
Archive – texte publié sur FB le 14 juin 2021
Note : c’est l’une des raisons, mais pas la seule bien sûr
Pourquoi Mila est aussi peu soutenue, même par des gens censés être acquis au droit de blasphème (les jeunes de son âge, une grande partie de la gauche, etc) ? Je pense que beaucoup de gens préfèrent se ranger contre Mila et décréter qu’elle a été “trop loin” car l’inverse leur coûterait trop cher psychologiquement, socialement, émotionnellement, à tous les niveaux. En effet, si l’on admet que Mila est une victime et donc que ceux qui la harcèlent sont des bourreaux, alors il faut admettre du même coup que nous vivons dans un pays en grand danger ; car Mila a reçu plus de 100 000 menaces de mort ou de viol, sans compter ceux qui n’ont pas été aussi loin mais n’en pensaient pas moins, ceux qui ont été les spectateurs approbatifs de son malheur et qui ne la soutiennent pas, qui sont peut-être des millions. On ne peut pas parler de cas isolés. Soutenir Mila, c’est admettre ça. C’est admettre que cette violence n’est pas marginale et donc admettre que nous vivons dans un pays gangrené par ce fléau liberticide appelé à s’étendre si rien n’est fait. C’est admettre que des centaines de milliers, voire des millions de personnes, sont totalement sorties du pacte social tel que nous le concevons. Or, à partir du moment où un constat aussi grave se forme dans notre esprit, il existe deux voies, sans nuance possible : Parler ou se taire. Le courage, ou la lâcheté. La résistance ou le laisser-faire. Le combat ou l’achat de la paix sociale. L’action ou l’inertie. Mais la voie du courage et de la justesse, qui est la meilleure, est évidemment aussi la plus difficile. Dans un monde comme le nôtre, elle nous expose à du conflit, de la difficulté, de la violence, parfois même à la possibilité de la mort ; elle nous éloigne de la tranquilité, d’un confort pacifique, d’un sentiment d’être en symbiose avec la société et de n’avoir aucune lutte à mener, aucune gifle à prendre. Il suffit de regarder l’Histoire pour se persuader que le sujet religieux est un sujet viscéral et qu’il charrie parfois des marées de sang. Alors tout le monde ne veut pas être courageux, pas comme ça, pas à un tel prix, pas avec l’épreuve du feu que cela implique. Sauf que personne n’a envie de s’admettre pour autant qu’il est lâche ; les gens veulent le confort relatif offert par la lâcheté, mais si possible sans avoir à se regarder dans la glace et avoir à se dire “je suis un lâche” ; si possible même en s’appropriant les lauriers du courage. Alors, plutôt que de s’admettre qu’ils ont choisi la voie de la lâcheté, les gens lâches préfèrent faire comme s’il n’y avait aucun problème. Par là même, ils se dédouanent de l’obligation de choisir. “Il n’y a pas à choisir entre lâcheté et courage, puisqu’il n’y a pas de péril en premier lieu”. En crucifiant Mila, et en soutenant ses bourreaux, ces gens se confortent simplement dans l’illusion qu’il n’y a pas de danger. Ils ne détruisent pas Mila parce qu’ils la détestent véritablement ou abhorrent ce qu’elle incarne, mais parce qu’elle agit comme un élément révélateur venu démasquer les lâchetés de chacun ; parce que du haut de son courageux malheur, elle leur rappelle à tous que la situation va mal et qu’elle est appelée à s’envenimer si rien n’est fait… et surtout, qu’eux n’ont pas les épaules et la force de faire partie de ceux qui élèveront la voix et agiront pour qu’elle change. Qu’ils sont ce qu’ils sont, c’est-à-dire des couilles molles, soumises aux oukazes des religieux et à la peur de la foudre. Cela, évidemment, ils ne peuvent le lui pardonner.
