Adieu, Françoise

« Tous ces mots qui font peur quand ils ne font pas rire
Qui sont dans trop de films, de chansons et de livres »
Elle a signé de si belles chansons, mais s’il me faut en partager une, c’est celle-là.



La plus belle femme du monde, voix de la mélancolie simple, oiseau rare, digne et vulnérable, chanteuse, auteur-compositeur de génie, astrologue de talent, Françoise Hardy, qui a traversé les ères et les saisons de la vie avec tellement de grâce et de classe, s’en est allée.

Et je ne peux pas y croire. Vraiment pas. J’en ai pleuré, et j’en pleure encore, et cela m’émeut et me touche au delà de tout. L’artiste, l’astrologue, la femme.. je lui dois tellement. Je ne rêvais pas de rencontrer beaucoup de monde : elle, oui. Elle a tant souffert dans ses dernières années… J’espère que le paradis lui sera doux.

Cette femme m’a accompagnée toute ma vie. J’ai littéralement des souvenirs, des moments charnières de mon existence partagés avec elle, sous l’égide de son oeuvre et de sa personne.
Découvrir sa musique toute jeune, déjà, c’était comme découvrir un pan entier de sa propre personne, un univers en soi, car elle mettait des mots et un rythme sur quelque chose qui n’avait jamais été exprimé, jamais comme ça, ce qui est précisément la marque des légendes.
J’avais découvert, enfant, la chanson « Message Personnel », chantée par Olivia Ruiz, dans le CD de la Star Academy n°1 (quelle référence…) : elle m’était restée, c’était ma préférée de l’album ; je me souviens de cette collision presque douloureuse entre l’émotion de cette chanson, et celle de mon coeur, et le sentiment d’être comprise, étreinte. Je venais de me trouver une soeur Capricorne, pudique, mélancolique, profonde, qui m’avait donné les clés de mon propre coeur.
Puis, mon premier grand chagrin d’amour, et ma première lettre d’amour, écrite dans ma chambre d’ado, à 16, 17 ans, dans la pénombre, en pleurant à chaudes larmes, en fumant cigarette sur cigarette, et en écoutant, en boucle, toute la nuit, Message Personnel (je publierai peut-être, à l’occasion, un vieux texte écrit sur cette nuit, où je parle d’elle et de sa chanson). Dès qu’une cigarette se terminait, j’en allumais une autre. Dès que la chanson arrivait à son terme, je la remettais, inlassablement.
Message Personnel. Un piano, un monologue, une introduction sobre et intemporelle, des mots qui vont droit au coeur. Puis une mélodie touchante, une voix qui se met à chanter avec une vulnérabilité digne, comme un bel oiseau qui meurt. Les violons du drame. Le tragique de l’amour. L’émotion qui traverse le temps.

Puis, à la même période, encore au lycée, j’avais lu son autobiographie, Le Désespoir des singes et autres bagatelles. J’avais tellement de tendresse pour cette femme simple, humble, douce et philosophe, que l’on sentait d’une grande bienveillance, d’une grande droiture et d’une grande intégrité, mais aussi d’une grande lucidité. Je partageais avec elle sa passion pour l’astrologie. Bien plus tard, sur une recommandation, j’ai lu son livre, Les rythmes du zodiaque, et je me suis demandée comment j’avais fait pour passer à côté aussi longtemps : elle y vulgarise la méthode de Jean-Pierre Nicola, père de l’astrologie conditionaliste (ou naturaliste), un monument que j’ai donc découvert grâce à elle. C’est en lisant ce livre que j’ai enfin éprouvé de la fierté à être Capricorne, loin des clichés habituels que l’on nous sert même dans des livres qui se veulent sérieux (signe épris d’argent, de pouvoir, de statut, trucmuche), que j’ai compris toute la complexité de l’astrologie, et que les pièces du puzzle se sont assemblées dans mon esprit. Aujourd’hui encore, et depuis des années, il est le livre que je recommande systématiquement à ceux qui veulent apprendre l’astrologie, et même à ceux qui la connaissent déjà très bien ; je l’ai offert plusieurs fois.

Dans le roman que j’écris voilà bien des années, ses chansons apparaissent, d’ailleurs. Forcément. Si elle n’y est pas, qui peut l’être ?

Elle a repris « Il n’y a pas d’amour heureux », de Louis Aragon (récité sur ce blog, d’ailleurs), l’un des plus beaux poèmes jamais écrits. Forcément. Il n’y avait qu’elle pour exprimer si bien tout le tragique et la beauté de ce texte, tout son espoir déchirant, pudique, attentif.

Et puis, la beauté proverbiale, simple mais habitée, de Françoise, qui mériterait un roman. Incarnation internationale de l’excellence à la française, icône à jamais, elle était pleine de cette gravité qui est celle des mythes et des statues, avec ce visage qui semblait taillé dans le bronze et l’or. Juillet 2019, dans mes archives, je publiais sur FB la chanson « Voilà ». Et j’écrivais, en commentaire à ma publication, en référence à l’incroyable vidéo où on la voyait chanter : « Le visage de Françoise Hardy, merveille architecturale, taillé dans la bronze la plus solaire, période cheveux d’or, peau dorée, yeux intensément verts. Je pourrais la regarder des heures. Aucun être n’a été d’une beauté plus parfaite que cette femme« . Et tout le monde était d’accord, les « j’aime » en témoignent, tombés dans une incontestable unanimité d’où ne s’élève aucune contestation. Combien d’hommages de ce type j’ai du lui écrire… elle faisait partie de ma vie. De nos vies. Je le savais déjà, mais cela me percute si fort maintenant qu’elle est partie.

Elle a si bien traversé les saisons de l’existence. Chose rare, même sa vieillesse faisait l’unanimité. Chez les hommes comme chez les femmes, chez les jeunes comme chez les moins jeunes, on entendait : qu’est-ce qu’elle était belle, même dans ses vieilles années, quelle classe, elle a gardé son essence, elle était toujours aussi belle, juste autrement. Elle semblait épargnée par les commentaires acides réservés aux femmes vieillissantes ; même les plus cyniques et mesquins d’entre nous rendaient les armes. Peut-être parce qu’elle était. Elle ne jouait pas à être. Elle portait une forme de vérité profonde, son visage était celui du solennel et de l’irrévocable. Cette authenticité, cette énergie, ne disparaissent jamais. Elles ne font que se transformer dans les formes. C’était cela, en effet, qu’on sentait, derrière la chair, la voix, la beauté, les mots, les mélodies : l’âme. Elle en fut une grande, une belle, et c’est bien pour cela que nous sommes tous un peu orphelins ce soir.

« Oui peut-être, je suis ivre, peut-être
Ça me donne envie de vivre, peut-être
Ça me fait déformer tout, peut-être,
Après tout, je m’en fous.
Ça me fait déformer tout, peut-être,
Et je te cherche partout, peut-être… »

(Je te cherche)

« Tu es le sang de ma blessure,
Tu es le feu de ma brûlure,
Tu es ma question sans réponse,
Mon cri muet et mon silence »

(La question)

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About Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
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