Archive du dimanche 3 octobre 2021
Tout à l’heure, sur un groupe d’entraide Facebook très populaire, une femme demandait à ce qu’on lui conseille un bon médium (une personne dont le métier est d’établir des communications avec des morts). Pressentant sans doute que son post risquait de susciter des réactions et un débat, elle rappelait gentiment aux gens qu’elle recherchait une adresse et non à lancer une discussion sur le bien-fondé de sa démarche, qui ne regarde qu’elle. C’est par ailleurs le parti-pris de ce groupe, fondé sur la bienveillance. Les administrateurs eux-mêmes rappellent régulièrement aux gens qui lancent des débats et font du hors-sujet sur les publications que le but n’est pas de discuter les choix de vie des gens mais de les aider, lorsqu’ils demandent un conseil ou un service.
Malgré tout, cela était prévisible, le dit post a suscité son lot de remarques piquantes et moqueuses, sa petite invasion de trolls méprisants qui croient que leur pseudo-rationalité les place au dessus des autres.
Evidemment, un type s’est empressé de faire remarquer “ces croyances ne sont pas rationnelles ; par conséquent nous avons le droit de dire ce que nous pensons”, bla bla bla. Avec la verve auto-satisfaite du petit connard de trentenaire semi-calvitié qui piétine la volonté des autres juste parce qu’il en a le droit et que personne ne va l’empêcher de le faire, hein, vous allez pas m’empêcher hein, je fais ce que je veux, aucune loi m’interdit.
Cette attitude pourrait être illustrée par un exemple, symbolique : un enfant fait un château de sable ; vous pouvez le trouver moche, mais il y tient, c’est le sien ; il fait son château de sable, conscienscieusement, patiemment, il n’embête personne, la plage est grande et presque vide. A midi, il va déjeuner et demande gentiment qu’on ne lui touche pas son château de sable, il reviendra dans 2h pour le finir. Et là, il y a un adulte, un petit connard de trentenaire qui vient piétiner son château de sable en disant “j’ai le droit, nous sommes dans un lieu public, rien ne m’interdit, aucune loi ne peut m’empêcher” (dans une autre version de cette histoire inventée à l’instant, le connard chie sur le château de sable ; c’est du pareil au même. Vous comprenez le principe). Voilà. L’image dit tout.
Juste déposer sa crotte sur l’ouvrage ou la croyance d’autrui.
Les gens adorent se moquer de ceux qui croient en l’astrologie, en la médiumnité, en l’irrationnel. L’agressivité railleuse qu’ils ne peuvent pas, n’osent pas ou ne cherchent pas à employer contre la religion, ils la dirigent contre ces cibles jugées faciles.
La petite bonne femme qui se cherche un médium en est une, estampillée naïve et désespérée ; ce qui, du reste, permet à tous ces gens de se sentir plus intelligents qu’elle.
Si le post avait été religieux, ils auraient tous fermé leur petite bouche.
D’ailleurs, il y a parfois des posts religieux sur ce groupe. Notamment en période de Ramadan. Des croyants qui demandent la charité durant cette période ou proposent leurs services à cette occasion, ou plus rarement des personnes qui ont besoin d’un imam. Jamais ces imbéciles n’auraient moufté ou ne se seraient moqués. Ce qui est tout à fait normal. Car ce n’est ni le lieu, ni le moment, pour discuter des croyances de quelqu’un.
Je ne suis pas religieuse (bien que croyante), et pourtant, je n’attends pas les croyants à la sortie de la messe du dimanche ou de la prière du vendredi, soit au moment de leur méditation spirituelle la plus essentielle, pour leur asséner mes vérités personnelles sur la religion. De même, bien que je ne croie pas au Père Noel, je ne déboule pas dans une école en décembre pour arracher la barbe sous laquelle était caché le directeur et faire pleurer les enfants.
Le respect des autres, c’est le choix du lieu et du moment pour contester ce en quoi ils croient.
La liberté bien employée, c’est le blasphème dans un journal prévu à cet effet, la critique dans un livre, un article, ou même sur des affiches, la moquerie si on le veut. Mais la moquerie qui respecte la liberté d’autrui : on est pas obligé de sonner à la porte d’une personne et lui coller son trou du cul sur le visage, chez lui, dans sa maison, son refuge, son lieu de repos.
Je me demande parfois ce qui pousse des adultes sains d’esprit à agir comme des gamins et à éprouver ce besoin de chier dans les spaghettis des autres.
Comme ça, juste pour laisser sa trace, imposer son point de vue.
Je crois que le trolling en ligne est une forme d’égocentrisme, un besoin de manifester sa toute puissance même quand personne ne nous a sonné les cloches, une façon de dire ‘regardez, je suis là’ (ce qui est très typique des gens qui n’ont aucune estime d’eux-mêmes en vérité). L’incapacité à choisir le lieu et le moment pour asserter ses croyances est une expression de ce problème.
Le trentenaire : « Mais bordel j’ai le droit ! »
Altana : « Non t’as pas le droit. T’as aucun droit pour moi. »
Je suis moi-même trentenaire… (31).
Et je n’interdis rien à personne. Tant qu’on n’empiète pas sur les droits des autres, aucun problème 😉