
Écrit et publié le 25 avril 2024 au soir sur FB.
La GPA passera, de même que le transhumanisme d’ailleurs (qui procède de la même logique), parce que dans une époque nihiliste et matérialiste comme la nôtre, où la spiritualité est soit absente, soit revendiquée mais vidée de sa substance, de ses règles, de ses contraintes, et conçue pour s’inscrire dans une auto-complaisance flattant l’égo, l’horizon indépassable est celui de la résolution de la détresse humaine et de l’augmentation coûte que coûte de la satisfaction personnelle, dans une forme d’optimisation sans fin de l’expérience de vie. On n’aspire plus à faire ce qui est juste, mais à faire tout ce qui peut réduire la détresse humaine et augmenter le sentiment de satisfaction de chacun, tout ce qui peut apporter du plaisir, quitte à s’opposer à l’ordre naturel des choses et du monde, quitte à interrompre le cours de la vie elle-même. Il est louable de vouloir rendre la vie des gens meilleure : cela devient une faute lorsqu’on le fait au détriment de la morale et des principes, lorsqu’on est prêt à mettre le monde à l’envers pour pour son plaisir propre. Dans une telle société, fondée sur l’absence de spiritualité véritable et donc de transcendance de la souffrance, où le cri déchirant d’un humain dont le rêve ne se réalisera pas est perçu comme le paroxysme de l’inacceptable, il n’existe plus de « non » ni même de limite aux désirs personnels qui soient audibles ; ces derniers sont devenus des crimes. Le sentimentalisme qui en résulte se confond aisément avec l’Amour : les deux ont en commun la compassion et la tendresse pour le genre humain. Mais l’Amour s’équilibre par son pôle opposé qu’est la Loi (l’autre nom de la fermeté divine, du karma, etc), ce qui en fait un principe éminemment spirituel, quand le sentimentalisme ignore naïvement cette dernière et n’ancre sa bonté que dans la matière. Contrairement à l’Amour, qui sait que la détresse humaine qui provient d’un rêve brisé est parfois nécessaire, qu’elle n’excuse et ne justifie pas tout, qu’elle ne donne pas tous les droits, qu’il faut au contraire faire oeuvre de dépassement pour ne pas déranger la pureté des choses, que la vie doit être vécue jusque dans ses épines et le calice bu jusqu’à la lie, le sentimentalisme, lui, ne supporte plus la vue de la détresse, du drame, des larmes, de la frustration, et d’un rêve brisé, ne supporte plus ce qui fait obstacle aux idéaux individuels de chacun ; ne raisonnant qu’à hauteur d’homme – c’est-à-dire dans l’ici et maintenant qui est celui de la terre et de la matière, sans ciel faisant office de guide – là où il faudrait raisonner à hauteur d’âme ; ce même sentimentalisme pense alors régler les problèmes du monde en donnant satisfaction à chaque enfant qui pleure pour un jouet cassé, ne voyant pas que l’apprentissage de la frustration serait ici non seulement nécessaire, mais bien plus indiqué (on ne s’étonnera donc pas que le culte de l’enfant-roi jaillisse également des entrailles d’une telle société). C’est alors très naturellement que le « droit » d’un adulte à avoir un enfant et à connaître la formidable expérience de la parentalité prend le dessus sur le droit d’un enfant à naître dans le respect des lois du monde et des énergies qui président à la Création.
Dans une société ayant généralisé ce schéma de pensée matérialiste, toute épreuve est perçue comme une injustice profonde, et l’idée d’accepter le destin quand on ne peut pas le changer par des moyens honnêtes -, ou de remettre un grand rêve à la vie prochaine, est forcément inaudible. La résultante en est naturellement le transhumanisme, dont la GPA n’est qu’une des nombreuses ramifications, mais aussi l’idée générale que la fin justifie les moyens, si prégnante dans les philosophies constituant la fondation de nombreux mouvements politiques radicaux, souvent de gauche et d’inspiration athée.
Se battre pour défendre le respect d’une écologie du corps et de la procréation n’a que peu de sens dans le contexte actuel, et sera forcément vain, car c’est se concentrer sur l’une des innombrables branches d’un arbre, au lieu de s’attaquer aux racines de ce dernier. Dans ces conditions, même une victoire – déjà peu probable – serait précaire et de courte durée, puisque toute l’orientation générale prise par la société tire la corde dans le sens inverse. Ce sont les bases métaphysiques et spirituelles du monde qui sont ici à penser et repenser. Je répète ici plus ou moins, c’est vrai, ce que j’écrivais déjà il y a 12 ans (voir mes articles « Pourquoi Dieu manque à la France » chez BV et plusieurs textes publiés sur Causeur où j’évoque en arrière-fond cette problématique qui s’applique en fait à une infinité de sujets). Je n’en démords effectivement pas : le combat est avant tout d’ordre spirituel.
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