Mort de Loana, femme coquelicot

Visage de madone, douceur de refuge.

Écrit (et publié sur Facebook) le 25 mars 2026

Belle comme le jour, innocente comme une colombe. Une fille qui, dans mes souvenirs – car oui, j’ai regardé le Loft quand j’étais petite – incarnait ce petit miracle né à l’intersection d’un milieu modeste, d’une enfance difficile, d’une simplicité et d’une gentillesse qui confinaient à la pureté, et d’une perfection physique à couper le souffle, qui n’était dûe pour l’essentiel qu’à la nature et qui constituait la clé de la revanche : un visage de madone et un corps de divinité grecque émergeant d’une foule triviale pour laquelle le rêve n’est souvent accessible que par procuration, cette fois pour y goûter. 

Une de ces biographies qui s’écrivent par tout ce qui a manqué : sans amour, sans argent, sans équilibre. Père violent et alcoolique puis plus de père du tout, mère qui finit aussi par déserter le foyer, bref, un marasme qui enfante pourtant on ne sait trop comment une grande liane aux courbes équilibrées, parvenue avec grâce au bout de sa croissance : mais le dehors était trompeur, les fragilités couvaient bien là-dessous, invisibles ; on les sentait parfois poindre dans la fragilité touchante de sa diction et de ses mots. 

Comme Laetitia Casta quelques années avant elle, elle fut une de ces fleurs sauvages et superbes cueillies par la gloire précoce sur les rebords de la France laborieuse et ordinaire de la fin des Trente glorieuses, enlevées in extremis à un destin de caissière ou de secrétaire déjà abîmée à 30 ans par une vie difficile et la gestion du budget familial, bug rarissime dans la matrice de la reproduction sociale ; sirènes bien du Sud, aux dents blanches, au sourire accueillant et au corps bien formé, comme faites pour porter la vie et devenues en effet toutes deux mères très jeunes… à la différence près que Loana venait d’un milieu plus profane et ingrat encore, qu’elle termina sous les lumières profanes et ingrates de la télévision et non sous celles, nobles et célébrées, des grands photographes ou réalisateurs (après certes un bref passage auprès de Jean-Paul Gaultier et Patrick Demarchelier en mode « un petit tour et puis s’en va »), qu’elle était la bimbo d’en bas – avec chevelure peroxydée, implants mammaires, background de strip teaseuse et premier enfant engendré avant la reconnaissance publique, aussitôt accouché aussitôt récupéré par la DDASS -, avec le destin funeste que ça implique souvent, que sa célébrité tout aussi fulgurante ne connut très vite que de faibles renouvellements, qu’elle était dépouillée de la force conférée par une famille solide, et surtout, qu’elle s’en est allée à 48 ans dans la solitude et la pauvreté, que son corps vient d’être découvert plusieurs jours après sa mort, dans un état de décomposition avancée. Et que l’hommage sur Instagram de Benjamin Castaldi, présentateur de Loft Story, loué comme magnifique par de nombreux internautes, et dénoncé par d’autres plus observateurs, a été… un texte apparemment généré de fond en comble par ChatGPT. Même pas trois lignes authentiques et venues du coeur pour celle avec laquelle il aura partagé sans doute l’aventure médiatique d’une vie.

Pauvre petite fleur fragile ballotée par le vent, et qui y perdit un à un tous ses pétales. Elle fut un coquelicot, oui. Un coquelicot. 

On a assisté, de loin, à sa lente déchéance, certains d’entre nous impuissants et tristes, d’autres moqueurs – j’ose préciser que j’appartenais à la première catégorie. Se demandant si les ressources qui auraient du lui apporter un avenir ne l’avaient pas avalée, ingérables et trop soudaines pour une fille trop vulnérable, qui avait déjà plusieurs fois tenté de mourir, même lorsqu’en apparence elle avait tout. S’attendant, un jour, trop tôt, à apprendre sa mort, au pire d’une overdose ou d’un suicide, au mieux d’un petit cœur qui aurait arrêté de battre dans son sommeil ; se demandant si, dans le fond, ce ne serait pas mieux pour elle : délestée enfin de sa souffrance, tabula rasa, et retour à la flamme divine, parmi les anges et les chants.

Il y a des gens que la lumière sauve, d’autres qu’elle tue. Mais, comme le dit si justement un commentaire lu sur Instagram : qui sait si au final cette télé-réalité dont on dit qu’elle l’a tuée n’a pas finalement prolongé sa vie ? 

Nous reste le souvenir d’une bimbo au grand coeur, maculée de grains de beauté, entourée de peluches et de chiens, à qui tout fut donné, et tout repris.

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About Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
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