme une éruption en sommeil
Délivrant dans ses moments de réveil soudain 
Tes humeurs volcaniques, et tes passions vermeil

Sur ton grand cou d’albâtre, le temps a dessiné 
Des nervures pareilles à la feuille morte 
À contempler cette étendue immaculée 
On croirait, quand tu marches, que des anges t’escortent

Pulpeuse et outrageuse, ta belle bouche plate
S’épanouit comme un pétale aux contours tranquilles
Que le temps fane à peine. Des rides délicates
En révèlent toute la sensualité fertile

Ces lèvres des plaisirs, lancinant orifice,
Pompent leurs cigarettes, comme on suce un pénis
Et leurs commissures au dessin désabusé
Te donnent des grands airs de vieille prostituée

Sous le sein généreux, un coeur endolori,
Doux trésor couvé par une mamelle chaude.
Tes formes audacieuses, ta rondeur attendrie,
Cela va sans dire, ont mérité bien des odes 

Aux racines de ta chevelure de jais
Lisse tel un rideau d’une soie asiatique
Persiste un vestige de texture bouclée :
Ta frisure animale, de sang adriatique

Sous ta robe noire à la longueur théâtrale
Tu caches tes secrets, ta toison prédatrice
Tu ne dors pas la nuit, déambulant fatale
Seule dans ton refuge, fardée comme une actrice

Arpentant la cuisine de tes jambes lourdes
Colonnes triomphales de chair lymphatique
Aux veinules bleutées, aux cuisses olympiques 
Piédestal voluptueux d’une reine statique

Tu te meus comme un chat au mystère insoluble 
Dont le pelage sombre se fond dans la nuit
Pour tuer tes migraines, lors de tes insomnies
Tu prends quelques cachets, tu t’adonnes à l’ennui

Dans ce foyer tiédi qui te sert de royaume 
Tu veilles jusqu’à l’aube, sondes les pleines lunes
Bats les cartes, lis le marc dans les soirs de fortune
Tu connais tous les sorts pour envoûter les hommes 

Tu ne sens pas la vieille, non tu sens le parfum
Comme ces veuves noires et toujours fertiles
Dont la silhouette aguicheuse au petit matin
Est vue quittant la chambre d’un amant fébrile 

Tu ne sens pas la vieille, tes rêves sont carmin 
Ta chevelure recèle un musc insoumis 
Dans son épaisseur fauve où viennent jouer tes mains
Il se dit que sommeille la sève de vie 

Elle n’a plus sa couleur virginale et première 
Mais le noir excessif et l’odeur capiteuse 
De ce henné puissant dont usent les rombières
Et qui dieu sait pourquoi, les rend si vénéneuses 

T’es plus brune que brune, t’es plus femme que femme
T’es plus belle que tout, dans ton grand crépuscule 
Où les couleurs s’adonnent à un combat de flammes, 
Eternelle sculpture ornée par la ridule

Depuis leurs muscles neufs, les minets te fantasment 
Rêvant d’être initiés sous ta cuisse glorieuse
Rêvant d’être écrasés sous ta gorge somptueuse 
Et devenir un jour des hommes sous tes spasmes 

Les filles te regardent en exemple ou rivale 
Maîtresse à imiter, déesse matriarcale
Femme primordiale qui traverse les ans
Et qu’on serait à deux doigts d’appeler Maman

Une rose qui s’ouvre, toute jeune et fragile
A la grâce émouvante des commencements
Mais le charme ordinaire et la beauté facile
De tout ce qui éclot très prévisiblement 

Mais une rose adulte c’est tout un spectacle 
Envoûtant, obsédant, fascinant de plus belle 
Sa beauté est puissante car elle est un miracle, 
Nuit noire où résiste une lumière essentielle 

Une poire est une poire, mais il lui faut pourtant 
Du temps pour délivrer ses meilleures saveurs
Une poire trop dure est un supplice lent
Une poire tendre, un délice supérieur 

Comme une poire ancienne qui a bien mûri
Plus longue est l’attente, plus juteux est le jus.
Pour celles qui ont su relever le défi 
Posé par le temps, la couronne est absolue.

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Monica Bellucci, la Révolution silencieuse et le matriarcat fait femme (archive de 2013… terminée en 2024 !)

Capture d’écran de Monica Bellucci dans le film Beetlejuice Beetlejuice de Tim Burton, en 2024, à 60 ans. Je constate pour la énième fois par ces images que Monica est tellement plus belle sans perruque et avec les cheveux NOIRS… pas châtain foncé. Et avec son « pic de veuve » (qui ne se voit plus quand elle se perruque) qui est la cerise sur le gâteau de son visage. Je sais qu’elle a sans doute choisi d’éclaircir sa couleur pour adoucir le visage, et de mettre des perruques pour protéger ses cheveux. Beaucoup de femmes font ça, avec l’âge, notamment éclaircir. Mais précisément, rien ne vaut le naturel, d’assumer la bruneur totale. Elle n’est jamais aussi belle et fatale que quand elle apparaît comme ça, très gothique et intense.

Cet article est un peu étrange : débuté et ébauché dans ses grandes idées sans doute vers 2013 (le titre était déjà posé dès le départ, de même que la structure du texte), il a été complété un ou deux ans plus tard par le contexte qui fut celui de l’époque, à savoir l’annonce de la présence de Monica Bellucci au casting du prochain James Bond, Spectre, en tant que James Bond Girl, ce qui en faisait, à presque 50 ans, la femme la plus âgée à jouer un tel rôle (et ce qui allait dans le sens de la thèse que je défendais ici). Cependant, comme bien d’autres articles, celui-ci avait rejoint la catégorie des textes en friche, qui pourraient être finis en 1h, mais qui ne l’ont pas été, par manque de temps. C’est seulement récemment, à l’occasion des 60 ans de la Bellissima, que je me suis décidée à le terminer et l’enrichir. Voici, donc, enfin, le produit fini…

En novembre, l’information avait fait grand bruit, sans finalement surprendre grand monde : Monica Bellucci incarnera aux côtés de Léa Seydoux, de vingt ans sa cadette, une James Bond Girl, dans le prochain volet de la célèbre saga. La plus âgée de l’Histoire, même si son collègue Daniel Craig, qui incarne James Bond, a très élégamment rappelé… qu’elle avait plus ou moins le même âge que lui. 

En effet, en Septembre 2014, Monica Bellucci a fêté son demi-siècle. Et aujourd’hui, quelques mois avant la sortie du film, toute la sphère internet s’agite à l’occasion de la publication de ses photos pour le GQ italien.

Tandis que le monde du spectacle abonde de tristes fleurs qui refusent de vieillir et dont les tentatives désespérées de conserver et singer ce qui n’est plus aboutissent in fine à un enlaidissement amputé des charmes de l’âge, Monica Bellucci a toujours incarné la vénusté mûre, assumée, grave, sensuelle et méditerranéenne née dans les reliefs escarpés d’Ombrie et ses plus belles années sont toujours les suivantes plus que les passées. Elle est la Mamma, la Bellissima, grande déesse intouchable dont les courbes et la sensualité maternante renvoient aux origines de l’homme, semblable aux femmes idéalisées des matriarcats primitifs, forte et sereine, augmentée par les épreuves et la sagesse, un enfant dans un bras, un outil dans l’autre.

En vérité, Monica Bellucci, mannequin depuis l’adolescence, actrice depuis la quasi trentaine, a offert ses plus beaux instants de grâce et irradié le monde de ses plus puissants feux en prenant de l’âge. C’est toujours quand les choses étaient finies pour les autres qu’elles ont commencé pour elle. 

Aujourd’hui, dans la continuité de ce parcours, elle devient la James Bond Lady la plus âgée de l’histoire. 50 ans. Un demi siècle. Deux enfants dans les bras. Deux divorces derrière elle. 

Un demi siècle. Un demi-siècle de beauté à couper le souffle. Un quart de siècle dans l’ombre (ou précisément, dans une exposition relative), le second dans la lumière, comme s’il fallait qu’une beauté si exceptionnelle se prépare dans le secret à irradier les sphères publiques toujours friandes de femmes idéales à jucher sur un piédestal, sur le même principe que celui de la bombe nucléaire développée dans la confidentialité des laboratoires, et qui croît doucement mais dangereusement, jusqu’à atteindre sa puissance maximale et débouler sur le monde. A l’inverse de celles qui auront connu la gloire juvénile à l’époque des joues roses et rebondies, des postures innocentes, offrant là leurs meilleures années, comme un fruit mangé trop vite n’a ensuite plus rien à offrir, s’épuisant dès la vingtaine et finissant en bout de course à 30, Monica, un demi siècle, est plus que jamais la Bellissima. Ascendant Capricorne, tardive et intense, elle est l’anti Lolita, la poire juteuse des natures mortes à laquelle la maturation a donné toute sa saveur ; celle pour qui le temps n’a été rien d’autre qu’un gain et qui, pour en avoir fait son ami, en a obtenu toutes les faveurs. Ses airs de biche fatiguée sont le témoignage de la vie elle-même, charnelle et sensuelle, fière de ce qu’elle est ; ils l’embellissent car elle les embrasse. Les nervures qui encadrent son regard, ses lèvres outrageusement pulpeuses, marquent son cou de statue, son décolleté de mère ultime, sont autant de décorations, d’ornements, de dorures ; de fiers rayonnements s’ajoutant à son aura de Soleil, la rendant plus vivante, plus proche de l’usure et donc du toucher, la faisant passer de l’image à l’incarnation lascive et terrestre. Ils sont les abrasions qui donnent aux sculptures anciennes toute leur valeur et leur force mythologique. Ils sont la marque, non de l’aigreur, de la méchanceté, mais du soin, de l’amour donné et reçu, des jours passés à vivre, des nuits passées à aimer. Sur certains visages, la maturité n’entame pas la beauté : elle la vivifie, la ramène à son essence, la rend plus profonde, plus marquante, plus grandiose, plus affirmée. C’est rare mais lorsque cela arrive, on assiste à un miracle : le vent se mue en tonnerre, la vague en ras-de-marée… et la belle jeune fille en déesse de l’amour et de la beauté. Monica, c’est la Reine des abeilles, la vieille lionne chef de troupeau, la mère universelle, la matronne, l’amante d’expérience, la sirène qui dirige la bande et entame le sentier, impériale et libre, primale et fondamentale.

En 2000, elle tutoie la quarantaine autant que la perfection. À rebours du monde et de ses règles profanes, c’est en effet à l’approche de cette décennie tant redoutée par bien des gens qu’elle commence à avoir ses plus grands rôles, tout comme ses enfants, et à offrir ses plus beaux visages à cette machine à rêves qu’est le cinéma, malgré son passif pourtant prestigieux de mannequin vedette à la beauté évidente et d’un autre monde. Élue de nombreuses fois « plus belle femme du monde », avec cette rare unanimité qui est celle de la reine incontestée, au coeur des conversations autant que des convoitises, il était alors déjà impossible de ne pas entendre parler d’elle tant l’espace médiatique semblait être devenu un autel à sa gloire. Ce qui n’a guère changé. Malena, film extraordinaire et historique alignement des astres qui parvint à réunir les génies du cinéaste Giuseppe Tornatore, du compositeur Ennio Morricone, et de Monica Bellucci elle-même, montre cette dernière au sommet de sa beauté. Le personnage qu’elle y incarne préfigure celui qu’elle tiendra par la suite dans l’esprit collectif : celui d’une femme mature, sculpturale, intemporelle, digne, mystérieuse, inaccessible et altière sans jamais être arrogante, accueillante et rassurante mais profonde et tellement intimidante, dont la féminité puissante, capiteuse, incomprise, cristallise la haine des femmes et les regards des hommes de tous âges. Parmi lesquels un petit garçon, Renato, qui l’idéalise et lui voue un amour aussi dévoué que désintéressé. Et qui, une fois devenu un homme, ayant connu ce qu’il faut de femmes et de jouvencelles, ne parviendra jamais à oublier Malena.

Monica Bellucci incarne une Révolution silencieuse, pour laquelle elle n’a pas été assez créditée, mais qui n’a pas eu moins d’impact que les plus bruyants bouleversements sociologiques escortés par les rumeurs, les discussions, les polémiques, les débats. N’est-ce pas l’habitude du public de voir une femme si mûre et si belle jouer la pulpeuse Malena, la sulfureuse Alex ou la reine Cléopâtre qui aura contribué à faire bouger les lignes de la féminité, plus que des hordes de cougars au visage asséché par les régimes, ruiné par les injections, qui ne font rêver personne, et qui, à force de courir après ce qu’elles ne sont plus, sont incapables de tirer parti de ce qu’elles sont ? 

À Monica Bellucci, on doit d’avoir mis sur la carte d’une manière sans précédent la femme d’âge mûr ; et, double exploit, de l’avoir fait avec le naturel et la tranquillité de la chose admise, du non-sujet. Ce qui explique sans doute qu’on n’évoque pas davantage le changement historique dont sa beauté est la source. Lorsque j’étais au collège, et qu’elle a commencé à acquérir une popularité exceptionnelle, jamais une femme de cet âge n’avait incarné un fantasme d’une telle envergure, le plus grand de tous à travers le monde, jamais. Mes camarades de classe étaient amoureux d’elle ; leurs frères et leurs pères et leurs grands-pères aussi. Elle semblait renvoyer soudainement les gamines que nous étions à leurs pénates rose bonbon et nous donner une leçon de féminité. 

Cette Révolution, qui a peu à peu essaimé (je termine cet article un soir d’octobre 2024, 10 ans après l’avoir commencé ! Le monde a bien changé depuis…), on a oublié que c’était à elle qu’on la devait, parce qu’elle fut à son image : tranquille, mystérieuse, mais profonde et non moins puissante. 
Semblable à sa carrière, elle avait la confiance et l’évidence qui était celle du règne que rien ne contrarie ni ne conteste. C’est sans doute pour cette raison qu’elle n’a jamais été discutée. Elle n’en existe pas moins. 

Monica Bellucci a le charme suffisant des monuments qui n’ont rien à prouver, l’appétit et la fertilité de l’animal animal repu et reposé qui sait que la beauté est un don karmique qui vient du plaisir – reçu, donné, partagé -, de la bonté, de la générosité, et surtout pas de la privation, du calcul, de la trahison permanente au principe de vie qui régit le monde. Musquée, animale, vitale, féconde et habitée, c’est tout naturellement qu’elle supplante les coquilles vides : car elle est avant tout une femme qui préfère le soleil aux néons stériles. Si elle brille si bien sous les lumières, c’est précisément parce qu’elle sait briller dans la vie, aimer et enchanter cette dernière. Elle est poésie, précisément car elle est poète. Méditerranéenne, Italienne, descendante d’une culture riche des plus grands sculpteurs, artistes, bottiers, parfumeurs, stylistes, culture qui est celle du bien-vivre et du bien manger, de l’ingrédient de qualité, de la matière noble, de la belle chaussure qui tient le pied, elle sait que la beauté s’incarne autant qu’elle s’admire ; elle connaît le charme d’un ventre replet, d’un bras potelé, d’un visage plein et heureux ; elle sait – contrairement à nombre d’américains qui ne voient que par la perfection – l’ascendant des « défauts » sur la beauté. La beauté, puissante émanation de l’âme – ce qui justifie l’éternelle fascination qu’elle suscite – est donnée avant tout à ceux qui savent la trouver et la créer autour d’eux-mêmes. 

Monica Bellucci, femme primordiale, incarne l’exemple premier, l’Eve médiatique et cinématographique, d’une figure qui donnera beaucoup de petits dans les années à venir et fera lignée. Sans le savoir, sans peut-être même le vouloir, elle a imposé un modèle d’autant plus puissant qu’il est inconscient, et dont l’influence dépasse de loin les sociologies médiatiques, les débats à la mode, pour s’inscrire dans une forme d’éternité. Car elle n’a pas attendu James Bond pour être ce qu’elle est. Ce rôle est un couronnement, un renouvellement, une suite logique… en aucun cas un début. Les réalisateurs ont eu le génie de cueillir la perle au sein de l’huître. Mais c’est l’huître qui a su faire émerger cette dernière de ses entrailles. 

On peut regretter une chose : que Sam Mendes n’ait pas eu l’audace de confier à Monica Bellucci le rôle de James Bond Girl principale. Mais qu’importe, n’est-ce pas d’elle que l’on parle le plus, au final ?

Monica Bellucci peut se rassurer : ses plus belles années seront toujours celles à venir.

21 octobre 2024 : Le monde a changé, en bien, et dans le sens de Bellucci. Des réalisateurs comme Emir Kusturica ont magnifié sa beauté à travers les âges. Aujourd’hui en couple avec Tim Burton, elle sera sans doute sa muse pour bien des films à venir. Toujours plus loin, toujours plus haut !

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Monica Bellucci, 60 ans d’une beauté absolue

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Sylvette David/Lydia Corbett : celle qui inspira Bardot (archive – 23 octobre 2023)

Texte publié le 16 octobre 2023 sur Facebook. Étant donné que j’ai posté un texte pour ses 90 ans, alors autant partager dans la foulée cette archive, pour rendre également hommage à Sylvette David/Lydia Corbett. Il faut, pour aimer Bardot, créditer tout de même celle chez qui elle a puisé une grande partie du style et des originalités qui ont fait sa renommée : Sylvette David/Lydia Corbett. Et faire justice à ces personnages oubliés qui ont, eux aussi, fait l’Histoire à leur manière.

Les photos de cet article représentent d’abord Sylvette David en 1953-1954.
Les dix dernières représentent Marina Vlady.

Sylvette David/Lydia Corbett

J’ai vu passer sur ma page d’accueil cet extrait d’un documentaire sur Catherine Deneuve, La Reine Catherine – que j’ai malheureusement raté – et qui relatait les propos acides de Brigitte Bardot à son sujet : « Il traînait derrière lui une petite brunette de 17 ans qui se coiffait comme moi, s’habillait comme moi et s’appelait Catherine Deneuve ».

« Il », c’était bien sûr Roger Vadim, avec lequel Deneuve, la petite brunette de 17 ans, était alors en couple et qui, comme chacun le sait, avait été précédemment le mari de Bardot, mais aussi son pygmalion et réalisateur : son film Et dieu créa la femme lui avait fait accéder à la reconnaissance mondiale.

Ce n’est pas très fair play de la part de Bardot d’insinuer que Deneuve a copié son style et sa blondeur, en effet très courants à l’époque. Parce qu’elle a elle-même tout pris à Sylvette David/Lydia Corbett, muse de Picasso. C’est juste qu’on le sait moins.

Blondeur solaire, coupe de cheveux mutine et décoiffée, frange qui semble collée par la sueur de l’été et d’interminables danses sur les tables, attitude libre, bohème, féline et insoumise, air de fille du sud, pieds nus ou en ballerines de danseuse, clope à la main, peau dorée par le soleil, sauvagement tachetée, jupes vichy, robes ou pantalons fuseau serrés à la taille, haut qui laisse entrevoir les épaules (devenu plus tard la « coupe Bardot » !), sac à main en paille… on pourrait croire que je parle de Brigitte Bardot. Et pourtant, c’est de Sylvette David que je fais le portrait. Les photos que l’on trouve sur internet sont saisissantes : Sylvette David, c’était Bardot avant Bardot. Avec certes un visage un peu différent, plus fin et scandinave, des yeux d’un bleu nordique, une peau nue et dénuée de maquillage, et une silhouette peut-être plus filiforme, chacune ayant après tout ses particularismes.

Mais voilà : la ressemblance est là, indéniable. Les deux sont nées la même année, du reste.

Sylvette David est une très belle jeune fille, et même les photos en noir et blanc ne parviennent pas à ternir l’incroyable luminosité de sa chevelure blonde comme les blés, la clarté évidente de son regard. On peine à croire que nous sommes seulement au tout début des années 50 tant son aura est résolument moderne. Le cinéma, les postérités visuelles qu’il créé et son ascendant sur la culture du XXème siècle nous donnent parfois l’impression que ce sont ses icônes et sirènes qui ont inventé le monde. Pourtant, des femmes comme Sylvette David ont existé et vécu leur vie. Non seulement, elles ne doivent rien aux actrices, mais ce sont elles qui les ont inspirées.

Sylvette David était probablement encore adolescente lorsque son père, qui était allé voir la pièce de théâtre Antigone et avait beaucoup apprécié la coupe de cheveux de l’actrice principale – une queue de cheval très haute, avec sans doute des accroche-coeur autour du visage -, avait dit à sa fille que ça lui irait très bien. Sylvette a essayé, et elle a aimé. Cette coupe de cheveux originale, d’inspiration greco-antique, combinée à la frange de Sylvette et ses mèches rebelles sur le côté, à son incroyable blondeur scandinave, lui permit très vite de se démarquer, durant ces années d’après-guerre rigoureuses et austères, où les jeunes filles qui voulaient styliser leur chevelure copiaient encore pour beaucoup les permanentes rigides et les boucles laquées de leurs mères, ou se contentaient de mises en beauté plutôt sages. Et d’attirer l’attention de Pablo Picasso qui, après l’avoir repérée alors qu’elle était en vacances dans le Sud, lui consacra en 1954 toute une série ; elle entra dès lors dans la postérité comme la jeune fille à la queue de cheval. Dès lors, elle s’est trouvée courtisée de toutes parts. D’une timidité sauvage, d’un tempérament vital et donc peu attirée par la célébrité, elle a refusé beaucoup de propositions pour lesquelles d’autres filles de son âge – dont sans doute Brigitte Bardot – se seraient ardemment battues, notamment un film avec Jacques Tati. Elle a cependant accepté de poser pour Paris Match cette même année. Sa coupe de cheveux a fait beaucoup d’émules. Un vrai phénomène. On a très vite appelé ça la coupe Sylvette. A une époque où les valeurs puritaines et patriarcales primaient encore, faisant peser leur plus lourd couvercle sur la société, et tandis que la nouvelle génération commençait doucement à vouloir fuir cette emprise, cette coiffure inédite détonnait et ne ressemblait à rien de ce qu’on voyait alors. Elle symbolisait la liberté, la jeunesse, l’insoumission mutine, la rébellion, le naturel. Beaucoup de jeunes filles se sont alors pressées de la copier. Beaucoup de jeunes filles… dont une certaine Brigitte Bardot, qui suivit aussi le mouvement, et adopta non seulement la coupe Sylvette, mais aussi le style de cette dernière, en vogue à cette époque : ballerines, imprimé vichy, jupes et pantalons serrés à la taille, hauts à col ouvert, style décontracté…

En 1956, Brigitte n’était pas encore la Bardot que l’on connaît, auréolée de gloire à travers le monde, quand elle vint au Festival de Cannes avec son mari Roger Vadim. Elle était alors châtain, mais avait déjà le style Sylvette, chevelure et tenue. Les deux femmes se sont croisées, et c’est Sylvette David qui a raconté plus tard les détails de cette furtive rencontre : elles se sont regardées, jaugées, comme souvent les femmes à cette époque, et Bardot l’a longuement fixée, étudiée. Le lendemain, elles se sont recroisées : Bardot était devenue blonde. Apparemment sur suggestion de Vadim. Dans la foulée, elle adopta un style de plus en plus semblable à celui de Sylvette David, féminin, libre et bohème, mais davantage sexué, et le porta à une incarnation zénithale dans Et Dieu créa… la Femme, tourné la même année, et qui fit d’elle une icône mondiale et un phénomène de société, copiée par la jeunesse. Chose intéressante : lorsqu’elle a explosé au cinéma, Bardot n’était ni la première, ni la seule jeune actrice à arborer ce style très libre et moderne qui a fait sa renommée. Une autre actrice, dont elle était l’amie, Marina Vlady, l’avait fait avant elle. Dans le film « La Sorcière », sorti en 1956, on voit déjà sous les traits de Vlady les prémices du phénomène Bardot : air de lolita, de poupée rebelle et d’adolescente sexuée dans ses robes d’été mutines et de coton, innocente et cependant tentatrice, longs cheveux blonds à la coiffe naturelle, regard d’insubordination ; même l’imprimé Vichy y était, tout comme les pieds nus. Les sauvageonnes étaient déjà en vogue à l’époque. Surtout, on reconnaît bien ce qui était sans doute l’influence de Sylvette David, dont on peut imaginer qu’elle avait irrigué l’imaginaire de nombreuses jeunes actrices de l’époque, parmi lesquelles Vlady et Bardot.

Bardot a cimenté et porté à un haut niveau d’incarnation un archétype qu’elle n’avait cependant pas tout à fait inventé, bien qu’elle n’ait jamais pris la peine de créditer ses influences, alimentant sa légende d’Aphrodite nonchalante, qui n’avait rien fait pour en arriver là et lancé des modes malgré elle, en se contentant d’exister.

Fait amusant : toujours en 1956, Bardot, toute nouvellement blonde mais encore relativement inconnue, a de nouveau mis ses pieds dans les traces de Sylvette David. Était-ce volontaire ou fortuit ? Nourrissait-elle une fascination sincère et inspirée pour cette jeune fille du même âge à laquelle elle devait déjà tant, et à laquelle elle allait devoir en partie son incroyable destin ? Ou une obsession malsaine, peut-être empreinte de rivalité, voire de jalousie pimbêche et imitatrice ? Toujours est-il qu’elle est allée rendre visite à… Pablo Picasso, qui avait notoirement immortalisé Sylvette David quelques années plus tôt.

Sûre d’elle-même et de ses indéniables atouts, espérant inspirer le célèbre peintre, et connaissant sans doute la gourmandise de l’homme pour les jeunes et jolies filles, elle se rendit à son atelier dans le sud de la France, et quelques belles photos d’archive témoignent effectivement de cette rencontre. Elle a passé l’après-midi chez lui, mais Picasso n’en a rien fait. Il est resté étonnamment indifférent aux charmes incandescents de cette jeune Bardot qui brûlait d’être sa muse. Et pour cause : quelques années plus tôt, il avait déjà peint Sylvette, qui lui avait inspiré toute une série de tableaux (sa fameuse ère Sylvette, la fille à la queue de cheval), et à laquelle Bardot ressemblait trop étrangement pour susciter son attention prolongée. Les peintres de cette envergure ont rarement le goût de la redite.

C’est pour cette raison qu’il y a pléthore de photos de cette entrevue Bardot-Picasso, mais aucun tableau de Bardot par Picasso. Même si, Brigitte Bardot étant devenue une icône par la suite, et Sylvette David ayant choisi le chemin de la discrétion, il est fréquent que les gens pensent que la première est la fille à la queue de cheval des tableaux de Picasso, les photos d’archives réunissant Bardot et Picasso ayant cimenté cette confusion dans l’imaginaire collectif.

Autre fait amusant : il paraît que c’est aussi pour cela que Bardot boude sur certaines de ces photos. Elle a en effet passé l’après-midi à essayer de faire du charme au peintre, à la célébrité déjà institutionnelle. En vain. Il avait déjà peint Sylvette. Elle était donc quelque peu déçue.

Capture d’écran d’un article

Plus tard, Sylvette David/Lydia Corbett, qui a très tôt fui les projecteurs et refusé tous les ponts d’or vers la gloire qui lui ont été faits, au contraire de Bardot, s’est lancée dans une carrière de peintre et a raconté cette histoire, avec beaucoup de recul, reconnaissant cependant, et sans mauvais sang, qu’elle trouvait Bardot plus belle qu’elle. Cela est très subjectif, et sans doute un peu autodépréciateur de sa part, mais elle n’était pas, de son propre aveu, taillée pour une vie en pleine lumière. D’une certaine manière, la première a inspiré la seconde. Mais la seconde a fait vivre la première au-delà de ce qui lui aurait été possible.

Photos : Sylvette David en 1953 et 1954.
Les cinq dernières photos : Marina Vlady dans La Sorcière, sorti en 1956.



Sylvette David and the Picasso portrait representing her, 1953 (b/w photo) by Picasso / Kary H. Lasch / Booxencounters ; © Succession Picasso/DACS, London 2022.
On reconnaît les fameuses ballerines Repetto, bohèmes, ouvertes sur les orteils et donnant cette impression de pieds nus…
En Août 1954, dans le sud de la France, à Vallauris. Photo : Francois Pages/Paris Match via Getty Images
En Août 1954, dans le sud de la France, sur le port de Golfe Juan. Photo : Francois Pages/Paris Match via Getty Images)
Sylvette David par Picasso. Ici, se dessine avant l’heure la fameuse moue boudeuse et candide de Bardot.


Marina Vlady (sur laquelle j’ai lu cet article intéressant) :

Marina Vlady, une Lolita avant l’heure, fille de la mer libre, sauvage et vengeresse, venant de la nature. Ici, dans Les Salauds vont en enfer (1955)
Dans La Sorcière (1956). La blondeur, le mythe de la sauvageonne, proche de la nature, semblaient particulièrement en vogue
Le Crâneur de Dimitri Kirsanoff (1955).
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Joyeux anniversaire, Brigitte… (28 septembre 2024)

Texte et photos publiés le 24 octobre 2021 sur Facebook :

C’est une de mes photos préférées de Bardot, je crois. Belle, profonde, grave. Sauvageonne et statue tout à la fois.

La Bardot symbole de légèreté et de sophistication, avec mocassins vernis et rubans dans les cheveux, sourire de nunuche, des jupes à carreaux-nappe de table, des cabrioles de bichon maltais, des minauderies sans fin et une voix de crécelle, ne m’intéresse pas. De même que la blondeur jaune-pipi qu’elle arborait à une certaine époque.

La Bardot que j’aime, c’est celle qui est un peu sauvage, les cheveux pleins de sel, celle qui fait corps avec la nature, comme un petit animal. Pieds nus dans sa combi vichy froissée, libre et animale, la peau dorée par le soleil, le regard plein d’insoumission. Et puis, la mélancolie que l’on surprend dans ses yeux noirs quand l’espace d’un instant elle ne sourit plus…

Cette chanson m’émeut beaucoup…

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Neptunienne (poème / extrait + lecture )



Il a fallu pour parler du monde
Que je l’éprouve jusque dans ma chair
Qui mieux que le poisson pour parler de l’onde 
Qui mieux que le paysan mille fois affamé 
Pour parler de la terre ?



Ce matin, 11 septembre 2024. Ce sont les premiers vers d’un nouveau poème. Je trouvais intéressant, pour une fois, de ne pas partager un poème déjà terminé, mais les extraits d’un texte en friche. Je publierai la suite, une fois finie

Lecture improvisée du matin (il est même possible qu’on entende la machine à laver en bruit de fond… je crois que j’ai laissé la porte de la salle de bains ouverte…)

Rien n’a jamais exprimé Dieu plus fort que ce morceau…
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L’importance du Soleil en astrologie (et pourquoi les « cuspides » existent peut-être)

Crédit : inconnu

Notes qui datent d’il y a plusieurs années (entre 2017 et 2021 sans doute) ; réunies, réarrangées et terminées le 8 septembre 2024.

À la focale excessive placée sur le signe solaire (le « signe astrologique ») dans le milieu de la « pop astrology » (une astrologie populaire, à la mode, destinée aux masses, et qui peut parfois manquer de profondeur), au détriment d’une lecture en profondeur du thème astral, a succédé, à l’inverse, la négation de l’importance de ce dernier. L’on voit des gens à peine éduqués sur le sujet de l’astrologie (j’appelle cela des « astrologues à faux ongles »), mais d’un grand narcissisme, retoquer et prendre de haut ceux qui sont accusés de se référer un peu trop au signe solaire, les faisant passer pour des ignares alors même qu’il est très rare pour une personne qui s’intéresse à l’astrologie de ne pas savoir que le signe solaire ne fait pas tout : l’une des premières choses que l’on apprend, dès lors qu’on ouvre un livre d’astrologie, c’est que nous possédons tous un thème astral, unique, et qu’il faut regarder ce dernier dans son ensemble. 

Pourtant, le signe solaire, relié à l’égo, est de la plus grande importance, car peu importe le reste du thème, des signes ou des énergies en présence, il détermine l’ancrage saisonnier d’un individu. Ce qui n’est pas rien. Plusieurs études scientifiques ont par exemple prouvé ces dernières années que le mois de naissance d’un individu pouvait renseigner de manière troublante sur les probabilités de développer certaines maladies, de posséder un certain type de caractère, etc.. Des statistiques démontrent même que les mariages les plus durables concernent les relations où les deux personnes (oui, il n’y en a que deux ;)) sont nées à proximité temporelle l’une de l’autre : 4 mois était la durée maximale admise. Lorsque l’on sort de cette fenêtre, la probabilité de rester ensemble diminue de manière significative. Je crois donc que le signe solaire et la saison de naissance sont des facteurs déterminants dans le chemin d’un individu. C’est également la raison pour laquelle je suis persuadée qu’être un Poisson de février ou un Poisson de Mars, par exemple, n’est pas exactement la même chose, et ce, indépendamment du reste du thème astral. Chaque instant de l’année est différent et chacun de nous est le fruit de cette combinaison unique de facteurs. 

Je crois donc aussi – sacrilège ultime – qu’être né à la frontière de deux signes ou un jour de « passation » (sur ce qu’on appelle une « cuspide ») n’est pas anodin, et ce même si l’on ne peut avoir qu’un seul signe solaire. Un Cancer né juste avant le passage en Lion reste un Cancer, même s’il est né aux derniers instants et au dernier degré de ce signe. Pour autant, je crois profondément que ce facteur n’est pas dénué de sens (et ce, même si l’individu ne possède aucun placement en Lion/maison 5, aucune dominante solaire) ; que les périodes de transition d’un signe ou d’une saison à l’autre portent leur lot de caractéristiques non négligeables (en témoignent les décans, les degrés, qui signent des nuances au sein d’un même signe). Un peu à la manière du premier jour d’une saison qui garde parfois les énergies de la saison précédente (tant et si bien qu’il nous semble parfois être encore dans cette dernière), les frontières sont vraisemblablement plus poreuses que ce que l’on croit en astrologie, et le sujet mérite débat. D’ailleurs, beaucoup d’astrologues ne considèrent-ils pas qu’une planète qui se trouve dans les deux derniers degrés d’une maison appartient déjà à la suivante ? De très nombreuses personnes qui pratiquent l’astrologie s’en tiennent à ces principes et les appliquent. Ce qui plaide pour l’idée de frontières molles, plus que rigides. De même, les études de Michel Gauquelin, qui jouissent d’une grande crédibilité dans le milieu de l’astrologie dite sérieuse (enfin… pour ceux qui les connaissent) mettent en évidence l’importance, dans la destinée et la carrière d’un individu, de ce qu’on nomme désormais les « secteurs Gauquelin ». Ces derniers ne correspondent pas totalement aux « angles » (c’est-à-dire aux maisons angulaires : 1, 4, 7 et 10), traditionnellement jugés comme étant les plus importants pour la carrière : ils correspondent seulement au début de ces mêmes maisons angulaires (1, 4, 7, 10) et à la fin des maisons cadentes (3, 6, 9, 12), ce qui change beaucoup de choses. On voit donc qu’à la délimitation des maisons se superpose une autre délimitation. Et il nous reste sans doute bien d’autres découvertes à faire dans le domaine. Pourtant, si vous évoquez sur un forum ou une discussion de réseaux sociaux, la possibilité que les cuspides puissent avoir du sens, vous verrez se lever une armée coléreuse et moqueuse d’individus prêts à vous asséner de manière catégorique que ces dernières n’existent pas (« Cusps don’t exist »). J’ai vu plus d’une fois des topics sombrer dans l’unanimisme présomptueux pour cette raison. Car l’existence potentielle du principe de cuspide a été érigée en interdit absolu et en croyance honteuse indicatrice d’ignorance ou de pratique superficielle de l’astrologie par des gens qui, pourtant, n’ont souvent aucune légitimité mais se croient porteurs d’une vérité suprême. 

Par ailleurs, pour en revenir au signe solaire en lui-même, il est intéressant de souligner que ce n’est pas pour rien que nous parlons d’un système solaire, dominé par le Soleil et autour duquel gravitent plusieurs planètes, dont la nôtre. Le Soleil régit la vie, la rend possible. Son contact nous procure de l’énergie, de la force, de la joie (il nous apporte la précieuse vitamine D, nécessaire à la santé et au bien-être). C’est à lui, en tout premier lieu, que les premiers cultes aussi bien que les spiritualités modernes – « New age » en tête – accordent une importance primordiale. En ce sens, le signe solaire n’est pas un point du thème parmi les autres. Il représente le Moi supérieur : c’est autour de lui que le reste du thème gravite, qu’importe ce qu’il contient, c’est à son service que s’expriment directement ou indirectement les autres planètes ; il est la locomotive du train. Il est par ailleurs, intuitivement, l’élément le plus évident et le plus simple du thème astral : une simple date de naissance suffit à savoir de tête le signe solaire d’un individu, pour beaucoup de personnes ; en revanche, il serait bien plus compliqué de deviner le reste du thème de tête, et il faut souvent de grandes connaissances pour qu’une simple date permette de plus amples renseignements. Le Soleil possède donc un précieux trésor : la simplicité de l’évidence. 

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Aymeric Caron porte plainte contre Haïm Korsia pour apologie de crimes de guerre à Gaza : cette dangereuse judiciarisation à outrance du débat 

Une cause célèbre, par Honoré Daumier (1862), un artiste de génie dont l’oeuvre a été essentiellement consacrée à commenter la vie politique et sociale de son époque.

Fin août, le grand rabbin de France Haïm Korsia a estimé que les victimes civiles à Gaza étaient « un fait de guerre qui incombe au Hamas, qui ne rend pas les otages (…), qui continue à envoyer des missiles sur Israël, qui refuse toutes les propositions d’arrêt des combats ». Il a ajouté ne pas être « mal à l’aise avec une politique qui consiste à défendre ses ressortissants », refusant d’avoir « à rougir de ce qu’Israël fait dans la façon de mener les combats ». Il a aussi reproché au parti des Insoumis d’avoir importé le conflit israélo-palestinien en France par opportunisme, afin de tirer parti d’ « un vote communautariste ». Suite à prise de position, le député Insoumis Aymeric Caron a saisi la justice : « Sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale, j’ai saisi la Procureure de la République de Paris pour signaler ces propos du grand-rabbin de France faisant publiquement l’apologie de crimes de guerre à Gaza. »

Cette judiciarisation à outrance du débat fait énormément de mal, y compris aux Palestiniens qu’Aymeric Caron prétend défendre. Et ma position s’appliquerait bien entendu à la situation inverse : que l’on vise une personne qui défend la Palestine ou Israël, mon avis ne varierait pas d’un iota. 

C’est vrai, Israël a été accusé de crimes contre l’humanité : le Hamas aussi, ceci dit. Des horreurs, à ce stade, les deux camps en ont sans doute commises, et l’on peut même considérer que c’était prévisible. Excusable ? Sans doute pas. Mais nous avons là deux peuples poussés à bout, et qui ne savent plus quoi faire pour trouver une issue après des décennies de conflit. Verrouiller toujours un peu plus le débat ne nous sera d’aucun secours. 

Car le conflit israélo-palestinien est un conflit tragique par essence, sans doute le plus fondamentalement tragique. Pas à cause de son nombre de morts – il y a toujours « trop » de morts dans une guerre mais on pourra nous rétorquer qu’il y en a eu de plus meurtrières que celle-ci, et c’est vrai -, pas à cause de son extraordinaire durée, mais bien à cause de sa configuration et de son caractère presque insoluble : deux peuples qui sont tous les deux légitimes dans leurs revendications, et qui se battent pour un simple bout de caillou – car qu’on appelle ce petit caillou Palestine ou Israël, il est minuscule – et pour le simple fait de pouvoir vivre tranquillement sur ce dernier. 

Les Palestiniens ne vivent pas là depuis 3 semaines, ils sont légitimes à vivre sur la terre de leurs ancêtres et n’y sont pour rien dans ce qui est arrivé aux Juifs au cours des siècles, ni dans cette culmination abominable que fut la Shoah, et qui décida les pays occidentaux à redonner une terre à ces derniers. Les Juifs aussi sont légitimes à vivre dans cette région, à avoir un pays à eux, et les persécutions et les génocides dont ils ont été trop de fois victimes ne laissent aucune ambiguïté sur l’urgence de la situation. On peut arguer que le slogan « un terre une peuple », cher aux israéliens, ne s’applique pas toujours dans l’Histoire et que les pays sont pour l’essentiel, justement, des agrégats de peuples (autrement, ce seraient de simples tribus), que l’humanité doit désormais apprendre le concept de citoyen du monde, mais toutes ces discussions théoriques sont hélas peu de choses face à la souffrance très concrète et très récente, voire actuelle, d’un peuple qui n’a pas juste souffert mais a constitué l’incarnation du souffre-douleur héréditaire pendant des siècles ; s’ajoute à cela une indéniable légitimité historico-géographique : il fut un temps, en effet, où les Juifs ont vécu là, et bien avant les Palestiniens ; ils ne sont pas partis de gaieté de coeur mais parce qu’on les a chassés. 


Ce conflit pose donc une immense question d’ordre moral et philosophique, métaphysique même : combien de temps après son départ – certes forcé – un peuple peut-il revenir sur une terre où il a effectivement bien vécu et réclamer à ceux qui vivent désormais ici de la lui restituer ? Dans quelle mesure peut-on demander à un autre peuple de se pousser pour faire de la place à un autre, qui a notablement souffert ? À combien de droits peut ouvrir cette souffrance ? Au détriment de qui et à quel degré ? Dans quelle mesure doit-on faire primer l’urgence de la situation des Juifs, et défendre l’idée que les Palestiniens, musulmans, ont tout le Moyen-Orient pour eux, et qu’ils ne seront sans doute pas dépaysés en se déplaçant un peu ? Dans quelle mesure cela serait-il acceptable ? 

J’aurais aimé penser que ces deux peuples auraient pu nous enseigner le miracle de la coexistence et de l’accueil à bras ouverts, de la transcendance du principe des frontières au profil de celui de fraternité. Ce n’est hélas pas ce qui s’est produit, pas encore. 

Je fais partie de ceux qui pensent que le nomadisme forcé du peuple Juif, son exil, a été sa plus grande souffrance mais aussi sa plus grande grâce ; que c’est ce qui a constitué sa richesse et lui a aussi permis, au fil des siècles, d’être à l’avant-garde de tous les grands concepts, de toutes les grandes luttes, d’accéder avant les autres à une forme d’universalité, de se concevoir comme un humain au sens noble et large du terme, et non plus comme le membre d’un clan, d’une race, d’une nation. Que ce trésor qui fut le leur est devenu celui de l’humanité toute entière. Et qu’il ne devrait, dans l’idéal, pas y renoncer. Mais ça n’est pas moi qui décide de ce qu’un peuple, qui a déjà beaucoup souffert, peut endurer ou pas. 

Ce qui est en revanche très clair, c’est que la complexité de ce conflit est extrême. Sa dépendance à une discussion sincère, honnête, intégrale, n’en est que plus grande. Une telle discussion ne peut s’établir que sous l’égide d’un débat libre et respectueux, sans tabous, sans anathèmes systématiques, et surtout, sans judiciarisation à outrance. 

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