Toute la beauté du monde (poème)

Écrit et publié sur FB le 18 janvier 2023.

Je ne veux pas être le seul oiseau de la forêt.
Je veux juste ne pas être aimée moins qu’un autre,
Et que l’utilité de chaque colibri soit reconnue égale à celle de n’importe quel rossignol.
Je ne suis pas venue pour te confisquer
Tes précieux souvenirs,
Vestiges d’un monde ancien
Qui vit encore en toi,
À l’état de silences et de craquements,
Et tous les sourires reçus et donnés
À d’autres que moi.

Quelle vilaine personne je serais
De vouloir effacer de ton tableau
Toutes les fleurs qui te constituent,
Toutes les rivières qui t’ont donné de l’eau,
Tous les soleils qui t’ont offert le matin un peu de cette force qui permet de surmonter
La douleur parfois déchirante qu’engage l’acte de vivre.
Tout cet amour que tu as reçu, ou qu’on t’a refusé, du sein de ta mère à celui d’une belle de passage, a fait de toi ce que tu es,
C’est-à-dire celui que j’aime d’un amour qui n’a rien à envier aux abysses et aux cieux.
Il est la paire d’épaules sur laquelle je me suis juchée pour t’embrasser.
Et qui suis-je pour prétendre, du haut de mon présent, que ton passé m’appartient ?
Je ne peux pas t’aimer sans aimer les routes qui t’ont permis d’arriver jusqu’à moi.

Quand je te regarde, je vois au fond de tes yeux chaque femme que tu as aimée, qui t’a aimé, ou pas aimé,
De la première à moi-même,
Et chacune a donné à tes yeux un peu de leur couleur actuelle.
Te regarder, c’est aussi les regarder.
Te regarder, c’est regarder un puits sans fonds qui porte tout l’Univers dans sa gorge.
Tu es l’océan : tu es la surface ondoyante, aussi bien que les innombrables sirènes, poissons, mollusques, algues, qui y grouillent et en habitent la profondeur.
Ne deviens pas, pour moi, une grande flaque vide et sans souvenirs, une page blanche, un livre sans histoires.
Ne sois pas de ces ingrats qui insultent leur passé, aussi beau a-t-il été, quand ils rencontrent leur présent.
Si c’est le cadeau que tu as à me faire, je ne peux pas l’accepter.
C’est aussi moi que tu outrages
Quand tu enlèves à ces gens jusqu’à l’écho de leur nom dans ton cœur.
Un jour, de notre chant, il ne restera qu’une onde lointaine que seule la mémoire du monde entendra encore.
Nous aussi nous périrons.
Comme tous les autres avant nous.
Nos cendres et nos larmes nourriront la terre
Qui accouchera du fruit
Que d’autres mangeront demain,
Sans même savoir que nous avons existé.

Alors aime-moi sans insulter toute la beauté du monde,
Mais n’oublie pas que j’en fais partie.
Sois comme l’oiseau sur mon épaule.
Et sens-toi libre de faire un nid,
Si tu le veux, pour aujourd’hui,
Entre mes deux bras réunis.

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About Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
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