Du courage et de la liberté (Samuel Paty)

Les vrais esprits pacifiques ne sont pas ceux qui, face à une menace avérée, vont jusqu’à se vautrer pour espérer qu’on leur laisse la paix*, mais ceux qui sont prêts à affronter le conflit pour la défendre.

Les lâches, les hypocrites, les clientélistes plus préoccupés par leur ascension sociale que par la vérité, qui se sont planqués durant des années derrière un pseudo-pacifisme de façade pour ne pas voir en face la réalité des enjeux, ne sont pas des pacifistes mais des couilles-molles avec du sang sur les mains.

Ce sont justement eux qui nous mènent à la violence, pas ceux qui ont osé établir depuis des années les constats les plus justes et les plus évidents, quitte à être ridiculisés, lynchés, bannis, montrés du doigt. Au contraire, bien des experts et diseurs de vérité auraient pu être les vrais garants de la paix si la société avait daigné sortir de son rêve narcissique pour écouter leur parole.

Que ces couilles-molles – à la faveur des tristes évènements survenus ces dernières années – rejoignent progressivement et un peu tard le train en marche du réalisme face aux enjeux du terrorisme islamiste, par opportunisme ou par obligation, après avoir craché sur tous ceux qui étaient dedans… après tout, mieux vaut tard que jamais.
Mais qu’ils cherchent encore aujourd’hui à accuser, évincer, cracher sur ceux qui ont osé dire la vérité en les désignant comme la cause de ce qui est arrivé ou en les présentant comme le réel danger, et ce pour tenter de se donner le beau rôle et réparer leur image en miettes, voilà qui est très fort.

Ces gens, s’ils ont encore un honneur, devraient plutôt faire leur mea-culpa et tirer – maintenant que l’état du monde les a violemment obligés à recouvrer la raison – toutes les leçons qui s’imposent, au lieu d’essayer d' »en être », par tous les moyens, tout le temps, au lieu d’essayer d’effacer les visages de tous ceux qui ont eu plus de courage qu’eux, pour faire oublier qu’ils ont laissé faire.

Ils feraient mieux de se racheter une conduite et mettre tous leurs efforts au service de la justice, de la vérité, de la liberté, au lieu de les employer à préserver leur statue croulante et leur égo blessé de ne pas avoir été dans le bon camp.

On n’oubliera pas que le pauvre Samuel Paty a été décapité grâce à nos plus respectables couilles-molles. Les mêmes qui le pleurent sans doute aujourd’hui l’ont non seulement laissé se faire lyncher par des parents d’élèves, mais ils ont même participé à son lynchage : d’après les informations du Point, Samuel Paty a été désavoué par sa hiérarchie, ses collègues, et il allait être sanctionné par le rectorat, pour avoir montré les fameuses caricatures qui lui ont valu de se faire trancher comme un morceau de bifteck sur du bitume froid. Si cela est avéré, ce n’est ni plus ni moins que de la complicité.

Si c’est bien un islamiste fou qui a commis le geste final et tranché la tête de cet homme, c’est un ensemble d’énergumènes capables de toutes les compromissions qui ont en dernière instance rendu ce geste possible.

Je ne sais pas si ces gens pourtant « respectables » qui ont laissé faire, laissé intimider, laisser tuer, sont sincèrement persuadés du bien fondé de leurs réactions et de leur volonté de ne « pas faire de vagues », quand ces vagues étaient déjà là depuis longtemps.
Si tous les agents (direction, administration, syndicats, collègues) face auxquels Samuel Paty a trouvé porte close lorsqu’il a cherché du soutien après avoir reçu de graves menaces savaient ce qu’ils faisaient et à quoi cela pouvait mener.
Mais je crois personnellement qu’ils ne pouvaient pas ne pas savoir : ils ne sont pas stupides, ils sont éduqués, cultivés, intelligents. Tout adulte sait qu’on ne négocie pas avec un ennemi prêt à tout, on ne négocie pas avec l’intégrisme religieux, sinon c’est la fin. Mon avis c’est que sans doute ces gens voulaient juste gagner un peu de temps, sur le mode « après moi le déluge », en espérant que l’écroulement aurait lieu après eux ; c’est vieux comme le monde. Sans doute voulaient-ils grappiller un peu de paix sociale, recaler l’inévitable conflit ouvert où il s’agirait de rester droit dans ses bottes face à des gens prêts à tout pour obtenir gain de cause, traverser quelques tempêtes, quelques menaces.
Quitte à désavouer Samuel Paty, pour se faire bien voir de ceux dont ils redoutent les attaques.

Mon avis est que ces gens, n’ayant pas le courage de défendre la liberté, préfèrent se cacher derrière des valeurs montées de toute pièces, pour ne pas avoir à se regarder en pensant : « je suis un lâche ».
Ils préfèrent se faire croire que c’est ce qu’ils pensent, qu’il y a des choses qui ne se disent pas, des limites à ne pas dépasser (une simple caricature, un dessin d’enfant constituant cette inacceptable limite), pour ne pas s’admettre qu’ils sont en train d’accepter le pire parce qu’ils tremblent et non parce qu’ils approuvent réellement ce à quoi ils ont laissé le champ libre.

Plutôt que de s’admettre leur peur, ils ont préféré la déguiser en vertu.
Et laisser ceux qui ne mangent pas de ce pain-là leur servir de gilet pare-balles.

En réalité, dans cette histoire comme dans toutes les histoires de ce type, ce qu’il faut observer pour comprendre les mouvements collectifs et la société (sa lâcheté, son aveuglément, sa peur), ce sont avant tout des hommes et des femmes, avec leurs égos, leurs psychologies, leurs manquements, leurs places à sauver, leurs mythes à écrire, leurs couronnes à préserver.
Si on ne comprend pas ça, dans le fond, que le collectif se forge à partir d’une somme d’individus faillibles chacun dévorés par quelque chose et parfois par le pire, alors on ne comprend rien.

Il ne faut pas désespérer du monde. Il ne faut pas non plus le sacraliser et refuser de le tenir pour ce qu’il est au présent.

Il est parfois, même dans ses actes les plus anodins et les plus souriants, même sans le vouloir, capable d’aider à édifier le pire.

L’islamiste fou dont nous aurons demain oublié le nom n’a pas égorgé Samuel Paty tout seul, en vérité. Cet assassinat sauvage est une oeuvre collective, le fruit des compromissions et des passions de chacun ; du recteur qui craint pour sa place au collègue professeur qui veut briller devant la machine à café.

Et c’est ainsi que cet homme a été tué.

Il est mort pour une sordide histoire de couilles molles.

Et le karma collectif de la société toute entière continuera de s’exprimer ainsi, tant que le monde dans lequel nous vivons ne sera pas fait d’hommes libres capables d’aller chercher leur liberté.

Car l’homme incapable de se battre pour sa liberté démontre qu’il n’est pas digne d’elle.

Même si cette liberté nous était donnée demain sur un plateau d’argent, qu’en ferions-nous à part la dilapider et la détruire ?

Le monde est de nature vibratoire et l’on attire ce qui nous ressemble : tout ce qui est plus grand que l’Homme qui le détient ne survit pas longtemps entre ses mains.
Ce n’est qu’en se hissant à la hauteur de sa liberté, en se montrant son égal, comme Samuel Paty a osé le faire un instant, qu’il peut en conquérir les prérogatives.

Cette mort servira, je l’espère, à interroger les individus sur ce qu’ils sont prêts à accepter, sucer, avaler, pour « ne pas faire de vagues ». Les intentions ne valent pas grand chose, surtout quand on sait à quoi nos actes mèneront. Le mal est fait.

Une société saine et heureuse, ce n’est pas une société où on a réussi à élire un bon dirigeant qui aura par sa seule volonté transcendé les médiocrités individuelles de chacun.
Une société saine et heureuse, c’est une société faite d’individus capables de se tenir debout comme les Dieux qu’ils sont. La grandeur, la civilisation et la liberté commencent là. Dans le courage.


*non seulement cela ne marche pas, mais cela produit même l’effet inverse : votre adversaire comprend que vous n’êtes qu’une carpette sur laquelle il pourra s’essuyer les pieds à loisir

Le professeur Samuel Paty, froidement décapité pour avoir montré des caricatures, des dessins d’enfant du prophète Mahomet
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1 Response to Du courage et de la liberté (Samuel Paty)

  1. Avatar de Huc Huc dit :

    Madame,
    Votre avis ainsi exposé sur ce problème, est tout à fait fondé et pertinent, car il correspond à la réalité, occultée par beaucoup comme vous le relevez. En outre, votre appréciation objective et juste de la situation, venant d’une jeune personne, donne à espérer pour l’avenir. Merci.

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