
En amour comme en littérature
Je suis facile à satisfaire :
Je ne demande que l’absolu
Des rivières sauvages et pures
Pour étancher ma soif
Et la vérité nue
Quelques falaises pour le vertige
Quelques bassins pour m’y baigner
Et mille chemins pour me perdre
Je ne veux pas savoir où je vais
J’aime mieux être désorientée
C’est dans l’errance qu’on trouve le mieux
Quand on oublie ce qu’on était en train de chercher
Je voudrais seulement chuter
Sans jamais être rattrapée
Jusqu’à ce que me poussent des ailes dans le dos
C’est ainsi, paraît-il, que naissent les oiseaux
L’Homme prend son envol quand il sait s’abandonner
De la musique pour faire danser
Ce grand serpent dans ma poitrine
Seuls les jours qui ont un parfum
Peuvent faire frémir ma narine
Ma pupille ne fleurit dans mon œil
Que pour des horizons neufs
Des sentiers inédits
Le futur qui grandit dans son oeuf
Et tout ce qui n’a pas encore été dit
J’aime la virginité de l’aube
Qui attend qu’on la déflore
Et le festin du crépuscule
Qui se sait bientôt mort
Je n’aime que les alcools forts
Et les vins qui montent à la tête
Mon cœur tangue avec le ressac
Pour un déluge, pour une fête
Pour un amour sans lendemain
Qui porte pourtant dans son sein
Tous les ors de l’éternité ;
Pour quelques dérapages trop bêtes
Des virages mal négociés
Et des passagers clandestins
Enfouis dans ce très vieux musée
Que sont mon âme et ses jardins
Que la vie soit plus que la vie
C’est tout ce que je lui demande
Je lui pardonne tous mes ennuis
Pour un peu de vin ; et l’offrande
Du jour qui se rend à la nuit
J’aime mieux avoir des ennemis
Que des cortèges d’amis tièdes
Ce que les premiers m’enseignent n’a pas de prix
Ce que les seconds me prennent a un coût :
Celui de la vie qui se trahit
J’attends d’un amour qu’il me déchire
Comme un fruit qui s’enorgueillit d’être mangé
J’ai élu domicile dans les cimes
Pour voir qui viendra m’y chercher
Et tant pis pour ceux qui pensent
Que nous respirons trop fort,
Ceux qui sont morts
Avant d’être morts
Décomposés dans leur silence,
Et qui craignent de vivre
Car ils ne savent pas
Que nous ne mourrons jamais
On est plus près de Dieu quand on se sait immortel
Et quand on est fidèle
À la grandeur du Soleil souverain en son ciel
Je ne sais pas où je vais
Mais je veux brûler
Je veux errer
Au gré
Des tentations qui foisonnent sous l’égide du jour
Des visions permises par la confiance en l’avenir
Tenir la vie dans un rire
Fermer les yeux et voir
Psalmodier sur ma route
Dans une prière sans fin
Que seuls les arbres écoutent
Je veux écrire des vers
Que personne ne comprend
Pas même moi
Que mon voyage soit un accident
Que le hasard guide mes pas
La gorge ouverte au tout venant
Et ce quelque chose qui appelle la fortune
Blotti à l’intérieur de moi
Au milieu de brumes hallucinatoires
Être une maison ouverte aux quatre vents
Traverser la vie dans un état de rêve permanent
J’ai dans le cœur mille chevaux fous
Colosses aux grands yeux révulsés
Qui se déchaînent dans la fureur
Au paroxysme de l’été
Je veux donner mon dernier sou
À quelques humains de passage
Enrouler mon dernier habit
Et en faire un nid
Pour qu’un animal s’y blottisse
Et se répare de ses voyages
Je voudrais seulement oublier
Et que ma mémoire se vide
Comme une coupe renversée
Parce que j’aurais trop dansé
Et battu du pied sur cette table
Au bois vieilli par les années
Qui se rappelle encore de l’arbre dont elle est née
Les fruits les meilleurs, les vignes sucrées
La figue et la mangue dont le ventre éclate
Unissent leurs mémoires dans mon chant fécond
Dans l’odeur de la terre sur laquelle les pluies s’abattent
Je veux accueillir tout l’univers
Dans ma poitrine hospitalière
Semblable au pain rond des jours de fête
Qu’on sert aux gens dans les banquets
Mon âme est un royaume imprenable
Fermé à tout ce qui offense
Les dieux, les cieux dont je proviens
Et mes paysages de chance
Je suis cette porte qui à la réputation
De demeurer infranchissable
Mais qui s’ouvre en un seul instant
Pour qui possède la bonne clé
Initiales AO
Mon destin était plié
Entre l’absolutisme et l’obscénité
Les modes et les usages, tout cela m’indiffère
Mon âme a soif d’éternité
De mers et de rivières
Dans lesquelles plonger
Et ressusciter
Une torche au fond des abîmes
Impose et maintient sa lumière
Allégorie de l’éternité.
Écrit dans la nuit du 29 au 30 mai 2022 ; publié sur FB le 30 mai 2022, à 1h30 du matin.