Écrit et publié le 6 février 2025 sur Facebook
Tu as le visage de ceux qui meurent jeunes,
Même si tu as presque dépassé l’âge
Pour que cela arrive.
Tes traits sont la jeunesse éternelle, la bonté déchirante :
Celle d’un paradis perdu, simple, pastoral et primordial.
Le genre qui tire des larmes
Venues du fond des puits de la mémoire.
Tu es timide et insaisissable comme ces peuplades préservées
Effrayées par la corruption des hommes,
Et qu’un bruissement effarouche,
Soudainement envolées comme un essaim d’oiseaux chastes.
Ton sourire est à la fois celui de l’oie blanche
Dont un chasseur viole la pureté du pelage
Par la plaie et le sang,
Et celui de l’eldorado enfin gagné.
Ta chevelure fait des vagues,
Comme mon cœur depuis toi,
Insouciante cependant, à mon inverse,
Folle mais rangée.
Et mes lignes sont débiles comme celles
D’une étudiante enamourée et pas très dégourdie,
Mais il me faut les écrire quand même
Car elles sont à toi.
Tant pis si elles sont mauvaises.
Je ne veux plus être excellente :
Je veux juste t’aimer.
J’entends des chansons des années 60
Écrites par des gens déjà morts depuis longtemps
Quand je te vois,
Et je pleure tout le temps
Comme si j’étais une femme enceinte
Rebondissant sur un dos d’âne.
Toutes les histoires naissantes
Ont leurs ambiances à elles.
La nôtre serait faite des Beach Boys,
De tes doigts d’ange fougueux sur une vieille guitare au bois ancestral
Et de mes murmures à ton oreille précise de feuille coupée.
Le coquillage de tes lèvres est pâle, plat et plein, forcément,
Appelant au baiser infini des éléments,
À l’étreinte maternante des amoureux,
De celles qui scellent les unions de toujours
Et renouvellent le paradis du monde.
Tu es beau comme une chimère,
Et pourtant tu existes.
T’a-t-on déjà écrit des poèmes ?
Si tu me dis non, alors je te répondrai,
De ma voix naïve,
Que ça pourrait changer.
J’utilise ton prénom quand je te parle
Mais dans mon cœur, je t’appelle déjà Bébé.
Et cette promesse, fragile comme du cristal, j’ai peur de la briser.
Tout ce qui me fait peur d’habitude, avec toi me rassure.
Tes bras sont le berceau de la force, de la santé.
Et même l’infirmité
Appliquerait sur toi
Le sceau de la détermination qui n’en a pas démordu
Face à l’impossible,
Jusqu’à faire de son châtiment
La cicatrice de guerre
Du feu volé aux Dieux.
Tes épaules sont la charpente inflexible
D’une maison de bois qui a survécu
À toutes les intempéries.
Tes courbes blanches sont la fécondité paradoxale de l’homme,
Le ventre et la fesse de chair replète et de fer forgé,
Mamelles du monde et reins éternels
Sur lesquels viennent s’appuyer les rêves de l’humanité.
Je t’ai aimé tout de suite
Mais je n’ai pas encore osé te goûter.
Avec certains, la concrétisation de l’amour est prompte et rapide,
Elle se fait entre deux trains,
Tambour battant,
Et dès le premier instant.
Certains disent que cela rend ces histoires supérieures,
Que c’est le signe de l’irrépressible, de l’incontrôlable.
Je n’y crois pas une seconde.
Pour nous, tout semble lent
Car nous avons l’éternité devant nous,
Et parce que je te regarde comme on regarde
Ce que l’on n’ose pas toucher
Par peur de le voir disparaître,
Comme ces chats des rues qui ont daigné
S’approcher de nous, et même renifler notre main tendue
Avant de s’éloigner, nous décrétant finalement impropres à la consommation.
Je mettrai des mois à te dire je t’aime
Alors que je l’ai pensé dès le premier instant.
Depuis tout à l’heure pousse à tes lèvres
La promesse d’un baiser
Et je ne sais pas la cueillir –
Les miennes tremblent et murmurent malgré moi
Que je deviens folle,
Balbutiantes, hésitantes, approximatives.
Fleur déjà humide de rosée
Qui attend désormais
La salive d’un crachat,
L’averse torride qui la lavera
De tous les doigts et de tous les crimes
De ceux qui sont passés avant toi,
Je m’ouvre, à tous les vents, et à toutes les abeilles.
Tu me demandes pourquoi je reste si tard,
Mais ces jours-ci je ne dors plus
Et je pourrais très bien
Arrêter de manger
Car j’ai l’anxiété des veilles de rentrée scolaire.
Ma gorge se serre comme pour des adieux
Alors que les retrouvailles ne font que commencer,
Du moins je l’imagine.
Il ne faut jurer de rien.
Les oiseaux ne sont pas faits pour une cage
Et tu es un bien bel oiseau.
J’ai presque scrupule à te jeter mon amour,
Mon fol et vif amour,
À la figure ;
J’aurais presque le sentiment de lapider une colombe.
Je te respire jusqu’à la déchirure,
Du plus profond de mon âme
Aussi bien que de mon corps.
Je ne veux pas que tu sois une escale.
Tu as toute la chaleur d’une maison.
Tu es de ces paysages qui nous font arrêter de lutter
Et déposer enfin bagage, les larmes aux yeux.
Je suis chez moi dans ton cœur,
Ne me déloge pas s’il te plaît.
Je reconnais les murs, et l’odeur de la cuisine.
Je ne suis qu’une araignée inoffensive
Dont les yeux terrifient tout le monde
Et contre laquelle on s’empresse de brandir
La menace d’un coup de claquette,
Mais qui est la plus effrayée de tous,
D’une fragilité ignorée,
Et qui ne demande qu’à vivre et être là.
Tous mes trésors sont à tes pieds :
Tu n’as qu’à les prendre,
Et tu peux même les abîmer –
Mais je sais que ça n’est pas ton genre
N’est-ce pas ?
Ta douceur te rend beau ; tu n’es pas de ceux qui font mal.
Mais ta douceur, en réalité, fait mal.
J’ai écrit un poème
Et cette fois, je ne le publierai pas, comme je le fais d’habitude, pas tout de suite,
Comme un enfant qui ne veut pas montrer ses dessins ridicules.
Tout semble petit et dérisoire face à toi.
Tout semble gribouillage et verbiage,
Mongoleries d’homme de Tautavel.
Ces lignes sont celles d’une femme qui a perdu la tête
Et que le professeur épie en plein contrôle,
Derrière son épaule,
Lui faisant perdre tous ses moyens.
Je fais maintenant du sport à 4h du matin dans ma chambre ;
Je n’en faisais plus depuis presque 5 ans.
Et je vais même retourner chez le médecin
Que je n’aime pas et que j’évite un peu lâchement,
Pour qu’il m’aide à atteindre la fameuse
Meilleure version de moi-même.
Je veux couper toutes mes jupes,
Je veux couper tous mes pulls,
D’un ciseau adolescent.
Je veux que tu rêves
De choses innommables
En me voyant.
Et je veux que nous fassions ensemble
Des choses
Qui feraient rougir
Les plus obscènes d’entre nous.
Je veux que nos caresses fassent retentir des tremblements de terre
Jusque sur les autres planètes –
Le cœur en secousse, femelle gestante d’un rêve, essoufflée, le ventre encore bouleversé.
C’est comme si tout ne pouvait être que pur comme le lait
Avec toi.
On dit que nos générations
Ne savent plus aimer toujours,
Et moi-même j’ai perdu la foi,
Tout en continuant de la cultiver secrètement.
Athée par peur que la réalité ne me ridiculise,
Fervente dans le secret de mon cœur,
J’ai envie de tout essayer.
Je m’approche à genoux, et je te regarde en levant les yeux, agrippée au port sûr de tes hanches,
Pendue au moindre geste de ta tête
Pendant que ton cou de statue se dévisse pour regarder au loin.
Je me fous du monde.
Tous les jours
Les gens disent que le plus bel homme du monde
C’est un tel ou un tel
Alors que c’est toi.
Non mais n’importe quoi.
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Méta
Je partage ça avec toi. Je me souviens que tu l’avais citée il y a quelques années, faisant l’éloge de son talent. Je te tutoie, même si je ne vous-vois pas.
Marguerite Yourcenar – Entretien : L’Oeuvre au Noir
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