La famille est souvent la matrice de sentiments très sous-évolués, archaïques et égoïstes. L’amour tant vanté d’une mère pour sa progéniture, qu’on dit inconditionnel, recèle parfois des trésors de narcissisme.
Un enfant, c’est avant tout une âme venue s’incarner sur terre, et qui choisit pour ce faire un véhicule, une matrice, un ventre, et plus généralement un milieu propice à son évolution, qui lui ressemble et qui saura lui enseigner les leçons qu’il est venu apprendre. La charge des parents est d’aimer l’enfant, de l’armer, de le responsabiliser, et parfois jusqu’au sacrifice, c’est certain, tout en comprenant que cet enfant, s’il est venu vivre un voyage sous leur égide, ne constitue en aucun cas pour eux un territoire, une propriété, un horizon indépassable, qu’il est né et naîtra au cours de ses vies dans d’autres familles que celle-ci, sans être fondamentalement assigné à aucune. Bien sûr, une histoire familiale peut être une épopée, magnifique, pleine d’amour, et la proximité tout comme la ressemblance peuvent évidemment créer des complicités particulières entre les êtres, rien n’interdit cela, tout comme il est vrai que l’enfant constitue une charge précise pour des parents sur laquelle il convient souvent de se concentrer. Mais cet amour familial n’a de valeur que s’il est une fenêtre ouverte vers le plus grand des amours, à savoir celui de Dieu, et qui doit se porter envers tout ce qui vit.
Il n’y a rien de pire que l’attachement tribal, le « mon enfant, la chair de ma chair », malsain mais aussi totalement illusoire, qui exalte la viande animale et oublie le ciel, même s’il constitue pour chaque âme un passage obligé à un moment de son parcours. La sagesse se trouve en réalité non pas dans l’attachement reptilien mais dans le détachement. Tout amour doit donner à l’individu les ressources permettant d’aimer encore plus loin que ses limites traditionnelles, d’aimer encore plus fort que ce à quoi il est habitué, dépassant un peu plus l’illusion de la séparation afin de rencontrer cet autre, qui est en définitive lui-même. Tout amour qui enferme l’être, qui ne lui donne pas envie d’aimer l’humanité entière et qui ne lui confère pas la force d’étendre encore un peu plus son aile vers les autres pour les couvrir de la pluie, n’est pas de l’amour ; ce ne sont que des tentatives, des tâtonnements dans la nuit, qui ont certes leur valeur et leur noblesse, à titre d’escales. Mais ce n’est pas la destination finale du voyage qu’une âme entreprend.
Écrit et publié le 11 juillet 2023 sur Facebook