L’amour ne nous laisse pas le choix (poème)

Écrit et publié le 19 janvier 2023 sur FB.

L’amour ne nous laisse pas le choix.
Il est cette succession de fenêtres décevantes qui ne s’ouvrent que sur des enfers multiples, et qui finissent par imposer comme seule option valable cette grande porte tout en haut de la tour, qui donne sur le vide et les étoiles
Et que nous aurons déclinée jusqu’au bout
Freinant des quatre fers et nous accrochant aux pieds de toutes les tables
L’amour nous vient quand nous avons tout épuisé
Quand nous avons essayé tout ce qui n’est pas lui
Jusqu’à nous y brûler
Ce n’est qu’à cet instant que notre cœur, enfin, acculé, au pied du mur, mûrit et dit :
Je n’en peux plus, délivrez-moi.
Je suis prêt à tout, même à essayer cette porte sur le vertige et le néant.
La détresse est telle que sauter, d’un coup, ne fait plus peur.
Un peu comme les piégés du World Trade Center, qui se savaient condamnés et qui ont pourtant tous choisi de sauter plutôt que de se laisser dévorer par les flammes.
L’amour est patient, il nous pardonne tout
Y compris de ne pas l’avoir aimé tout de suite
D’avoir boudé ses charmes
Et préféré d’abord les courbes de l’illusion
À sa lumière totale.
Il connaît bien les hommes.
Il sait combien nous sommes faibles.
Petits êtres de glaise, il sait que nous ne pouvons pas regarder en face
La lumière du soleil
Tant que nous ne devenons pas nous même
Le soleil.
Alors il attend.
Disperse quelques rayons pour que nous sachions
Pour que nous nous rappelions
De ce à quoi il ressemble.
Il a le sourire de ceux qui savent.
Mais il ne nous laisse quand même pas le choix.
Il nous regarde avec un grand sourire fixe et béat
Mais insiste pour que nous finissions notre assiette
Et ne nous laissera pas sortir de table
Avant que ce soit fait.
« Mange ».
L’amour a assez d’amour pour nous voir souffrir
Sans chercher à nous délivrer de la souffrance
Sans céder à la facilité de la pitié et des pleurs
L’amour nous veut grands, libres, forts et droits
Et bien souvent, nous lui en voulons,
Oubliant si facilement sa vraie vocation
Qui est de nous ouvrir à sa lumière
Et pour nous ouvrir
Il faut
D’abord
Mille fois
Nous briser.
Comme une noix de coco récalcitrante
Tant de gens ont usurpé son nom
Que nous en avons oublié son vrai visage
Ou plutôt
Son absence de visage
L’amour est si différent de l’idée qu’on s’en fait
De l’idée qu’on nous en vend
Que bien souvent, on ne le reconnaît plus
Quand il se présente à nous
L’on donne son nom à tous ceux qui se réclament de lui
Sans rien connaître de son essence
Tandis qu’on lui refuse à lui le droit à sa propre identité, l’entrée en sa propre maison
Étranger en son propre pays, il regarde à chaque instant son héritage qu’on défigure
Et sa lumière qu’on détourne
Au profit de mauvais soleils
Sans en dire jamais rien
L’amour nous aime si fort
Qu’il ne craint pas de nous faire mal
Pourtant, quand il surprend parfois
Une petite graine qui donne
Une toute petite pousse
Fragile, maladroite, misère de misère,
Il envoie tous ses rayons sur elle
Pour couver sa croissance
Et lorsque l’un de nous enfin le rencontre
C’est un concert de larmes en forme d’étoiles
Qu’il fait pleuvoir sur nous
Jusqu’à ce que nous ayons l’idée
Un jour
Enfin
De rejoindre cette grande fête donnée pour nous
Et nous y dissoudre.

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About Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
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