Napoléon et la France : la poésie des naufrages

En lisant des textes sur Napoléon, on se rend compte d’une chose : il a été pour la France un bâtisseur hors norme… et son grand liquidateur. Il fut semblable à l’éclatant zénith du soleil, qui en annonce toutefois l’irrémédiable déclin.

Il a été l’homme du paroxysme, a fait rayonner la France à un niveau exceptionnel, commandé comme personne et imposé des structures qui lui survivent encore aujourd’hui, et ce dans le monde entier. Mais après son règne, la France, vidée de ses forces vives, a définitivement perdu sa place de première puissance européenne, et c’est le Royaume-Uni qui en prendra la suite, cette fois sur un plan mondial, imposant une hégémonie qui se perpétue aujourd’hui à travers la domination de sa langue, y compris chez nous.

C’est d’ailleurs, comme chacun sait, le Royaume-Uni également qui porta un coup d’arrêt à l’expansion de la France, grâce notamment au général Wellington, à première vue un second derrière Napoléon en termes d’exploits militaires, mais qui sut offrit à son pays une victoire qui se perpétue jusqu’aujourd’hui.

Cet échange des fluides est fascinant.

Nous avons d’un côté un grandiose individuel qui se finit en eau-de-boudin collective ; de l’autre, un homme à jamais second qui a toutefois offert à son pays le triomphe à long terme et son passeport vers le futur.

La France est un peu comme un grand animal marin qui aurait explosé et offert à l’océan son plus majestueux spectacle, et qui désormais vit à travers ceux qui se sont nourris de ses débris.

Une grandeur secondaire, mais qui a toute la poésie des naufrages.

Le Royaume-Uni, qui défendait l' »équilibre européen », c’est-à-dire une Europe où chaque nation aurait son rôle à jouer, sans qu’aucune ne domine, a naturellement enterré le « système européen » tout à fait obsolète incarné par la France de Napoléon et qui prévoyait une Europe dont la France et son empire seraient le centre.

Les Anglais avaient tout compris : c’est précisément cet apparent abandon des dominations anciennes et géographiques, désuètes, qui leur a offert la domination suprême et continue dans le temps.

De la même manière, ce sont les Anglais qui ont les premiers impulsé les idées libérales qui irrigueront les Lumières et rendront possible l’incroyable paroxysme que fut la Révolution française.

A nous les paroxysmes symboliques, les grands feux d’artifice d’adieu, à eux le périple vers demain. Ils ont été, en tous points, le nouveau monde, et nous l’ancien.

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