Nuit du 11 au 12 avril 2022. Publié sur FB le 12 avril 2022.
Je t’ai dans le ventre comme une femme enceinte
Arrivée à son terme, ronde telle la Lune
Je déborde de toi, comme une marée sainte
Lancée à l’assaut des rivages et des dunes
Je t’ai dans la peau comme une trace d’impact
Une balle brûlante dans mon sein gonflé
Sirène agonisante pleurant son dernier acte
Dans un soupir nubile, l’innocence volée
Je t’ai dans le sang comme un alcool absolu
Tu me seras si vite monté à la tête
Mais j’aurais été ivre avant même d’avoir bu
Et d’avoir pu goûter à l’extase de la fête
Je t’ai dans ma détresse, lorsque je me vois nue
Dans mes rondeurs de femme hantée par des étreintes
Imaginées cent fois et jamais survenues
Livrée au courant d’air, bossue comme une sainte
Je t’ai comme un tatouage, un cœur sur une fesse
Je t’ai comme un foutu piercing au clitoris
Tu es mon mauvais goût, et tu es ma noblesse
Tu es tout à la fois ma vertu et mon vice
Je t’ai dans mon ciel bleu, tu es mon astre mort
Mon étoile qui s’éteint, mon grand rêve brisé
Je t’ai dans les eaux fières qui bordent tous mes ports
Plus qu’un voyage, tu étais l’horizon entier
Je t’ai dans mes pensées, et je t’ai dans mon corps
Très probablement inscrit dans mon ADN
Je t’ai dans mon sommeil, et lorsque vient l’aurore
C’est encore toi qui peuple les contrées de ma peine
Je t’ai dans chaque tremblement que fait ma voix
Chaque fragilité, je te la dois
Dans mes nuits d’incendie, quand je crois me reprendre
Dans mes jours d’agonie, quand j’aimerais me pendre
Dans ces matins maussades, où me vient la nausée
Où je n’avale rien que des songes surfaits
Blottie contre un drap blanc, ami inanimé
Sur lequel j’imprime ton parfum et tes traits
Je t’ai dans ces regrets attendant de faner
Pour devenir le terreau de ma renaissance
Dans mes rêves incongrus de mariage en été
Dans une baie secrète et bordée de silence
Oui je t’aurais donné jusqu’à ma liberté
Pour laquelle je dis être prête à mourir
Et dans tous les affronts que je lui aurais faits
Il y avait cet amour qui tentait de se dire
Ton sillage ne rime qu’avec l’éternité
Ventre de tous mes jours dont tu es le nombril
Mon cœur est devenu une maison hantée
Je m’y réveille en sueur, inquiète et fébrile
J’ai délégué ma joie à un homme occupé
À courir mille femmes, pourvu qu’elles ne soient moi
Unique âme esseulée qui n’est pas invitée
À ce si grand festin où tout le monde est roi
Je t’ai dans mon présent, je t’ai dans mon passé
Tu es sans doute ma plus belle cicatrice
Je t’ai dans mon futur, comme un destin violé
Une belle promesse tombée dans la pisse
Je t’ai dans ma mémoire, cette armoire fermée
D’où débordent trop souvent des souvenirs honteux
Celui d’avoir aimé sans jamais être aimée
Et des rêves stupides qui ont fait long feu
Comme un dieu immobile attendant ses louanges
Et qui ne sort jamais de son silence fourbe
Tu as été ma prière adressée aux anges
La foi aveugle dans laquelle je m’embourbe
Une lettre brûlante restée sans réponse
Le silence des cieux qui laisse démuni
Une vallée de fleurs qui se double de ronces
Un amour de soleil mué en tragédie
Je t’ai partout en moi et dans ce qui m’entoure
La moindre fleur paraît rappeler ton prénom
Tu me cueilles soudain, au hasard d’un détour
Et les heures du jour me deviennent une prison
Je me retiens souvent de gémir, de crier
Quand je pense à ton corps s’écroulant sur le mien
Si l’amour n’existait, je l’aurais inventé
Pour le simple plaisir de mourir sous tes reins
Je t’ai dans mes veines palpitantes et nerveuses
Comme un poison intense à l’effet prolongé
Bouquet de faux espoirs, épines vénéneuses
Qui sont le seul présent que tu m’auras laissé
Je t’ai partout sauf entre mes bras délicats
Ouverts comme un berceau au centre d’une chambre
Attendant un enfant qui jamais ne naîtra
Une femme est en pleurs, et juin devient décembre
Je t’ai partout partout, sauf dans mon sexe humide
Refuge hospitalier que tu as déserté
Une huître préservée, dans son repos placide
Et qu’une main cruelle arrache à son rocher