Pourquoi les femmes n’aiment pas être moins qu’un 10/10 ? (Note du 28 septembre 2024)

Note du 28 septembre 2024, publiée le 16 avril 2025 sur Facebook

Il y a quelques temps, un grand débat a éclaté sur Twitter/X, suite au tweet d’une fille – jolie – qui racontait que son copain l’avait notée 6 ou 7 sur 10. Beaucoup se sont indignés. Des femmes bien sûr, mais aussi pas mal d’hommes, qui trouvent que la personne que l’on aime devient forcément la plus belle à nos yeux, que l’amour rend aveugle et que l’objectivité est à cet égard impossible ; d’autres ont à l’inverse défendu le point de vue du copain et plaidé la cause du réalisme. Cette discussion, qui ressurgit régulièrement, ne date pas d’hier. Je me souviens des classements relatifs à l’apparence faits par certains garçons au lycée, et au collège, sur les filles de la classe. Mais sans doute dans la continuité du caractère algorithmique et scientiste de la société actuelle, l’on voit d’autant plus pulluler ces dernières années sur internet cette habitude de noter les physiques, notamment ceux des femmes.

J’ai du écrire mille notes disparates à ce sujet, depuis des années, car c’est un sujet qui m’intéresse, notamment pour mon livre. En voici une qui date de ce 28 septembre 2024. Elles n’est pas exhaustive – il faudrait prendre mes notes dans leur ensemble pour y trouver de l’exhaustivité – mais je crois qu’elle peut apporter quelque chose à la réflexion.

Concernant le fait que les femmes n’aiment pas être notées, ou surtout avoir moins que 10/10 :

Deux raisons me viennent à l’esprit.

Je crois d’une part que les femmes s’identifient bien davantage que les hommes à leur physicalité.

Il suffit déjà de comparer la silhouette archétypale des hommes et des femmes. Chez les femmes, c’est un sablier. Chez les hommes, un triangle inversé dont la plus grande partie est tournée vers le haut. Bien sûr, toutes les femmes ne sont pas exactement gaulées comme Sophia Loren, et tous les hommes ne sont pas montés comme Henry Cavill. Nous parlons là d’architecture primordiale. Avec ses hanches aussi rondes que son buste est épanoui, la femme est donc en équilibre entre la terre et le ciel, et ce faisant, entre le corps et l’esprit, le présent et le futur, les ancêtres et l’avenir, le principe matériel et spirituel. Tandis que l’homme, de par ses grandes épaules, est tout entier tourné vers le ciel, l’esprit, l’avenir. Ce plus grand ancrage de la femme dans la physicalité, tout le confirme d’ailleurs : le principe de grossesse qui nécessite attention, chaleur et sécurité ; un plus grand sens de la propreté car une plus grande crainte des maladies ; le besoin de prendre soin d’elles-mêmes et d’être belles, qui s’oppose à la nature visuelle de l’homme qui jouit précisément du résultat de ce soin et de ce qu’il voit. Ce besoin de beauté s’applique aussi à l’environnement : en témoignent les clichés assez fondés de la femme d’intérieur, faisant de sa maison un nid douillet même quand elle est seule et, à l’inverse, de l’homme célibataire qui vit dans un studio avec un simple matelas au sol, mange directement dans la casserole, a une hygiène de vie anarchique.

Pour une femme, il est beaucoup plus difficile de renoncer à une image idéale d’elle-même. Elle conçoit son corps comme le véhicule sacré qui englobe l’âme. Pour les hommes, le corps n’est souvent qu’une pièce du puzzle comme une autre.

D’autre part, les hommes et les femmes diffèrent dans leur manière de voir les choses. Évidemment, nous parlons là encore d’archétypes, la plupart d’entre nous étant des hybrides entre l’énergie féminine et masculine. La logique masculine s’oppose à l’émotion féminine. La logique masculine culmine chez l’ingénieur, le mécanicien, professions de décortication ; ou dans le fait de se délecter de photos de parties du corps féminines séparées : une fesse, un sein, émoustillent facilement les hommes. L’inverse arrive bien moins car les femmes ne décortiquent pas les corps masculins mais les regardent davantage en entier. On verra d’ailleurs bien plus rarement des hommes hétérosexuels se prendre en photo en détail, mettre leur œil, leur bouche, leur décolleté, en photo de profil, comme les femmes, pour séduire ces dernières, ou même envoyer des photos sexy.

À l’inverse, les femmes sont des êtres holistiques, tournés vers le principe de totalité, parfaitement illustré par la symbolique de la grossesse, qui représente la fusion. Tandis que les hommes fécondent, dispersent, répandent la semence à tout vent, les femmes concentrent et intensifient, couvent, se dévouent.

Le point de vue masculin est celui du mécanicien qui change une pièce de sa machine : il peut répondre à cette question (« quelle note tu mets à ton amoureuse ? ») de manière très dépassionnée, sans attachement aucun. La femme, beaucoup moins.

En fait, la plupart des hommes et des femmes ne comprennent sans doute même pas cette question de la même manière, c’est pourquoi ils y apportent des réponses différentes : pour un esprit purement masculin, la question sera purement mécanique et logique. Se noter, c’est juger la symétrie des traits, la fermeté d’un corps. Bref, l’aspect objectif de la beauté. Le jugement est ici purement plastique et porte sur des pièces détachées que sont les parties du corps d’un individu. D’où l’étonnement attristé de certains hommes, témoignant sur des forums comme Reddit, qui ne comprennent sincèrement pas que leur femme puisse avoir été blessée d’être moins qu’un 10/10 physiquement à leurs yeux, alors qu’ils disent aimer cette dernière telle qu’elle est, qu’ils ne changeraient rien chez elle, et que d’ailleurs ils ne se mettraient pas un 10/10 à eux-mêmes.

Pour la femme, la question sera plus imagée, métaphorique, spiritualisée. Devoir adopter un point de vue objectif et mécanique sur leur propre corps, c’est devoir réduire le sacré et l’infini de leur âme, accueillie par ce même corps, à des notations profanes, à des considérations triviales. Cette vision purement mécanique sur leur propre apparence peut donc être perçue comme violente car elle menace le « tout ». D’où la nécessité de ne pouvoir répondre que 10, non car elles se croient parfaites, mais parce qu’elles se voient avant tout comme une créature spirituelle, appartenant à une forme de perfection et de lumière originelles, dont il n’est pas possible de se séparer pour répondre à cette question. Pour une femme, dire qu’elle est autre chose qu’un 10, c’est devoir se juger en pièces.

De cette différence de perception et de point de vue découle une différence de vocabulaire. Beaucoup d’hommes croient donc que les femmes se surnotent et se mentent à elles-mêmes alors que cette propension féminine à se mettre un 10/10, beaucoup plus que les hommes, même sans être plastiquement parfaites, dénote autre chose : le simple refus de se noter.

Un homme peut dire de sa femme qu’elle est un 8, tout en pensant qu’elle est celle qui lui fait le plus d’effet, qu’il a choisie, qu’il aime et regarde avec les yeux de l’amour, qu’il trouve parfaite telle qu’elle est, sans y voir de contradiction. Alors qu’aux oreilles de la femme, être moins qu’un 10 signifie : je ne suis pas assez bien, je ne te procure pas de plaisir, tu ne m’aimes et ne me désires pas autant que tu aimerais ou désirerais une autre femme à laquelle tu accorderais ce sésame.

Bien entendu, on peut ajouter que ce point de vue est beaucoup plus nuancé en réalité : c’est ainsi qu’il y a un certain nombre de filles (sur Twitter/X ou ailleurs) qui disent ne pas avoir de problème avec le fait de ne pas être un 10 aux yeux de la personne aimée, et de nombreux hommes qui estiment que la femme aimée est forcément un 10/10 (et admettent qu’eux-mêmes n’aimeraient pas qu’on leur colle une note « objective »).

C’est l’éternel débat entre les rationnels et les exaltés. Si l’on considère que la beauté peut se définir – selon tous les dictionnaires – soit par la qualité objective, soit par le fait de susciter une émotion, les rationnels se réfèrent à la première définition, et les exaltés à la seconde. Nous retrouvons là notre simple désaccord de vocabulaire : les gens apportent une réponse différente à cette question parce qu’ils ne l’interprètent pas de la même manière pour commencer. Il y a fort à parier que si l’on demandait à un rationnel de noter une personne en fonction de l’émotion qu’elle lui procure, de l’amour qu’il lui porte, sa notation varierait évidemment ; idem si l’on demandait à un exalté de faire fi de ses émotions.

Dans le fond, chacun est libre d’aller avec celui qui partage sa vision des choses. Je crois que les hommes comme les femmes doivent tendre à une forme de complétude quasi androgyne, dépassant les défauts de leur sexe. La femme scientifique, ou l’homme poète. Je renverrai mes lecteurs au poème L’idéal de Baudelaire, qui impose l’imperfection assumée comme condition à la vraie beauté – celle qui bouleverse et procure un frisson à celui qui la contemple. Je ne pense pas que Victor Hugo ou Lord Byron parleraient de la femme aimée en lui collant une note.

J’avoue faire partie pour ma part de la catégorie des exaltés : quand j’aime un homme, il est forcément à mes yeux le plus bel homme qui soit. De cela, au moins, il n’aura jamais besoin de douter.

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Annonce / lectures de poèmes

Publié le 24 avril 2025 sur Facebook

Je me suis rendue compte que si je lisais beaucoup les poèmes des autres, et publiais régulièrement ces lectures, je n’enregistrais pas forcément beaucoup de lectures de mes propres poèmes. Peut-être parce qu’il y a quelque chose là-dedans qui tient presque du fait de ravaler son propre crachat ? Cela faisait pourtant partie du projet au départ. Je compte m’y mettre petit à petit. Tout mon travail poétique, produit au fil des années, qui découle d’un apprentissage fait de sueur et de sang, mérite aussi, je crois, d’être enveloppé par l’hommage et la considération de ma propre voix. Alors, sans doute, dans les semaines qui viennent, je vais me faire un peu plus de place, et me donner un peu plus d’amour, et m’offrir ce cadeau.

Après quelques mois d’oubli, de détours et d’accidents, je reviens à moi-même. Ce processus de rupture, effectif notamment depuis quelques semaines – mars -, est arrivé à son point final : je me suis délestée d’un poids. Je n’ai pas beaucoup écrit durant cette période. Il fallait sans doute qu’il en soit ainsi : j’incubais. Cette prise de distance est parfois nécessaire, elle permet de remettre en perspective son propre travail, de clarifier, d’y revenir avec un oeil plus neuf. Désormais, de nouveau, je jette toutes mes forces dans l’écriture. Il est temps de finir. Mon roman notamment. Je suis née pour écrire. Après m’être perdue, je me retrouve, riche sans doute de tout ce que j’ai appris ; j’ai rappelé mes énergies à moi. Le rythme de croisière de la plupart des jours s’enlise parfois en mélancolie, certains soirs. Mais c’est de plus en plus rare et je laisse le passé derrière moi. J’ai eu le courage de le faire et de ne pas me retourner. Si jamais les larmes viennent, j’ai compris qu’il fallait juste s’arrêter pour les accueillir, les laisser couler, et repartir le coeur léger. C’est ainsi qu’elles viennent de moins en moins.

Je me suis choisie.

Alors de la même manière que je me suis réalignée et que je reviens à l’écriture de mon roman, de la même manière, je vais faire un peu de place à mes propres textes dans mes lectures.

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Lectures de poèmes en yougoslave à venir…

Annonce publiée le 7 mai 2025 sur Facebook

Après de nombreuses lectures de poèmes, y compris en langue étrangère (italien, espagnol, anglais, suédois, danois, etc… et bientôt norvégien ! Et portugais brésilien, inch’allah !), je me suis rendue compte que je n’avais jamais enregistré dans ma langue d’origine, celle de mes ancêtres : le YOUGOSLAVE ! (enfin : serbe/croate/bosniaque/monténégrin). C’est désormais chose faite, le préjudice a été réparé, I am cooking something, et c’est bientôt en ligne.

Peut-être manquais-je de bons poèmes, ne connaissant pas assez la littérature d’ex-Yougoslavie. J’ai pris le temps de trouver des textes qui me touchent profondément et n’ai pas voulu me forcer à réciter n’importe quoi, juste pour dire que je l’avais fait. Et puis, je voulais bien faire : bien que cette langue fasse partie de ma vie, je ne l’ai pas *véritablement* parlée depuis longtemps, je ne la maîtrise pas, elle m’est étrangement plus inaccessible que l’italien, que je ne parle pas (peut-être parce que ce dernier est en réalité une langue latine, donc très proche du français… !). Je suis aussi plus exigeante peut-être : il m’est plus facile de voir mes défauts dans cette langue intime, celle que me parlaient mes parents, que dans une langue comme le suédois qui me reste dans le fond encore très étrangère… ! Les attentes sont autres. Mais je suis désormais très heureuse de vous dire que plusieurs textes qui m’ont pénétré l’âme et que j’ai récités bien assez de fois pour rendre mes voisins fous attendent d’être enregistrés, ou que plusieurs enregistrements attendent d’être publiés !

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La taxidermie des arts (réflexion sur le vers et la musicalité en poésie – 2021/2022)

Note de 2021/2022, publiée le 20 mai 2025 sur Facebook

Trouvé sur internet

L’art, comme la taxidermie, ne supporte pas l’à-peu-près et une oeuvre aux airs de chapelle modeste, sans prétentions, qui ne demande pas un effort inouï et ne prend pas trop de risques, même si elle n’est pas très qualitative, est souvent moins désagréable à regarder qu’une oeuvre qui s’est voulue cathédrale pour au final se rater de peu. Non pas qu’il faille pour un artiste se contenter de la première option, et il vaut d’ailleurs mieux pour lui essayer la seconde, échouer, et recommencer jusqu’à réussir ; mais on parle là du ressenti de celui qui reçoit l’oeuvre, et du plaisir qu’il en conçoit.

L’analogie de la taxidermie nous sera d’un très bon secours pour illustrer ce fait.

Il y a de plus en plus de gens qui font empailler leurs défunts animaux de compagnie, pour en garder une trace charnelle. Je les comprends, même si je ne suis pas sûre que ce soit sain de priver la nature d’un humus bienvenu à sa régénération et que ce ne soit pas le symptôme d’une époque matérialiste qui ne sait plus dealer spirituellement avec la mort, s’accrochant aux chairs périssables plutôt qu’à l’âme et à l’esprit, éternels par essence. Toujours est-il que la chose existe. Ces gens font donc appel à un taxidermiste. Et la taxidermie est une discipline qui ne donne pas le droit à l’erreur. En effet, à la moindre papatte un peu raide, au moindre regard mal incliné, le résultat est irréversiblement raté, d’un raté qui ne permet aucune relativisation du ratage. L’erreur, aussi petite soit-elle, ruine toute l’illusion de vérité sur laquelle repose le travail. Le chat adoré se retrouve coincé avec un regard louche ou une démarche peu naturelle. On oscille alors entre la vision d’horreur ou le spectacle comique, mais on est toujours dans l’aberration, le grotesque et le malaisant. Il est impossible de regarder l’oeuvre en question et de s’habituer à ce qu’on voit. Elle finit au placard tant elle heurte la sensibilité de celui qui voit son animal ainsi défiguré.

En art, ce qui est presque beau, sans parvenir à l’être, même d’un cheveu, devient automatiquement laid. Le joli est plus inoffensif, à la rigueur : quitte à être banal ou insignifiant, il ne choque pas l’oeil.

La poésie – en vers – obéit plus que tout autre art à cette règle.

Le vers, c’est l’accomplissement de la poésie et de la création. Car nous avons là les deux choses qui restent dans l’Univers spirituel quand il n’y a plus rien, que toutes les illusions et les densités de la matière sont révolues, quand la conscience s’est élevée jusqu’à l’esprit primordial : le verbe et le son. La poésie en vers conjugue les deux. Le verbe du mot, et le son crée par la voix qui les prononce, la mélodie qu’ils charrient. Les sortilèges et les prières les plus puissants ne sont-ils pas en vers ? Quoi de mieux que l’alliance du verbe et du son pour faire acte de manifestation et de création ?

La poésie en vers, plus que celle en prose, est une cathédrale ; la rythmique qu’elle impulse par la répétition est semblable à celle du tambour de chaman qui accompagne la transe. Son effet est intense. Quand elle est réussie, elle est spectaculaire. Quand elle ratée, elle est spectaculaire également dans son ratage. La poésie en prose peut aussi créer des choses superbes. Mais elle ne possède pas la force éternelle du poème, sa réussite et son ratage sont plus tièdes. Un poème arabe en vers lu à un individu qui ne parle pas un mot de cette langue peut provoquer l’émotion de la musicalité : la musique est en effet un langage universel. Et si on donne ensuite à cet individu la traduction du dit poème, l’émotion du sens s’ajoute (seuls les très bons poèmes survivent à une traduction littérale). La forme et le fond sont ici réunis. Une forme d’architecture divine et éternelle se trouve restituée. De même qu’il y a une sagesse derrière les nombres, de même que certaines constructions favorisent le sacré et la circulation des énergies, ce que nos ancêtres savaient quand ils érigeaient des lieux de culte, des monuments, des habitations, le vers est sans doute la plus puissante des ondes de forme poétiques.

Surtout, la différence est que de très bons prosateurs ne font pas toujours de bons versificateurs ; alors que les très bons versificateurs font presque toujours au moins d’honnêtes prosateurs. Je connais beaucoup de gens qui écrivent très bien en prose, mais au test du vers, ils se cassent presque tous la figure, comme lorsqu’on place à un athlète de saut à la perche la barre un mètre plus haut que d’habitude : il n’est pas dit qu’il puisse la sauter ; ce n’est pas impossible mais rien ne permet de l’affirmer. Maîtriser la prose ne fait pas maîtriser automatiquement la poésie. Alors que les gens qui écrivent très bien en vers – et j’en connais beaucoup moins, c’est dire à quel point la chose est difficile – font à coup sûr au moins de belles choses en prose : si un athlète qui peut faire un saut à la perche de 6m se trouve en face d’une barre à 5m, il fera son saut d’autant plus facilement. Ses chances de se rater sont bien plus minimes. Car le bon versificateur maîtrise et le fond et la forme, et le son et le verbe, et le sens et la musique. Si on lui demande de ne garder que le fond, le verbe et le sens, comme le réclame la prose, un minimum de performance est assuré. Bien sûr, il passe dans un terrain moins connu, il sera peut-être moins bon qu’en vers, mais il sera rarement mauvais. Il existe de la prose plus musicale, mais c’est précisément parce qu’elle emprunte au vers.

Je l’ai déjà expliqué ici (sur Facebook, où j’ai publié un post à ce sujet), je crois d’ailleurs que l’une des raisons pour laquelle la poésie en vers se raréfie de nos jours au profit de la prose, c’est parce que les bons versificateurs font désormais de la chanson, que la poésie est en période de creux malgré un récent retour à la mode (chaque art a des cycles, des périodes de faste et de disette. La poésie est actuellement en période de disette) et que les poètes actuels ne sont pas assez bons pour faire du vers – je parle là de ceux qui sont un peu connus, bien sûr, il y a peut-être un Baudelaire méconnu quelque part. C’est assez cruel dit comme ça, mais c’est la vérité. Prenez les quelques poètes connus de notre époque. A part Houellebecq, exception absolue, je ne vois pas grand monde qui fasse des choses magnifiques en vers.

La poésie en vers incarne donc un sommet : le défi que pose sa maîtrise n’en est que plus grand.

Pour en revenir à notre analogie de départ, un poème en vers raté est donc doublement raté.

La métrique approximative, qui crée une musicalité bancale, alors que la musicalité est constituante du poème en vers, fait d’un poème en vers pas trop mal écrit un vrai morceau de malaise. Les professeurs de lettres en ont sûrement vu passer beaucoup, des comme ça. Des inspirés de Baudelaire qui copient ses tics, ses mots anciens, sans se les réapproprier, et qui n’ont aucune stabilité musicale.

La prose n’ayant pas les enjeux du vers, lorsqu’elle se rate, la chute se fait de moins haut.

A grande émotion, grand risque. Et notamment celui du ridicule. La beauté extrême possède donc toujours quelque chose de vertigineux.

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L’impressionnant bassin-fessier d’Elle Fanning au Festival de Cannes (Journal – 23 mai 2025)

Écrit et publié le 23 mai 2025 sur Facebook

Vu passer sur X des photos d’Elle Fanning au Festival de Cannes qui sont en train de faire exploser internet. On la voit, dans une robe bustier moulante, exhibant un fabuleux bassin et un généreux fessier – le genre de génétique en or de matrone, capable de porter sans difficultés une longue et saine descendance, dirons-nous pour rester pudiques. « She is thick » (« elle est chargée » = elle a des formes), découvrent les internautes, surpris des atouts de cette actrice perçue jusque là comme sage et discrète. J’avoue pour ma part ne pas être étonnée du tout : comme je le dis souvent, les filles comme elle, naturelles et introverties, qui ne font à première vue pas grand cas de leurs propres charmes, ce sont les pires ; le diable en personne. Elles viennent une fois en robe moulante à une soirée et tout le monde réalise que, tiens, elles sont chargées et qu’il y a à boire et à manger, un buffet, un festin, sur ce corps qui ne se montrait pas trop jusque là. En vrai, elles n’avaient juste pas joué toutes leurs cartes. Sous-estimées ou ignorées à dessein par la concurrence qui pense qu’elles n’ont rien sous le capot au prétexte qu’elles n’en font pas étalage, elles sont littéralement assises sur un trésor, et quand elles décident de le dégainer, c’est une chose dont tout le monde se souviendra, éclipsant pour toujours les gesticulations et les charmes artificiels de leurs copines. Et chez elles, tout est 100% bio. Ce sont les « old money » du corps, en somme. Elles savent déjà ce qu’elles possèdent et n’ont donc aucun besoin de le montrer (ou bien elles l’ignorent et sont un peu timides, ne vivent pas autour d’elles-mêmes, ce qui les rend d’autant plus touchantes). Ce sont elles, les vraies reines du jeu, dans un monde où tout est frelaté ; avec en prime un visage encore innocent, vrai, là où toutes leurs copines ont les sourcils « microbladés », les lèvres refaites ou « overlinées », la peau tartinée d’autobronzant, ou que sais-je encore. Ces dernières nymphes virginales qui émergent encore de notre société devenue un véritable empire du mensonge exercent sans doute un charme inexplicable sur la gente masculine (on les comprend) ; celui-là même qu’exercent les dernières fleurs sauvages d’un complexe bétonné. Un paradis perdu aux hanches larges, et à la peau laiteuse ; avec dans le bassin une force matriarcale et fondamentale que peuvent difficilement reproduire les mutilations actuelles qui semblent toujours impressionnantes mais trop lisses et publicitaires pour être honnêtes ou vraiment envoûtantes et poétiques ; il y a qu’il ne suffit pas de s’acheter un atout physique chez le chirurgien : il faut que ce dernier fasse sens, s’inscrive dans une silhouette, une aura ; il faut ensuite être capable de le porter, de l’incarner, d’être à la hauteur de ces charmes ; tout autant de choses que seule la conscience donne, accréditant l’idée que le beau et le bon sont liés, et que la nature l’emporte sur les biens mal acquis. Alors évidemment, quelques uns – pas beaucoup heureusement -, totalement matrixés par la culture et les artifices actuels, et qui ne lui connaissaient pas de tels atouts, se demandent si le bistouri est passé par là et si la demoiselle n’aurait pas fait un « BBL » (‘Brazilian butt lift’ – une opération consistant à se faire réinjecter sa propre graisse dans le fessier). C’est incroyable, d’abord, cette manière de présumer sans cesse des autres : « je ne savais pas que tu avais un cul, tu ne l’as jamais trop montré jusque là, et maintenant que je découvre que tu en as un, eh bien je crois qu’il est faux ». Comme si aucun cul un peu lourd et qui pèse son poids n’avait jamais paradé à la surface de la planète avant Kim Kardashian et ses sbires, orné les anciens tableaux, rebondi sous les anciens jupons de lin et de coton, ou été tristement montré à l’Exposition universelle. Car une rapide recherche Google sur la nudité de Mlle Fanning (je me suis dévouée) fait ressortir des images d’une série tournée et diffusée il y a quelques années, The Great, où elle exhibe son épais séant. Constat implacable : Elle Fanning est une anglaise laiteuse (bien qu’elle soit américaine, ses origines lointaines sont sans doute de là-bas) aux hanches larges et au fessier généreux, comme il en a été produit pendant des siècles, avec un corps qui semble tout ce qu’il y a de plus authentique. Un corps de lavandière, de paysanne ancestrale, nourri au beurre et au lait encore tiède tout juste recueilli de la vache, aux légumes du jardin, aux baies sauvages, aux fruits du verger, aux viandes d’animaux élevés en plein air, aux oeufs du jour. Tout ce que notre époque cherche à reproduire par l’artifice, et qui a été offert à d’autres par la génétique, le labeur des générations, la bonté, le mérite et le karma qui accorde la beauté. Tu m’étonnes que les gens aiment à présumer que c’est du faux : parlez-pour vous, est-on tenté de leur répondre. Ce n’est pas parce que vous êtes tous refaits jusqu’au trou du cul, ou que vos idoles le sont, que c’est le cas de tout le monde. La beauté vraie et naturelle, génétique et donc karmique, tant il est vrai que la biologie que l’on croit aléatoire n’est que l’expression d’un principe spirituel, habitée et portée, qui est un jaillissement des entrailles de l’âme et pas un colmatage chirurgical – celle des Laëtitia Casta, des Elle Fanning, des Monica Bellucci, méditerranéennes sacrées ou anglaises ancestrales, éthiopiennes du cru, qu’importe, qui savent le charme qu’il y a dans le pli d’un ventre, le grain d’une peau, la ligne authentique d’un sourcil -, cette beauté-là est la dernière aristocratie qui persiste à résister à la démocratisation forcée des charmes. C’est sans doute pour cela qu’il se trouve toujours une plèbe un peu revêche (une plèbe d’esprit j’entends, d’attitude et non d’argent) pour crier au faux, croyant parler des autres, quand elle ne fait en réalité que parler d’elle-même.

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La puissance des choeurs (archive – 26 juillet 2024)

Écrit le 26 juillet 2024 et partagé en privé avec des proches – publié le 1er juin 2025 sur Facebook

Il paraît que dans l’au-delà, tout est son. C’est ce que nous apprennent grand nombre de traditions spirituelles et ésotériques, d’écoles bien différentes, du reste, où les individus qui sont passés de l’autre côté… et en sont revenus. Il y a le verbe primordial mais, plus profondément encore, avec l’ajout du rythme, et le dépassement du sens : le son. Et quel est le premier outil de l’homme pour émettre un son ? Sa propre voix.

La voix, c’est l’âme. Forcément. Car elle émane du corps, d’une forme d’enveloppe charnelle, tout en étant profondément immatérielle. C’est la seule partie de nous-mêmes et des autres que ne pouvons ni voir, ni toucher, et qui se manifeste pourtant à nous. Elle renvoie donc à l’invisible, à l’esprit, à quelque chose qui va au delà de la matière et de ce qui est immédiatement palpable. Bien sûr, elle n’est pas inaltérable – l’hygiène de vie et les choix d’un individu peuvent la modifier par exemple – et c’est en ce sens qu’elle appartient aussi à la matière. En se fiant à cette double appartenance, elle est donc sans doute un passeur entre l’ici et l’au-delà, entre la matière et l’éther. La voix exprime, émeut parfois aux larmes quand elle s’inscrit dans le rythme ou le chant : quelle partie d’un corps ou d’un visage, aussi belle soit-elle, peut prétendre produire un tel effet ?

La voix sort d’une caverne qu’est le corps mais aussi d’un au-delà qu’est l’âme. Elle vibre d’une chose à la fois présente et absente.

Les choeurs, qui sont l’union des voix, en constituent l’octave supérieur, sans doute pour cette raison. Si une voix peut bouleverser grâce au chant, alors les choeurs en décuplent les effets. Les gens ne disent pas autre chose.

Les choeurs, c’est un truc fascinant. (Cela a voir avec le sens profond de la vie, avec la mort, avec le tunnel de lumière dans lequel on est aspiré quand on disparaît). Si l’âme, c’est la voix, alors le choeur, c’est justement l’union primordiale et finale des âmes. Le premier est l’individu, le second est le grand Tout.

La voix seule s’adresse à nous, et nous procure un sentiment d’intimité profonde, de face à face. Les choeurs s’adressent à quelque chose d’abyssal en nous. Quelque chose qui a à voir avec le sens profond de la vie, avec la mort même, l’anéantissement, le tunnel de lumière dans lequel on est aspiré quand on disparaît.

D’où le bouleversement, quand nous écoutons des choeurs. Les larmes que les gens disent verser en masse en assistant à un concert des voix bulgares, et qui semblent décuplées par rapport au chant individuel. C’est, simplement, pour les humains qui écoutent, le sentiment d’être rentrés à la maison.

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Découverte musicale : Eleni Karaindrou – Ulysses’ Gaze Woman’s Theme (quand le génie est une femme)

Je ne peux pas croire que ce chef d’œuvre musical de 17 minutes qui mériterait de figurer au panthéon des musiques de film n’aie « que » 351 000 vues sur YouTube. On y retrouve les accents tragiques d’un Delerue, la tension, le minimalisme qui dit tout et une simplicité d’apparence anodine mais ô combien puissante d’un Philip Glass (la bande son de The Hours), auxquels s’ajoutent une forme de gravité profonde qui est celle de l’Histoire, son poids, son fardeau qui écrase les hommes. Et plus on pénètre dans la nuit du morceau, plus ce dernier déploie ses voilages et ses complexités ; son étonnante gaieté parfois, sa sombreur souvent. Comme ces temps de guerre où la joie existe et se fait une place au quotidien, mais où le drame n’est jamais loin.

Le plus étonnant : le génie derrière ce morceau est une femme. Eleni Karaïndrou, donc.

Il s’agit de la bande son d’un film de Theo Angelopoulos, Ulysses’s Gaze (Le regard d’Ulysse), sorti en 1995, qui évoque le périple d’un cinéaste grec à travers les Balkans dévastés de la fin du XXème siècle. En voici la description – cela me donne très envie de voir ce film :

« Un cinéaste grec exilé revient dans son pays (dans le nord de la Grèce, vers Thessalonique), à la recherche des bobines originales du premier film réalisé dans les Balkans par les frères Manákis au début du xxe siècle. Cette quête va le mener au travers de différents pays des Balkans, après la chute du communisme, de la Bulgarie à la République de Macédoine naissante, pour finir son périple à Sarajevo durant la guerre de Bosnie-Herzégovine dans une Yougoslavie en cours de désintégration. Il arrive finalement sous les balles durant le siège de Sarajevo, où il découvre les précieuses bobines conservées par un vieil homme, projectionniste de cinéma, qui tente tant bien que mal de préserver le patrimoine cinématographique de son pays en pleine explosion ».

J’écoute sans lassitude ce morceau depuis quelques semaines… il me fallait le partager.

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Lecture de poème : « Les Sirènes » d’Albert Samain (30 mars 2025)

Enregistré le 30 mars 2025 ; publié le 4 avril 2025 sur Facebook.

Les Sirènes, d’Albert Samain (issu du recueil Les jardins de l’infante, 1893), poème fatal d’une sensualité troublante et vénéneuse…

« Les Sirènes chantaient… Là-bas, vers les îlots,
Une harpe d’amour soupirait, infinie ;
Les flots voluptueux ruisselaient d’harmonie
Et des larmes montaient aux yeux des matelots.

Les Sirènes chantaient… Là-bas, vers les rochers,
Une haleine de fleurs alanguissait les voiles ;
Et le ciel reflété dans les flots pleins d’étoiles
Versait tout son azur en l’âme des nochers,

Les Sirènes chantaient… Plus tendres à présent,
Leurs voix d’amour pleuraient des larmes dans la brise,
Et c’était une extase où le coeur plein se brise,
Comme un fruit mûr qui s’ouvre au soir d’un jour pesant !

Vers les lointains, fleuris de jardins vaporeux,
Le vaisseau s’en allait, enveloppé de rêves ;
Et là-bas – visions – sur l’or pâle des grèves
Ondulaient vaguement des torses amoureux.

Diaphanes blancheurs dans la nuit émergeant,
Les Sirènes venaient, lentes, tordant leurs queues
Souples, et sous la lune, au long des vagues bleues,
Roulaient et déroulaient leurs volutes d’argent.

Les nacres de leurs chairs sous un liquide émail
Chatoyaient, ruisselant de perles cristallines,
Et leurs seins nus, cambrant leurs rondeurs opalines,
Tendaient lascivement des pointes de corail.

Leurs bras nus suppliants s’ouvraient, immaculés ;
Leurs cheveux blonds flottaient, emmêlés d’algues vertes,
Et, le col renversé, les narines ouvertes,
Elles offraient le ciel dans leurs yeux étoilés !…

Des lyres se mouraient dans l’air harmonieux ;
Suprême, une langueur s’exhalait des calices,
Et les marins pâmés sentaient, lentes délices,
Des velours de baisers se poser sur leurs yeux…

Jusqu’au bout, aux mortels condamnés par le sort,
Choeur fatal et divin, elles faisaient cortège ;
Et, doucement captif entre leurs bras de neige,
Le vaisseau descendait, radieux, dans la mort !

La nuit tiède embaumait…Là-bas, vers les îlots,
Une harpe d’amour soupirait, infinie ;
Et la mer, déroulant ses vagues d’harmonie,
Étendait son linceul bleu sur les matelots.

Les Sirènes chantaient… Mais le temps est passé
Des beaux trépas cueillis en les Syrtes sereines,
Où l’on pouvait mourir aux lèvres des Sirènes,
Et pour jamais dormir sur son rêve enlacé. »

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Lecture de poème : « Cuando tú me quieras », de Raúl Shaw Moreno (3 mars 2025)

Enregistré le 2 mars 2025, publié le 3 mars 2025 sur Facebook

Cette fois, je ne vous récite pas un poème mais le texte – espagnol – d’une chanson que j’aime par dessus tout : Cuando tu me quieras, de Raul Shaw Moreno, qu’il a écrite et composée avec Mario Barrios. Le genre de perle qui n’a pas passé les frontières de l’Argentine ou du monde hispanophone mais qui gagnerait pourtant à être plus connue, et dont la tendresse infinie, empreinte de mélancolie, m’accompagne depuis de longues années. C’est du one shot – une lecture au débotté, je ne pensais pas en faire quoi que ce soit au départ, je voulais juste répéter le texte – mais les mots se sont, je crois, ajustés assez naturellement à ma voix, à moins que ce ne soit l’inverse – il faut croire qu’il y a des textes qui nous parlent si profondément et intimement que le miracle survient très vite. En tout cas, cette courte lecture fut un plaisir. J’espère avoir rendu hommage à cette belle langue – romantique et fougueuse – qu’est l’espagnol. Et à cette chanson tant écoutée, et adorée… !

Le texte :

« Noche a noche sueño contigo
Siento tu vida en la mía
Cual sombra divina
Cual eco distante
Que apenas puedo oír

Cuando tú me quieras
Cuando te vea sonreír
Vibrarán las campanas
Y alegres mariposas
Lucirán sus colores
En un suave vaivén

Cuando tú me quieras
Cuando me digas que sí
Bajaré las estrellas
Para ofrecerte un día
Y rendirme a tus pies

Subirán por tu balcón
Las flores que en rubor
Reflejarán el brillo
El brillo de tus ojos,
Cuando tú me quieras »


La traduction (obtenue grâce à Deepl, relue et corrigée par mes soins) :

« Nuit après nuit, je rêve de vous
Je sens votre vie dans la mienne
Comme une ombre divine
Comme un écho lointain
Que je peux à peine entendre


Quand vous m’aimerez
Quand je vous verrai sourire
Les cloches vibreront
Et de joyeux papillons
Porteront leurs couleurs
Dans un doux balancement

Quand vous m’aimerez
Quand vous me direz oui
Je ferai descendre les étoiles
Pour vous offrir un jour
Et me rendre à vos pieds

Les fleurs monteront sur votre balcon
Qui en rougissant
Refléteront l’éclat
L’éclat de vos yeux,
Quand vous m’aimerez »

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Le plus bel homme du monde (poème)

Écrit et publié le 6 février 2025 sur Facebook



Tu as le visage de ceux qui meurent jeunes,
Même si tu as presque dépassé l’âge
Pour que cela arrive.
Tes traits sont la jeunesse éternelle, la bonté déchirante :
Celle d’un paradis perdu, simple, pastoral et primordial.
Le genre qui tire des larmes
Venues du fond des puits de la mémoire.
Tu es timide et insaisissable comme ces peuplades préservées
Effrayées par la corruption des hommes,
Et qu’un bruissement effarouche,
Soudainement envolées comme un essaim d’oiseaux chastes.
Ton sourire est à la fois celui de l’oie blanche
Dont un chasseur viole la pureté du pelage
Par la plaie et le sang,
Et celui de l’eldorado enfin gagné.
Ta chevelure fait des vagues,
Comme mon cœur depuis toi,
Insouciante cependant, à mon inverse,
Folle mais rangée.
Et mes lignes sont débiles comme celles
D’une étudiante enamourée et pas très dégourdie,
Mais il me faut les écrire quand même
Car elles sont à toi.
Tant pis si elles sont mauvaises.
Je ne veux plus être excellente :
Je veux juste t’aimer.
J’entends des chansons des années 60
Écrites par des gens déjà morts depuis longtemps
Quand je te vois,
Et je pleure tout le temps
Comme si j’étais une femme enceinte
Rebondissant sur un dos d’âne.
Toutes les histoires naissantes
Ont leurs ambiances à elles.
La nôtre serait faite des Beach Boys,
De tes doigts d’ange fougueux sur une vieille guitare au bois ancestral
Et de mes murmures à ton oreille précise de feuille coupée.
Le coquillage de tes lèvres est pâle, plat et plein, forcément,
Appelant au baiser infini des éléments,
À l’étreinte maternante des amoureux,
De celles qui scellent les unions de toujours
Et renouvellent le paradis du monde.
Tu es beau comme une chimère,
Et pourtant tu existes.
T’a-t-on déjà écrit des poèmes ?
Si tu me dis non, alors je te répondrai,
De ma voix naïve,
Que ça pourrait changer.
J’utilise ton prénom quand je te parle
Mais dans mon cœur, je t’appelle déjà Bébé.
Et cette promesse, fragile comme du cristal, j’ai peur de la briser.
Tout ce qui me fait peur d’habitude, avec toi me rassure.
Tes bras sont le berceau de la force, de la santé.
Et même l’infirmité
Appliquerait sur toi
Le sceau de la détermination qui n’en a pas démordu
Face à l’impossible,
Jusqu’à faire de son châtiment
La cicatrice de guerre
Du feu volé aux Dieux.
Tes épaules sont la charpente inflexible
D’une maison de bois qui a survécu
À toutes les intempéries.
Tes courbes blanches sont la fécondité paradoxale de l’homme,
Le ventre et la fesse de chair replète et de fer forgé,
Mamelles du monde et reins éternels
Sur lesquels viennent s’appuyer les rêves de l’humanité.
Je t’ai aimé tout de suite
Mais je n’ai pas encore osé te goûter.
Avec certains, la concrétisation de l’amour est prompte et rapide,
Elle se fait entre deux trains,
Tambour battant,
Et dès le premier instant.
Certains disent que cela rend ces histoires supérieures,
Que c’est le signe de l’irrépressible, de l’incontrôlable.
Je n’y crois pas une seconde.
Pour nous, tout semble lent
Car nous avons l’éternité devant nous,
Et parce que je te regarde comme on regarde
Ce que l’on n’ose pas toucher
Par peur de le voir disparaître,
Comme ces chats des rues qui ont daigné
S’approcher de nous, et même renifler notre main tendue
Avant de s’éloigner, nous décrétant finalement impropres à la consommation.
Je mettrai des mois à te dire je t’aime
Alors que je l’ai pensé dès le premier instant.
Depuis tout à l’heure pousse à tes lèvres
La promesse d’un baiser
Et je ne sais pas la cueillir –
Les miennes tremblent et murmurent malgré moi
Que je deviens folle,
Balbutiantes, hésitantes, approximatives.
Fleur déjà humide de rosée
Qui attend désormais
La salive d’un crachat,
L’averse torride qui la lavera
De tous les doigts et de tous les crimes
De ceux qui sont passés avant toi,
Je m’ouvre, à tous les vents, et à toutes les abeilles.
Tu me demandes pourquoi je reste si tard,
Mais ces jours-ci je ne dors plus
Et je pourrais très bien
Arrêter de manger
Car j’ai l’anxiété des veilles de rentrée scolaire.
Ma gorge se serre comme pour des adieux
Alors que les retrouvailles ne font que commencer,
Du moins je l’imagine.
Il ne faut jurer de rien.
Les oiseaux ne sont pas faits pour une cage
Et tu es un bien bel oiseau.
J’ai presque scrupule à te jeter mon amour,
Mon fol et vif amour,
À la figure ;
J’aurais presque le sentiment de lapider une colombe.
Je te respire jusqu’à la déchirure,
Du plus profond de mon âme
Aussi bien que de mon corps.
Je ne veux pas que tu sois une escale.
Tu as toute la chaleur d’une maison.
Tu es de ces paysages qui nous font arrêter de lutter
Et déposer enfin bagage, les larmes aux yeux.
Je suis chez moi dans ton cœur,
Ne me déloge pas s’il te plaît.
Je reconnais les murs, et l’odeur de la cuisine.
Je ne suis qu’une araignée inoffensive
Dont les yeux terrifient tout le monde
Et contre laquelle on s’empresse de brandir
La menace d’un coup de claquette,
Mais qui est la plus effrayée de tous,
D’une fragilité ignorée,
Et qui ne demande qu’à vivre et être là.
Tous mes trésors sont à tes pieds :
Tu n’as qu’à les prendre,
Et tu peux même les abîmer –
Mais je sais que ça n’est pas ton genre
N’est-ce pas ?
Ta douceur te rend beau ; tu n’es pas de ceux qui font mal.
Mais ta douceur, en réalité, fait mal.
J’ai écrit un poème
Et cette fois, je ne le publierai pas, comme je le fais d’habitude, pas tout de suite,
Comme un enfant qui ne veut pas montrer ses dessins ridicules.
Tout semble petit et dérisoire face à toi.
Tout semble gribouillage et verbiage,
Mongoleries d’homme de Tautavel.
Ces lignes sont celles d’une femme qui a perdu la tête
Et que le professeur épie en plein contrôle,
Derrière son épaule,
Lui faisant perdre tous ses moyens.
Je fais maintenant du sport à 4h du matin dans ma chambre ;
Je n’en faisais plus depuis presque 5 ans.
Et je vais même retourner chez le médecin
Que je n’aime pas et que j’évite un peu lâchement,
Pour qu’il m’aide à atteindre la fameuse
Meilleure version de moi-même.
Je veux couper toutes mes jupes,
Je veux couper tous mes pulls,
D’un ciseau adolescent.
Je veux que tu rêves
De choses innommables
En me voyant.
Et je veux que nous fassions ensemble
Des choses
Qui feraient rougir
Les plus obscènes d’entre nous.
Je veux que nos caresses fassent retentir des tremblements de terre
Jusque sur les autres planètes –
Le cœur en secousse, femelle gestante d’un rêve, essoufflée, le ventre encore bouleversé.
C’est comme si tout ne pouvait être que pur comme le lait
Avec toi.
On dit que nos générations
Ne savent plus aimer toujours,
Et moi-même j’ai perdu la foi,
Tout en continuant de la cultiver secrètement.
Athée par peur que la réalité ne me ridiculise,
Fervente dans le secret de mon cœur,
J’ai envie de tout essayer.
Je m’approche à genoux, et je te regarde en levant les yeux, agrippée au port sûr de tes hanches,
Pendue au moindre geste de ta tête
Pendant que ton cou de statue se dévisse pour regarder au loin.
Je me fous du monde.
Tous les jours
Les gens disent que le plus bel homme du monde
C’est un tel ou un tel
Alors que c’est toi.
Non mais n’importe quoi.


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