Les gens ne savent pas être libres

(Journal du 3 décembre 2023 au matin)

Statue coléreuse dans El Cid (1961). Une superbe photo de la superbe Sophia Loren, dont la beauté proverbiale était aussi originale, donc libre. Elle a imposé son propre modèle, ses grands yeux verts, ses sourcils altiers, son nez long et racé, son incroyable menton et la structure impériale de son visage. Que de grands mythes fondateurs n’auraient jamais existé s’ils avaient cherché à « ressembler à tout le monde » au lieu de ressembler à eux-mêmes…

J’ai vu passer ce matin même un « réel » d’une jeune fille au visage ravagé par la chirurgie et l’artifice (des lèvres pulpeuses mais inertes, figées, accusant les injections, des espèces d’extensions de cils très touffues qui donnent une impression de ‘pattes d’araignées’ autour des yeux, des sourcils très faits, des cheveux très lisses, etc). Elle était apparemment venue se faire injecter les mâchoires chez un chirurgien (j’ai hésité à écrire : boucher), comme s’il n’y en avait pas assez, comme s’il fallait ajouter à ce désastre une nouvelle lubie à la mode histoire de parachever cette entreprise grotesque de destruction de soi.

Cette fille, dont le visage affichait sans doute il y a encore peu de temps la vie, la fraîcheur, l’innocence et la gaieté des jeunes filles, ressemble maintenant à tout ce qui se fait et se voit sur instagram, un archétype que je n’ai même pas besoin de décrire puisque tout le monde le connaît. En plus de paraître le double de son âge (ce qui n’est pas un mal en soi : mais ici, c’est la jeunesse apparente conjuguée à une forme de vieillissement précoce, et plus que tout l’union discordante de ces deux âges, qui est disgracieuse et tragique).

Et une chose m’a frappée : je trouve incroyable, et d’une tristesse sans nom, de ne même pas avoir l’orgueil de sa génétique (la sienne, celle de ses ancêtres) et de son originalité propre, et d’accepter d’être simplement « une créature parmi d’autres », ou la copie de telle ou telle vedette de télé-réalité dont on vient grossir l’influence au détriment de sa propre personne, comme un vulgaire soumis qui s’arracherait son propre pouvoir pour le donner à quelqu’un d’autre.

C’est sans doute ainsi que les empires se créent : le monde est, encore aujourd’hui, fait d’une minorité de gens qui font, impulsent, vivent… et d’autres qui copient et obéissent.

Il y a toujours, d’une certaine manière, des roturiers et des aristocrates. Et le temps des monothéismes est toujours là, il n’a fait que se transformer.

Tout l’état du monde se révèle à travers ces modes, qui démontrent à quel point les gens sont prompts à ignorer leur propre lumière et sacrifier leur propre liberté – en pensant l’exercer, c’est toute l’ironie de la situation.

Cela donne un exemple supplémentaire qui va dans le sens d’une chose que les sages de toutes époques et de tous lieux savaient déjà : la vraie liberté n’existe qu’en soi.

Il ne suffit pas de vivre dans une société libre et démocratique. Encore faut-il soi-même avoir un coeur libre. La liberté est quelque chose d’individuel – ces individualités s’additionnant ensuite pour faire grandir la liberté collective. Et beaucoup de gens n’ont pas encore développé cette force et cette intelligence-là. On leur donne la liberté : ils la dilapident.

Les gens ne savent pas être libres. Ils se cherchent encore des Dieux, extérieurs à eux-mêmes ; ils vénèrent encore des statuettes. Et en pensant afficher les signes du pouvoir et de la beauté, ils prient devant l’autel d’un autre, et font de toute leur personne un monument à la gloire d’un autre. Leur désir illusoire et acharné d’être ce qu’ils ne sont pas les prive de ce qu’ils sont. 

Mais qui êtes-vous, vivants qu’on appelle semblables ? Pour voir si bien la lumière des autres, et être aussi aveugles à la vôtre ? Et pourquoi continuez-vous d’ignorer que vous êtes Dieu en personne ?! …

El Cid (1961)
El Cid (1961). Interrogée sur sa beauté, Sophia Loren, qui fut considérée par beaucoup comme « La plus belle femme du monde » de son époque (et toutes époques confondues !) disait : « It’s not even perfection. I was unique. I was not beautiful in the sense like a doll. »
Je n’ai pas réussi à trouver cette photo sans le tag…
Avatar de Inconnu

About Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire