Une poussière dans l’oeil (poème)

Tu as été le seul. Mon unique horizon
N’est à présent qu’une vaste terre brûlée
Tu étais mon amour, maintenant ma prison
Surgie autour de moi par un si bel été

Sur mes lèvres mourantes, il y a ton prénom
Comme un gémissement lentement terrassé
Dans mon sein déchiré persiste l’obsession
La douleur incendiaire des beaux jours volés

J’erre dans mes songes, avec le cœur dévoré
Comme si j’avais pris feu, tout mon être est fumant
Tout mon être est hurlant, un feuillage immolé
Un cyclone furieux au souffle incandescent

J’erre dans l’enfer de mes rêves les plus vils
Tumultueux et chargés d’un espoir suicidaire
Et les pensées de mort qui forgent mon asile
Constituent la métastase de mon cancer

Tout devient si fragile, ma vie tient à un fil
A ce cœur qui pourrait à chaque instant lâcher
Et l’étouffante nécessité d’un exil
S’étend en moi comme un vaste feu de forêt

Plus que les ponts rompus, l’amertume tenace
D’une rupture odieuse, dépourvue d’élégance
Je te croyais un homme, tu n’es qu’une limace
Un vampire n’aimant d’autrui que la souffrance

*

Mais cela n’est qu’une poussière dans l’œil
Et je sèche des larmes qui n’existent pas
Dans ma robe fleurie, je ne suis pas en deuil
De l’amour infini que je portais en moi
Comme on porte un enfant blotti dans un cercueil

Comme on porte un enfant et le mien est mort-né
Et c’est toi mon amour qui l’aura fusillé
Il ne restera rien de cette grande histoire
Quelques vers désuets en uniques faits de gloire

Et mon ventre crie famine pour cet enfant
Cet enfant de toi qu’il ne portera jamais
Tout mon être est colère, râle et sanglot violent
Déchirant le silence que tu as laissé
Je me sens périr dans un brasier fulgurant

Mais cela n’est qu’une poussière dans l’œil
Ceux qui croient que je pleure disent n’importe quoi
Ceci est bien mon lit, ce n’est pas un cercueil
Ce n’est pas un cercueil que cette caisse en bois
Mon grand amour est mort, seule je me recueille

Et ce n’est pas du sang qui coule sur la neige
Où je suis allongée ce matin dans le froid
Et ce n’est pas du rouge sur le tissu grège
De la robe que tu avais choisie pour moi
Et ce n’est pas du sang qui coule sur la neige

*

L’hiver est arrivé, et ma peine me suit
De saison en saison, elle me tient par la main
De Charybde en Scylla, je gaspille ma vie
Pour le triste regard d’un triste Valentin

C’est pourtant toi qui ris, c’est pourtant moi qui pleure
J’étais l’optimisme et c’est pourtant moi qui meurs
J’étais forêt fertile, je suis plaine rasée
Champ stérile, eaux arides, nature trépassée

Survivrai-je à l’hiver, survivrai-je à l’été ?
N’y aura-t-il pas un jour la blessure de trop
Qui éteindra en moi jusqu’au chant des oiseaux
Gardé en souvenir pour les jours dépecés ?

N’y aura-t-il pas un jour l’ultime coup de grâce ?
La souffrance de trop, l’invivable douleur ?
Qui achève l’ouvrage et un jour vous terrasse
O morsure cruelle, qui vous vise en plein cœur !

Et cette douleur que la poésie allège,
Et que croient repousser les voyages au long cours
Persiste en moi et s’établit en cortèges
De soldats impérieux rappelant mon amour
Mon grand bel amour que le souvenir protège.

*

Puisque j’ai déjà survécu à cet hiver
Je peux bien maintenant survivre à cet été
Les saisons et la vie de concert m’ont prouvé
Que tant que l’on respire, il faut que l’on espère

Il faut vivre et sourire, un miracle peut éclore
Réveillant la narine de l’hemme à demi-mort
Puisque j’ai survécu à un, à deux amours
Je peux bien renverser mes fardeaux les plus lourds

On arrive à ce jour où le chagrin s’efface
Où la mer quitte nos rivages dévastés
Elle laisse des châteaux de sable écroulés
Mais la sérénité des grands drames qui passent

Je peux vivre sans toi et je mérite mieux
La lumière est passée, je vois tous tes défauts
Tout ce qui sonnait juste aujourd’hui semble faux
Je peux à ton fantôme faire mes grands adieux

Je ne supporte plus ni l’odeur ni l’haleine
De cet amour aimé, devenu pauvre hyène
Et figure lointaine qui embaume les jours
Ce poème était l’autopsie d’un amour
L’été revient et j’ai survécu à ma peine.

Archive. Poème entamé en 2018-2019, terminé en 2020.
Un sentiment bien loin de moi désormais.

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About Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout. https://altanaotovic.wordpress.com/2021/02/01/qui-je-suis/
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1 Response to Une poussière dans l’oeil (poème)

  1. Avatar de La poussière La poussière dit :

    Quand ce qui aurait dû passer ne passe pas, quand le végétal persiste, quand l’empreinte sourit au-delà du mal. Quand c’est la femme aimée et que le suicide n’est pas une option. Quand il n’y a qu’à manger la poussière jusqu’à la fin du monde.

    https://www.youtube.com/watch?v=Sf8o1teJdXo

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