Ton amour et ton nom (poème)

Meadow in dawn, Åsmund Kværnstrøm

Par les forêts sauvages où le bois mort craque
Et leurs sentiers mouillés que l’orage détraque

Par les océans furieux jouant dans la nuit
Les mouvements d’une violente symphonie

Par les cieux angéliques traversés d’avions
Qui volent vers des rêves d’azur et de coton

Par les toisons fumeuses qu’on nomme nuages
Et qui nous font penser à la barbe d’un sage

Par le grand indigo piqué d’étoiles vives
Signées des pointes d’une danseuse perfide

Par les vallées dorées où les chevaux s’ébattent
Où rien ne semble avoir de limite ou de date

Par les prairies anciennes qui couvent nos songes
Et qui se donnent nues aux moutons et aux hommes

Par la terre pluvieuse, pleine comme une éponge
Où les amants rieurs viennent croquer la pomme

Par les criques servant de refuge à nos âmes
Et de berceau secret aux bateaux fatigués

Par les grandes savanes à l’horizon de flammes
Où le soleil déploie son éternel été

Par les massifs de marbre, dressés tels des colosses
Dans la vapeur d’un ciel puissant comme l’absinthe

Par les chemins de faim, où l’arbre évoque l’os
Où l’on croit certains jours voir pleurer une sainte

Par les contrées où l’on entend bien davantage
La chanson des balles que celle des oiseaux

Par les rues pacifiques aux allures de plages
Où les maisons de sable accueillent le repos

Par les pays brumeux aux mystères d’enclume
Carte postale estompée d’une laine blanche

Par leurs matins sans fin dont les froids vous consument
Et leurs grands arbres droits qui jamais ne se penchent

Par les Irlandes aux lèvres bordées de sang
Par les plaines figées dans un jour noir et blanc

Par les ruelles mortes aux maisons fusillées
Par les coins de cris sourds que la joie a reniés

Par les tropiques blancs au climat de brasier
Et les coins alanguis de générosité

Où la mangue orange, humide comme un baiser
Se donne à qui le veut au rebord des sentiers

Par les vieux autocars où s’entassent les gens
Des belles filles mates tenant leurs enfants

Par les cafés suants où la musique est d’or
Par ces contrées brûlées où l’on aime plus fort

Par les casinos où l’homme joue sa fortune
Où le risque couronne le sens d’une vie

Par les routes des côtes qui tutoient la Lune
Où tous les virages aguichent la tragédie

Par les temples de bois où les voyants travaillent
Pour des gens de pays où ils n’iront jamais

Par les villages où tous les vieux semblent de paille
Brûlés par le soleil, et le corps décharné

Par les bleds que l’hiver fige comme un poignard
Que réchauffe seulement le brave labeur

Où les gens sont au choix des anges ou des barbares
Dont le calvaire donne le lait et le beurre

Par les villes d’ivresse aux promesses sans fin
Où bourdonne la jeunesse au petit matin

Par les quais surpeuplés de fourmis à foison
Dégorgeant le rêve à la prochaine station

Par les chemins tracés et ceux qui sont à faire
Par tous les détours que permet cet Univers

À chaque impasse et à chaque destination
J’irai porter, mon Dieu, ton amour et ton nom.

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About Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
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