J’aime ton odeur
Ton parfum de sueur
Lorsque les perles de l’effort
Coulent comme un trésor
De sel et de labeur
Au creux de ton dos fort
Et ces effluves qui t’habillent :
Un peu de Tobacco Vanille.
Lorsque tu trimes et t’abandonnes
Entre mes jambes dépliées
Rivage accueillant au flot lancinant
Paisible, mais mal apprivoisé
Je peux surprendre dans tes pupilles
Un grand colosse qui vacille
Comme un soldat
Rentré du combat
Cherchant contre un sein
Le repos mérité
Et entre des draps
Et de frêles bras
Une nouvelle guerre à mener
Je te sens en moi
Canon fier et droit
D’un revolver si bien chargé.
Garçon du pays
Mat, beau et timide
À la peau humide
D’avoir trop aimé
Tu n’as pas 20 ans
Mais tu sais déjà donner
Quand tant de gens ne savent
Que prendre et abandonner
Tes muscles neufs
De jeune arbre sec
Ont quelques gestes maladroits
Tu ris et tu m’embrasses presque
Comme si tu n’avais pas le droit.
Le soleil du matin
Devenu brûlant
Et ton regard
Devenu brasier :
La chaleur nous accule
C’est la canicule
Et tu voudrais m’enculer.
L’après-midi étend sur nous
Son emprise totalitaire
Et la menace incendiaire
D’un immense feu de forêt.
L’horizon de notre lit blanc
Est celui d’une terre brûlée.
Et pour un instant de savane
On se croirait
À La Havane.
Tes lèvres charnues
Gonflées de ferveur
Et comme prêtes
À mille faveurs
Murmurent l’amour
À demi mot
Ta main dans l’or
De mes cheveux
Plus tu charbonnes
Et plus tes airs sont ceux
D’un conquistador
Près de l’eldorado.
Un balcon vide
Donnant sur la cour
Sans âme qui vive :
Crime sans témoin
Un rare passant
Parfois nous entend
Nous aimer comme si c’était
La dernière fois
Un essaim de colombes
Sort par la fenêtre :
Ce sont les cris
De notre amour maudit
Ambiance cruelle et sans pitié
D’homicide non élucidé
Ce grand silence est bien celui
D’un après-midi d’août à Paris
Nos baisers mouillés
Ont la saveur indienne
De ces mangues à deux valves
A la chair orangée
Le bruissement intime
D’un feuillage vert
D’huîtres en ventouse
De vulves froissées.
Le soleil percute
Nos ombres secrètes
Comme deux arbres jumeaux
Foudroyés
Et la charge compacte
De nos étreintes moites
Est celle de deux
Crustacés.
Après avoir éclaté
Comme une pastèque d’été
Une pluie salutaire
Rafraîchit l’atmosphère
Nous nous étreignons à la pleine lune
Dans ces tropiques de fortune
Les cloches ont sonné
Le ciel est tombé.
C’est le crépuscule
Et tu capitules.
Publié le 13 juillet 2024 sur FB.
Ce poème traînait depuis des années dans mes affaires, presque entièrement écrit, mais il m’était impossible de trouver les derniers vers manquants qui permettraient enfin de le finir. Il était comme intouchable : c’est l’un de mes textes fétiches, j’avais trop peur de le gâcher.