Non, l’abaya ne peut être traitée comme une « simple robe longue »…

Ceux qui applaudissent à deux mains le tweet de Cécile Duflot ne comprennent pas – ou ne veulent pas comprendre – que ces deux tenues n’engagent pas de la même manière le bien-être, les libertés et l’avenir de nos sociétés…

Ceux qui ne comprennent pas l’interdiction de l’abaya, au prétexte que ce n’est pas différent d’une robe longue, ne comprennent pas que c’est justement dans cet interstice d’ambiguïté que s’engouffre l’islamisme ; ce sont les mêmes qui disaient il y a quelques années ne pas voir la différence entre le voile et un simple couvre-chef (casquette, bonnet..), ou entre un voile intégral et une cagoule pendant un carnaval.

La différence n’est pas dans la tenue (et dans l’espace de peau que cette dernière laisse visible), mais dans l’intentionnalité qui lui est liée, le système qui la promeut et dans lequel elle s’inscrit.

Evidemment, toutes les filles qui portent des abayas ne le font pas forcément pour provoquer, pour créer de la contagion, et n’ont pas toutes comme objectif d’empêcher les autres de mettre des mini-jupes ou de faire ce qu’elles souhaitent de leur corps, elles ne se vivent pas forcément comme les parties d’un système, on est bien d’accord. Bien que certaines soient clairement dans une logique de conquête idéologique, beaucoup ne font qu’exercer, a priori, leur propre liberté.

Mais on ne peut pas ignorer qu’il existe un islamisme rampant ces dernières années, qui tente de s’introduire discrètement dans nos institutions sous une forme édulcorée car moins menaçante à première vue, et qui prospère précisément sur les ambiguïtés évoquées précédemment, sur les failles de nos démocraties laïques qui s’imposent un devoir de neutralité vis-à-vis des religions ; neutralité qui rend plus difficile l’identification d’un danger propre à un seul culte, puisqu’on s’interdit alors de parler au cas par cas des religions, au prétexte que l’Etat n’a pas à mettre son nez là-dedans, que toutes les religions doivent être mises sur un pied d’égalité, et qu’il faut respecter les libertés individuelles.

A cet égard, je recommande tous les livres sortis sur le sujet (et il y en a), par exemple, celui de Florence Bergeaud-Blackler, « Le frérisme et ses réseaux, l’enquête », ou le rapport de la DGSI de 2018, « Etat des lieux de la pénétration de l’islam fondamentaliste en France », ou encore « Principal de collège ou imam de la République » de Bernard Ravet, un homme pourtant bien à gauche, qui a assisté à la montée de l’islamisme dans les établissements scolaires (surveillants acquis à la cause terroriste ou fondamentaliste, antisémitisme et impossibilité d’assurer la sécurité des élèves juifs, violences et menaces religieuses, etc).

Les nombreuses mosquées fondamentalistes sur le sol français – qu’il est très difficile de faire fermer… Les prières de rue il y a quelques années, qui bloquaient en plus la circulation, au prétexte qu’il n’y avait pas assez de place dans la mosquée du coin (alors que les croyants peuvent prier chez eux, qu’il leur appartient de faire construire leurs lieux de culte, avec leurs propres deniers, et que nous sommes dans un pays laïc où l’Etat n’a pas à subventionner les religions)… Les violences dans certaines zones contre les personnes qui refusent de faire le Ramadan, qui osent boire un verre d’eau ou s’attabler en terrasse durant cette période (surtout quand elles sont identifiées comme musulmanes de naissance)… Sans parler des agressions régulières dans les hôpitaux contre le personnel, exercées par des maris qui ne veulent pas que leur femme soit soignée par un homme… Ou encore des remises en cause permanentes de la liberté d’expression et du droit au blasphème, qui vont jusqu’à l’assassinat ou l’atteinte à l’intégrité… L’affaire Mila, avec ses centaines de milliers de menaces reçues et une jeune fille qui vit désormais privée de toute vie normale, ou l’affaire Samuel Paty, qui s’est soldée par une décapitation de rue, en sont de tristes exemples. Etc, etc..
.. Tout cela démontre une chose : il y a quand même beaucoup de croyants en France qui n’acceptent pas notre modèle de société et souhaitent, au forceps, lui en substituer un autre.

Cela n’est un secret pour personne et une rapide documentation en ligne suffit à s’en rendre compte : l’école, qui est pourtant largement à gauche de même que son personnel, est l’une des nombreuses institutions qui subit depuis des années des assauts permanents contre la laïcité et la paix sociale, et elle est même l’une des premières à en avoir été la proie, un peu comme les hôpitaux, ce qui lui confère un rôle de laboratoire à surveiller avec la plus grande attention.

L’affaire Samuel Paty n’a pas été un épiphénomène, c’était l’un des nombreux « bébés tortues » lancés sur le sable par l’islamisme : certains seulement ont atteint la mer, ce qui fait dire à de nombreuses personnes que le danger n’est pas si grand que ça, ne voyant pas que d’autres se préparent aussi à arriver au bord de l’eau, et que c’est notre vigilance qui leur permettra d’arriver ou non à leur destination.

Les manifestations les plus violentes et visibles du fondamentalisme religieux, et leur extension, c’est un peu comme les punaises de lit : quand vous en voyez une, c’est que l’infestation a déjà commencé depuis longtemps, qu’il y a un peu partout des larves qui n’attendent que d’éclore en masse, et qu’il faut se dépêcher de trouver et détruire avant qu’elles ne croissent et n’accomplissent leur destin.

Les musulmans sont peut-être pour beaucoup des gens qui n’aspirent en majorité qu’à vivre leur vie tranquillement, mais ils sont utilisés et instrumentalisés par des organisations comme les Frères Musulmans, qui ne cessent de chercher à avancer leurs pions, partout en Occident, leur objectif n’étant pas juste d’assurer ou d’étendre leurs propres droits de croyants, mais bien de conquérir et d’imposer leurs croyances afin de les ériger en modèle de société dominant auquel chacun devra se plier, de détruire des idées et des concepts auxquels nous tenons (liberté d’expression, de pensée, de croyance, de vêtements, libertés individuelles…). Et cela, on ne peut pas l’ignorer.

Ajoutons à cela qu’une quantité non négligeable de croyants sont aussi dans une logique de conquête et qu’il ne faudra pas compter sur eux demain pour défendre certains acquis de société – notamment ‘féministes’ – auxquels nous tenons : le droit pour une femme de s’habiller comme elle le souhaite et d’être parfaitement libre, le droit à l’avortement, etc.

Nous comprenons alors que nous sommes en face d’un phénomène de masse, dans un pays de presque 70 millions d’habitants, dans un monde qui en compte 8 milliards : face à un problème de nature aussi collective, on ne peut pas égoïstement se retrancher derrière la liberté individuelle de chacun à porter ce qu’il veut.

Nous n’étions pas tous des terroristes lorsque nous avons du nous soumettre au plan vigipirate ou qu’il nous a été interdit de prendre l’avion avec une bouteille d’eau ou du shampoing, mais nous avons heureusement compris que la situation collective était assez grave pour que le dérisoire de nos petites libertés individuelles ne vienne pas entraver les tentatives de résolution du problème.

Lorsque la somme des choix individuels fait florès, et que de « simples tenues religieuses » comme l’abaya deviennent majoritaires dans un lieu, une pression s’exerce sur les récalcitrants, sur les « autres ». C’est surtout là le problème.

Ces vêtements permettent une identification visuelle et un renforcement du sentiment de communauté qui, dans le contexte actuel, n’est pas sans danger, et pourrait galvaniser encore davantage les partisans d’un islam conquérant en leur conférant le sentiment de l’impunité, de l’extension, de la prise de pouvoir, et en leur donnant plus facilement encore la possibilité de s’organiser entre eux, d’abord socialement puis, peut-être, politiquement.

La question ne se pose pas pour un effet de mode vestimentaire comme un autre : on voit partout fleurir des crops tops, et pourtant, aucune femme n’est forcée d’en porter. Mais c’est autre chose lorsqu’un vêtement est directement lié à une religion ou à la manière qu’ont de nombreux fidèles de la pratiquer.

En effet, nous rechignons trop souvent à parler de la religion en tant que telle, car nous pensons que la laïcité nous protège de tout, et notamment des assauts de la religion contre notre modèle de société ; ou parce que nous n’avons pas le courage de voir qu’un garde fou posé il y a plus de 100 ans n’empêche pas l’aujourd’hui de s’exercer, avec sa foule de problématiques inédites, et qu’il faut sans cesse réformer notre système et juger de ce qui fonctionne ou pas ; ou parce que nous voulons nous tenir – parfois par lâcheté opportune, parfois par principe et par excès de zèle – à la neutralité imposée par cette même laïcité, nous empêchant alors de débattre des spécificités des religions, de leur contenu, de leur historique, de leurs antécédents, de leurs dangers potentiels. Nous oublions donc que les religions, surtout monothéistes, doivent toujours inspirer la méfiance, car elles s’inscrivent souvent dans un système de pensée qui nie l’altérité, qu’elles promeuvent parfois des valeurs auxquelles nos sociétés dans leur construction et la plupart d’entre nous sommes fondamentalement opposés, et que l’adhésion à leur dogme induit souvent l’adhésion à des modes de pensée archaïques dont beaucoup de gens ne veulent plus à l’heure actuelle et qui représentent une menace directe pour notre mode de vie. L’Histoire récente tend à le démontrer et ne permet pas de relâcher la pression à ce sujet. Les « signes visibles » de la religion tels que l’abaya ne peuvent donc pas être traités comme de simples vêtements, même lorsqu’ils sont vus comme tels par une grande partie de ceux qui les revêtent. La laïcité, qui nous a permis il y a plus de 100 ans de mater l’influence d’une Église sur le déclin, n’est aujourd’hui pas suffisante pour nous protéger des coups de butoir d’un Islamisme en pleine croissance.

Les sondages menés ces dernières années, notamment auprès des musulmans, sont préoccupants et démontrent que les jeunes générations sont plus perméables que les précédentes aux discours fondamentalistes : une grande partie de la jeunesse place par exemple la charia avant nos lois (et quand on sait ce qu’il y a dans la charia, ce n’est guère rassurant…). La visibilité des problèmes liés à l’islamisme est croissante ces dernières années : fondamentalisme jusque dans la RATP, dans la police, l’armée, la sécurité et les services secrets, violences régulières contre le personnel dans les hôpitaux par des conjoints qui ne veulent pas que leur femme soit auscultée par un homme, violences, menaces ou assassinats contre les blasphémateurs, les apostats, les femmes qui veulent s’échapper du moule religieux, importation par l’immigration de problématiques parfois meurtrières dont nous pensons nous êtres débarrassés ici mais qui gangrènent encore des pays où la religion est reine, etc. La manière dont beaucoup de croyants, notamment musulmans, vivent aujourd’hui la religion, la place qu’ils lui donnent, et celle qu’ils accordent à ceux qui ne pensent pas comme eux, démontrent un décalage croissant et trop important avec les structures mêmes de nos sociétés. Ces différences ne se bornent plus à de simples divergences de pensée comme il y en a dans toute société : elles représentent une menace directe envers nos valeurs, nos libertés et notre droit de vivre comme nous l’entendons. Si l’on écoute le souffle de l’époque, on ne peut donc pas ne pas voir qu’il existe un grave problème.

La clé fondamentale se trouve là : il faut prendre le pouls de l’époque. L’abaya ou le vêtement religieux ne peuvent se juger dans l’absolu, ils doivent surtout être jugés dans le contexte actuel, qui est loin d’être totalement pacifique, et à la lumière des pratiques et des velléités des croyants à notre époque.

Alors, aussi contradictoire que cela puisse paraître, c’est précisément au nom de la liberté de chacun de se vêtir comme il le souhaite qu’il faut interdire à l’école ces tenues religieuses, qui s’inscrivent – parfois malgré elles – dans un combat qui ne vise pas à l’augmentation de la diversité et de la liberté dans l’espace public mais bien à sa suppression progressive.

C’est une nécessité, aussi bien pour les non-musulmans, que pour les musulmans qui souhaitent véritablement vivre avec les autres.

Il est évident que l’interdiction ne règlera pas tous les problèmes et qu’il faut se méfier de tout projet politique ne reposant que sur cette dernière. Mais elle fait partie des quelques leviers immédiats qui permettent de stopper l’hémorragie en attendant que des mesures plus complexes, qui s’inscrivent sur le long terme, fassent leur effet. On ne peut pas laisser la situation dégénérer plus longtemps.

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