Sydney Sweeney, nostalgie de la tendresse (archive)

Sydney Sweeney : souriante, rayonnante, au faîte de sa gloire.
Une photo qui a beaucoup fait parler sur les réseaux sociaux. Cette beauté simple, et ce sourire ouvert, qui se donne sans contrepartie et n’a pas peur de l’émerveillement, y sont sans doute pour quelque chose...

Texte écrit et publié sur Facebook le 29 janvier 2024.
Fun fact : je ne connais pas grand chose de Sydney Sweeney. J’ai vu passer, à tout casser, quelques extraits d’Euphoria, où elle joue le rôle d’une fille fragile et très émotive. Et je dois dire que j’étais initialement plutôt fascinée par Alexa Demie (nul comparatif ici : elle correspond tout simplement à mes canons). Mais Sydney Sweeney, l’engouement et les débats qu’elle a pu susciter sur les réseaux sociaux, et cette photo devenue virale (notamment sur X) m’ont inspiré cette réflexion d’ordre sociologique (et esthétique).

En plus d’être indéniablement belle, je crois que Sydney Sweeney satisfait chez les masses et l’esprit masculin un besoin inconscient, qui a été frustré depuis trop longtemps : celui de la joie simple, et de la féminité qui la porte en étendard. Un modèle qu’on a voulu faire tomber en désuétude mais qui signe son éternel retour et qui, s’il avait déserté les médias courants, n’avait jamais disparu des esprits. Ce n’est pas le seul archétype valable, mais il existe et il est là.
Sydney Sweeney réveille une nostalgie de la blonde à gros seins des années 90, très souriante, avenante et féminine, libérée mais sans tomber dans les pièges de la modernité. Elle n’est pas aigrie, blasée, ou passive-agressive, comme c’est la mode ces dernières années, sur le mode « trop chère pour toi » ou « je fais tout pour qu’on me remarque mais j’aboie dès que tu poses tes sales yeux sur moi », comme toutes ces gamines qui ont appris sur TikTok ou Instagram l’amour transactionnel, qui font les comptes, surjouent la dangerosité et le charme surestimé de l’hautaineté, veulent en avoir pour leur argent, savent déjà combien elles veulent que leur petit-ami gagne, et à quels lifestyle, bijoux, voyages, elles ont le droit, avec la monnaie d’échange que serait leur physique, naturel ou artificiel, ou je ne sais quelle autre atout. Car il s’agit toujours de prendre, prendre, prendre, et une armée de filles de base s’est levée pour sans cesse prendre, prendre, prendre, non sans avoir calculé leur coup, se plaignant ensuite d’être prises pour de la marchandise, sans voir qu’elles nourrissent ce cercle vicieux. Ici, il s’agit de donner et de jouir de ce qui est. On voit une fille simple qui semble avoir des plaisirs simples. Qui n’est pas avare de ses charmes et qui est heureuse de l’effet qu’elle fait, sans en jouer de manière malsaine, glanant les compliments comme des fruits aux arbres, avec gratitude. Elle n’est que fraîcheur et naturel. Son regard, envoûtant, demeure sans poison. Son sourire, sans arrières-pensées. Elle semble dire, tout simplement : « Faisons l’amour et renouvelons le paradis du monde », « Il fait beau cet après-midi : allons faire un tour en rollers, et mangeons un repas sur le pouce ». Elle assume l’émerveillement candide (il y a une raison pour laquelle cette photo-ci est devenue virale) et a le charme communicatif des pom pom girls. Elle a tout compris. La vie est simple, c’est nous qui la compliquons et nous éloignons du paradis dressé pour nous par des forces qui nous précèdent et dont nous faisons partie. A une époque où il faut faire la gueule ou afficher un féminisme un peu agressif, une ambition toxique, des principes un peu incohérents et une cérébralité tarabiscotée qui ne cesse d’insulter le bon sens, elle ne fait pas semblant d’être au dessus des joies simples, des enthousiasmes naïfs ou des trucs de filles, des conversations sur les garçons, et ne prend pas de haut la beauté des fleurs et le gazouillis des bébés. Elle n’a pas de snobisme, de solitude rétentionnelle et anale, et elle aime être avec les gens. Elle est la jeune américaine sociable et saine qui a grandi dans une ferme, a été nourrie au grand air, aux légumes du jardin et au lait chaud fraîchement cueilli aux mamelles de la vache. Qui aime se maquiller, se pomponner, mais qu’on peut voir de bon matin dans les rues, les cheveux sommairement attachés, un sweat au hasard, les joues roses de bonheur ; elle semble étrangère aux artifices grossiers de son époque, et quand elle s’y adonne, c’est avec la joliesse expérimentale de l’enfant qui s’est mis du feutre sur les ongles, sans qu’il n’en ressorte rien de glauque et de mesquin. Elle est naturelle, athlétique, laisse vivre ses courbes, n’a pas le goût des injections qui vous déforment un corps ou un visage, pour atteindre ces pseudo-perfections d’animal empaillé. Elle se satisfait de ce qu’elle est, elle a sans doute des complexes comme tout le monde mais n’a pas d’ego de toute puissance à protéger de toute manière. Un peu traditionnelle, elle assume de vouloir des gosses jeune*, et elle est en même temps délurée, d’une liberté hollywoodienne, sans pudibonderie bigote, acceptant tout le monde et ne jugeant personne, populaire sans doute mais pour de bonnes raisons. Elle ressuscite sans le savoir cette brève parenthèse dorée où, si tout n’était pas parfait, les rapports entre les sexes semblaient moins névrotiques, amers et codifiés de part et d’autre, où il n’y avait pas le spectre permanent du harcèlement de rue, où il y avait moins d’arrières-pensées ou de précautions sur tout, de débats anxiogènes, de décharges à signer avant le moindre baiser volé ; où les enfants jouaient dehors et les adolescentes passaient leurs après-midis libres à zoner au centre commercial plutôt que sur internet, à chercher le jean qui fait un beau cul, à baver sur toutes les babioles qu’elles ne pourraient pas s’offrir, tout en essayant de ne pas croiser leur ex, avec les copines qui font front comme un essaim d’oiselles excitées, et furètent les alentours du regard. Une forme d’innocence du monde, en fait. Une perfection qui n’a d’ailleurs peut-être pas existé, mais dans laquelle nous figeons les époques passées. Une partie de son succès tient aussi là : c’est une beauté « facile » qui ne se prend pas la tête et qui ne la prend pas non plus aux autres, qui est rafraîchissante et se désaltère d’une limonade vendue par les gosses de la rue au mois d’août. Son physique en témoigne. Si certains la disent « mid » (« moyenne ») sur le mode « il y en a 50 comme elles dans n’importe quelle petite ville américaine »**, c’est précisément parce qu’elle est d’une simplicité candide et que sa beauté répond à des fondamentaux assez intemporels, un canva qui ne prétend pas avoir inventé le fil à couper le beurre et qui ne se vautre pas dans l’ego de la subversion, de la transgression pour la transgression, qui sait le sens supérieur des symboles et s’incline sans se révolter devant les mystères du monde, et qui n’est inférieure à aucune « beauté à migraines ». Blonde, gros seins, féminine, souriante, tranquille, et heureuse d’être là. Et alors ? Elle me fait penser aux anciens bars à milkshake américains. Il y a là quelque chose de très réconfortant, maternel, de presque régressif, qui est beau à voir même lorsque l’on n’y porte pas un regard qui est celui du désir masculin. Ce ne sont pas des beautés qui attaquent mais qui régénèrent, et donnent envie de trouver ou retrouver en soi le ciel immaculé de l’enfance.

Avec toute la part de projection que ce point de vue implique, et sans y porter plus de romance que cela.

* As she discussed achieving a career as long as Moore’s, Sweeney said she would want « to find a really healthy balance, » sharing that she « always thought I’d have a kid by now. » « I always wanted to be a young mom, » she added. « I love acting, I love the business, I love producing, I love all of it. But what’s the point if I’m not getting to share it with a family? » « The time will come, and I’ll have four kids, » the star continued. « And they will come with me everywhere and be my best friends. »

** c’est le débat qui a éclaté à son sujet sur les réseaux sociaux (notamment X), et qui revient assez régulièrement, de même que pour Margot Robbie, consécutif à l’engouement suscité par ces deux actrices.

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