Féminisme et paternité dite forcée : on ne peut pas avoir le beurre du matriarcat, et l’argent du beurre du patriarcat

Matriarche Moso ; photo de Karolin Klüppel

Texte fini le 15 avril 2024 (rédigé à partir de notes datant d’il y a plusieurs années), publié le 25 mai 2024 sur FB
Edité le 10 juin 2024 (voir note de bas de page*)

Lorsqu’un homme se plaint qu’une femme lui a fait « un enfant dans le dos », avec les conséquences qui en découlent dans le monde actuel (reconnaissance de la paternité, versement d’une pension, etc), les femmes, notamment féministes, semblent défendre très systématiquement la femme, face à l’homme qui se sent dupé, et ce même quand ce dernier a été véritablement piégé, avec une unanimité qui ne cesse de me surprendre. C’est à l’édifice de ce grand débat que j’ai voulu apporter ma pierre.

Il est intéressant de voir comme certaines féministes pourtant progressistes et pro-sexe se transforment littéralement en curés lorsqu’il s’agit de se faire par tous les moyens les avocates des femmes, y compris quand la cause n’est pas juste. Sur le sujet de la paternité dite « forcée » (« faire un enfant dans le dos »), en l’occurence, elles ne saisissent pas la contradiction profonde de leur discours : en disant d’un homme qui a eu des relations sexuelles avec une femme mais ne souhaite pas s’impliquer dans la paternité qui en résulte qu’il « n’avait qu’à garder sa bite dans son slip », qu’il doit désormais assumer les conséquences (c’est-à-dire verser une pension alimentaire, etc), et que c’est bien fait pour lui, elles disent la même chose que les anti-IVG qui expliquent à une femme qui ne veut pas garder l’enfant dont elle est enceinte après avoir eu des relations sexuelles qu’elle n’avait qu’à pas écarter les cuisses, et que maintenant, il faut qu’elle assume, ça lui fera les pieds.

En fait, elles tiennent un discours tout aussi puritain que les religieux qu’elles exècrent généralement en liant de manière automatique les relations sexuelles à la procréation, et en faisant du simple plaisir sexuel sans objectif systématique de procréation quelque chose de dégradant, qui doit forcément se terminer en châtiment judéo-chrétien (parce que la parenté est un cadeau lorsqu’elle est désirée, mais quand elle ne l’est pas, c’est autre chose…). Ici, cette volonté d’avoir du plaisir sans procréer n’est jugée dégradante que quand elle émane des hommes, en l’occurence. Alors qu’elles sont les premières à défendre ce droit pour les femmes.

Sexualité et procréation sont en effet liées dans leur potentialité, mais elles n’ont pas à l’être forcément dans leur finalité, et je crois que la plupart des gens dans la société actuelle en conviennent, hommes ou femmes, puisqu’il me semble que la plupart des gens ne se trimballent pas avec une ribambelle de 10 enfants, pas plus qu’ils ne restent abstinents sexuellement afin de ne pas en avoir. C’est donc que l’immense majorité des gens fait très bien ce distinguo : il est par conséquent surprenant que cette même majorité tombe dans le piège énoncé plus tôt.

Il en va de même pour l’argument qui consiste à dire « il n’avait qu’à mettre une capote » (comme si ces dernières étaient infaillibles, du reste…), qui sous-entend que beaucoup d’hommes se passent égoïstement d’en mettre une pour préserver leurs sensations : je ne sais pas dans quel monde ces gens vivent, mais les femmes non plus n’aiment pas, dans l’idéal, baiser avec une capote, notamment dans le cadre d’une relation suivie, et si elles font en sorte de prendre des contraceptifs parfois handicapants et bourrés d’effets secondaires, allant parfois jusqu’à compromettre leur santé à long terme, c’est précisément parce que c’est aussi plus agréable pour elles de pouvoir tomber le caoutchouc dès que possible. Ces gens qui font la leçon sur internet baisent-ils vraiment tous « en chaussette » à chaque fois ? Ils ne voient pas la différence ? Vraiment ?!

Un argument est beaucoup revenu : celui de la charge mentale de la contraception qui incombe aux femmes. En gros, les hommes doivent payer et assumer la paternité qui découle du coït parce que de toute manière, ce sont les femmes qui se tapent la contraception, et que pour eux l’affaire est trop facile, ils n’ont qu’à baiser et se tirer sans avoir à se soucier des suites. Et cela, si on comprend bien, est censé donner tous les droits ? Ils n’ont qu’à utiliser un contraceptif, dit-on. Mais les hommes n’ont comme choix de contraceptif individuel vraiment efficace que… la vasectomie. Qui est l’équivalent de la ligature des trompes, un acte infiniment plus définitif que la pose d’un stérilet par exemple, ou que n’importe quel contraceptif couramment utilisé par les femmes. Ce n’est pas une proposition très honnête (et pourtant, de nombreuses femmes n’hésitent pas à la faire, dans les commentaires et sur les réseaux sociaux, au point où l’on se demande s’il s’agit de sarcasme). De toute manière, comme c’est en dernière instance la femme qui tombe enceinte et pas l’homme, la première ne pourra jamais se décharger totalement de cette problématique sur le second. Ne parlons pas du fait que la contraception masculine ruinerait définitivement toute spontanéité dans la procréation, en empêchant la femme de pouvoir tomber enceinte sans rentrer dans le cadre d’une relation très suivie, monogame, traditionnelle (car là où certaines voient la grossesse comme un fardeau, d’autres y voient un don, un cadeau) : c’est là un autre sujet, et notre société n’est effectivement que peu adaptée à une procréation spontanée. Ne parlons pas non plus du fait qu’hélas, les contraceptions actuelles posent mille effets secondaires et qu’au lieu de chercher d’atteindre l’égalité en bourrant également les hommes d’hormones, comme les femmes, et en créant des pilules masculines (sachant que beaucoup de femmes elles-mêmes refusent de prendre la pilule, et elles ont bien raison ; j’en fais partie) il faudrait plutôt s’ingénier à chercher de nouvelles alternatives, moins nocives pour le corps.

C’est juste, en effet, la charge mentale de la contraception incombe aux femmes… mais, de même, le privilège de porter la vie, ou de l’interrompre, de garder un enfant, ou de se faire avorter : c’est là l’expression de la plus simple nature, de la biologie, c’est à travers le corps de la femme que se fait l’arrivée d’un enfant, et c’est à elle qu’est conféré le droit souverain de poursuivre ou d’abandonner une grossesse. Cette logique d’autonomie vis-à-vis de l’homme, dont les féministes sont les premières à prendre les avantages, doit être assumée jusqu’au bout : il n’est pas possible de venir réclamer ensuite d’un homme avec lequel on a eu des relations sexuelles qu’il s’implique dans la vie d’un enfant qu’il n’a pas voulu et assume une paternité qu’il n’a pas désirée.

On ne peut pas vouloir faire payer aux hommes de ne pas avoir la même biologie que nous, et de jouir des droits masculins découlant de leur biologie propre (à savoir celui de prendre la tangente), quand on est nous-mêmes bien contentes de jouir des nôtres, de ceux que la nature nous confère sur notre corps, en choisissant de garder un enfant ou non, par exemple. On ne peut avoir les prérogatives de sa condition de femme sans les devoirs qui vont avec.

La nature est matriarcale. Dans la nature, la connaissance du père biologique n’existe pas, et ce sont les hommes de la famille maternelle qui jouent le rôle de figure paternelle, l’homme qui a fécondé une femme n’étant chargé d’aucun rôle ou devoir spécifique. De la même manière, c’est la femme qui porte la vie, et elle sait très bien que l’enfant est d’elle. Selon cette logique, il est bien naturel qu’une femme ait le dernier mot sur le fait de garder un enfant ou pas. A l’inverse, le patriarcat est un système culturel, instauré par les humains, puisque dès lors que la filiation doit se faire par le père mais que la nature ne permet pas la connaissance de ce dernier, il faut forcément imposer la certitude du père par la force ou la surveillance : culte de la virginité, répression de la sexualité des femmes, naturellement, pour éviter que les hommes ne se trouvent à élever des enfants qui ne sont pas les leurs.

Or, on ne peut pas vouloir d’un côté les privilèges du matriarcat, c’est-à-dire avoir le choix de garder un enfant ou à l’inverse d’avorter, qu’importe ce qu’en pense le père biologique, et y compris s’il n’est pas d’accord (« mon corps, mon choix »), jouir en fait de sa pleine souveraineté matriarcale et s’affranchir du consensus qui vaut dans la plupart des couples, et vouloir de l’autre côté les privilèges du patriarcat, c’est-à-dire estimer qu’un homme qui a eu des relations sexuelles avec nous une fois dans sa vie, dans une logique de plaisir pur, doit automatiquement fournir une protection à la femme tombée enceinte, s’impliquer dans la vie d’un enfant, en être responsable, et payer une pension alimentaire. C’est pourtant exactement ce que font beaucoup de femmes, et plus encore des féministes, dans un surprenant unanimisme : elles veulent le beurre, l’argent du beurre, et les bourses du laitier.

De la même manière que je soutiens totalement le droit d’une femme à garder un enfant si elle le souhaite (tout comme je la soutiendrais si elle voulait se faire avorter), je soutiens également le droit d’un homme à ne pas vouloir transformer un coït d’un soir à 20 balais, après une soirée arrosée, acte consenti où chacun a pris son pied – homme comme femme -, en engagement familial, moral et financier sur plusieurs décennies, et à décider qu’il ne veut pas s’impliquer dans un projet parental pour lequel il n’a jamais donné son accord. Et ce d’autant plus qu’il voudra peut-être, quelques années plus tard, s’engager dans un projet parental avec une autre femme (car il n’est pas rare que des hommes ayant à payer une pension alimentaire à une femme pour un enfant non désiré se trouvent à manquer de moyens pour avoir plus tard des enfants avec leur propre compagne : c’est par exemple arrivé à un allemand qui a fait un don de sperme à un couple de lesbiennes et qui a eu la surprise de voir les deux femmes se retourner judiciairement contre lui pour obtenir une pension : la justice leur a donné raison et cet homme, qui a raconté son histoire aux médias, a expliqué qu’il ne lui restait que peu d’argent pour envisager avec sa propre compagne d’engendrer une descendance et de s’en occuper dignement).

Suivant cette logique, je plaiderais pour la contractualisation de la parenté, pour ceux qui le veulent (car l’idée de contractualiser l’amour et la procréation me donne un peu la nausée, à titre personnel, mais pour ceux qui le souhaitent et veulent des garanties, pourquoi pas ?) : un homme qui a signé une décharge s’engage dans un projet de paternité, avec tous les droits et les devoirs que cela incombe. Si l’homme ne signe pas de décharge et n’accepte pas de faire d’enfant, la femme peut bien entendu décider de garder ce dernier mais pas de sonner les cloches au père biologique quelques mois plus tard pour réclamer une pension. Même si certaines femmes n’agissent pas toujours de la manière la plus honnête, soulignons toutefois qu’un homme s’honorerait à ne pas laisser son enfant biologique dans le dénuement, surtout s’il en a les moyens : il y a les lois, et il y a aussi le coeur. Mais l’idéal serait de vivre de toute manière dans une société où une femme n’aurait pas à dépendre de qui que ce soit pour offrir une vie décente à son enfant, et où elle n’aurait pas à s’avilir dans une posture de quémandeuse. Il va de soi que cela irait dans les deux sens, avec la possibilité également pour les femmes de fonder par exemple une lignée matrilinéaire, en accord contractuel avec l’homme constituant le »donneur artisanal », et de se prémunir contre les éventuels recours de ce dernier, qui changerait d’avis et voudrait ensuite des droits sur l’enfant (tels que donner son nom, garde alternée, etc) : en effet, n’est-il pas anormal qu’une femme puisse faire appel à un donneur de sperme et qu’elle puisse avoir recours à une fécondation artificielle, sans que cela n’implique de droits pour le géniteur, alors que la même chose n’est pas possible pour une fécondation « artisanale », naturelle, qui implique automatiquement de donner des droits au géniteur, alors même que ce dernier est peut-être initialement d’accord pour être un simple « donneur » ? Cela place ces mères en situation de dépendance juridique, subordonnées à un revirement ou changement d’avis du géniteur.

Ainsi, plus personne ne piège personne et tout le monde est content. Plus d’ « enfant dans le dos », de paternité forcée (ce qui, c’est vrai, n’existe pas : ce sont les conséquences de la paternité qui sont forcées sur l’homme, pas la paternité biologique elle-même qui est une potentialité dès lors que coït il y a), de femme sournoise qui ment à son mari en enlevant discrètement sa contraception, l’engageant à son corps défendant dans une paternité non désirée. Plus d’homme irresponsable qui fait un enfant avec une femme et qui décide ensuite en cours de route que ça ne l’intéresse plus.

Mais mieux encore serait l’exploration d’un modèle sans doute bien plus adapté à l’être humain : la société matrilinéaire. Où le rôle du géniteur et du père ne coïncident pas, et où le rôle du père est joué par les hommes de la famille maternelle : oncles, cousins… étant donné la débâcle du couple traditionnel, qui ne fait que se confirmer chaque jour un peu plus, même chez les individus se réclamant du traditionalisme, et qui n’a pu être maintenu jusque là que par la répression des individus et notamment des femmes, et de leurs élans les plus naturels, qu’aurait-on à perdre à revenir aux fondamentaux ? …

Edit du 10 juin 2024 – Ajout du passage suivant : « Il va de soi que cela irait dans les deux sens, avec la possibilité également pour les femmes de fonder par exemple une lignée matrilinéaire, en accord contractuel avec l’homme constituant le »donneur artisanal », et de se prémunir contre les éventuels recours de ce dernier, qui changerait d’avis et voudrait ensuite des droits sur l’enfant (tels que donner son nom, garde alternée, etc) : en effet, n’est-il pas anormal qu’une femme puisse faire appel à un donneur de sperme et qu’elle puisse avoir recours à une fécondation artificielle, sans que cela n’implique de droits pour le géniteur, alors que la même chose n’est pas possible pour une fécondation « artisanale », naturelle, qui implique automatiquement de donner des droits au géniteur, alors même que ce dernier est peut-être initialement d’accord pour être un simple « donneur » ? Cela place ces mères en situation de dépendance juridique, subordonnées à un revirement ou changement d’avis du géniteur. »

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