En pleines élections municipales, ce n’est ni la percée du Front National, ni le maintien de la droite traditionnelle qui aura le plus frappé l’observateur aguerri, mais bien le taux d’abstention qui atteint des records dans notre Ve République. Nous sommes en effet 38,5% à ne pas être allés effectuer notre « devoir de citoyen » au premier tour et ce chiffre atteint 61% chez les jeunes de 18 à 24 ans. Combien serons-nous au second tour ? Beaucoup, assurément. Loin de toute paresse du dimanche que les discours moralisateurs ne parviendraient pas à raisonner, nous sommes de plus en plus nombreux à le revendiquer : nous n’irons pas voter.
Pourquoi ? Eh bien, pourquoi pas. Il ne m’intéresse pas de choisir entre la peste et le choléra, et s’il faut que l’on m’inocule une maladie, alors j’aime mieux ne pas être celle qui appuiera sur la seringue. Voter, d’accord. Mais pour qui ?
Je n’aime pas cette gauche déconnectée du ciel qui méprise la nature et ses lois, détruit le sublime pour ne pas offenser le laid, confond le juste et le vrai, le laxisme et l’indulgence, et qui a plus à cœur de soigner l’élégance de sa posture de bonté prétendue que la pertinence de son discours. Cette gauche tolérante et souriante, n’est-ce pas, qui distribue généreusement de la tarte aux enfants mais se renfrogne avec sécheresse devant son propre rejeton, et qui exclut de sa tendre ronde des millions de français désespérés qu’elle méprise comme une glaire coincée dans sa gorge délicate. Cette gauche qui déteste la violence mais refuse de s’y attaquer, et supporte bien aisément de la voir augmenter et accabler son peuple chaque jour que la vie fait. Cette gauche incohérente qui veut bien pour ses enfants ce qu’elle refuse pour ses fruits, s’oppose aux OGM tout en prônant la GPA, exalte la nature mais nie les liens du sang. Cette gauche puérile comme une gamine jamais touchée qui n’hésite pas à sacrifier le peuple sur l’autel de sa démagogie, en luttant contre la prostitution ou en supprimant la défiscalisation des heures supplémentaires qui permettait à tant de gens de joindre les deux bouts, par hostilité mécanique envers un Sarkozy qui n’est pourtant que son reflet. Cette gauche stratège dont les combats idéologiques sont toujours sous-tendus par des intérêts électoraux ou particuliers. J’ai en horreur cette gauche qui a délaissé les grandes préoccupations pour le bavardage de mégères et les sujets sociétaux, et qui voudrait maintenant se raccrocher aux branches en accordant le droit de vote aux étrangers, qui sont de moins en moins dupes sur ses véritables intentions. Et qu’importe ce que diront les donneurs de leçons. Je ne suis pas facho, mais fâchée.
Que l’on ne se méprenne pas.. Je n’aime pas non plus cette droite qui ne défend la liberté d’expression que pour rompre son propre ostracisme médiatique mais qui ne s’est jamais révélée bien tolérante avec ses opposants ; cette droite ordurière dont la parole est crachat et qui confond le droit à la critique et l’insulte gorgée de haine, qu’il s’agisse d’homosexuels ou d’immigrés. Cette droite qui troque le ciel contre des fables religieuses, qui se pique d’un conservatisme rigide qu’elle ne parvient pas à faire appliquer dans ses propres rangs, et qui nous offre ensuite le spectacle grotesque d’une bigoterie sans cesse prise en faute. Cette droite qui aime la nature mais crache sur ceux qui veulent lui obéir et la préserver, ignorant que cette dernière ne commande pas la fidélité, et encore moins le mariage, mais bien la liberté ; omettant que cette même nature ne plébiscite pas le patriarcat destructeur qu’elle s’obstine à prôner, mais les structures matrilinéaires qui lui font horreur. J’ai en horreur cette droite mafieuse et obèse qui collectionne les problèmes avec la justice, même quand elle n’est pas au pouvoir, compte ses billets, aligne ses rentiers, et oppose la moquerie convulsive à toute tentative de rendre le monde meilleur. Bien pensante ? Je vous emmerde.
Nous savons de toute façon que l’opposition entre gauche et droite n’est désormais que virtuelle. C’est sur d’autres terrains que se jouent les parties les plus décisives. Entre la gauche d’apparatchiks et la droite de petits fonctionnaires, je ne veux pas choisir.
Quelle pertinence y a t-il à passer d’un parti à un autre, comme un bateau qui tangue en mer, un coup à droite un coup à gauche, et qui ne connaît finalement ni l’union ni la stabilité ? Les formations politiques changent, les élus se succèdent, et pourtant, les volontés du peuple sont, à peu de choses près, toujours les mêmes. Il suffirait alors de laisser ce dernier choisir directement les mesures qu’il voudrait voir appliquées au lieu de lui tenir la main comme un enfant déjà mature que l’on pense encore incapable de traverser la rue tout seul. Un programme, par le peuple et pour le peuple, c’est aussi simple que cela.
Plutôt que ce système constipé où rien n’avance et où le parti politique est une organisation figée, plutôt qu’un état morcelé par sa mauvaise organisation quand nombre d’idées unissent ses citoyens, je voudrais un pays véritablement soudé où le peuple déciderait lui-même de ce qui le concerne. Je voudrais l’ouvrier et la boulangère, l’instituteur et le cadre, le pompier et l’avocate, l’entrepreneur et l’infirmière sur les bancs de l’Assemblée Nationale.
Là, enfin, nous verrions quelles sont les véritables préoccupations du peuple et nous n’aurions pas affaire à un matraquage de sujets brûlants sortis pour des raisons électoralistes. Car ces gens jouent là leur quotidien aussi bien que leur destinée. Ils ne sont pas ici pour plaisanter ou jouer au Ruzzle.
Là, enfin, nous aurions des gens qui savent comment fonctionne une entreprise ou combien coûte un ticket de métro. Nous n’aurions pas une armée d’énarques dont la politique est la profession et qui, forcément, s’accrochent à leur fauteuil comme on s’accroche au gagne-pain qui permet de payer son loyer. La politique ne doit pas être un métier, mais une fonction et les convictions ne doivent pas être perverties par des questions de survie pécuniaires.
J’ai la certitude que les jours de ce système fatigué comme une vieille bagnole sont largement comptés. Je compte bien œuvrer pour sa destruction : j’ai 20 ans et je n’irai pas voter.






