La complaisance envers la magie noire dans certains milieux spirituels, et ce qu’elle révèle


Photo : trouvée sur Pinterest

Un nouveau petit fléau s’est développé ces dernières années dans les milieux ‘spiritualistes’ à la mode. Ce phénomène est mondial, mais il faut bien comprendre que comme beaucoup d’effets de mode à notre époque, il prend d’abord sa source aux Etats-Unis, se nourrissant des problématiques locales pour les exporter ensuite dans d’autres pays. 

Ce fléau, c’est une forme de relativisme toxique autour de la magie noire.

De plus en plus de gens semblent cautionner ces pratiques et toutes leurs dérives morales les plus inquiétantes. On le constate sur les réseaux sociaux, par exemple, où les références à la magie noire se sont très sérieusement banalisées, où beaucoup louent les sorcelleries noires traditionnelles ou se font gloire de pouvoir jeter des sorts. Je me souviens avoir vu passer un documentaire très instructif sur les sorcières en Roumanie. Outre les actes moralement contestables auxquelles ces dernières s’adonnaient, comme jeter des sorts pour séparer des couples sur demande, j’avais été choquée par les réactions complaisantes dans les commentaires, notamment de certaines « sorcières » qui érigeaient en « badass » et « bad bitches » ces femmes qui osaient « embrasser leur vrai pouvoir ». Y compris celui de détruire, gratuitement, la vie des autres. 

J’ai pu remarquer plusieurs raisons à cette complaisance autour de la magie noire. 

Il y a à mon sens et en tout premier lieu une forme de dérive pseudo féministe là-dedans. 
La force, même vicieuse, est systématiquement valorisée, excusée, glorifiée chez la femme, puisqu’elle est systématiquement perçue comme un pied-de-nez au système dominant. C’est encore plus le cas lorsque nous avons affaire à la matriarche non-occidentale porteuse de savoirs anciens : à la fois femme, mais aussi âgée, non-occidentale, elle est censée incarner fondamentalement une forme d’opposition symbolique à toutes les oppressions. Ce qui, apparemment, la prémunit des critiques et lui donne tous les droits, y compris celui d’abuser de son pouvoir pour devenir bourreau à son tour. 

Ensuite, beaucoup cautionnent ces dérives, notamment aux Etats-Unis, uniquement parce qu’elles sont pratiquées par des ‘brujas’, des sorcières non-blanches (hispaniques, afros, etc) et qu’il est à ce titre mal vu de les critiquer ou de s’en prendre à des éléments de leur culture. Cela est perçu comme une attitude raciste de paternalisme et d’impérialisme occidental. A l’heure où les américains font l’inventaire et les poubelles de leur histoire, et entendent rendre justice aux cultures dominées, un extrême négatif a surgi de ce processus : des amalgames totalement foireux, tribaux et infantiles qui poussent à dédouaner ou accuser des gens, à en faire des bourreaux ou des victimes, en fonction de leur appartenance communautaire et de l’histoire qui y est liée. Il est donc vu comme systématiquement déplacé et malvenu de critiquer la magie noire parce qu’elle est un élément fondamental de la magie telle que pratiquée par certaines communautés, ce qui me semble être une insulte à l’intelligence de tous.

La magie blanche seule est en plus jugée ‘édulcorée’ car préférée et vulgarisée par les pratiquants occidentaux, qui tendent à porter des jugements négatifs sur la magie noire. Pour cette raison, défendre la magie noire et ses dérives donne sans doute à certains le sentiment d’être des rebelles, avec en prime le frisson de pouvoir jouer les antiracistes de bac à sable et les justiciers vis-à-vis des cultures non-blanches. Parfois, chez les gens provenant de ces dites cultures, il y a aussi un réflexe de résistance et de défense communautaire quelque peu automatique. 

C’est aussi beaucoup d’égo différenciateur. La chaise roulante pour son ex, casser le couple des gens, c’est cool et c’est hype, ça donne à quelques pétasses à faux ongles le sentiment d’être un peu plus extrêmes et radicales que les autres jeunes « sorcières », d’être dotées d’un plus grand pouvoir. « Not like the other girls » comme on dit. En fait, ce sont des pick me* qui s’ignorent (et dieu sait que je déteste ce terme, souvent très galvaudé). Le principe de la pick me s’appliquant dans le fond tout aussi bien aux hommes qui cherchent à se différencier par tous les moyens des autres. Même s’il faut admettre que les milieux ésotériques jeunes et branchés sont davantage investis par des femmes de nos jours. 

Alors même que certains principes de magie noire sont en opposition complète avec les principes spirituels auxquels ces gens font allégeance par ailleurs et qui ont été popularisés ces dernières années (ex : ne pas nuire, laisser agir le karma, etc), ils les défendent par simple réflexe pavlovien idéologique. Et par confort, aussi, puisque le recours à de telles pratiques permet de justifier à peu de frais sa face sombre, son impatience spirituelle, son maléfisme. 

En effet, depuis que certains milieux spirituels ont redécouvert le grand Carl Jung, ils aiment relire à la lumière de leurs vices et de leurs mauvaises habitudes son concept pourtant beaucoup plus complexe de « part d’ombre », qui n’implique en aucun cas la complaisance envers soi-même et ses défauts. Même chose avec les concepts spirituels qui défendent l’idée que rien n’est fondamentalement bon ou mauvais dans cet univers, et qui sont devenus une excuse permettant à chacun d’agir comme bon lui semble, avec son égo pour seule boussole.

Embrasser sa part d’ombre, ce n’est pas vivre librement le fait d’être un connard, un vilain, un jaloux, de vouloir tuer quelqu’un ou briser un couple, c’est simplement cesser de se mentir sur ses vrais désirs et cesser de projeter ces derniers sur les autres : par exemple, accepter son envie de briller ou son ambition au lieu de les restreindre et, en conséquence, mal réagir lorsque l’on se trouve confronté à ceux qui osent ce que nous n’osons pas et portent librement en étendard une part de nous que nous avons reniée. C’est aussi vouloir guérir de ses travers, mais prendre conscience qu’il faut pour cela se défaire de sa honte et de ce penchant égocentrique consistant à se voir comme irréprochable et sans tâches, empêchant ainsi tout processus d’évolution de s’amorcer réellement.

De même, admettre qu’il n’existe rien de fondamentalement mauvais dans l’univers, cela ne veut pas dire prétendre qu’il n’y a ni bien ni mal au sens propre : simplement, que le mal a sa raison d’être, qu’il arrive pour une raison et correspond à un ordre spirituel, à une destinée karmique, et qu’il faut parfois laisser les choses, y compris douloureuses, se faire, sans vouloir constamment interférer, se positionner en sauveur, sans se culpabiliser de ne pouvoir sauver tout le monde ou mettre fin à tous les drames possibles (élan qui cache en réalité bien souvent le sentimentalisme, l’immaturité, l’illusion narcissique de la toute-puissance et l’incapacité à laisser l’autre aller vers sa propre destinée et le lot d’erreurs qu’elle comporte). 

En aucun cas ce principe n’incite à créer sciemment le mal autour de soi, y compris pour son propre bénéfice, et à déranger l’ordre des choses pour satisfaire son avidité, son égoïsme, son désir de domination, voire son sadisme ou son goût pour la vengeance.

Seulement, voilà, certains y ont trouvé du grain à moudre : la manière dont nous interprétons les croyances et les concepts en dit beaucoup sur nous-mêmes, nos désirs, notre niveau d’évolution et ce que nous cherchons à exprimer ou obtenir de l’existence. 

Au lieu d’admettre leurs défauts – ce qui leur permettrait d’enclencher un travail d’évolution, ou au moins en premier lieu de lucidité avec eux-mêmes -, ces gens adaptent à leur guise certains principes spirituels et les réorientent dans le sens de leurs intérêts immédiats, de leurs courants intérieurs personnels. 

De même, il est intéressant de voir qu’une espèce de fusion s’est produite entre certains milieux politiques de gauche et la spiritualité ; ces milieux politiques sont en train de revenir vers la spiritualité mais s’approprient des principes millénaires essentiellement pour les tourner dans le sens de leur idéologie, y compris lorsque la greffe ne prend pas, quitte à défigurer ou modifier les dits principes, ou fermer volontairement les yeux sur ce qui n’est pas en adéquation avec leurs idées.

Beaucoup de ces milieux ne sont plus des milieux spirituels à proprement parler, mais avant tout des milieux politiques ou des milieux branchés augmentés d’une appropriation de l’esthétique spirituelle, parfois sincère mais encore très bancale et viciée.

En même temps qu’une véritable ascension spirituelle collective se joue ces dernières années, on peut aussi penser que le politiquement correct, la complaisance et l’ego ont fortement atteint ces milieux, peut-être encore plus qu’auparavant, puisque la démocratisation des concepts spirituels augmente le nombre d’individus en présence et réduit le niveau d’exigence demandé pour accéder à des savoirs auparavant plus inaccessibles, qui réclamaient souvent une « initiation » préalable et une validation hiérarchique. Les charlots, les faux-prophètes et les saints de plastique ont toujours existé, mais il faut être encore plus prudent avec les milieux actuels, et faire un travail de sélection. Il n’existe pas un mais des milieux spirituels, et des individus variés qui les composent. Tout ce qui est estampillé spirituel n’est pas valable et bon par essence. De même que les gens ne sont pas ce qu’ils revendiquent mais ce qu’ils font.

Rappelons à toutes fins utiles que les personnes qui nuisent à autrui, par le biais de la magie noire ou de quelque autre manière que ce soit, paieront un jour ou l’autre leur karma, comme tout un chacun. « Sorcières » ou pas. De même, ceux qui savent se protéger, qui ont atteint un certain niveau de sagesse, sont en paix avec eux-mêmes et porteurs de bonnes énergies, ou ceux dont ce n’est pas le destin ou le karma de passer par certaines épreuves, ne seront jamais touchés par les tentatives de nuisance qui leurs sont adressées. Peu importe les mauvais sorts qui leurs sont jetés et les illusions de toute puissance de ceux qui pensent pouvoir les atteindre. 

Pour finir, chacun expérimente la vie et évolue à son propre rythme ; chacun doit vivre ses défauts et purger ses passions négatives pour s’en débarrasser. Toutes ces dérives ont besoin d’exister pour finalement arriver en bout de course, s’autodétruire d’elles-mêmes et faire passer ceux qui les font vivre au stade supérieur. Ceux qui doivent faire de mauvaises rencontres les feront, ceux qui doivent explorer leur égo négatif et abuser de leur pouvoir le feront également. Mais il est toujours bon de savoir faire preuve d’esprit critique et d’informer les gens sur ce qui existe. Ils aviseront, ensuite, selon les possibilités de leur être. 

*Une « pick me », c’est une personne (généralement une fille) qui dévalorise les autres filles pour se rendre supérieure ou pour flatter la misogynie de certains hommes, même de manière non frontale. Parfois, c’est en crachant ouvertement sur les autres femmes, parfois en cherchant par tous les moyens la différenciation. Mais en bref, cela veut dire « regardez-moi, je ne suis pas comme toutes ces autres !! »

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