
Par les forêts sauvages où le bois mort craque
Et leurs sentiers mouillés que l’orage détraque
Par les océans furieux jouant dans la nuit
Les mouvements d’une violente symphonie
Par les cieux angéliques traversés d’avions
Qui volent vers des rêves d’azur et de coton
Par les toisons fumeuses qu’on nomme nuages
Et qui nous font penser à la barbe d’un sage
Par le grand indigo piqué d’étoiles vives
Signées des pointes d’une danseuse perfide
Par les vallées dorées où les chevaux s’ébattent
Où rien ne semble avoir de limite ou de date
Par les prairies anciennes qui couvent nos songes
Et qui se donnent nues aux moutons et aux hommes
Par la terre pluvieuse, pleine comme une éponge
Où les amants rieurs viennent croquer la pomme
Par les criques servant de refuge à nos âmes
Et de berceau secret aux bateaux fatigués
Par les grandes savanes à l’horizon de flammes
Où le soleil déploie son éternel été
Par les massifs de marbre, dressés tels des colosses
Dans la vapeur d’un ciel puissant comme l’absinthe
Par les chemins de faim, où l’arbre évoque l’os
Où l’on croit certains jours voir pleurer une sainte
Par les contrées où l’on entend bien davantage
La chanson des balles que celle des oiseaux
Par les rues pacifiques aux allures de plages
Où les maisons de sable accueillent le repos
Par les pays brumeux aux mystères d’enclume
Carte postale estompée d’une laine blanche
Par leurs matins sans fin dont les froids vous consument
Et leurs grands arbres droits qui jamais ne se penchent
Par les Irlandes aux lèvres bordées de sang
Par les plaines figées dans un jour noir et blanc
Par les ruelles mortes aux maisons fusillées
Par les coins de cris sourds que la joie a reniés
Par les tropiques blancs au climat de brasier
Et les coins alanguis de générosité
Où la mangue orange, humide comme un baiser
Se donne à qui le veut au rebord des sentiers
Par les vieux autocars où s’entassent les gens
Des belles filles mates tenant leurs enfants
Par les cafés suants où la musique est d’or
Par ces contrées brûlées où l’on aime plus fort
Par les casinos où l’homme joue sa fortune
Où le risque couronne le sens d’une vie
Par les routes des côtes qui tutoient la Lune
Où tous les virages aguichent la tragédie
Par les temples de bois où les voyants travaillent
Pour des gens de pays où ils n’iront jamais
Par les villages où tous les vieux semblent de paille
Brûlés par le soleil, et le corps décharné
Par les bleds que l’hiver fige comme un poignard
Que réchauffe seulement le brave labeur
Où les gens sont au choix des anges ou des barbares
Dont le calvaire donne le lait et le beurre
Par les villes d’ivresse aux promesses sans fin
Où bourdonne la jeunesse au petit matin
Par les quais surpeuplés de fourmis à foison
Dégorgeant le rêve à la prochaine station
Par les chemins tracés et ceux qui sont à faire
Par tous les détours que permet cet Univers
À chaque impasse et à chaque destination
J’irai porter, mon Dieu, ton amour et ton nom.