Les agressions sexuelles dans le cinéma sont des suites logiques et non des accidents (Festival de Cannes – 18 mai 2024)

18 mai 2024 :

Dans la foulée de la libération de la parole concernant le viol, les attouchements et le harcèlement sexuels, et suite à une autre accusation, portée cette fois contre le cinéaste Francis Ford Coppola, on peut lire pour la énième fois ce matin les complaintes des Monsieur et Madame Michu en commentaires, expliquant qu’il y en a marre de ces accusations matin midi soir, que certaines (et certains) auraient trouvé la poule aux oeufs d’or, que maintenant, tiens, tout le monde est victime, que c’est devenu une identité, qu’on peut pas passer à un autre sujet parce que ça suffit maintenant. Niant le mouvement historique qui est en train de se produire – qui vient parfois avec des dérives, je suis la première à l’admettre, à estimer qu’il faut les combattre et défendre la présomption d’innocence -, ils en oublient qu’il est un peu normal qu’on mange ce sujet un peu à tous les repas, matin, midi, soir, qu’une fois l’eau de la rivière arrivée en bout de chemin, la cascade ne fait que commencer. Que oui, les victimes en profitent pour se faire entendre, que le courage de l’une en inspire une autre, et que la création de ce contexte favorable, où la parole est de mieux en mieux accueillie, ouvre des possibles pour ceux qui se croyaient seuls au monde jusque là, oblige certains individus à relire leur vécu sous une lumière plus lucide et à s’admettre que ce qu’ils pensaient normal ne l’était pas, que simplement rien ni personne ne leur avait expliqué que ça ne l’était pas. 

Les gens pensent que le fait que tant de cinéastes ou d’hommes de ce milieu se trouvent soudainement accusés d’agressions sexuelles signifie forcément qu’il y a mensonge ou exagération, relecture de l’histoire personnelle, anguille sous roche en tout cas. Ils ne veulent pas voir que beaucoup de ces accusés sont effectivement des porcs, c’est trop dur de se dire que de toutes leurs idoles, peu en fait ne le sont pas. Leur grand nombre n’est pas un élément de non-plausibilité, bien au contraire : en fait, c’est le fonctionnement même d’une grande partie de ce milieu qui est ainsi calibré, beaucoup de porcs se sont servis de leur art pour faire du rabattage dans l’impunité la plus totale et ils ne sont pas des cas rarissimes. Mais admettre que ces accusations sont souvent fondées est difficile, car c’est admettre que ce milieu est grandement vicié, que les coupables qui y sévissent ne sont pas des déviants mais des purs produits de leur environnement, que tout a été fait pour qu’ils prospèrent, et que leurs agissements ne sont pas des accidents mais des suites logiques. Evidemment, cela laisse augurer d’un chantier bien plus colossal que ce que l’on croyait, il ne s’agit plus de ramasser les quelques brebis galeuses de ce milieu à la pince à épiler, mais de refonder totalement notre environnement. Et de prendre conscience, en regardant certains films qui nous ont fait rêver, que les gens qui les ont faits étaient des humains, trop humains, certains d’entre eux ayant, en coulisses, exploré de l’humanité ses abysses les moins glorieuses.

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Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
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