
Archive – texte écrit et publié le 2 mai 2022 sur FB
« Que Dieu te permette de porter ton deuil comme une flamme et non comme un fardeau » – vieux proverbe russe (merci à Paul N. pour me l’avoir fait connaître)
Nos plus grands deuils nous nourrissent à un niveau tel qu’il ne faut pas regretter ce que le passé a fait de nous. Les rêves perdus se réincarnent dans le présent sous une autre forme.
Mes plus grands deuils à moi sont celui de la langue et de la musique.
Le yougoslave a été mon premier langage et je l’ai perdu. Je le parlais parfaitement durant les premières années de ma vie. Sur les anciennes cassettes familiales, que nous avons en abondance, c’est en yougoslave que je m’exprime. Mes parents appliquaient la règle suivante : à la maison, on me parlait ma langue d’origine ; à l’école et au dehors plus généralement, on me parlait le français. C’était ce qu’on leur avait présenté comme le meilleur modèle éducatif, ce compartimentage devant permettre à l’enfant de connaître ses deux langues à part égale, sans toutefois être perdu ou dans la confusion, chacune ayant un espace dédié et n’empiétant pas sur le territoire de l’autre.
Puis subitement, vers 5 ou 6 ans je pense, lorsqu’ils ont compris qu’ils ne retourneraient pas au pays à cause de la guerre, mes parents ont arrêté de me parler le yougoslave. Pour eux, il valait mieux que je ne m’attache pas trop à mes origines, afin de devenir pleinement française, sans nostalgie pour le passé et sans défaut d’intégration. Surtout, ma mère avait été affolée par la remarque d’une dame du personnel – de l’école maternelle ? De la crèche ? Je ne sais plus – qui lui avait confié que je parlais très peu. Elle a eu un coup de flip soudain et s’est demandée si la raison de ce mutisme relatif n’était pas une mauvaise connaissance du français. Pensant bien faire, elle a donc coupé net la corde qui me reliait à cette langue. Par la suite, le français est devenu mon seul vrai langage. Je parlais toujours le yougoslave assez bien pour pouvoir tenir des conversations simples. Mais cela n’était en rien comparable avec mon aisance passée. Ce n’était plus ma langue natale, mais une langue étrangère dans laquelle je cherchais mes mots et tentais de bricoler des phrases permettant d’exprimer des choses basiques. Nous avons essayé à plusieurs reprises et à ma demande de réintégrer le yougoslave à la maison. Ma mère avait même ressorti le Bukvar (se prononce « bookvar »), un fameux manuel yougoslave pour enfants, afin de nous apprendre les bases à ma sœur et moi, lorsque j’étais au collège, ce qui avait beaucoup amusé une camarade de classe d’origine serbe qui n’avait jamais eu ce problème et parlait le yougoslave aussi bien que le français. Mais ces résolutions sautaient très vite face aux exigences et caprices du quotidien. On s’y tenait quelques jours, pas plus.
Longtemps, je n’ai rien ressenti à ce sujet. Juste une frustration épisodique lorsque j’avais besoin de parler le yougoslave et que je le baragouinais. Autrement, la question ne se posait pas.
C’est dans ma vingtaine que la vague s’est retirée du rivage pour laisser voir les cadavres laissés par ce déracinement.
J’ai longtemps traîné cette nostalgie maussade et impuissante d’être loin de mes paysages et surtout, loin de mon langage. Un conflit identitaire de grande ampleur qui m’aura durablement déchirée durant ma vingtaine, me poussant dans les bras d’innombrables tourments, questionnements, idéologies pansements. Cette quête que j’ai engagée m’a aussi forgée à des niveaux considérables. Sans le savoir, je lui dois peut-être tout. Ma construction intellectuelle et une certaine complexité humaine, spirituelle. C’est dans les périodes tortueuses que l’on se trouve le mieux et que l’on apprend avec une intensité proportionnelle à notre douleur, si le désir de progresser est là.
J’ai ressenti de plus en plus furieusement le manque de ma langue, à chaque fois que j’y pensais, et une cruelle impression d’incomplétude. C’est dur, surtout quand on écrit et que les mots sont tout pour nous, de réaliser que nos textes, nos poèmes, nos pensées, sont coupés de ce qu’on imaginait être leurs racines. Que je ne pourrais jamais, sauf à consentir à un travail titanesque qui éclipserait toute autre dimension de mon existence, retrouver ‘ma langue’ et la parler aussi bien que le français. Alors que ma vie a déjà bien commencé. Tristesse : j’écris un livre depuis mes 17 ans, j’en ai 30 aujourd’hui. J’ai déjà entamé ma vie d’écriture, noirci des quantités astronomiques de pages. Sans que ma langue maternelle ne fasse partie de cette épopée. Je pense et j’écris en français désormais. Tout en étant profondément slave. Le chemin est déjà bien entamé. Il est sans doute vain de vouloir revenir en arrière. Cette part de moi qui m’est essentielle sera donc brisée à jamais, et ne me sera jamais rendue ?
2020, 2021, retour de Saturne imminent. Désir et nécessité d’une action concrète. J’ai donc entrepris de prendre des cours sur Paris. Mais j’étais très fatiguée durant cette période, j’étais déjà en train de guérir de choses délicates, je m’ajoutais trop de difficultés, cela devenait invivable psychologiquement et physiquement, malgré une volonté réelle de renouer avec mon langage. Surtout, les confinements successifs ont eu raison de mon investissement : il a fallu passer aux cours sur Zoom et cette perspective m’a lessivée d’avance. Ce qui était jusque là précaire et compliqué m’a alors semblé éreintant. J’ai abandonné. Je suis tombée du wagon. Était-ce un coup du destin qui me démontrait que je n’étais pas sur la bonne voie, ou simple partie remise ? Je ne le sais pas.
Quant à la musique, cela a toujours été, avec l’écriture, mon mode d’expression le plus naturel. J’écrivais des poèmes en vers en classe, lorsque la maîtresse avait le dos tourné. J’avais quoi, 6, 7 ans ? C’est mon premier vrai souvenir d’écriture. Et j’étais souvent traversée, de nulle part, par une image étrange, toujours la même. Dans un bureau à l’abri du monde, dans une pièce enveloppante et doucement éclairée, respirant le bois sombre et le vert émeraude, dans ce qui semblait être un pays occidental et pluvieux, sans doute à l’époque médiévale, une main d’homme virile, ferme, belle, d’âge moyen (30-45 ans), ouvrant un tiroir pour se saisir d’un feuillet. En sentiment de fond, la joie simple d’écrire et de vivre dans un cocon tranquille consacré aux choses de l’esprit. Cet homme était sans doute secrétaire, écrivain, prêtre ou scribe. En tout cas, j’étais certaine que c’était moi.
Je n’ai jamais su s’il s’agissait d’un désir, d’une vision d’avenir, ou d’une réminiscence de vie antérieure. Mais cette image revenait souvent.
Je me souviens avoir rêvé très jeune d’être écrivain : du moins, d’y avoir pensé, étant à la recherche d’une vocation dans laquelle tout mettre de moi. Celle-ci était la plus évidente. Après tout, il y a deux choses que je faisais comme je respirais : composer de la musique et écrire. Mais je me souviens aussi avoir coupé immédiatement mon propre élan : ‘ma fille, tu n’écris que de la poésie, et un écrivain doit tout écrire, surtout des romans. Surtout, un écrivain, c’est Victor Hugo’. Moi qui brûlais d’être géniale dans ce que je faisais, j’ai eu le vertige et ne me suis naturellement pas sentie à la hauteur. La littérature était un trop grand édifice pour que la pierre que j’y apporte ne soit pas ridicule. Parallèlement à l’écriture, j’aimais plus que tout la musique, et je rêvais d’être compositeur. Je composais déjà des chansons dont je me rends compte qu’elles étaient vraiment belles pour une personne de mon âge. Je rêvais d’apprendre le chant. Mais j’ai rencontré l’obstacle familial. Le Solfège m’aura très tôt dégoûtée d’une forme d’apprentissage académique qui ne m’a jamais réussi, sauf de loin, en prenant ce que j’avais à prendre sans trop m’encombrer de lui. Surtout, mes parents ne croyaient pas vraiment en mes passions. Or, contrairement à l’écriture qui ne nécessite qu’un papier et un stylo, peut s’apprendre dans la solitude et s’accomplir dans le silence, la musique réclame de se faire entendre chez soi, elle réclame du matériel, des cours, une extériorisation et donc, dans une certaine mesure, une rupture d’intimité qui m’était très douloureuse, à moi qui détestais sentir sur moi le regard de mes parents et avais besoin pour survivre de ne rien leur laisser paraître de moi-même. J’avais une peur bleue qu’on entende ne serait-ce que ma voix. Il me paraissait impensable de pratiquer mes passions à proximité de ces parents toujours là, toujours présents et tendant une oreille intrusive à tout ce que je faisais.
Sans doute cela m’a-t-il inconsciemment éloignée de la musique, prenant acte de l’impossibilité d’en faire selon mes conditions propres.
L’écriture est donc devenue ma planche de salut. Et même si je n’osais pas imaginer une telle vocation, cela ne me quittait pas. J’écrivais souvent, naturellement, aisément, au point que des professeurs au collège m’ont déjà demandé si c’était bien moi qui écrivais mes devoirs. Quelques facultés, rien d’extravagant. J’avais, à côté, d’autres passions que j’ai temporairement imaginé être des vocations. À une époque, par exemple, ce fut l’équitation.
Dont un coup du sort m’a éloignée après des débuts prometteurs : je me voyais déjà cavalière mais mes parents, modestes immigrés se sacrifiant pour nous offrir le meilleur à ma soeur et moi, n’avaient tout simplement plus les moyens de me payer des cours.
C’est le lycée qui a durci et scellé brusquement mon rêve d’écriture. Sur ma fiche de rentrée, en redoublement de seconde, en cours de français, interrogée sur le métier que je souhaitais faire plus tard, j’ai noté : « écrivain ». C’est sorti tout seul. Même moi, je suis incapable d’expliquer pourquoi. Mon désir n’était même pas conscient à cette époque, il ne semblait pas encore mûr et parvenu à la surface. Je pensais plutôt m’orienter vers le cinéma et devenir réalisatrice et scénariste, professions qui impliquaient l’écriture tout en me semblant plus profanes et davantage à ma portée, tant j’idéalisais la littérature et ne m’en sentais pas digne. Je ne savais pas du tout que je voulais être écrivain, je ne savais juste pas quoi mettre. Il faut croire que mon cœur avait, lui, une parfaite connaissance de ce qui le faisait brûler au fond de lui. Cette confidence m’aura surtout permis d’être détestée par ma prof de français, que j’aurais subie deux ans ; elle a fait de moi sa bête noire, me prenant par exemple à part pour me menacer de faire baisser mes notes afin que je n’aille pas en première littéraire (l’ironie du sort étant que cela ne m’a pas empêchée d’étudier les lettres modernes à l’université et d’obtenir un Master II) ; elle s’amusait aussi à me rendre mes copies de poésie en retard, une semaine après les autres, avec une note médiocre, entre autres coups de pute, pour ne pas avoir à lire mon travail devant le tout le monde (ma meilleure amie, indignée, et certaine que j’allais avoir une excellente note, a pris ma copie pour la montrer à sa prof de français, qui a répondu : « j’aurais mis au moins 17 » ; ma mère me confiera plus tard que c’est en lisant ce poème qu’elle a su que j’étais faite pour écrire, elle qui se rongeait alors les sangs concernant mon avenir). Moi qui m’entendais relativement bien avec mes professeurs, les quelques unes qui ont décidé de me rendre la vie impossible étaient toujours des professeurs de français. Cela m’a sans doute raffermie dans la conviction intérieure qu’il y avait quelque chose en moi, un avenir, une promesse, un gisement qui attendait d’être découvert, ce qui ne plaisait pas à tout le monde, surtout aux aigris de l’Éducation Nationale. J’ai toujours pris cela par dessus la jambe et n’ai jamais douté de moi-même. J’étais un cancre absentéiste envoyé dans ce qu’on considérait alors comme une « filière poubelle », la STG, lorsqu’un titre de roman m’est tombé sur la tête à 17 ans. J’ai tout de suite su, tout de suite senti l’importance fatidique de cette idée. J’ai laissé tout ce que j’étais en train de faire et j’ai suivi mon instinct, et les cailloux sur mon chemin. Au fur et à mesure de ma marche, cette mystérieuse idée qui charriait mille images mais n’était encore qu’une idée, vaporeuse et diffuse, s’est déshabillée et s’est livrée à moi. Très doucement. Ma vingtaine m’aura servi de lent et douloureux apprentissage. J’ai accumulé les images, les petits cailloux, les coquillages, ne sachant moi-même pas où j’allais, et un édifice cohérent a peu à peu émergé dans la nuit. Ma cathédrale. Mon roman. Que je termine désormais à mon rythme.
Dans tout cela, la musique ne m’a jamais quittée : je continue d’écouter de la musique plus que je ne lis. Je lis très peu en vérité, et ce même si j’ai plusieurs fois essayé de me forcer à lire davantage, soit parce que ma scolarité le réclamait, soit parce que j’en éprouvais l’envie réelle sans vraiment y arriver, soit parce que j’avais intériorisé l’idée qu’il *fallait* lire, que c’était une nécessité : l’expérience m’a démontré que j’apprends et me nourris autrement que par la lecture, je serai sans doute toujours une petite lectrice car j’ai une voix intérieure forte, un gisement personnel assez abondant et que j’apprends beaucoup de la vie elle-même, de mes observations, de mes territoires de solitude et de contemplation que je cultive envers et contre le monde.
Quant au goût de la danse, inné chez moi, et que je ne dissocie pas de celui de la musique, il est également resté ancré à mon cœur.
La langue et la musique.
Ces deux douleurs fondamentales se sont très probablement réincarnées dans mon écriture sans même que je ne le réalise. Au point peut-être de devenir une richesse ? C’est le sens que j’essaie de donner à cette souffrance en tout cas. C’est la manière dont j’essaie de sublimer ces deux grands deuils qui m’ont construite malgré moi.
En effet, on me dit souvent que mon écriture, française, a des tournures typiquement slaves et balkaniques – mon goût pour l’excès, la richesse et le foisonnement sans doute – donnant peut-être naissance à une hybridation particulière entre ces deux cultures qui me composent. Le romantisme et l’harmonie française, la démesure et la brutalité de l’Est. Il est vrai que je ressens souvent moi-même les accentuations et les forces très slaves qui me possèdent lorsque j’écris, en français.
De même, il est fréquent que l’on me fasse remarquer une certaine musicalité dans mon écriture, surtout dans ma poésie. Sur ce coup-là, je n’ai effectivement pas besoin qu’on me le dise : je le ressens très fort et je suis consciente de la vraie marque que cet amour de la musique aura laissé dans mon écriture. J’écoute beaucoup de musique, j’adore découvrir et faire découvrir des morceaux et des artistes inconnus, étrangers, neufs, anciens, improbables, et j’éprouve une certaine fierté quand on me dit que j’ai de bons goûts en la matière. Lorsque j’écris, c’est comme un musicien ; et la musique m’inspire souvent mes passages et mes scènes les plus chères. D’ailleurs, quasiment toutes les fois où je suis allée voir un médium, on m’a toujours parlé de musique, même quand je n’ai parlé que de littérature, et du roman que j’écrivais : on m’a toujours dit que la musique occupait une place tout aussi importante, et parfois même que j’en referai, d’une manière très sérieuse. Et, c’est vrai, l’idée ne m’a jamais quittée. Je me suis toujours promise que cela arriverait, que je m’y frotterai de nouveau, même si c’est pour au final revenir de ce rêve. La musique est ce que j’appelle mon grand astre mort, l’un des deux jumeaux qui n’a pas survécu mais qui continue de vivre à travers l’autre, bien vivant : ici la littérature. Alors il est bien évident que la musique vit très fort dans mon écriture.
J’ai un côté chansonnier, qui peut plaire ou agacer, dans ma manière d’écrire mais aussi de lire. Mes amis poètes et écrivains vous le diront eux-mêmes, lorsque je les conseille sur un poème qu’ils me montrent (les gens adorent me demander mon avis ; je crois que je ne suis pas mauvaise conseillère car j’aime apporter des réponses concrètes et que je suis capable de voir la beauté et le potentiel où ils se trouvent, et d’être encourageante) : je vais leur casser les couilles sur la musicalité, la métrique, car je suis incapable de lire autrement. C’est ce qui me touche en premier, et c’est ce que je cherche d’emblée à améliorer chez les autres. Ils ne s’en plaignent pas je crois, et tiennent souvent compte de mes remarques. J’écris moi-même comme on psalmodie et j’ai du faire l’effort de corriger un certain nombre de travers liés à ce penchant naturel (j’ai du faire davantage attention au sens de ce que je dis, par exemple ; quitte à apprendre à retravailler des phrases plaisantes à l’oreille mais défaillantes dans leur signification et leur justesse). Je conçois la poésie comme une musique à part entière dont la lecture et les sonorités doivent produire une jouissance presque indépendante du contenu. Je dis presque car les deux sont évidemment liés et que l’un influence l’autre. Je ne pourrais jamais me passer du sens. Mais j’aime l’idée qu’un poème puisse être lu à une personne qui ne connaît même pas la langue de ce texte, et qu’elle puisse ressentir quelque chose, en pressentir le sens et le contenu sans le comprendre au premier degré. Un frisson universel. J’adore d’ailleurs lire de la poésie étrangère dans sa langue d’origine, avec une traduction bilingue à côté. Pour mieux apprécier la musicalité de chaque vers.
J’aime me rembobiner avec une ferveur quasi-religieuse des passages qui ont cette force que je recherche tant. Par exemple, Si tu me olvidas de Pablo Neruda, chef d’oeuvre du début à la fin :
« Ahora bien
Si poco a poco dejas de quererme
Dejaré de quererte poco a poco.
Si de pronte me olvidas
No me busques,
Que ya te habré olvidado. »
Je pourrais continuer comme ça longtemps.
Je déplore qu’il n’y ait pas plus d’accès qui soit donné à la poésie étrangère en version originale, lue ou écrite. Et que les textes en langues plus éloignées comme l’arabe ou le russe ou le mandarin ne soient pas également proposés en phonétique, afin que n’importe qui puisse les lire, même sans connaître l’idiome.
J’aimerais pouvoir avoir le plaisir de lire Mahmoud Darwich dans le texte, un jour, ou d’en écouter des lectures.
Un peu comme les films en version originale sous-titrée.
C’est donc le lot de consolation auquel je me cramponne pour oublier ces deuils symboliques qui m’ont faite et qui ont laissé leur marque en moi. De la même manière que les morts continuent de vivre en nous après leur disparition terrestre, peut-être que dans le fond, c’est la manière que ces passions jamais disparues ont eu de se transformer et de m’enrichir en tant qu’individu.
Uči dok si mlada, imaš još vremena.
Ne samo iz knjiga nego i z pjesama !