À propos de l’étrange sentiment d’avoir vu Dieu trop jeune, d’avoir tué ses illusions avant de pouvoir les vivre et les éprouver par l’usure, d’avoir accédé à une vérité trop tôt pour pouvoir l’accepter.
Sans toutefois jamais pouvoir revenir sur ce qui a été vu.
Écrit et publié sur FB le 14 février 2023.
Trop souvent regardée sans jamais être vue,
Le monde est un carrefour où je me tiens nue,
Epluchée jusqu’à l’os par des yeux vides et sales,
Ange parmi tous ces démons de carnaval.
J’aimerais être une âme, et n’être que cela.
Mon corps est un bagage trop lourd pour mes bras.
Mais je suis trop fragile, oui je suis trop gamine
Pour fuir cet horizon qui ne veut plus de moi.
Je désire et repousse mes propres passions,
Veuve d’un idéal, fille d’un cataclysme,
Traînant derrière moi, pour unique chanson
La cloche assourdissante de mon fatalisme.
Architecte stupide de ma propre ruine,
J’ignore tant la joie qu’à force de tourment,
Je fais de chaque douleur un pressentiment
Et répète à loisir mon errance chagrine.
Mélancolie s’affirme et prend bientôt racine,
Peine qui coagule devient un destin ;
Entre sol et plafond, j’épuise mes matins
Dans des fatigues qui m’assomment et m’assassinent.
Mes songes me raniment pour mieux m’anéantir :
Tirée de mon apathie par des voeux fébriles,
Ma conscience punit mes rêveries futiles
Un rocher dans la face ; je paie chaque soupir.
Mes illusions sont mortes, n’en reste que le deuil.
Toutes les couleurs ont déjà lassé mon oeil.
Je ne sais qu’une chose : l’amour n’existe pas
Dans les refuges où je le trouvais autrefois.
Je ne peux plus jouir de tout ce que j’aimais
Car j’en ai vu l’envers, la vanité profonde.
Percutée bien trop jeune, ma lucidité est
Trop prématurée pour être vraiment féconde.
Dieu, je l’ai entrevu : il était un mirage.
Je sais qu’il est partout, mais je ne le vois pas.
Je crois toujours en lui, mais je suis trop sauvage
Pour comprendre à quel point il étincèle en moi.
Jetée dans l’océan, loin de tous les rivages,
Ou je nage à mourir, ou je sombre et me noie.
Trop tard pour la candeur, trop tôt pour être sage,
J’oscille entre deux gouffres : aucun ne veut de moi.
Tombée dans l’angle mort où plus rien ne respire,
Comme un jouet coincé derrière un meuble lourd,
Je rêve du meilleur et je m’attends au pire,
J’ai perdu l’habitude de chercher le jour.
Je pleure un passé dont même la poussière
Est tarie ; l’avenir est un lit éventré
Où tous mes ennemis ont mangé et couché,
Où des chiens ont pissé leur vessie toute entière.
Dans mes poches trouées reste un triste poème.
Dans mon coeur abattu un simple requiem.
Il ne fait bon dormir, il ne fait bon rêver
Dans ce berceau d’épines nommé réalité.