Des cerises plein les poches (poème)

DES CERISES PLEIN LES POCHES

Dernier sursaut solaire, l’après-midi s’éteint
C’est l’heure du goûter, pour les esprits malins
L’hiver est terminé, nous fêtons le printemps,
La bière est fraîche, mon sein chaud et le temps clément

Pareil aux cieux idylliques, le denim écarlate
De nos Levi’s vintage usés par les époques.
Pareil au soleil pulsant ses rayons, le choc
De nos pouls affamés et si près de l’attaque

C’est un jour pour enjamber une bicyclette
C’est un jour pour se faire Paname à moto
Visage dans ton cou, morsures dans ton dos
C’est un jour pour jouer sur ton cœur aux fléchettes

Prendre la clé des champs, prendre la clé des villes
S’offrir une vadrouille, un instant d’arc-en-ciel
Rejoindre un carrefour éclaté de soleil
Plonger sous la grande barrière de tes cils
.

Sécher le travail, se faire porter pâle
Repousser la deadline et partir un instant
Pour le paradis le plus proche
Des cerises plein les poches

.

Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
La cloche de l’école sonne
Mais qui sont les enfants ?

Notre terrain de jeu s’étend à toute la ville
Qui a dit que grandir était si difficile ?

Libres et conscients, nous naviguons entre les mondes
Nous nous mouvons au gré des humeurs de la vie
Nous dansons dans les ruines, maintenant et ici
Brisés et déchirés, mais vivants aujourd’hui

Le monde s’écroule, et alors ?

J’ai pour forêt immaculée
J’ai pour rivière tourmentée
Ton regard comme de l’eau de roche
Et des cerises plein les poches

.

On joue à chat dans les ruelles fébriles
Où le soleil s’échoue et meurt
Et dans un coin inattendu
Tu feras de moi ton quatre heures

Quelque part au dessus des toits
J’enlève mon t-shirt
Dis-moi, mon bel amant, quel est le plus beau fruit ?
C’est clair comme de l’eau de roche
Des cerises plein les poches

Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
Le ciel devenu gris
Est-ce si important ?

Il reste au fond de nous une lumière invaincue
Il reste au fond de nous un paradis perdu

Dont le souvenir qu’on garde et ranime à loisir
Nous ferait traverser des saisons de noirceur
Assez pour vivre en attendant des jours meilleurs
Assez pour respirer, pour s’aimer et pour rire

.

La ville s’étend devant nos yeux,
Mais le plus bel horizon se trouve ce soir
Dans les eaux sauvages de ton regard
Tu seras pour aujourd’hui mon amoureux

Animaux urbains en urbex
Amoureux d’un jour, futurs exs
Loup y es-tu ? La faim est proche
Des cerises plein les poches

Des cerises plein les poches
Nous jouons avec le vent
J’ai perdu la notion
Des structures et du temps

J’ai perdu la colère
Et j’ai perdu la peine
Ces sentiments maudits
Qui formaient ma gangrène

J’ai trouvé dans l’instant présent dont tu m’honores
Comme une prairie fleurie minée de trésors
J’ai trouvé dans le ciel que tu m’auras offert
Assez d’étoiles pour convoquer tout l’univers

J’ai trouvé dans l’éphémère de nos étreintes
Offertes tel un fruit par l’arbre du printemps
Comme une chair d’éternel ; ô pluie jamais éteinte
Fertilisant les plaines calcinées d’antan

J’ai trouvé dans ton amour cet amour plus vaste
Celui dont nos attachements ne sont qu’ersatz
J’ai trouvé dans tes yeux comme un morceau de ciel
Et me voilà avide de ce bleu essentiel

Mâle et femelle non rassasiés
Mille fois brisés, jamais apprivoisés
Bouh ! Le vilain loup s’approche !
Des cerises plein les poches.

C’est pas la Toscane, j’ai bien compris
Mais c’est quand même la Dolce Vita à Paris
Manque plus que la Dodoche
Des cerises plein les poches

A travers les collines de fer
Notre périple s’éternise
La civilisation s’enlise
Il y a plus de fumée que d’air

Il y a plus d’hommes que d’oiseaux
Mais plus d’espoir que d’abattement
Le ciel est toujours aussi grand
L’amour est toujours aussi beau

Nous coupons à travers les chemins de la ville
Dans le chaos des corps si nombreux et fébriles
Et dans cette jungle une certitude naît :
L’homme peut improviser partout sa forêt

Un paradis perdu, en regagner un autre
En plein bitume gris, creuser une rivière
Faire pousser des bleuets au creux de tes paupières
D’une cause nouvelle se faire l’apôtre

La nostalgie d’hier se perd durant nos jeux
D’enfants énamourés que le bonheur guérit
En semant des cailloux sur nos chemins heureux
J’ai perdu la mémoire de mes jours d’agonie

Grimper sur les toits, attraper le ciel
Dévorer l’horizon, la ville sans sommeil
Le remède au désespoir se trouve et c’est tout vu
Dans l’horizon solaire d’une vie bien vécue

Car il n’y a de véritable enfance qu’à l’âge des adultes
Lorsque tout bonheur acquiert un sens véritable
Il n’y a de liberté qu’après la mort des fables
Emportées dans le gouffre de leur propre tumulte

Moi j’étais un enfant malheureux, et toi ?

Vivre est la plus belle des revanches
Et à chaque fois que mes hanches
Se balancent pour toi comme un doux violoncelle
Renaît en moi le feu furieux d’une foi nouvelle

.

Et cette vie moderne ne laisse plus le temps
De donner de l’amour aux choses et aux gens
Chérir un animal et border un enfant
Sont tout autant de luxes rares à présent

Mais nous serons de notre époque les soldats
Arrachant au forceps notre liberté
Celle de faire de la vie une cour de récré
Sous l’égide d’un ciel intact dans son éclat

Paradis éternel de rivières et de vignes
Où un effort heureux le dispute au repos
Où les chants de tous hommes et ceux de tous oiseaux
Font mélodie semblable à l’enfant de deux cygnes

Tuer ce qui est vain, aider ce qui doit être
Pour voir un jour enfin la nature renaître
C’est bien notre devoir, et nous n’avons pas peur
De jouer notre vie dans ces jours de fureur

Et en attendant ces temps meilleurs

Qu’importe le paysage, qu’importe le climat
Même sous un scaphandre, nous restera la joie
Et assez d’espace pour faire pousser des fleurs
Qui feront craqueler les prisons de nos cœurs

Qu’importe ce qu’il nous restera
Nous on trouvera toujours de quoi
De quoi siffler comme des mioches
Des cerises plein les poches

À Laurent C.

(Ce poème est un brouillon. Il y a encore à mon sens des choses à corriger, modifier, ajouter. Mais l’essentiel est là, on va dire. J’avais trouvé le titre, noté plein d’idées venues en abondance, écrit une multitude de vers sur mon portable, en 2016, 2017 je crois, durant les beaux jours. Puis j’ai perdu le fichier en question, peu après, à mon grand désarroi. Il m’a fallu quelques mois avant d’en faire le deuil et pouvoir me remettre à sa rédaction. Il m’aura fallu des années pour le terminer, je ne sais pas pourquoi, alors qu’écrire un très long poème en vers peut me prendre 1h ou 2h si je le décide. J’ose espérer qu’il est largement meilleur dans sa version actuelle que dans celle d’origine, à jamais perdue. J’en suis en fait persuadée. Un mal pour un bien, sans doute. C’est étrange de terminer ce poème… en pleine période post-confinement, où l’insouciance et la liberté ne sont momentanément plus tout à fait à l’ordre du jour.)

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About Altana Otovic

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1 Response to Des cerises plein les poches (poème)

  1. Avatar de Falto Falto dit :

    Altana vous êtes un Maître ! Merci beaucoup.

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