
Poème écrit et publié le 9 février 2022 sur Facebook. J’ai conscience des failles de ce texte : il est un peu immature et peut-être un peu bancal pour ce qui est de la métrique (disons que je me repose ici sur l’oralité, c’est donc au lecteur de trouver le rythme), mais j’y suis attachée et tiens à le publier tel quel. Portant sur la femme adriatique plutôt balkanique, il ne me semble cependant pas absurde qu’il soit aussi grandement inspiré de Monica Bellucci. Au-delà du fait que nous partageons la mer Adriatique avec l’Italie, cette femme incarne un archétype de femme très présent chez nous également. Qu’elle ait été choisie par Emir Kusturica pour jouer une femme serbe, Nevesta, dans son film « On the Milky Road » (« Na mlečnom putu » : se prononce Na mletchnom poutou), n’est guère étonnant. J’étais en vacances au Montenegro, en bord de mer, en août-septembre 2016, lorsque la bande-annonce du film a été publiée. J’ai rameuté tout le monde autour de moi, disant à qui voulait l’entendre que Monica Bellucci était dans le nouveau Kusturica. Tout le monde s’est alors réuni autour de mon ordinateur. C’était un moment de grande fierté, de joie.
Tes paupières froissées, suavement flétries
Sont comme les ailes d’un papillon de nuit
D’un papillon maudit
Qui fuirait à l’aurore
Révélant au plus fort des yeux noirs comme la mort
Cernés d’un khôl épais au tracé égyptien
Ton regard est comme une éruption en sommeil
Délivrant dans ses moments de réveil soudain
Tes humeurs volcaniques, et tes passions vermeil
Sur ton grand cou d’albâtre, le temps a dessiné
Des nervures pareilles à la feuille morte
À contempler cette étendue immaculée
On croirait, quand tu marches, que des anges t’escortent
Pulpeuse et outrageuse, ta belle bouche plate
S’épanouit comme un pétale aux contours tranquilles
Que le temps fane à peine. Des rides délicates
En révèlent toute la sensualité fertile
Ces lèvres des plaisirs, lancinant orifice,
Pompent leurs cigarettes, comme on suce un pénis
Et leurs commissures au dessin désabusé
Te donnent des grands airs de vieille prostituée
Sous le sein généreux, un coeur endolori,
Doux trésor couvé par une mamelle chaude.
Tes formes audacieuses, ta rondeur attendrie,
Cela va sans dire, ont mérité bien des odes
Aux racines de ta chevelure de jais
Lisse tel un rideau d’une soie asiatique
Persiste un vestige de texture bouclée :
Ta frisure animale, de sang adriatique
Sous ta robe noire à la longueur théâtrale
Tu caches tes secrets, ta toison prédatrice
Tu ne dors pas la nuit, déambulant fatale
Seule dans ton refuge, fardée comme une actrice
Arpentant la cuisine de tes jambes lourdes
Colonnes triomphales de chair lymphatique
Aux veinules bleutées, aux cuisses olympiques
Piédestal voluptueux d’une reine statique
Tu te meus comme un chat au mystère insoluble
Dont le pelage sombre se fond dans la nuit
Pour tuer tes migraines, lors de tes insomnies
Tu prends quelques cachets, tu t’adonnes à l’ennui
Dans ce foyer tiédi qui te sert de royaume
Tu veilles jusqu’à l’aube, sondes les pleines lunes
Bats les cartes, lis le marc dans les soirs de fortune
Tu connais tous les sorts pour envoûter les hommes
Tu ne sens pas la vieille, non tu sens le parfum
Comme ces veuves noires et toujours fertiles
Dont la silhouette aguicheuse au petit matin
Est vue quittant la chambre d’un amant fébrile
Tu ne sens pas la vieille, tes rêves sont carmin
Ta chevelure recèle un musc insoumis
Dans son épaisseur fauve où viennent jouer tes mains
Il se dit que sommeille la sève de vie
Elle n’a plus sa couleur virginale et première
Mais le noir excessif et l’odeur capiteuse
De ce henné puissant dont usent les rombières
Et qui dieu sait pourquoi, les rend si vénéneuses
T’es plus brune que brune, t’es plus femme que femme
T’es plus belle que tout, dans ton grand crépuscule
Où les couleurs s’adonnent à un combat de flammes,
Eternelle sculpture ornée par la ridule
Depuis leurs muscles neufs, les minets te fantasment
Rêvant d’être initiés sous ta cuisse glorieuse
Rêvant d’être écrasés sous ta gorge somptueuse
Et devenir un jour des hommes sous tes spasmes
Les filles te regardent en exemple ou rivale
Maîtresse à imiter, déesse matriarcale
Femme primordiale qui traverse les ans
Et qu’on serait à deux doigts d’appeler Maman
Une rose qui s’ouvre, toute jeune et fragile
A la grâce émouvante des commencements
Mais le charme ordinaire et la beauté facile
De tout ce qui éclot très prévisiblement
Mais une rose adulte c’est tout un spectacle
Envoûtant, obsédant, fascinant de plus belle
Sa beauté est puissante car elle est un miracle,
Nuit noire où résiste une lumière essentielle
Une poire est une poire, mais il lui faut pourtant
Du temps pour délivrer ses meilleures saveurs
Une poire trop dure est un supplice lent
Une poire tendre, un délice supérieur
Comme une poire ancienne qui a bien mûri
Plus longue est l’attente, plus juteux est le jus.
Pour celles qui ont su relever le défi
Posé par le temps, la couronne est absolue.