Ce qui compte, c’est la ligne d’arrivée, pas de départ : ou pourquoi le choix d’Aya Nakamura pour l’ouverture des JO 2024 à Paris est parfaitement légitime

À part Djadja, que j’aime écouter, je ne comprends pas du tout l’engouement autour d’Aya Nakamura, surtout à l’étranger : je trouve que sa musique est illisible, c’est du bruit sans mélodie, avec en plus cette couche d’autotune mal utilisé qui me fait souvent penser à ces gâteaux trop sucrés avec trois couches de crème qui remplissent les restaurants de foodporn. Je ne trouve même pas cela accrocheur, alors que c’est précisément ce que sa musique est censée être. Ses textes me laissent indifférente : je les trouve plats et médiocres. Etrangement, ce qu’on critique le plus chez elle, notamment ses inventions linguistiques, ça ne me dérange pas, je trouve ça plutôt inventif, et il est vrai que les paroles ont parfois simplement vocation à accompagner la musique. Je peux en revanche un peu plus comprendre que la positivité féminine qu’elle incarne parle à de nombreuses personnes. Je n’éprouve pas d’hostilité spécifique envers elle : je n’écoute tout simplement pas sa musique. Cela s’arrête là. Et je désapprouve tous ceux qui font de leur absence de goût pour quelque chose une excuse pour harceler gratuitement, critiquer l’apparence ou les origines d’un individu, s’adonner à des attaques ad hominem assez basses ou un véritable acharnement qui ne fait honneur à personne. Mais on ne peut vraiment pas dire que je sois une fan d’Aya Nakamura, cela, c’est certain.

Cependant, qu’on le veuille ou non, elle est extraordinairement populaire comme peu de gens l’ont été dans l’histoire moderne de notre pays, fait partie des quelques artistes français très vendeurs, y compris à l’étranger, et pour une manifestation sportive à rayonnement international comme les JO, c’est ce qui est habituellement recherché. En d’autres termes, elle est parfaitement légitime dans son rôle, qu’on aime sa musique ou pas. Certains peuvent penser qu’il aurait fallu choisir un artiste à la musique plus « exigeante », c’est leur droit, c’est un parti-pris tout à fait défendable, et je ne les désapprouve pas forcément sur ce point, mais le choix d’Aya Nakamura s’inscrit en tout cas dans le parti pris usuel. À savoir, à manifestation populaire et à visée internationale, artiste populaire et à rayonnement international.

Même ceux qui ne l’aiment pas ne peuvent pas dire que ce n’est pas un choix cohérent. Il n’y a donc pas de scandale ici.

On peut déplorer que ce soit ce que les gens achètent le plus, y compris à l’étranger, on peut préférer autre chose, mais c’est ainsi pour le moment, et ce n’est pas le sujet dans le cas présent : le choix constitue la ligne d’arrivée, pas celle de départ. Et j’ai l’impression que beaucoup de gens ne font pas cette distinction. Respecter le choix d’Aya Nakamura ne veut pas dire adorer forcément son oeuvre, mais comprendre que ce même choix s’impose ici comme parfaitement légitime et fait suite à une popularité bien réelle qui lui donne accès à une telle fonction.

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