L’élégance, qualité-mère.

La vertu la plus essentielle d’une âme, qui en général englobe toutes les autres, et qui est une condition à toute civilisation et à toute grandeur, c’est l’élégance. On peut être gentil mais stupide ou immature, on peut être libre mais égoïste ou irresponsable, on peut être empathique mais lâche, on peut être sensible mais injuste, on peut être fort mais agressif ou violent, et c’est d’ailleurs souvent ce qui se produit, tant il est vrai que lorsque les gens maîtrisent enfin une vertu, il est rare qu’ils en aient aussi maîtrisé le contraire, ce qui résulte évidemment en un vertigineux déséquilibre. Alors que d’une personne qu’on dit élégante, on sait qu’elle est à la fois droite, intègre, mature, juste, gentille, libre, respectueuse, vraie, sensible, empathique, intelligente, partageuse, und so weiter ; elle se tient à égale distance des pôles opposés, dans une forme d’androgynie fondamentale qui permet la complétude et le jaillissement de la noblesse. L’élégance, c’est une qualité faite d’air et d’éther, en ce sens qu’elle est toujours relative à une forme de légèreté et d’effacement au profit de ce qui n’est pas soi mais qui doit être et a le droit d’exister, elle se construit sur une forme de retrait et d’intégration de l’être dans quelque chose de plus grand que sa propre personne, permettant in fine de donner à chaque chose sa juste place : savoir ranger son orgueil pour entendre ce que dit l’autre, savoir mettre de côté ses subjectivités pour comprendre que ce qui nous est étranger peut aussi avoir de la valeur, savoir se soustraire à son petit vécu pour se mettre dans les chaussures d’un autre et comprendre ce qui a pu le mener là où il est, savoir tempérer ses passions même quand cela nous en coûte afin d’être juste, savoir que son intérêt personnel ne peut pas être l’unique unité de mesure, dépasser le conditionnement de sa propre histoire, de sa propre enfance, pour accueillir le monde, avoir ses préférences et ses goûts propres sans faire porter aux autres le fardeau de l’infériorisation, et caetera… L’élégance, c’est de l’ordre du frôlement : un peu comme une plume qui, même en existant pleinement, en incarnant jusqu’au bout son destin et sa vérité personnelle de plume, ne produit rien d’autre que la caresse, et touche sans jamais blesser. En fait, l’élégance reproduit cet état de grâce spirituelle, lorsqu’une âme se déleste à tel point de ses vices, de ses égoïsmes, de ses lourdeurs, qu’elle ne pèse effectivement pas plus qu’une plume, et qu’elle devient alors ce qu’il y a de plus léger et pourtant de plus puissant : un pur esprit, qui a triomphé de la bassesse et retrouvé le chemin de sa lumière originelle.

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