I’m still a good man’s daughter
Let me in if I break
And be quiet if I shatter »
Joyeuse Ascension, Aïd Moubarak !
Deux fêtes religieuses d’importance ont lieu ce même jour. A cela s’ajoutent les énergies dilapidées qu’il reste encore de la nouvelle Lune du 11 mai. La Lune est en Gémeaux, particulièrement forte puisque conjointe à Mercure, maître du signe : mobilité printanière, agilité d’oiseau volant d’arbre en arbre à la recherche de cerises, chants primesautiers, dédoublement de personnalité, danse, joie, jeu, spiritualité magique, verbe et geste créateurs, incantations divinatoires, communications sacrées, conversations avec l’au-delà, légèreté adolescente, éphémère, errance et vagabondage constituent l’humeur du soir.
Cet alignement des astres était sans doute le moment idéal pour parler de musique.
Et partager ce superbe morceau de Weyes Blood (une artiste Gémeaux en plus), Andromeda.
En effet, je conçois la musique comme une expérience mystique et j’aime avant tout les artistes capables de s’inscrire dans ce sillage, qu’on écoute les yeux fermés, en communiant, en priant, en adorant. MGMT, Beach House (2018, année bénie où j’ai eu la chance de voir ces deux groupes en concert, à Bruxelles et Paris !), Jeff Buckley, Tame Impala, George Harrison, Tchaïkovski, Dvorak ou Lana Del Rey… et maintenant Weyes Blood, de son vrai nom Natalie Mering, bout de femme aux airs d’elfe, à la silhouette de grand oiseau agile, cachée derrière une sombre et timide crinière de prêtresse, que j’ai découverte il y a un an je crois. D’abord, Everyday, ritournelle profane et joyeuse aux airs de chant sacré. Puis Andromeda, fenêtre sur l’univers et l’océan cosmique. Et puis, toutes les autres que vous découvrirez par vous-mêmes : je vous laisse faire par vous-mêmes ce beau pèlerinage, comme il se doit.
Weyes Blood, je l’aime. Et j’attends de la voir s’envoler. Le décollage est peut-être imminent, pour cette vestale discrète toute dévouée à ses mélopées. Lana Del Rey l’a récemment invitée avec Zella Day pour une reprise de la chanson For Free de Joni Mitchell : elle se sont bien trouvées, entre sirènes qui ont fait de l’envoûtement une seconde nature.
Weyes Blood, c’est une musique vibratoire et troublante qui pénètre le système et l’âme, oscillant entre une grâce éthérée et une gravité convoquant ce qu’il y a de plus essentiel. Une voix dévotionnelle qui porte en elle toute la mémoire du sacré depuis la nuit des temps. Parfois, lorsqu’on l’écoute, on se demande si la chanson a été enregistrée aujourd’hui… ou il y a des décennies. Si l’on entend chanter une morte ou une vivante. Il y a là quelque chose qui vient de loin, ou précisément, de toujours. Qui est moderne et d’aujourd’hui, mais sans appartenir tout à fait à cette époque. Qui ne peut qu’inspirer la nostalgie. Comme un oiseau qui survole les paysages sans s’y poser jamais. Comme une Amish échappée de sa réclusion et s’intégrant parmi les jeunes de son âge sans tout à fait leur ressembler : Weyes Blood se dédouble entre une intemporalité fondamentale, une profondeur rare et des atours d’une jeune fille à la mode bien à l’aise dans ses jeans. L’éternité, dans toute sa clarté troublante. La perfection de sa musique se joue à un fil, à d’imperceptibles et d’irretranscriptibles détails et nuances, dans une apparente simplicité, ce qui achève de la rendre insaisissable, comme la photographie magnétique d’une jeune inconnue trouvée dans un vieux grenier. Et dont l’identité restera à jamais secrète, noyée dans un mystère que mille songes, questions et possibilités remuent.
Alignement des astres oblige, profitez de la belle fenêtre qui s’ouvre ce soir pour faire un rituel d’inspiration Géminique. Et n’oubliez pas de mettre de l’eau pour les oiseaux.